A l’ombre des jeunes filles en fleurs ! Par Maître Maurice Garçon

Maurice Garçon : A l’ombre des jeunes filles en fleurs !

Les vacances sentant bon la rosée diaprent mon humeur d’une douce et nonchalante paresse ! Au cours de mes flâneries littéraires, le hasard- heureux faut-il le préciser- a conduit mon esprit vers le « Journal de Guerre 1939/1945 de Maître Maurice Garçon.

Maître Maurice Garçon marqua au sceau de sa superbe éloquence, la prestigieuse et glorieuse lignée des grands, très grands avocats français.
Contemporain de César Campinchi, Vincent de Moro Giafferi, et René Floriot, il fût un ténor du barreau et un bretteur hors-pair. Tout comme eux.
Ils avaient, chevillée au corps la noblesse de leur profession : la défense d’un homme présumé innocent !
Tous eurent à cœur de se battre durant les temps exécrables de l’occupation et du régime de Vichy pour ce principe sacré entre tous.
Vient de sortir dans la collection « les belles lettres » chez Fayard le premier volume d’une longue série du journal tenu quotidiennement et soigneusement par Maître Maurice Garçon.

Maître Maurice Garçon fut peut-être le pénaliste le plus redoutable et le plus brillant d’entre tous. Juriste hors-pair, son immense talent à la rigueur intellectuelle implacable, fut servi par une plume somptueuse et tout sauf servile.
Issu d’une famille de juristes et de grande bourgeoisie, Maître Maurice Garçon échoua cependant au bâtonnat (il se piquait de collectionner quelques ennemis, jaloux de surcroît) et devint alors immortel en entrant à l’Académie Française.

Ce qui me frappe, me touche et m’émeut chez lui c’est la faculté qu’il eût et la licence qu’il s’octroya de sortir de son milieu ambiant pour prendre plus souvent qu’à son tour des positions éloignées à l’extrême où ses origines et sa formation auraient pu le conduire voire l’égarer.
Maurice Garçon tout en conservant des traces de ses préjugés sût faire montre d’un jugement impeccable et sans complaisance envers Vichy.
Bien sûr des remarques – pas toujours agréables et parfois même choquantes – émaillent de ci de là son journal. Mais les actes !
Ils ont toujours été quant à eux courageux et irréprochables.

Alors oui, il n’aura été ni un gaulliste de la première heure (ni de la dernière) ni un résistant émérite. Il n’hésita point cependant à défendre de façon impeccable et sans distinction les victimes de Vichy, ce qui valut parfois la déportation à certains de ses collègues.

Sa condamnation de Vichy et des persécutions antisémites demeure incontestable et irréfragable.
Pétri de par ses origines de culture maréchaliste, il s’en détacha bien avant l’armistice –et avant tant d’autres personnes.
Imprégné d’anglophobie, la perfide Albion n’est guère loin, et pénétré de sentiments judéophobes, il sût là aussi faire litière de ses sentiments, laisser parler et triompher la raison et trouver les mots qui apaisent, les actes qui guérissent, les pensées qui fleurent bon la noblesse et la grandeur de l’âme ! Mieux il sut ciseler les mots du cœur élogieux pour les uns et les autres ! Dont acte !

Tous ses propos, tous ses actes s’élèvent violemment et véhémentement contre le Maréchal et ses séides honteusement, lâchement et stupidement englués dans le chancre de la collaboration.

Héritier de valeurs morales que d’aucuns jugeront étiquées et étriquées, il fit là aussi montre d’esprit d’ouverture.
Lucide voire cynique quant à la lâcheté de la nature humaine, il ne se départit jamais d’un humour caustique et cinglant.

Je ne me lancerai point ici dans le narratif de son journal. Je voudrais juste vous livrer ce qu’il consigna le 21 août 1942, pour une fois loin des horreurs de la guerre, des tracas et privations que les Français enduraient alors.

Ces lignes fleurent bon un esprit délicat, subtil, merveilleusement intelligent et pourtant parfois engoncé et encalminé dans ses préjugés de caste et d’époque.
Ainsi son portrait de l’éducation des jeunes filles. Encore que, ami lecteur, n’oubliez pas nous sommes le 21 août 1942. Je vous laisse le soin et le plaisir- peut-être un peu suranné- de le découvrir dans les lignes qui suivent

Loin du droit de vote accordé aux femmes par le Général de Gaulle à la Libération.
Loin, bien loin des lois du divorce qui consacreront plus tard l’égalité de l’homme et de la femme. Loin, bien loin de la loi Neuwirth. Loin, bien loin de la législation de l’avortement.
Loin, combien loin du PACS. Loin, très loin du mariage pour tous !

À toutes et à tous je vous souhaite un bel été et des vacances intelligentes.

Un dernier mot en guise de conclusion mais vous l’aurez deviné de toute façon !
Maître Maurice Garçon est la figure emblématique de ce que l’esprit français peut produire de meilleur. Il est l’illustration parfaite et exemplaire de l’idée kantienne que l’homme grâce aux valeurs de la République- qu’il chérissait tant et à rebours du communautarisme qui visiblement n’était pas sa tasse de thé- peut toujours sortir et s’élever de sa condition.

Maître vous avez la parole !

Leo Keller
29 Juillet 2015

Journal de Maître Maurice Garçon 21 Août 1942

« Une démarche qu’on m’a demandé de faire près du procureur de Poitiers, au sujet d’un jeune étudiant compromis bêtement dans une affaire de trafic d’or, m’ouvre des aperçus sur la jeunesse provinciale. Il confirme ce que j’ai professionnellement et mondainement observé à Paris. Quelles transformations subissent nos mœurs ! Et pas en bien. Une manière d’éducation anglo-saxonne a amené une grande « familiarité » entre garçons et filles. On les élève, comme on dit, en « camarades ». Comme s’il était possible de mettre en ensemble des mâles et des femelles – fussent-ils humains – sans qu’ils pensent à « la chose ».

Quand j’étais collégien et étudiant, je riais de l’éducation de nos mères. Les oies blanches, comme on disait. Peut-être l’état d’innocence où on prétendait les laisser comportait-il une part d’abus. Il était niais de vouloir jusqu’à vingt ans croire que les enfants se font par l’oreille. Mais de là à ce qui se pratique maintenant, il y a un monde !
Les bals sont des « surprises-parties » où les jeunes filles amènent « leurs danseurs », que leurs familles même ne connaissent pas. D’ailleurs, les familles sont exclues des fêtes. On prie les parents de ne point se trouver là lorsqu’on se réunit. Dans la nuit, on repart bras dessus, bras dessous, à moins qu’on ne soit plus étroitement enlacés. Les accidents sont fréquents. Les filles sont averties ; si averties, même, que quelques-unes se font avorter. Cette liberté si grande aboutit à cette déplorable conséquence que rares sont les jeunes filles pures. Les étudiantes à la faculté ont presque tout un amant. Dès le début de l’année, les petits ménages s’organisent, ils deviennent de vrais collages, bien que chaque qu’un des deux conjoints vive dans sa famille qui ne se doute de rien. Je retrouve là un peu des mœurs qu’il m’a jadis été donné d’observer à Oslo. Tout cela nous vient des pays nordiques.
C’est évidemment, du point de vue ancien, une démoralisation, et d’un point de vue seulement objectif, une transformation totale de la moralité.
Je ne crois pas qu’on gagne beaucoup à laisser aux filles les rênes sur le coup. Elles ont une tendance immédiate en abuser.

On me dit – empruntant en cela aux opinions de Blum- dans son livre sur le mariage – qu’après de pareilles expériences, elles y gagneront d’arriver plus apaisées et moins curieuses d’amour au mariage. Voire.
Il faut observer seulement qu’avec l’ancien système, il y avait beaucoup de femmes infidèles. Je ne jurerais pas qu’avec le nouveau, il y aura beaucoup moins de cocus. »

Journal de Maître Maurice Garçon 21 Août 1942

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Comments

  1. Lesselbaum Viviane says:

    Cher Léo,
    Merci pour cet article sur Maître Maurice Garçon.
    Viviane Lesselbaum

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