En hommage aux héros tchécoslovaques morts pour la liberté

Prague 20 août 1968

En hommage aux valeureux combattants tchèques morts pour la liberté sous les coups des «vaillantes armées frères du Pacte de Varsovie».

Il y a 47 ans, jour pour jour, en vertu de «l’assistance aux pays frères » Brejnev envahissait la Tchécoslovaquie.
Les tanks russes T 55 ont eu peur du socialisme à visage humain. Ils l’ont poignardé !
Un homme exceptionnel, héros des temps modernes, a voulu conduire son peuple vers la liberté, vers la joie, vers plus de justice.
Un totalitarisme brejnevien veillait hélas au grain.
La barbarie soviétique, la lâcheté du monde eurent  raison de l’humanisme d’Alexander Dubcek.
Mais au trébuchet de l’histoire l’humanisme a triomphé de la dictature soviétique.
Au trébuchet de l’histoire Hegel a écrit «la vérité, ici encore, est à la fin ».
Nous avons publié, il y a quelques jours, un article pour ceux qui voudraient se rendre à Prague. Nous y avons  parlé de Dubcek et du caractère si attachant du peuple  tchècoslovaque. https://blogazoi.com/2013/08/09/prague-ville-magique-entre-toutes/
Ceux qui ne l’auraient pas lu y trouveront son portrait et les raisons de l’invasion soviétique.
Il est un gène qui fonde l’ADN tchèque : c’est sa culture. Les soviétiques ont donc voulu l’encager, suivant en cela Albert Camus qui écrivit «… La culture ne saurait vivre ou meurt la dignité… ».
Mais c’était sans compter sur l’héroïsme de Dubcek. «La liberté est un bagne aussi longtemps qu’un seul homme est asservi sur la terre. J’étais libre et je ne cessais de penser à la Russie et à ses esclaves…». Albert Camus in les justes

Jan Palach tu n’es pas mort pour rien!

Le 2 juillet 1989 les hongrois ont démantelèrent le rideau de fer.
Peuple tchécoslovaque ton combat n’aura pas été vain. Les hommes libres du monde entier sont tes enfants!
Lorsque nous pensons à ton sacrifice et à la lutte désespérée d’Alexander Dubcek, nous vient à l’esprit cette merveilleuse phrase d’Albert Camus: «Adieu je rentre dans l’histoire où me tiennent enfermé depuis si longtemps ceux qui craignent de trop aimer». Albert Camus in les justes

Le drame d’Alexander Dubcek, Machiavel l’avait déjà pressenti.
«Le prince  qui veut faire entièrement profession d’homme de bien ne peut éviter sa perte parmi tant d’autres qui ne sont pas bons ». Machiavel in le prince

Peuple tchécoslovaque ton combat n’aura pas été vain et l’histoire t’a donné raison. Les sacrifices des meilleurs de tes fils n’auront pas été inutiles.
«Quand l’heure viendra de digérer, ce sera pour les Russes le moment des difficultés. Saint-Nicolas pourra  peut-être alors ressusciter les pauvres enfants que l’ours aura mis au saloir ». Lettre de Winston Churchill à De Gaulle en 1944.
Lecteur n’oubliez pas Alexander Dubcek !
Vous verrez dans les différentes vidéos l’héroïsme tchèque face à la vaillante dictature des armées du Pacte de Varsovie !

 

Leo Keller

Présentation Alexander Dubeck :

Bataille de Prague (1968):

Bataille de Prague – 2 (1968):

Invasion des tanks du Pacte de Varsovie :

Interviews :

Alexander Dubcek à Bratislava :

La révolution de 1989

Prague fête la victoire de la révolution de velours :

Prague ville magique entre toutes !                      

« Comment voulez-vous éduquer une nation qui n’a pas de tradition de liberté. Nous Tchèques, nous sommes un peuple malheureux. Notre ancêtre Czech, D.ieu lui accorde une gloire éternelle, était un imbécile ! Il existe tant de jolis endroits au monde et voilà qu’il s’est arrêté précisément là où il s’est arrêté pour nous mettre entre les Allemands et les Russes. »1

Nous avions entamé le mois dernier nos impressions de voyage par Madrid et Venise.un jeune touriste victorieux place Wenceslas
Prague et la Tchéquie (anciennement Tchécoslovaquie) sont la destination de ce jour.
Nous vous invitons donc à aimer ce pays et à mieux apprécier son histoire tourmentée mais, ô combien, fascinante et attachante.

 

Ces propos tenus par Jan Masaryk dans l’avion qui le ramenait de Londres en Avril 1947 résument à eux seuls le périple de ce pays tant de fois disputé.
Ils en annoncent de façon prémonitoire un avenir qui sera tout sauf radieux pour ce qui sera encore 47 ans la Tchécoslovaquie avant que le prurit scissionniste frappe cette nation.
Il faudra moins d’un an à Masaryk-valeureux ministre des affaires étrangères d’un pays voué à la soviétisation (si tant est que l’on puisse parler de « vocation à être soviétisé ») pour être défénestré !


Que le lecteur veuille bien nous pardonner de rappeler les propos du Général de Gaulle en conseil des ministres après l’invasion soviétique : « … si la Tchécoslovaquie veut prendre son indépendance, nous y sommes favorables. A elle de décider. Nous n’avons pas à tout casser. La Tchécoslovaquie, c’est un pauvre diable de pays. Ce n’est pas une nation. C’est un pays artificiel, mal foutu. Nous pouvons le dire puisque c’est nous qui l’a fabriqué… »2
Ayant dit, le Général de Gaulle rejoignit la valeureuse cohorte du monde libre, USA en tête, trop content de laisser la Tchécoslovaquie abandonner ses rêves de «socialisme à visage humain ».

Pour autant cette situation ambigüe et périlleuse dessine et la chance historique de ce peuple et les dangers qui n’ont cessé de s’abattre sur lui dès sa création !
Pays constamment traversé il est devenu une terre d’échanges ; pays constamment envahi il fût une terre de contacts !


« Qui tient la bohème tient l’Europe. »
Cette maxime dont on attribue la paternité à Bismarck et à Napoléon Ier, était vraisemblablement au goût du petit père des peuples -alias Staline !

Cette situation permit aux tchèques de constituer un état à géométrie et géographie  variables à travers le temps et qui est devenu le témoin et le théâtre des principaux bouleversements de l’Europe !
L’architectectonie  du pays  est le parfait reflet des diverses influences occidentales profondément ancrées notamment à Prague. Romane, gothique, renaissance, baroque, y ont successivement posé leur empreinte offrant à la ville de splendides  édifices.

C’est déjà le premier charme de Prague.

L’histoire de ce territoire se confond  avec celle de l’Europe.
À cet égard la Tchécoslovaquie est tout sauf un pomeorium. L’histoire tchèque est la grandiose  héritière de sa géographie. Terre de passages, peuple de contacts !
Sans remonter à Marc-Aurèle l’on peut dater la naissance d’une organisation politique dès l’année 822. Vratislav I fut le premier roi du pays.


La Tchécoslovaquie est un kaléidoscope aux multiples nationalités. Slovaques, magyars, bohêmes, tchèques etc. Leur histoire compliquée, tantôt antagoniste tantôt harmonieuse, se bâtira à l’abri de leur forteresse naturelle.

Cette dernière leur sera fatale en 1938.

Au carrefour  des routes venant d’Angleterre vers la Russie Prague devint très vite un centre où les échanges financiers, commerciaux et intellectuels foisonnèrent.
Grace à ce carrefour de civilisations le « libéralisme » ambiant attira toutes les minorités et nations.
Ainsi à Prague la communauté juive – en dépit des pogromes récurrents charriés dans les wagons des croisés en 1096- connut un grand rôle commercial et financier. Les allemands quant à eux, regroupés aux limites de la vieille ville, pratiquèrent aussi le négoce international.

Grâce aux  allemands  le pays bénéficia du  « jure theutonico » ou droit allemand. Ainsi Cet humus judicieusement entretenu et exploité par les souverains fût la vraie raison du décollage des Pays tchèques et lui permit de jouer pleinement leur rôle en Europe.

Wenceslas,  le roi glorifié des tchèques, imprima avec Charles IV de façon indélébile leur  Panthéon.

Charles IV fut le souverain bien-aimé car il scella  l’affect  tchèque et la grandeur monarchique. Ils ont voulu et  permis l’éclosion et l’affermissement du caractère de ce peuple formidable.

L’affect tchèque c’est une joie de vivre ineffable, une tolérance envers les autres profondément ancrée dans leur âme, un courage indomptable, une gentillesse débordante, un esprit insatiable et curieux de tout.
Celui-ci a produit maints intellectuels; Kafka, Kundera, Neruda, Smetana etc.
Telles des histones ils ont façonné la génétique du peuple tchécoslovaque! Enfin et surtout un amour de la liberté profondément enracinée et chevillée dans leur âme.

Ajoutez à cela que les femmes tchèques sont belles et ravissantes comme un cœur. Voilà toutes les raisons qui font de Prague et de la Tchécoslovaquie, un je ne sais quoi de magique et qui ramène en permanence mes pensées vers cette ville et ce peuple.

Bien que la Tchécoslovaquie n’existe plus juridiquement comme Etat depuis le 1er Janvier 1993 nous utiliserons toutefois pour la commodité de l’article le mot Tchécoslovaquie qui regroupe des peuples unis en une communauté de souffrances et de souvenirs.

 

Mais ce melting-pot avant la lettre portait en germe les dissonances  qui éclateront au XVe siècle. D’une bourgade formée d’éléments épars, Charles IV érigea une vraie ville posée sur l’écrin scintillant de mille couleurs des deux rives de la Vltava. Prague devint une ville prestigieuse se situant juste après Paris et Oxford grâce à son université. Mais surtout celle-ci fût le ferment nationaliste qui s’opposa à une Eglise toute puissante.

Jan Hus, un des pères fondateurs de la renaissance tchèque ; une personnalité très affirmée.

Fervent lecteur de la Bible, il est viscéralement attaché à la « tchéquité ». Il est la « Tchéquité »! Hus est un vrai  révolutionnaire car il ne prêche plus seulement à l’intérieur de l’université ou  ex-cathedra. Il agit partout.

Le décor est planté, L’épreuve de force peut alors éclater. Hus et ses amis sont excommuniés en septembre 1410. Le roi de Bohème réplique en confisquant des biens ecclésiastiques. L’interdit est lancé sur Prague. L’instruction du procès en hérésie contre Hus s’ouvre à Rome.

Il fut brûlé le 6 juillet 1415 après avoir déclaré : « Ces évêques m’exhortent à me rétracter et à abjurer; mais moi je crains de le faire pour ne pas être trouvé menteur devant le seigneur et aussi pour n’offenser ni  ma conscience ni la vérité de D.ieu »

Ce  héros national révolté sera malgré lui le premier martyr de la future idée protestante.

Après Wenceslas et Charles IV Jan Hus est la troisième grande figure de l’histoire tchèque!

L’aura de Jan Hus en fit une personnalité de renommée européenne car ses idées préludèrent à  la réforme protestante qui se réclamera de lui.

Hus fut le gonfalon  de la contestation tchèque du catholicisme romain. Il sera au confluent  de la « tchéquité » moderne qui à partir du XVIe siècle va être déchirée entre catholicisme et protestantisme.

Le patriotisme tchèque se construisit alors en opposition à la nation allemande, l’université fût  le terreau d’élection de cette prise de conscience. La ligne de fracture religieuse règlera les deux grands courants du pays.

L’histoire des défenestrations  commence très tôt en Tchécoslovaquie. La première remonte au 30/07/1419

Un peuple à la moralité exemplaire

 

Celle-ci se manifeste jusque dans l’art militaire; Zizka- chef de guerre hussite et stratège de génie- ébaucha un premier corpus de règles militaires alors inconnues en Europe.

Son héritage guerrier et moral n’est pas négligeable. Le  hasard, n’est pas innocent, si l’un des rares mots tchèques à être passé dans la langue française est pistolet « pista là ».
Phénomène unique en Europe la Tchécoslovaquie connut une vraie coexistence des différents courants religieux.

Parce qu’ayant souffert dans leur chair et dans leur « tchéquité » les protestants tchécoslovaques développèrent très tôt la tolérance comme vertu cardinalice.
Cette diversité  des croyances ancra l’esprit de  tolérance au plus profond de la raison tchèque.

Georges de PodeBrady, ministre tchèque, demeure jusqu’à ce jour  un personnage très populaire. Il peut être considéré comme un précurseur de l’idée européenne avec son projet de paix mondiale.

Avec les idées de la renaissance, les tchèques installent progressivement l’embryon de leurs institutions qui perdurera durant quatre siècles en Europe centrale.

La formidable originalité de la Réforme tchèque est qu’elle n’a pas revendiqué l’idée de la tolérance pour elle seule mais pour toutes les autres minorités qui ont pu essaimer dans le pays.

Au XVI siècle ce fût l’âge d’or de la communauté juive. Prague y accueillit la fine fleur de l’intelligentsia juive qui en retour participa au rayonnement de Prague, tant sur le plan  intellectuel que financier.
A telle enseigne que Prague sans le ghetto juif ne serait pas Prague.
Le célèbre rabbin Löw, théologien, philosophe,  recteur de l’école talmudique, plus connu sous le nom du Maharal de Prague demeure à ce jour  la figure emblématique de la communauté juive.

Sa science inspira de nombreuses légendes dont celle du  golem. Son disciple David Ganz se perfectionna dans les  mathématiques, l’astronomie auprès du célèbre astronome danois Tycho Braho dont le successeur ne fût  autre que Johannes Kepler.
Prague la ville aux mille clochers !

À la fin du XVIe siècle Prague  était devenue la ville cosmopolite par excellence  .Ce sera sa chance et la clé de son développement !

Le royaume de Bohême tout en étant rattaché au Saint Empire Romain Germanique jusqu’en 1806 constitua un havre de paix pour tous et permit une vraie éclosion intellectuelle. Que le lecteur veuille bien nous pardonner de rappeler qu’à cette date «  le Saint Empire Romain n’était ni saint, ni romain et que ce n’était plus un empire. » Voltaire

L’histoire tchèque aura illustré la diversité d’approche de Kant et de Hegel.
En Tchécoslovaquie, celle-ci fût tout sauf linéaire. A cette aune, la Tchécoslovaquie aura connu, plus souvent qu’à son tour  de tragiques retours en arrière.

La chance de la Bohême : elle saura  plus tard s’émanciper et tirer –fort habilement-parti du problème majeur des Habsbourg : la conciliation de sa pente naturelle à éployer sa puissance au niveau européen et son inclination quasi congénitale à préserver ses droits féodaux, l’empêchant ainsi de tenir son rang durablement.
AEIOU « Austria est imperare Orbi Universo » « Il appartient à l’Autriche de régner sur le monde entier »

Heureusement pour Masaryk  la Tchéquie aura  deux lointains parrains qui la porteront sur les fonts baptismaux de l’indépendance : Joseph II (virtute et exempla) et le Chancelier de fer alias Otto von  Bismarck, si injustement décrié.
En décembre 1620 les ordonnances d’expulsion frappent tous les prédicateurs protestants. L’université Charles, alors normalisée passera sous la coupe des jésuites.
Prague la ville aux mille clochers !
En pays tchèques rien n’est simple ; ce  fût pour eux une formidable et heureuse opportunité ! L’éducation jésuite a toujours été une éducation de l’excellence et de l’élite.

Après la défaite de la montagne blanche la Bohême hussite rentre dans le rang. Moins d’un siècle plus tard, elle devint non pas la fille aînée de l’Eglise-ce rôle était déjà attribué-mais tout simplement la fille obéissante et docile de l’Eglise. Elle connaitra par la suite ce même statut «privilégié » auprès d’une autre église ! Elle est désormais la  fille obéissante de l’église !

La Bohême connut des 1775 un fulgurant essor économique. Sa production de fer représentait alors le tiers de celle de la Grande Bretagne.

Joseph II s’avéra  un libérateur et  il  trouva ses appuis les plus décisifs  en Bohême. Catholique, mezzo voce mais anticlérical sotto voce, une perle rare pour l’époque,

Joseph II édicte de nouvelles règles dans le domaine religieux. Il restaure la liberté religieuse pour tous.
Il eut cependant la sagesse de prohiber les signes extérieurs religieux de ces dispositions.

 L’épanouissement tchèque


Ce n’est qu’en 1791 que la langue tchèque acquit droit de cité à l’Université Charles avec une chaire. Pour autant l’académie militaire de Vienne la pratiquait déjà depuis fort longtemps.

Le réveil national tchèque relève tout autant de la langue que des armes.
Le romantisme accompagne  la deuxième  renaissance nationale tchèque. En 1805 le roman de Chateaubriand Atala est traduit en tchèque.
L’esprit de tolérance tchèque permit grâce au protestantisme un essor économique colossal. Des 1832 le premier train relie Linz à Budovice.
Les Rothschild financent une ligne reliant Vienne à la Pologne  Dès 1845 le train entra en gare de Prague ! Skoda, Tatra sont loin d’être des exemples isolés.

 A la Veille de la révolution de 1848 la seule issue offerte, paradoxalement ,face au pangermanisme ou panslavisme fût le maintien d’une Autriche-Hongrie supposée être le garante de droits égaux pour tous les citoyens de l’Empire et donc des Tchèques. Pour autant le patriotisme tchécoslovaque  fût tout sauf assonance ; les dissonances y furent multiples voire contradictoires.

 Une  répression féroce frappe les Tchèques après juin 1848.

Le compromis de  sortie de crise, en fractionnant la monarchie en deux, éloignait le fédéralisme  ardemment désiré par les tchèques et qu’à bon droit, ils pouvaient espérer, en raison de leur poids au sein de l’empire.
À Prague par exemple les 40 000 allemands se retrouvèrent  rapidement dans une situation minoritaire.
L’histoire emprunte des chemins de traverse qu’elle redouterait si elle les connaissait.

 

Masaryk ou une conscience universelle!

 Masaryk restera toute sa vie un lutteur exceptionnel. Il nous manque encore à ce jour ! Homme de combat, il avait le côté austère du protestant, du catholique il cultivait le côté inflexible. Pour autant sa profonde culture lui forgea une incomparable stature intellectuelle.
Démocrate exemplaire il a sa vie durant recherché le dialogue et le consensus. Au confluent des idéaux socialistes, nourri de sa propre expérience et d’une très haute idée qu’il se faisait de l’homme il s’est cependant fortement distancé du marxisme et des idéologies totalitaires. Il demeure encore à ce jour l’émerillon d’affourche de tous les démocrates.

Deux attitudes définissent la problématique tchèque. Parce qu’elle jouissait d’une économie et d’une industrie florissante la grande majorité de la classe politique tchèque désirait ardemment alors le maintien de l’Autriche-Hongrie et de ses vastes débouchés. Parce qu’elle était consciente de sa géographie, elle redoutait l’Allemagne et la Russie.

Les tchèques auront été à leur façon avant l’heure inversement bismarckiens. Pour autant un sentiment de solidarité slavophile et… bancaire les conduisait à rechercher l’alliance avec les pays slaves.

La Tchécoslovaquie va alors se heurter au mur de la querelle Tchéco- allemande qui empoisonna leur vie jusqu’en 45.

La difficile équation slovaque  

 Les slovaques danseront, tantôt une chaconne vers l’unité tantôt une passacaille slave et magyare.
La tâche de Masaryk relevait de l’équilibrisme, il se révéla  un artiste hors-pair.

 Tchèques et Slovaques se trouvent en 1914 dans des situations très différentes mais également périlleuses. Leurs ennemis ne leur font pas défaut.

 Masaryk -parce que démocrate- était tsarophobe. Il était lié intellectuellement au monde anglo-américain.

 Le 6 janvier 1918 les députés tchèques adoptèrent la déclaration de l’Epiphanie.
«Notre nation réclame son indépendance elle s’appuie sur son droit historique d’Etat et elle est tout à fait pénétrée  du désir de pouvoir , en émulation avec les nations libres, contribuer dans un état souverain et démocratique comprenant ses pays historiques et son rameau slovaque au  nouveau développement de l’humanité qui s’appuiera sur la liberté et la fraternité . »

La tâche fut ardue pour Masaryk qui dut se battre pour imposer sa république comme démocratique. Il ne concevait pas l’une sans l’autre.
Le nouvel état sera heureusement  bâti sur ces fondations.
La tradition tchèque qui ne connait que fort peu la violence, a toujours été une tradition de recherche de l’unité et du consensus. Pour preuve le nouvel Etat verra son nom orthographié avec un trait d’union entre tchéco et slovaque.
En 1918 ni Masaryk ni Benes n’avaient de certitudes affirmées quant à la réussite du combat qu’ils avaient entrepris. Devant la montée des périls le 18 octobre 1918 le conseil national proclamèrent la république Tchécoslovaque dans la déclaration dite de Washington.
Ce succès est dû à leur ADN, fait de tolérance, de joie, de sa géographie complexe, de sa culture et de son intelligentsia. Mais cette réussite n’aurait pas été  possible sans cet homme exceptionnel que fut Thomas Masaryk. Thomas Masaryk dont on dit que la seule dictature qu’il exerça fut la « dictature du respect ».
Au Panthéon tchèque Masaryk occupe la première place devant Jan Hus, Wenceslas et Charles IV. La mémoire  de ce bretteur intellectuel hors-pair est encore chérie à ce jour.


La Première République

« Peuple tchécoslovaque ton rêve séculaire est devenu réalité « proclamait fièrement  le comité national dans sa première déclaration du 28 octobre 1918. Le 22 décembre 1918 Thomas Masaryk s’adressait à l’assemblée nationale » nous ne vivons pas un conte de fée …le monde  est divisé en deux  camps et dans ce terrible combat ceux qui défendaient les idéaux de justice l’ont emportés. Les idéalistes ont gagné, l’esprit a vaincu la matière, le droit, la  force, la férocité et la ruse. »

Ce triomphe fut celui d’un des très grands hommes d’État du XXe siècle. L’État tchécoslovaque est devenu indépendant par la seule baïonnette des idées ! Dire que les minorités furent toutes ravies relève de la légende. Les Allemands (mais ils avaient perdu au fil des ans leur position privilégiée), une partie des Slovaques magyarisés (mais ils se sentaient malgré tous les efforts des tchèques comme citoyens de seconde zone) et une grande partie de la communauté juive furent  réticentes à l’idée de l’indépendance tchécoslovaque.

 Le nouvel état était consubstantiellement fragile, indubitablement occidentalisé mais sa démocratie délicatement perlée. Composé d’un véritable kaléidoscope de minorités, il ne sut pas trouver sa vraie identité auprès de minorités qui sapèrent  dès l’origine son unité.

Peuplé de 13 millions d’habitants, dans un territoire étriqué et allongé, coincé entre le marteau allemand puis nazi et l’enclume soviétique, la nation tchécoslovaque était exposée quasi ontologiquement aux  pires menaces.
13 millions de tchécoslovaques dont 51% de tchèques, 14% de slovaques, 23% d’allemands soit 3 millions d’allemands, 5% de ruthènes, juifs etc.
Il y avait trop d’histoire dans si peu de géographie, trop de revendications pour un peuple tchèque qui ne savait pas ce qu’était la violence.
Les allemands grands perdants de la chute  de l’empire Austro-Hongrois ne pouvaient qu’attiser les braises qui déstabiliseraient la République de Masaryk.

Une anecdote nous vient à l’esprit. Un journaliste interrogeait le dernier descendant de la Maison Habsbourg et lui demanda s’il comptait regarder le match de foot   Autriche-Hongrie. Otto de Habsbourg eut alors cette délicieuse formule « Oui ! Autriche Hongrie mais contre qui ? »

 

La montée des périls.

 Autant de bombes à retardement pour la jeune nation. Ses détracteurs eurent beau jeu de  qualifier le nouvel état « d’Autriche-Hongrie au petit pied ».

S’il est un pays qui ne méritait point cette qualification c’est bien la Tchécoslovaquie.
D’abord parce que Prague avait une authentique politique d’intégration, ensuite parce qu’elle respecta scrupuleusement ses engagements et surtout -nation éminemment démocratique- son système parlementaire permettait à chaque minorité d’être représentée.

Ainsi dès  la première république les tchèques se sont évertués à gommer et à effacer autant que possible les dissonances qui existaient eux et les autres nationalités.

Le régime communiste sut  plus tard habilement jouer de ces antagonismes.

Le débat commence dès que l’on essaye de situer les slovaques par rapport aux tchèques Sont-ils un  même peuple ? Leur linguistique est-elle  bohême ? Ont-ils au sens où Ernest Renan l’entendait une même communauté de souffrances ?

Slovak vient du mot Slava qui signifie la gloire !

En octobre 1918 en vertu du droit à disposer d’eux-mêmes, les allemands des  Pays Tchèques réclamèrent  leur rattachement à l’Autriche.  Après Munich la Tchécoslovaquie verra  son territoire réduit comme une peau de chagrin et se fissurer telle une cathédrale dont on aurait arraché le voussoir !

Elle n’en est que plus attachante à notre cœur et à notre raison !

La prodigieuse réussite  tchèque, en sa constitution adoptée le 29 février 1920 s’inspira des USA et de la France
suffrage universel et proportionnel, les femmes votent dès 1919-(il faudra attendre 1945 et le General de Gaulle pour l’obtenir en France et 1990 pour que le dernier canton suisse l’accorde),
-des pouvoirs présidentiels équilibrés. Masaryk, Président de décembre 1918 à  1934, jouit  d’une autorité sans commune mesure avec celle que lui accordaient les textes.
Mais grâce à son magistère moral et à son aura, la Tchécoslovaquie bénéficia d’une influence dans le monde que ne justifiait pas son seul poids économique.

La Tchécoslovaquie traverse alors  la crise économique des années 30 sans véritable séisme.
À l’aune de la crise actuelle qui voit malheureusement l’éclosion et l’influence pernicieuse des mouvements populistes de tous bords, cette rémanence est admirable.

Lecteur si vous deviez ne retenir qu’une seule  idée concernant la Tchécoslovaquie ce serait  celle-ci : Aucune vraie force d’extrême droite n’a corrompu le parlementarisme tchèque. Par parenthèse l’on peut considérer comme anecdotique quelques groupuscules qui atteignirent péniblement 2% des suffrages.

Il en alla de même pour les partis d’extrême gauche  tout aussi dangereux.
Le seul impact fort concerna la minorité allemande. En cette occurrence, hélas la fin de l’histoire fût tout sauf celle de Fukuyama !


Les handicaps inhérents à la Tchécoslovaquie.

 Malgré une petite crise en 1926 l’industrie nationale connut un essor remarquable. Dès 1929 la production dépassait  de 21 % celle d’avant-guerre. Les Tchécoslovaques surent se montrer et s’imposer comme de remarquables compétiteurs dans l’arène mondiale.

 Pourtant, la crise mondiale ne tua pas comme souvent ailleurs en Europe la démocratie. Elle infléchit toutefois assez profondément la géographie électorale. Aux élections de 1935 la première force politique du pays était maintenant constituée par le parti allemand des Sudètes SDP.
L’esprit de Masaryk n’était pas taillé pour une démocratie émolliente !


La montée du péril nazi


La crise ambiante poussa les allemands des sudètes à  accentuer leur tropisme pan- germanique. En Allemagne le chômage -mais à quel prix- y était moins fort qu’en Tchécoslovaquie.

Même si les Tchèques ont tout fait pour intégrer les Slovaques dans la jeune nation, nombre d’intellectuels tchèques niaient la spécificité slovaque. Le problème était d’autant plus vif que les slovaques étaient moins urbanisés,  et moins instruits que les tchèques.
Commença à se répandre à Prague un désagréable motto : « no slovensko so deplaci  » « on paye pour la Slovaquie ! »
La politique étrangère de Masaryk, anticommuniste car démocrate, portait en elle ses contraintes. Sa politique étrangère était  bridée en une redoutable tenaille par son éventail politique. Les Allemands des Sudètes bloquèrent toute politique antiallemande, l’importance de la gauche lui interdisait toute véritable défense face à Staline.
Ainsi Benes refusa de prêter main-forte à la Pologne dans son conflit avec la Russie. Il alla même jusqu’à jouer les « Monsieur bons offices » dans l’affaire des réparations allemandes.
Le traité Franco Tchécoslovaque du 24 janvier 1924 parce qu’il se réclamait des  règles de la sécurité collective alors qu’il aurait dû comporter  une clause d’engagement bilatéral automatique était intrinsèquement inopérant à cause de son manque d’engagement bilatéral.

 Les trois piliers de la politique tchécoslovaque vinrent à se lézarder et à se fissurer .Le cynique Staline eut beau jeu de promettre une aide qui était subordonnée à 1’autorisation de survol de territoires étrangers.
Ayant signé Staline pouvait dormir tranquille ! Ni la Pologne ni la Roumanie ne voulaient lui accorder la possibilité de survoler leur territoire. A leur décharge l’histoire nous enseignera qu’en vertu de « l’entraide socialiste « l’on sait quand les troupes soviétiques pénètrent dans un territoire l’on sait moins quand elles en repartent !
Prague commença alors à vaciller sous l’effet des pressions et des manquements à la parole donnée.

 Le système politique de la Tchécoslovaquie est profondément marqué au sceau de la tradition protestante même si cette influence  ne représente qu’un dixième de la population .Toutes mouvances  confondues, la croyance  religieuse fracture l’unité nationale. Force est de reconnaitre qu’elle est fortement prégnante en ses représentations identitaires et ses mentalités.

 Comment ne pas évoquer Kafka, Milan Kundera, Neruda, le brave soldat tchèque de Jaroslav Hasek, Smetana ? Prague serait-elle ce qu’elle est dans la culture  européenne sans Franz Kafka et autres auteurs ?
Kafka, juif allemand mais profondément et viscéralement tchèque dans l’âme synthétise en sa personne les principaux éléments dont la coexistence fit longtemps la richesse de la Tchécoslovaquie.

Quand l’Histoire enténèbre l’Histoire !

Si sur le terrain Prague contrôle bien la situation, elle ne peut en maitriser l’agenda international.
Munich, véritable térébration, mirage d’une  bouée de sauvetage des démocraties occidentales lâches et apeurées,  scellera le  sort de la vaillante mais isolée Tchécoslovaquie.
Le 30 septembre 1938 les accords de Munich furent assénés  à un malheureux diplomate tchèque isolé qui faisait antichambre et qui n’en pouvait mais. Benes céda, contre une partie de son opinion prête à la résistance. Ce lui fut un déchirement, il ne s’avoua pas vaincu pour autant.

 

L’hallali était sonné, licence de chasse offerte.

Ni Paris ni  Londres bien entendu ne tinrent leurs promesses de garanties. L’Allemagne ne fut pas la seule à profiter de la curée. Les Polonais, ironie du sort et caprice  de  l’histoire, surent participer au dépeçage et rembucher la Tchécoslovaquie !

 Le Président Hacha arriva à Berlin le 14 mars 1938. Ayant violement vociféré –à la limite du physique hitler, menaça de détruire Prague par bombardement aérien- Hacha ne put qu’accepter de remettre « avec confiance le sort du peuple tchèque et du pays entre les mains du Reich allemand».

Par la suite la Tchécoslovaquie  transmettra par l’intermédiaire du chef du gouvernement des renseignements aux alliés tandis que les communistes tchèques se tinrent  à l’écart. La Tchécoslovaquie n’avait pas dit son dernier mot.

Benes frappa fin 1941 un coup spectaculaire : le 27 mai1942, un commando parachuté d’Angleterre débarrassa le monde d’heydrich. Pour autant cette indéniable réussite aux plans international et symbolique fut un véritable désastre intérieur.
Des représailles sans précédent décimèrent le protectorat : déportations massives, accélération de la « solution finale « otages massacrés (dont le général Elias). En outre et  surtout les deux villages qui avaient abrité des membres du commando furent rayés de la carte. La résistance alors décapitée ne se relèvera pas de ses pertes.

Pendant ce temps Monseigneur Tiso fut à la tête de l’état croupion qu’était devenue la Slovaquie. Pour autant ce fut la première fois que la Slovaquie fut indépendante, indépendance toute relative puisqu’elle n’était qu’un appendice de la barbarie nazie.
Le gouvernement Tchécoslovaque  en exil à Londres fut reconnu comme tel en juillet 1941 par les trois grands alliés. Benes obtint en 1942 la nullité  des accords de Munich, et ce, y compris par la France libre du général de Gaulle.
Il chercha alors  l’appui des alliés pour résoudre la question allemande en Tchécoslovaquie. En décembre 1942 Il écrivit  à l’un des leaders sociaux-démocrates allemands des Sudètes : »les allemands sont 80 millions et la petite nation tchécoslovaque ne peut pas vivre en permanence avec un revolver allemand pointé sur sa poitrine.»


La politique étrangère tchèque

Benes tout en n’ayant jamais éprouvé de sentiments particulièrement « sovietophiles», concédait à l’URSS deux points  capitaux à ses yeux : elle n’avait pas pris part aux accords de Munich, dont il fallait effacer jusqu’au souvenir, et elle était prête à soutenir le rétablissement de la Tchécoslovaquie d’avant-guerre.
En fin connaisseur des relations internationales il prévoyait une rupture du pacte germanophone soviétique. Dès 1941 il rétablit à Londres les relations avec Moscou.
Prague a toujours eu des hommes d’État dont l’intelligence aiguë était à l’étroit dans leur pays.

 Fin diplomate en se rapprochant de Moscou,  Benes désarmait les critiques du parti communiste tchécoslovaque et il évitait la mise au pas réservée à la Pologne. Il avait ainsi les coudées franches tant au plan intérieur qu’au plan extérieur.
Cette analyse s’inscrivait parfaitement dans le futur rapport de forces  en Europe centrale. C’est pourquoi il collabora avec l’URSS et signa en décembre 1943 à Moscou un traité d’amitié et d’aide mutuelle.
Benes a-t-il été naïf. D’aucuns l’affirment. Pour autant il n’en aura pas  été le premier à s’être laissé berner par Iossif Vissarionovitch Djougachvili alias Staline.

Les appréciations portées sur ce traité sont très contradictoires. D’aucuns  reprochent à Benes son manque  de clairvoyance ; s’étant précipité dans le piège soviétique il obéra ainsi les capacités tchécoslovaques de résistance face à l’ours soviétique et à sa filiale communiste locale. D’autres pensent au contraire qu’il aura réussi à retarder l’asservissement de son pays.
La Tchécoslovaquie a subi des pertes colossales durant la guerre. Sur une population d’environ 13 millions d’habitants, 320 000 personnes périrent, dont 235 000 en camp de concentration. Sur une population de 117 000 juifs avant la guerre 80 000 juifs furent exterminés dans les camps de la mort.
Le 4 avril 1945 le social-démocrate Fierlinger, sympathisant de la cause communiste constitua le gouvernement. Ludvik Svoboda  fut ministre de la défense, et officiellement sans parti. Les bolchéviques ont toujours eu une dilection pour les « idiots utiles ».
On connait hélas la fin de l’histoire, le début l’annonçait ! Qu’on en juge !

Klément Gottwald, de sinistre mémoire, et au pedigree irréprochable, ancien secrétaire du Kominterm, hérita de la vice-présidence les portefeuilles de l’intérieur et de l’information, du secrétariat d’Etat aux affaires étrangèrestombèrent aux mains des communistes. Cerise sur le gâteau le parti communiste Slovaque eut droit à une autre vice-présidence ainsi que l’agriculture et le travail.
De  bonnes relations avec l’URSS sont l’alpha et l’oméga de la politique étrangère.
Les dirigeants tchèques, Benes en tête, l’avaient parfaitement compris. Que le lecteur veuille bien considérer ce que dira János Kadar quelques 30 ans plus tard à un Dubcek « communiste sincère et épris de liberté » et déjà vaincu, par parenthèse l’on aurait du mal à comprendre ce hapax.
« Ignorez-vous donc vraiment, lui dit- il, en prenant congé de lui à qui vous avez affaire?»3
La conférence de Potsdam  à l’été 1945 autorisa la Tchécoslovaquie à expulser les Allemands : 660 000 avaient déjà quitté le pays – volontairement ou parfois de force -le déplacement se fit à partir de janvier 1946 pour 2 255 000. Il ne resta que 150 000 allemands en Tchécoslovaquie.
Avec  le triomphe du PC le 26 mai 1946, 38% des voix -loin devant le parti socialiste national de Benes, les communistes posèrent les premiers jalons. La mise au pas et la mise en coupe réglée pouvaient désormais commencer !
Le 30 mai 1948 les élections avec liste unique (déjà) donnèrent  près de 90 % des voix au Front National.

C’en fût trop pour  Benes qui refusa de signer la nouvelle constitution de démocratie populaire qui lui était soumise et démissionna le 7 juin. Le 14 Klément Gottwald était élu président de la république, il ratifia la constitution le lendemain.

 Le 10 mars c’est le dernier acte du drame. On trouva le corps de Jan Masaryk au pied de son appartement du Palais Cernin. Des « langues mal intentionnées »suggérèrent qu’il eût pu être défenestré.
Que le lecteur veuille bien nous pardonner de convoquer l’humour caustique de Sir Winston Churchill. »
Les méchants ne sont pas toujours hostiles et les dictateurs n’ont pas toujours raison »
« There are a terrible lot of lies going about the world, and the worst of it is that half of them are true ».
De la même façon en histoire il se trouve que les mauvaises langues sont parfois bien informées.
La Tchécoslovaquie devenait ipso facto une position géostratégique de l’Union soviétique qui la voulait à ses ordres.

Après le coup de Prague  une nuit tout sauf américaine !

 Pour autant la politique de Benes accorda à la Tchécoslovaquie trois années de liberté à l’abri du « centralisme démocratique ». Ses voisins n’eurent pas cette chance. Aurait-elle pu espérer plus ? La Tchécoslovaquie  aurait-elle pu être finlandaise ou autrichienne ?
Nul ne peut y répondre à coup sûr !

Pour cela il eût fallu  que l’inclination américaine pour elle fût plus forte et que  l’intérêt que lui vouaient les soviétiques pour sa position stratégique  plus faible.
Géographie tant enviée, histoire savante !
La Tchécoslovaquie, témoin, de la détente, jouit d’une situation à tout le moins enviable, la guerre froide lui fût fatale !

La prégnance Munichoise, toujours aussi forte après la fin de la guerre, l’URSS apparut aux tchèques dont on peut comprendre la crédulité, comme la garante  de leur  existence nationale.

L’épuration communiste s’abattit sur 400 000 personnes qui perdirent leur emploi.
100 000 citoyens tchécoslovaques furent impliqués dans des procès d’opinion de 48 à 1954.
40 000 personnes purgèrent dans les geôles staliniennes 10 ans de leur vie !
D’aucuns estiment que 80 à 200 000 individus transitèrent dans des camps de travail forcé. 232 condamnations à mort furent  prononcées, 178 furent exécutées.

 Le procès Slansky en 1948 fut loin d’être unique.
Dans ce procès plus 11 prévenus  étaient d’origine juive, ce qui permettait de conforter ainsi  la paranoïa antisémite qui animait l’ancien séminariste de Tbilissi  et  chef du Kremlin.
En filigrane  la permanence de la question slovaque resurgit. La rivalité tchéco-slovaque  est le  véritable fil conducteur de l’histoire de la Tchécoslovaquie, il en est en quelque sorte le fil d’Ariane
Au jeu des sept familles de l’exacerbation des nationalités Staline se révéla un joueur hors normes
Cette rivalité atteindra son acmé en 93.

 

Les hirondelles du printemps

 Prague martyrisée, Prague outragée mais Prague libérée par elle-même, libérée par l’ombre portée de Thomas Masaryk. (Le lecteur nous pardonnera de ne point mettre des guillemets dans cette phrase car le Général de Gaulle ne l’avait pas prononcée à propos de Prague)
L’ombre de ces  procès a plané sur la Tchécoslovaquie plus longtemps que sur tout autre des pays satellisés par l’URSS.
La tardive réhabilitation des victimes en est l’illustration.
Le 22e congrès du PC soviétique en 1961 cassa les jugements de Prague mais il se garda pourtant bien d’en réhabiliter les victimes.
Gustav Husak, comme tant d’autres notamment, ne pouvait pardonner ses 10 ans d’emprisonnement de 1950 à 1960 et son strapontin de chercheur.

Demeure  la lancinante question ! Pourquoi les communistes tchèques furent-ils si longtemps communistes?
Pays de paradoxes !

 En Tchécoslovaquie ce sont les intellectuels qui permirent l’accession à l’indépendance, ce sont les intellectuels qui permirent le Printemps de Prague. Ce seront encore les intellectuels qui déclencheront la révolution de velours.

 

La Tchécoslovaquie un pays de paradoxes.

La Slovaquie est malmenée, Klément Gottwald et Antonin Novotny « regnante ».
Et pourtant c’est un Slovaque, nommé Alexandre Dubcek qui va carguer les voiles  de la liberté en un moment unique de l’Histoire qui a soulevé le monde entier d’une profonde émotion et d’une joie qui rayonna dans tout le pays et qui enthousiasma le monde libre!
Mais cette joie s’est très vite retournée en une immense tristesse,  lorsque le camarade Brejnev a gratifié Dubcek d’un baiser à la russe sur la bouche : le baiser de la mise à mort !
La brèche était ouverte et les intellectuels s’engouffrèrent dans une épreuve de force avec le pouvoir qui ne sut y répondre que par la violence policière : prisons et      exclusion sur le pays, ce qui n’empêcha pas le pouvoir de glisser des mains  de Novotny.

Ce sont les intellectuels qui ont ouvert la brèche. La Tchécoslovaquie a toujours été une nation d’intellectuels.

Enfin juin 1968 il y a une suppression de la censure. Le manifeste des 2000 mots pour mesuré qu’il fut est publié le 27 juin. Cet Appel à la consolidation des acquis du printemps, modéré dans le ton, fit cependant l’effet d’un brûlot.

Vaculyk exhorta ses compatriotes à prendre leur destin en main. Il prônait l’adhésion au socialisme, ce qui était tout à son honneur. C’était l’ébauche d’une  sociale démocratie. Un sondage révéla que cette nation pour autant qu’elle rejeta le communisme ne souhaitait pas le retour au capitalisme.

Que le lecteur veuille bien nous pardonner de retenir quelques secondes son attention en nous attardant brièvement sur Alexander Dubcek, personnage attachant et ô combien attachant. En l’occurrence voici son portrait- le plus fin et le plus subtil -tracé peut-être celui tracé par André fontaine qui demeure à ce jour le plus grand spécialiste français de la guerre froide et de la détente.
« …. sauf à prendre, une fois n’est pas coutume, le mot de démocratie au sérieux. Il se trouve que c’est le cas de Dubcek, homme de bonne volonté s’il en est, mais bien mal préparé, de toute évidence, à affronter les grands carnassiers qui l’attendent au coin de sa route. » « Un être d’une intelligence pénétrante », dit de lui Zdenek Mlynar, qui fut l’un de ses plus proches collaborateurs au secrétariat du parti, « mais dans l’ensemble simple et profondément sincère, un homme qui aimait l’humanité, n’avait aucun don pour l’autoritarisme, mais en échange le besoin de croire en de grands idéaux », en l’espèce ceux du marxisme-léninisme.
« Aucun doute on ne l’effleurait à leur endroit… Il suffisait à ses yeux d’y croire aussi pour être un bon camarade est un homme honnête ».
« Un enfant de chœur devait nous dire, de lui, quelques mois plus tard un ministre roumain qui ne répondait en rien, quant à lui, à cette définition. » 4
Dubcek va libéraliser le régime, le débarrasser de toutes ses scories- sans toutefois remettre en question en cause- le rôle dirigeant du parti. Nous avouons avoir du mal à comprendre cet oxymore. Mais cela ne nous a point empêché de clamer haut et fort son nom lors d’une représentation le 23 août 11 de Nabucco  à l’opéra de Prague. Il voulut la liberté et un « socialisme à visage humain » pour son pays. Homme profondément intègre et bon, il n’était pas équipé intellectuellement pour comprendre la mécanique totalitaire brejnévienne !

 A Prague, et dans le monde entier ce fut un déferlement de joie. La révolution de 1968 fut littéralement portée par un peuple entier qui redécouvrait la fierté de son appartenance nationale. La solidarité de classe reléguée aux oubliettes de l’histoire. Mais une communauté nationale redécouvrant l’éthique et des valeurs.
Vaclav Havel coulera plus tard ses pas dans ce moule éthique.
En adoptant un système fédéral,  Dubcek sut redonner toute leur place aux Slovaques mais les dés pipés étaient déjà violemment jetés.

A Prague l’hiver tombe en Aout

Par la force des kalachnikovs accompagnées de la cacophonie des tanks T 55, l’orchestre du Pacte de Varsovie dirigé par la main de fer que fut ce grand démocrate Brejnev, entra dans la fosse. La pièce fut jouée en dépit de l’absence de cet autre grand démocrate Ceausescu. Mais c’est là une autre histoire.
Lecteur qui déambulez joyeusement dans cette si belle ville ne l’oubliez pas.

 Dans la nuit du 20 au 21 août 1968, 30 ans après l’invasion des criminels nazis une horde de barbares s’abat sur la malheureuse Tchécoslovaquie qui n’en peut plus ? Ses dirigeants furent séquestrés par Moscou qui exigea qu’ils signent un protocole demandant –selon la formule consacrée- assistance et aide aux « pays frères ».
Les combats firent rage.
Lecteur, en souvenir de leur combat pour notre bien le plus précieux la liberté, recueillez-vous sur la tombe de Jan Palach qui s’immola par la feu en une résistance pathétique. Vous y admirerez les Champs-Elysées pragois.

Lecteur ne soyez pas surpris lorsque vous verrez dans certaines rues les impacts de balles dans les murs. Ils témoignent de la leçon de courage que ce peuple a administré une fois de plus au monde occidental.
Le PCT accepta de sacrifier les héros d’un printemps fugace en échange de la non-intervention des cinq petits camarades. Trouver des vassaux ayant un minimum de légitimité se révéla cependant une tâche ardue pour Moscou, les occupants pratiquèrent la tactique du salami qui consista à éliminer par touches successives les hommes du Printemps de Prague.

Acromégalie du cynisme soviétique, Dubcek, Svoboda et leurs camarades allaient être eux-mêmes les acteurs de ce processus ! Ils furent pour certains des collaborateurs plus ou moins volontaires de ce début de « normalisation « , les autres furent très vite éliminés !
Evitons de les charger au trébuchet de l’histoire ignorante, ils pensaient sincèrement  qu’il était possible de négocier et de préserver les principaux acquis  de 1968 .La violence n’est pas consubstantielle à l’âme tchèque, la foi dans la raison et la liberté sont leur ADN !
L’on se souviendra avec un effroi teinté de mélancolie les paroles de Dubcek apprenant l’invasion de son pays par les troupes soviétiques et »déclarant sur l’honneur » »qu’il n’avait aucun soupçon, aucune indication que quiconque voudrait prendre de telles mesures …Qu’ils m’aient fait cela, poursuit-il, alors que j’ai voué toute ma vie à la collaboration avec l’URSS est la plus grande tragédie de ma vie. »5

 A cette aune et au trébuchet de l’Histoire Alexander Dubcek mérite tout notre respect !
Qu’il soit permis à l’auteur de ces lignes un souvenir personnel. Le sport n’est pas tant s’en faut notre principal loisir, j’ai cependant regardé la retransmission des matchs de hockey sur glace URSS- Tchécoslovaquie en 1968. Cette dernière a écrasé ses «libérateurs » la joie et les larmes de peuple restent gravées de façon indélébile en ma mémoire.

Mais les intellectuels tchécoslovaques sont  de la trempe de ceux qui luttent et résistent. Très vite ils se battirent  à nouveau, s’appuyant sur la charte des 77 d’Helsinki et portèrent sur les fonts baptismaux ce qui allait devenir la « Révolution de velours ».

A l’époque hormis Henry Kissinger –plus fin prophète que d’aucuns le pensaient- beaucoup doutaient de la puissance révolutionnaire de cette charte.
Vaclav Havel, Jiri Hayek et tant d’autres surent pourtant et fort heureusement saisir cette opportunité.
Cette charte signée à ses  débuts par 243 intellectuels fut une vraie lame de fond. Vaclav Havel et ses amis résolurent d’agir en s’appuyant sur les conventions internationales et l’acte final d’Helsinki ratifiés par le parlement tchécoslovaque en 1976.
C’est ainsi que naquit la charte 77, mouvement pluraliste dont l’idée centrale  était le respect des droits de l’homme.
A la fin de l’année on comptait 800 signataires. Moscou et le PCT s’époumonèrent en disant qu’il s’agissait, selon la formule consacrée d’une petite poignée de hooligans » et d’ »une infime minorité ». La petite poignée n’était visiblement pas si petite et l’infime minorité loin d’être infime. 

 

 La révolution de velours

« Mais était-ce une révolution ? Non, sire une révolte » Le lecteur nous permettra –du moins l’espérons-nous- d’avoir inversé l’ordre des mots.
Il fut plutôt l’écroulement d’un régime sclérosé. Une révolution requiert une violence dont les tchèques sont peu friands.
Vaclav Havel  écrivait en 1991 « le retour de la liberté dans une société en complète déliquescence morale a provoqué ce qui était inévitable et donc prévisible, mais incomparablement plus grave que ce qu’on pouvait attendre : la révélation fracassante des pires comportements humains comme si tous les mauvais côtés de l’homme, les plus gênants ou du moins les plus ambigus, cultivés par cette société pendant des années sans que nous le comprenions ,et réintégrés à notre insu dans le fonctionnement quotidien du système totalitaire ,s’étaient émancipés de cette tutelle en acquérant enfin la pleine liberté en acquérant enfin la pleine liberté de s’épanouir… »

 Après la « Révolution de velours nouveau drame ! C’est la scission ! Les dirigeants tchèques et Slovaques n’ont rien fait pour l’enrayer ! Tous les sondages laissaient présager un rejet de la scission par leurs concitoyens. Ils ont confisqué la question à l’opinion de leurs concitoyens. Comme si pour la première fois de leur histoire les tchécoslovaques étaient fatigués  et lassés de lutter.
Comme s’ils étaient désabusés après tant d’héroïques combats !


De la séparation à l’union européenne

« Les expériences de ces deux peuples ne sont pas seulement différentes et elles sont souvent antagonistes. »6

En juillet la Slovaquie proclama sa  souveraineté entrainant la démission de Vaclav Havel. Le 1er janvier 1993 surgissait une nouvelle frontière en Europe contre la volonté des peuples. Ils avaient cru être au volant de l’histoire, les caprices de cette dernière leur en ont retiré les manettes.
L’on pourrait résumer l’histoire de ce pays en un saisissant raccourci ;pays de tolérance ayant connu les défénestrations et les 1000 clochers, pays au nationalisme bourgeonnant à l’abri de l’empire Austro-hongrois ,ayant créé entre les deux guerres une vraie démocratie et une vraie puissance industrielle et commerciale, massacré par les hordes nazies,asservi par la main soviétique, mais à l’avant-garde du mouvement qui a emporté le bloc soviétique, il ne trouvera rein de plus glorieux –une fois sa liberté retrouvée que de se séparer en deux !

La Tchécoslovaquie ayant subi tant de malheurs dans sa chair va donc se jeter à corps perdu dans l’aventure européenne résolument tournée vers l’ouest et notamment vers les USA. Elle prendra toutes ses distances avec la Russie qui n’évacuera la Tchécoslovaquie qu’en Juin 1991

 

« The fault, Dear Brutus, is not in our stars.
but in ourselves, that we are underlings”
“La faute, cher Brutus, n’est pas dans nos étoiles.
mais en nous-mêmes, si nous sommes des sous fifres”
Shakespeare

Peuple tchécoslovaque mon cœur et ma raison ne comprennent pas !
Peuple tchécoslovaque épris de liberté et d’intelligence, qu’as-tu fait de ta liberté et de ton intelligence avec ta sécession ?
Peuple tchécoslovaque as-tu donc perdu foi en ta joyeuse insouciance ?
Peuple tchécoslovaque pourquoi as-tu quitté les chemins de la raison ?
Peuple tchécoslovaque, ne crois-tu donc plus au bonheur après tant de luttes héroïques ? Peuple joyeux entre tous qu’as-tu fait de ton bonheur retrouvé ?
Peuple tchécoslovaque qui nous a donné les musiques aussi somptueuses de Smetana, pourquoi as-tu « donc vendu ta fiancée » ?
Peuple tchécoslovaque qu’as-tu fait de ta souveraineté retrouvée en épousant des querelles nationalistes dignes d’un autre âge et de nations vieillissantes et étiolées ?
Peuple pétri d’intelligence et d’humanisme est-ce cela ta réponse ?

Peuple tchécoslovaque mon cœur et ma raison ne comprennent pas.
Peuple tchécoslovaque explique moi je voudrais tant comprendre !

 

La culture tchécoslovaque est certes redevable à l’Europe de Shakespeare, de Molière Goethe ou Dante. Elle nous a apporté à nous européens au moins autant par leur courage indomptable, leur ouverture d’esprit bien antérieure au Siècle des Lumières. Leur joie éternelle reste pour nous un exemple. Ami lecteur, lorsque vous vous serez recueilli devant la statue de Jan Hus et après avoir déposé une fleur sur la tombe de Jan Palach place Wenceslas ne l’oubliez pas !

 

En route pour la visite de Prague

 A Prague la géographie épouse l’histoire

Le Château

 Bien entendu, il vous sera bonheur de visiter et de découvrir les splendeurs de la cathédrale Saint Guy dont le style gothique est éblouissant. Laissez alors l’histoire vous saisir au château Hradschin.

C’est un vaste complexe de bâtiments. La cathédrale et le Château en sont les deux pièces maitresses. Le Château est le symbole de la Nation. C’est peut-être là qu’a été bâtie la première ville de Prague.

Vous y découvrirez outre la cathédrale et le Château différents jardins, les prévôtés, le vieux palais royal, des basiliques, couvents, le vieux quartier de la ruelle d’or, les quartiers thérésiens de style rococo etc.

 La cathédrale- fruit des alluvions successifs- est un mélange de gothique et baroque. A l’intérieur attardez-vous dans l’oratoire royal, et surtout la chapelle Saint-Venceslas. Les vitraux y sont superbes. Dans la cathédrale attardez-vous dans l’oratoire royal et surtout la chapelle Saint Venceslas. Mais surtout admirez la  salle Vladislav, peut-être une des salles les plus monumentales d’Europe. On y organisait des tournois de chevalerie et l’élection des présidents de la République.

Cette cathédrale rappelle celle de Budapest Mathias Corvinius.

 A l’intérieur du château ne ratez sous aucun prétexte l’immense salle Espagnole.

Avec un peu d’imagination vous apercevrez à la fenêtre du Château Thomas Masaryk s’adressant au peuple tchécoslovaque. Vous y entendrez les vociférations des barbares nazis. Vous aurez un mouvement de recul, en écoutant le sinistre Gottwald.

Mais vous vibrerez d’émotion en écoutant Dubcek et Vaclav Havel.

 

En face du château bien entendu vous aurez à cœur de vous recueillir devant la statue du père de la nation tchèque Thomas Masaryk. Touriste féru d’histoire ne manquez pour rien au monde de méditer devant sa statue face au château. Vous y aurez également le plaisir de contempler un panorama absolument somptueux de la ville de Prague.

Mais surtout je vous en conjure allez honorer la mémoire de Jan Masaryk à l’endroit de sa défenestration.
Une visite à Prague sans se recueillir devant le palais Cernin serait une visite vide de sens !
Si vous avez le temps, promenez-vous dans les palais Schwartzenberg et Lobkowicz. Ils vous rappelleront à quel point la Tchécoslovaquie a été un kaléidoscope de peuples et vous y verrez défiler toute l’histoire de l’Europe.

Place de la vieille ville, Starometske namesti

 En revenant du château empruntez le splendide pont Saint-Charles. Il daterait du 14e ou du 9ème siècle selon les versions. Mais faites attention les Tchèques ne sont pas trop à cheval sur les dates. Ils ont tendance à les embellir. Quand vous marcherez sur le pont et verrez sous vos yeux la Vltava scintiller de mille feux, ayez un regard amusé devant toute la théorie des statues qui montent la garde.

L’une d’entre elles brille comme de l’or tant elle a été caressée par les mains des touristes.

Pour vous imprégner de la magie de ce pont allez-y en hiver, sous la neige à la nuit tombée. Le spectacle y est d’une beauté saisissante !

 Après avoir marché dans des ruelles toutes  de charme vous serez saisis devant l’étrange beauté de la place de la Vieille Ville.

Lecteur, juste avant d’arriver place de la Vielle ville, où trône en majesté la statue du fondateur et martyr de l’âme tchécoslovaque, Jan Hus, arrêtez-vous devant la maison natale de Kafka et laissez-vous imprégner de sa mystérieuse et profonde écriture.

Vous y verrez des monuments les uns plus splendides que les autres et dont l’architecture variée ne lasse pas d’émouvoir. Pour un peuple qui n’aime pas la violence vous serez interpellé par une plaque signalant les douze têtes accrochées durant dix ans à la tour du pont Saint-Charles.

Vous y entendrez le bruit des chars nazis puis celui des communistes. Seul leur nom et leur puissance changeaient!

La statue de Jan Hus y trône sur cette place. L’église du Tyn construite dans un style gothique, ses deux flèches s’élancent fièrement. Admirez le panorama où cohabitent tous les styles architecturaux, gothique, baroque, renaissance, rococo, votre choix sera le bon car il reflétera vos émotions.

Devant l’horloge de l’ancien hôtel de ville, soyez pile à l’heure pour voir sortir les statues du Christ et des apôtres. Écouter chanter le coq qui sort alors. Admirez les couleurs ocre, jaune, verte etc.

Si le cœur vous en dit, vous pouvez même prier dans l’église Saint-Nicolas. Laissez-vous après éblouir par le Clémentinium et l’excellence jésuite.

Mais en grâce lorsque vous serez, assis à une terrasse, dégustant une savoureuse bière tchèque admirez la parfaite harmonie asymétrique de cette place et laissez vos yeux rejoindre votre imagination. En faisant un effort vous y entendrez même Mozart composant un de ses opéras, probablement don Giovanni.

Lecteur lorsque vous flânerez dans Prague  vos pas vous  guideront malicieusement vers des rues, places, avenues portant fièrement le nom de Wenceslas ou Charles IV. Ils sont encore à ce jour respectés et chéris par le peuple tchèque. 

Le vieux quartier juif

 Prague ne serait point Prague sans le vieux quartier juif ! Lecteur que nous espérons toujours parmi nous, ayez une pensée pour lui lorsque vous déambulerez dans les ruelles pleines de charme et de mystère enténébrant du quartier juif. Il porte le nom de Josefov en éternelle reconnaissance.
Avant tout une visite s’impose à la synagogue Vieille Nouvelle (Alte Neue Schule). Vous y serez saisis par la simplicité du bâtiment de style roman. On y respire l’esprit divin. Assistez à un office. Sa beauté vous apportera le souffle divin. Laissez vos pas vous guider à travers le dédale des ruelles ondoyantes et dont le charme ne laissera pas de vous imprégner.
Vous imaginerez aisément le Golem dont la légende assure que né du pouvoir divin du Maharal de Prague il protégeait la communauté juive. Si le cœur vous en dit vous irez vous recueillir au cimetière juif avec ses milliers de tombes.

Une curiosité

Une plaque montre signale le passage de René Victor de Chateaubriand séjourna à Prague. L’histoire ne dit pas avec quelle jolie femme (il n’en manquait pas) le vicomte et auteur du Génie du christianisme visita Prague !
Enfin vous terminerez votre visite place Venceslas, les Champs-Élysées pragois.

S’il n’y avait qu’un seul lieu à voir c’est la tombe de Jan Palach qui s’est immolé par le feu en signe de résistance à l’invasion soviétique en 1968.
Quant à moi je n’ai jamais été à Prague sans m’incliner devant la mémoire de Jan Palach et Jan Masaryk. C’est le moins que nous leur devons et c’est ce qui permet de comprendre l’âme de ce merveilleux peuple !

 Il ne me reste plus qu’à vous souhaiter de bonnes vacances et une visite passionnante.

 Leo Keller

 

 Notes
1 Antoine Mares Histoire des pays tchèques
2 Andre Fontaine  un seul lit pour deux rêves
3 Andre Fontaine  un seul lit pour deux rêves
4 Andre Fontaine  un seul lit pour deux rêves
5 Andre Fontaine  un seul lit pour deux rêves
6 Antoine Mares Histoire des pays tchèques

 

PS  le lecteur interessé lira avec profit les ouvrages d’Andre Fontaine  histoire de la Guerre Froide qui reste lle livre de référence.Andre Fejtö  histoire des democraties populaires.Jacques Rupnik.Et bien entendu T.Sculc  Czechoslovakia since world war II

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