Please, save us, thank you! le cri d’une fillette de 7 ans piegée dans Alep

bana-al-abedMa lecture du New York Times ce vendredi 16 Décembre 2016 ne cesse de m’interpeller de façon lancinante et douloureuse. Ma colère n’a fait qu’augmenter depuis. Je vous livre donc quatre photos cauchemardesques qui figuraient en première page du journal. J’appelle ceux qui refusent l’aveuglement et la surdité à se joindre à la manifestation de ce mercredi 21 Décembre organisée par Raphaël Glucksmann.
Je sais que l’on va m’accuser- et à juste titre- de jouer sur le pathos. Je déteste effectivement cela. Car c’est effectivement la défaite de la pensée, de la raison et la victoire du sophisme. Mais il y a des moments où lorsque la catastrophe humanitaire est là, alors c’est la dernière arme qui me reste !

Please, save us, thank you!

Cette phrase d’une cruelle simplicité n’est hélas que le reflet de ce que deviennent- parfois – nos sociétés. Prononcée par une petite fille qui pourrait être ma fille, votre fille, elle exprime, elle susurre, elle hurle par-delà son indicible détresse un cri d’espoir, une lueur de confiance en l’Homme.
Habituée à l’explosion des bombes, jouant à cache-cache avec les forces syriennes et russes, n’ayant pour berceuse que l’effroyable cacophonie des hurlements provoqués par les bombes meurtrières, Bana – al– Abed, âgée de sept ans seulement, emmurée à Alep m’administre à vous, à moi, à nous une formidable leçon.

Elle sait, dans ce qui lui reste, d’innocente et merveilleuse candeur enfantine que nous sommes sa seule chance de continuer à exister.
Au-delà de sa prière de désespoir, résonne à mes oreilles une formidable leçon d’espérance. Elle comprend – déjà si jeune – que sa vie, appelons cela plutôt sa survie – le mot me semble plus juste – dépend de nous.

Elle ignore ou feint d’ignorer à quel point la seule compassion que de plus en plus d’humains ressentent c’est : leur fichu populisme !
Pardon Bana !
Excusez-les, l’humanité les a désertés. Et depuis fort longtemps, trop longtemps !

Mais par-dessus tout Bana, je vous remercie de la confiance que vous continuez à nous témoigner. Pardon de vous décevoir !
Lorsque je relirai Camus je penserai toujours à vous Bana avec angoisse. : « La liberté est un bagne aussi longtemps qu’un seul homme est asservi sur la terre. J’étais libre et je ne cessais de penser à la Russie et à ses esclaves. » 1

Je vous suis infiniment reconnaissant de garder malgré vos cruelles, si cruelles, épreuves une telle civilité, une aussi éclatante preuve de civilisation.
Votre merci est la marque d’un savoir et vouloir vivre ensemble. Bana, j’espère que vous aurez l’occasion de me pardonner, de nous pardonner. Et de nous pardonner de vous avoir volé votre enfance et enlevé vos illusions.

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Notre inaction n’a pas d’excuse. La surinformation, loin de nous informer, ne fait que banaliser le mal. L’horreur est devenue coutume. La coutume est devenue quotidienne et donc normale.
Oui Bana, hélas, nous ne nous révoltons plus devant la normalité surtout si elle nous dérange. L’Homme a détourné ce que Péguy écrivit : « Rien n’est plus vieux que le journal de ce matin … » Je rajouterai quant à moi que l’Homme a oublié la fin de la formule de Péguy : « et Homère est toujours jeune. » Pas sûr qu’Homère continue à nous protéger !

Au lieu de nous amener à réfléchir, un nombre toujours plus grand d’entre nous se nourrit à proportion inversement symétrique de populisme.
Bana, « Dieu n’est pas nécessaire pour créer la culpabilité ni punir. Les êtres y suffisent. C’est l’innocence à la rigueur qu’il pourrait fonder. » 2

Votre calvaire, Bana, me ramène encore et toujours à Camus qui écrivit : « Dora hurle : « ouvre les yeux et comprend que l’organisation perdrait ses pouvoirs et son influence si elle tolérait, un seul moment, que des enfants puissent être broyés par nos bombes. »
Et Stéphane de lui répondre : « Je n’ai pas assez de cœur pour ces niaiseries. Quand nous nous déciderons à oublier les enfants, ce jour-là nous serons les maîtres du monde et la révolution triomphera. » 3

Une fois de plus, la Chancelière allemande Angela Merkel, porte seule mais haut et fort notre honneur enfin ce qu’il en reste et demeure l’étendard de notre civilisation à laquelle Bana-al -Abed se raccroche désespérément.
“When a free-trade agreement with the U.S.A. drives hundreds of thousands of people to the streets, but such horrible bombings as in Aleppo do not trigger any protest, then something is not right,”

Leo Keller
Neuilly le 18 Décembre 2012

Notes

1 Camus In les justes
2 Camus in carnets vol III
3 Camus In les justes

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