L’édito de Riss apres l’attentat contre Charlie Hebdo . Non je n’oublie pas! A Charlie Hebdo avec ma reconnaissance.

je suis Charlie

Le temps n’a rien effacé et je reste marqué à jamais . En reconnaissance de ce massacre, je publie à nouveau l’édito de Riss et sans rien changer l’hommage que j’avais écrit alors.

A Charlie Hebdo avec ma reconnaissance.

Un an après cet attentat barbare que reste-t-il ? L’indicible et le dicible.

Le dicible. Avant tout une dette inextinguible que rien ni personne n’éteindra.
Le dicible. C’est ma reconnaissance pour le courage qu’il a manifesté de façon d’abord éclatante puis hélas sanglante.
Le dicible c’est pour la lucidité et la vigueur de leur combat pour notre démocratie quand bien même je ne partage pas toujours leurs dessins.
Le dicible c’est la dignité et la vigueur de leur réaction.
Le dicible c’est pour leur part de rire qui égaye l’actualité.
Le dicible c’est pour rappeler que Voltaire sévit toujours. Dieu merci !
Le dicible c’est surtout pour réveiller, remémorer et commémorer cette idée si lumineuse que la démocratie est toujours plus forte que la barbarie et l’obscurantisme.

L’indicible c’est dire merci. Merci tout simplement !
Car rien ne pourra jamais traduire ce que je leur dois. : La liberté de me tenir droit et debout !
L’indicible c’est dire je soutiens Charlie Hebdo mais confortablement installé derrière ma plume. Je ne risque rien. Eux ont simplement perdu la vie ! Ils ont perdu la vie pour que je puisse continuer à me regarder.
L’indicible c’est tout simplement parce que Charlie Hebdo me permet de faire mienne la pensée d’Alain : « Aimer c’est trouver sa richesse hors de soi. »
L’indicible, merci à Charlie Hebdo qui me permet de savourer chaque instant de la vie en me rappelant, peut-être et surtout, que je suis l’héritier de Racine qui écrivit ses si beaux vers, hélas ou heureusement, incompréhensibles pour ces barbares sauvages mais incultes.
« Pourrais-je, sans trembler, lui dire : je vous aime ?
Mais quoi déjà ! Je tremble ; et mon cœur agité
Craint autant ce moment que je l’ai souhaité. »

C’est cela aussi la vie !
En hommage à Charlie Hebdo j’ai donc voulu vous rappeler ce que Riss écrivit dans son éditorial le 25 février 2015 après les après les massacres.
J’ajoute tout simplement, en conclusion, que tout journaliste rêverait d’écrire une fois, une seule fois, dans sa vie un édito aussi brillant. Mais cela n’engage que moi. Et libre à vous de ne pas partager mon sentiment !

Merci Charlie Hebdo !

Leo Keller
13 Janvier 2016

L’éditorial de Riss

Longtemps, j’ai cru que la pire des choses que pouvait subir un dessinateur de presse, c’était l’emprisonnement. Comme celui qu’ont connu Daumier ou Philippon sous le règne de la vieille poire Louis-Philippe. Alors quand Charb, Luz ou moi-même, jeunes dessinateurs, allions proposer quelques croquis aux journaux satiriques du début des années 90, il n’y avait rien à craindre car sur nos têtes planaient l’ange bienveillant de notre art : la sacro-sainte liberté d’expression.
On espérait rire et faire rire avec quelques dessins. Mais, au bout de plusieurs années, à force de dessiner tous ces personnages célèbres dans des situations risibles, une question venait à l’esprit : caricaturer, dessiner, au fond ça sert à quoi ? Après tout, un dessin, ce n’est qu’un dessin. Un petit truc gribouillé qui essaye d’amuser tout en espérant faire un peu réfléchir. Rire et faire réfléchir : le voilà, le dessin idéal ! Plaisir de surprendre le lecteur par un point de vue original, par un petit pas de côté qui oblige à regarder les choses de biais sous un angle inhabituel, différent de la vision majoritaire. L’outrance et l’excès souvent reprochés aux dessinateurs de « Charlie Hebdo » ne sont en réalité qu’une méthode pour s’aventurer sur des chemins inconnus.
C’est peut-être cela que ne supportaient pas les assassins du 7 janvier. Ceux-ci n’ont en réalité jamais rien osé. Ils se sont laissé enfermer dans le confort d’une religion qui a déjà toutes les réponses et dispense de réfléchir et douter. Car le doute est le pire ennemi de toute religion. Il ne faut pas douter quand on décide d’entrer dans une rédaction pour en tuer tous les membres. Les dessinateurs et les rédacteurs de « Charlie », eux, passent leur temps à douter. De tout et surtout d’eux-mêmes, de leur talent, de leur inspiration. Ce qui les rend parfois un peu chiants. Wolinski se posait la question après l’incendie du journal en 2011 : «N’avons-nous pas été trop loin ? » Seul un honnête homme se pose ce genre de questions. Jamais un assassin. Wolinski avait le courage d’exposer ses doutes. Il avait fait de l’expression de sa vulnérabilité un art. Voilà pourquoi un dessinateur ne deviendra jamais un tueur et pourquoi il est malhonnête de mettre sur le même plan les soi-disant « provocations » des dessinateurs avec la violence des tueurs en proclamant « ils l’ont bien cherché ».

Mais, pour douter, on a besoin des autres, de tous ceux qui ne pensent pas comme vous. Qu’est-ce qu’on s’ennuierait si tout le monde pensait comme nous ! Dans quel triste monde devait vivre les assassins du 7 janvier… Un monde uniforme ou la moindre tête qui dépasse est décapitée, où la moindre voix discordante est tranchée. Alors, imaginez, pour ces petits cerveaux, l’idée de faire des petits dessins sur un prophète ! Pauvre hères qui ont foutu en l’air la vie des autres pour oublier d’avoir gâché la leur. Comme Luz l’écrivait à la une de « Charlie », on leur pardonnerait presque d’être à ce point le peu qu’ils étaient.

Malgré des flots d’encouragement et de soutien, on est cependant en droit de se demander qui a réellement le courage de mener ce combat. Car, franchement, qui a envie de se battre pour le blasphème, qui a envie de défier le religieux, si c’est pour finir protégé par 10 policiers 24 heures sur 24 ? Personne ! Tout le monde a soutenu « Charlie » : « allez-y les gars, on est derrière vous ! » Mais combien oseront dessiner et publier un dessin blasphématoire ? Si peu. La foule soutient « Charlie » comme elle soutient le taureau dans l’arène. Car qui sait, un jour peut-être « Charlie » mourra, épuisé par les banderilles, sous les applaudissements admiratifs de la foule.

Et voilà qu’au moment où « Charlie » s’apprête à reparaître, un attentat quasi identique a lieu à Copenhague. Moins de morts mais les mêmes objectifs : faire taire ceux qui croient à la liberté d’expression et exterminer des juifs. Ceux qui tentent de trouver des raisons, pour ne pas dire des excuses aux meurtriers en accusant les dessinateurs de « jeter de lui sur le feu », qu’auront-ils comme explication pour atténuer la responsabilité des tueurs antisémites ? Car les juifs victimes à l’Hyper Cacher ou à Copenhague, n’ont pas dessiné de caricatures de Mahomet. Et pourtant, ils ont été assassinés. Supporter une telle violence est déjà assez éprouvant, entendre des discours pseudo-intellectuels plus ou moins complaisants et juste insupportable.

Les attaques de Paris et de Copenhague sont d’abord des attaques contre une conception moderne des rapports entre les individus, contre la pluralité, des idées et des hommes. Pendant des siècles, les religions ont contesté avec violence ces valeurs-là. L’époque moderne semblait avoir ramené à la raison de ces religions rétrogrades et leurs prétentions hégémoniques sur les hommes et les esprits. Les attaques de Paris et Copenhague indique qu’il faudra encore du temps et du sang pour que toutes les religions acceptent définitivement ce cadre démocratique non négociable.

Riss
Edito de Charlie Hebdo du 25 Février 2015

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