Salut mon Charlie !Les enfants séparés. La carte postale de Mathieu Madenian .

Charlie Hebdo est l’honneur de la presse française. En voici une preuve intelligente et à l’humour cinglant.
Merci Charlie de porter haut et fort les valeurs qui font notre humanité.
Nous dédions ce billet à tous les enfants séparés de leurs parents. Et bien entendu une pensée particulière pour ceux qui se retrouvent dans cette situation à cause de l’odieuse action de Trump.

La carte postale de Mathieu Madenian
Salut mon Charlie !

Je t’ai déjà parlé de ma plus grande frayeur quand j’étais gosse ? Non ? J’avais sept ans. Je faisais les courses avec ma mère au supermarché Auchan près de chez nous. J’adorais l’accompagner. Les courses en elle-même, je m’en foutais. Moi, ce que je kiffais, c’était pousser le chariot. Attention, le vrai chariot. Pas celui d’aujourd’hui, le tout petit qu’ils font pour les gosses. Non, moi, je te parle du seul et unique, le Caddie de compète, le Caddie pour les grands.

Ah ! Gamin, j’étais passé maître dans l’art délicat de conduire ce véhicule souvent capricieux, en zone de forte concentration humaine.
J’adorais me promener dans les rayons, changeant d’univers chaque coup de chariot, un peu comme à Disneyland dans la maison des poupées. Sauf que, là, ce n’était pas des poupées, mais du poisson pané et des pâtes Barilla… et, surtout, c’était moi qui décidais.
Je me rappelle plus très bien ce jour-là. J’avais dû m’arrêter un peu trop longtemps en warnings au rayon bonbons, confiseries et autres poisons pour enfants. (J’aimais compter les Dragibus noirs dans les paquets.)

Ce dont je me souviens, ce sont ces 15 minutes pendant lesquelles j’ai arpenté en pleurs tout le magasin à la recherche de ma mère. Ces putains de 15 minutes qui m’ont fait dire que j’allais devoir finir ma vie au rayon surgelés.
Tu n’imagines pas ce qui se passe dans la tête d’un gamin de sept ans qui est séparé de sa mère. Heureusement, Dieu a mis fin à mon calvaire : « la maman du petit Mathieu attend son fils à la caisse centrale. » Les voies du Seigneur sont impénétrables. La voix de la caissière l’est beaucoup moins. Ma mère m’attendait, soulagée, un paquet de Dragibus à la main.

Hier, j’ai repensé à cette histoire en regardant en boucle sur les chaînes d’info ces 2300 gosses enfermés dans des cages et séparés de leurs parents, à la frontière entre le Mexique et les États-Unis.
En entendant leurs cris et leurs pleurs, je me suis revu dans cet Auchan. Sauf que, pour eux, pas de dieu, pas de caissière et pas de Dragibus.

C’est là qu’on se rend compte de la chance que l’on a de vivre dans ce beau pays qu’est la France. Un pays où l’on ne sépare pas les familles des migrants. Non, nous, on les laisse ensemble. Mais sur un bateau…
Peace

Mathieu
Charlie Hebdo 27 Juin 2018

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.

%d blogueurs aiment cette page :