Appel aux républicains par Victor Hugo de l’Académie Française

Aux Républicains
14 Juin 1854
Texte de  Monsieur Victor Hugo de l’Académie Française

A l’heure où nous assistons, lâchement, veulement, aveuglément au massacre de migrants dans le seul but d’apaiser nos égoïsmes et nos peurs, il nous a semblé utile de rappeler ce qu’un phare de la conscience humaine et un monument de la littérature française avait écrit en son temps.
A la gloire de la République Française jamais aussi grande que lorsqu’elle est la France généreuse et ouverte!
leo Keller

Voici un appel qui s’adresse aux républicains de toutes les nations : la commission nouvelle des proscrits de Jersey continue les efforts de l’ancienne et nous espérons qu’on entendra sa voix ; il ne s’agit point, ici, de Jersey seulement ; on veut éveiller et provoquer pour la proscription générale, dans ces camps divers :–solidarité, solidarité, dans les misères comme dans les luttes !

Il devient urgent d’élever la voix et d’avertir les cœurs fidèles et généreux. Que ceux qui sont dans le pays se souviennent de ceux qui sont hors du pays. Nous, les combattants de la proscription, nous sommes entourés de détresses héroïques et inouïes. Le paysan souffre loin de son champ, l’ouvrier souffre loin de son atelier ; pas de travail, pas de vêtements, pas de soulier, pas de pain ; et au milieu de tout cela des femmes et des enfants ; voilà où en sont une foule de proscrits. Nos compagnons ne se plaignent pas, mais nous nous plaignons pour eux. Les despotes, Monsieur Bonaparte en tête, on fait ce qu’il faut, la calomnie la police et l’intimidation aidant, pour empêcher les secours d’arriver à ces inébranlables confesseurs de la démocratie et de la liberté. En les affamant, on espère les dompter. Rêve. Ils tomberont à leur poste. En attendant, le temps se passe, les situations s’aggravent, et ce qui n’était que de la misère devient de l’agonie. Le dénuement, la nostalgie et la fin déciment l’exil. Plusieurs sont morts déjà. Les autres doivent-ils mourir ?

Concitoyens de la république universelle, secourir l’homme qui souffre, c’est le devoir ; secourir l’homme qui souffre pour l’humanité, c’est plus que le devoir.

Vous tous qui êtes restés dans vos patries et qui avez du moins ces deux choses qui font vivre, le pain et l’air natal, tournez vos yeux vers cette famille de l’exil qui lutte pour tous et qui ébauche dans les douleurs et dans l’épreuve la grande famille des peuples.

Que chacun donne ce qu’il pourra. Nous appelons nos frères au secours de nos frères.

Victor Hugo
18 juin 1854
Guernesey

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

%d blogueurs aiment cette page :