50 ans après en hommage aux tchécoslovaques morts pour la liberté lors de l’invasion soviétique

Prague 20 août 1968 en hommage aux valeureux combattants tchèques morts pour la liberté sous les coups des «vaillantes armées frère du pacte de Varsovie».

Il y a 50 ans, jour pour jour, en vertu de «l’assistance aux pays frères » Brejnev envahissait la Tchécoslovaquie.
Les tanks russes T 55 ont eu peur du socialisme à visage humain. Ils l’ont poignardé !
Un homme exceptionnel, héros des temps modernes, a voulu conduire son peuple vers la liberté, vers la joie, vers plus de justice.
Un totalitarisme brejnevien veillait hélas au grain.
La barbarie soviétique, la lâcheté du monde eurent  raison de l’humanisme d’Alexander Dubcek.
Mais au trébuchet de l’histoire l’humanisme a triomphé de la dictature soviétique.
Au trébuchet de l’histoire Hegel a écrit «la vérité, ici encore, est à la fin ».
Nous avons publié, il y a quelques jours, un article pour ceux qui voudraient se rendre à Prague. Nous y avons  parlé de Dubcek et du caractère si attachant du peuple  tchècoslovaque. https://blogazoi.com/2013/08/09/prague-ville-magique-entre-toutes/
Ceux qui ne l’auraient pas lu y trouveront son portrait et les raisons de l’invasion soviétique.
Il est un gène qui fonde l’ADN tchèque : c’est sa culture. Les soviétiques ont donc voulu l’encager, suivant en cela Albert Camus qui écrivit «… La culture ne saurait vivre ou meurt la dignité… ».
Mais c’était sans compter sur l’héroïsme de Dubcek. «La liberté est un bagne aussi longtemps qu’un seul homme est asservi sur la terre. J’étais libre et je ne cessais de penser à la Russie et à ses esclaves…». Albert Camus in les justes
Jan Palach tu n’es pas mort pour rien!

Le 2 juillet 1989 les hongrois ont démantelé le rideau de fer.
Peuple tchécoslovaque ton combat n’aura pas été vain. Les hommes libres du monde entier sont tes enfants!
Lorsque nous pensons à ton sacrifice et à la lutte désespérée d’Alexander Dubcek nous vient à l’esprit cette merveilleuse phrase d’Albert Camus: «Adieu je rentre dans l’histoire ou me tiennent enfermé depuis si longtemps ceux qui craignent de trop aimer». Albert Camus in les justes

Le drame d’Alexander Dubcek, Machiavel l’avait déjà pressenti.
«Le prince  qui veut faire entièrement profession d’homme de bien ne peut éviter sa perte parmi tant d’autres qui ne sont pas bons ». Machiavel in le prince

Peuple tchécoslovaque ton combat n’aura pas été vain et l’histoire t’a donné raison. Les sacrifices des meilleurs de tes fils n’auront pas été inutiles.
«Quand l’heur viendra de digérer, ce sera pour les Russes le moment des difficultés. Saint-Nicolas pourra  peut-être alors ressusciter les pauvres enfants que l’ours aura mis au saloir ». Lettre de Winston Churchill à De Gaulle en 1944.
Lecteur n’oubliez pas Alexander Dubcek !
Vous verrez dans les différentes vidéos l’héroïsme tchèque face à la vaillante dictature des armées du pacte de Varsovie !

 

Leo Keller

Prague ville magique entre toutes !

« Comment voulez-vous éduquer une nation qui n’a pas de tradition de liberté. Nous Tchèques, nous sommes un peuple malheureux. Notre ancêtre Czech, Dieu lui accorde une gloire éternelle, était un imbécile ! Il existe tant de jolis endroits au monde et voilà qu’il s’est arrêté précisément là où il s’est arrêté pour nous mettre entre les Allemands et les Russes. »

Nous vous invitons donc à aimer ce pays et d’en mieux apprécier son histoire tourmentée mais, ô combien, fascinante et attachante.

Ces propos tenus par Jan Masaryk dans l’avion qui le ramenait de Londres en Avril 1947 résument à eux seuls le périple de ce pays tant de fois disputé.
Ils en annoncent de façon prémonitoire un avenir qui sera tout sauf radieux pour ce qui sera encore 45 ans la Tchécoslovaquie avant que le prurit scissionniste frappe cette nation.
Il faudra moins d’un an à Masaryk-valeureux ministre des affaires étrangères d’un pays voué à la soviétisation (si tant est que l’on puisse parler de « vocation à être soviétisé ») pour être défenestré !
Que le lecteur veuille bien nous pardonner de rappeler les propos du Général de Gaulle en conseil des ministres après l’invasion soviétique : « … si la Tchécoslovaquie veut prendre son indépendance, nous y sommes favorables. A elle de décider. Nous n’avons pas à tout casser. La Tchécoslovaquie, c’est un pauvre diable de pays. Ce n’est pas une nation. C’est un pays artificiel, mal foutu. Nous pouvons le dire puisque c’est nous qui l’avons fabriqué… »
Ayant dit, le Général de Gaulle rejoignit la valeureuse cohorte du monde libre, USA en tête, trop content de laisser la Tchécoslovaquie abandonner ses rêves de «socialisme à visage humain ».

Pour autant cette situation ambiguë et périlleuse dessine et la chance historique de ce peuple et les dangers qui n’ont cessé de s’abattre sur lui dès sa création !
Pays constamment traversé il est devenu une terre d’échanges ; pays constamment envahi il fût une terre de contacts !

« Qui tient la bohème tient l’Europe. »

Cette maxime dont on attribue la paternité à Bismarck et à Napoléon Ier, était vraisemblablement au goût du petit père des peuples -alias Staline !

Cette situation permit aux tchèques de constituer un état à géométrie et géographie variables à travers le temps et qui est devenu le témoin et le théâtre des principaux bouleversements de l’Europe !
L’architectectonie du pays est le parfait reflet des diverses influences occidentales profondément ancrées notamment à Prague. Romane, gothique, renaissance, baroque, y ont successivement posé leur empreinte offrant à la ville de splendides édifices.

C’est déjà le premier charme de Prague.

L’histoire de ce territoire se confond avec celle de l’Europe.
À cet égard la Tchécoslovaquie est tout sauf un pomeorium. L’histoire tchèque est la grandiose héritière de sa géographie. Terre de passages, peuple de contacts !
Sans remonter à Marc-Aurèle l’on peut dater la naissance d’une organisation politique dès l’année 822. Vratislav I fut le premier roi du pays.

La Tchécoslovaquie est un kaléidoscope aux multiples nationalités. Slovaques, magyars, bohêmes, tchèques etc. Leur histoire compliquée, tantôt antagoniste tantôt harmonieuse, se bâtira à l’abri de leur forteresse naturelle.
Cette dernière leur sera fatale en 1938.

Au carrefour des routes venant d’Angleterre vers la Russie Prague devint très vite un centre où les échanges financiers, commerciaux et intellectuels foisonnèrent.
Grace à ce carrefour de civilisations le « libéralisme » ambiant attira toutes les minorités et nations.
Ainsi à Prague la communauté juive – malgré les pogromes qui accompagnèrent le passage des croisés en 1096- joua un grand rôle commercial et financier. Les allemands quant à eux, regroupés aux limites de la vieille ville, pratiquèrent aussi le négoce international.
Le pays bénéficia grâce aux allemands du « jure theutonico » ou droit allemand. Ainsi Cet humus judicieusement entretenu et exploité par les souverains fut la vraie raison du décollage des Pays tchèques et leur émergence au niveau européen.
Wenceslas, le roi béni des tchèques, imprime de façon indélébile leur Panthéon.
Lecteur lorsque vous flânerez dans Prague vos pas vous guideront malicieusement vers des rues, places, avenues portant fièrement le nom de Wenceslas ou Charles IV. Ils sont encore à ce jour respectés et chéris par le peuple tchèque. Ils ont voulu et permis l’éclosion et l’affermissement du caractère de ce peuple formidable. Charles IV fut le souverain bien-aimé car il scella l’affect tchèque et la grandeur monarchique.

L’affect tchèque c’est une joie de vivre ineffable, une tolérance envers les autres profondément ancrée dans leur âme, un courage indomptable, une gentillesse débordante, un esprit insatiable et curieux de tout.
Celui-ci a produit maints intellectuels. Telles des histones ils ont façonné la génétique du peuple tchécoslovaque! Enfin et surtout un amour de la liberté profondément enracinée et chevillée dans leur âme.
Ajoutez à cela que les femmes tchèques sont belles et ravissantes comme un cœur. Voilà toutes les raisons qui font de Prague et de la Tchécoslovaquie, un je ne sais quoi de magique et qui ramène en permanence mes pensées vers cette ville et ce peuple.

Mais ce melting-pot avant la lettre portait en germe les dissonances qui éclateront au XVe siècle. Charles IV érigea une bourgade formée d’éléments épars en une vraie ville posée sur l’écrin scintillant de mille couleurs des deux rives de la Vltlava. La création de l’université apporta un sang neuf à la cité médiévale. Prague devint une des villes universitaires les plus importantes et les plus prestigieuses d’Europe après Paris et Oxford. Elle fut d’ailleurs un des ferments de l’opposition à l’Eglise.

Jan Hus, un des pères fondateurs de la renaissance tchèque ; une personnalité très marquée.
Lecteur assidu de la Bible, il est viscéralement attaché à la « tchéquité ». Il est la « Tchéquité » ! Hus est un vrai révolutionnaire car il ne prêche plus seulement à l’intérieur de l’université ou de l’église. Il agit partout.
Le décor est planté, L’épreuve de force peut alors éclater. Hus et ses amis sont excommuniés en septembre 1410. Le roi de Bohème réplique en confisquant des biens ecclésiastiques. L’interdit est lancé sur Prague, et l’instruction du procès en hérésie contre Hus débute à Rome.

Condamné à mort il fut brûlé le 6 juillet 1415 après avoir déclaré : » ces évêques m ‘exhortent à me rétracter et à abjurer ; mais moi je crains de le faire pour ne pas être trouvé menteur devant le seigneur et aussi pour n’offenser ni ma conscience ni la vérité de Dieu »

Ce héros national révolté sera le premier martyre de la future idée protestante. Hus fut tout cela malgré lui !
Après Wenceslas et Charles IV Jan Huss est la troisième grande figure de l’histoire tchèque!
Les Tchèques disposent en Jan Hus d’une personnalité d’envergure européenne car ses efforts annoncent la réforme protestante qui se réclamera de lui.

Hus fut le gonfalon de la contestation tchèque du catholicisme romain. Il sera au confluent de la « tchéquité » moderne qui à partir du XVIe siècle va être déchirée entre catholicisme et protestantisme.
Le patriotisme Tchèque s’affirma en opposition à la nation allemande, l’université sera le terreau d’élection de cette prise de conscience. La ligne de fracture religieuse règlera les deux grands courants du pays.

L’histoire des défenestrations commence très tôt en Tchécoslovaquie. La première remonte au 30/07/1419

Un peuple à la moralité exemplaire

Celle-ci se manifeste jusque dans l’art militaire ; Lorsqu’en Europe les soldats arrêtent le combat pour dépouiller leurs ennemis vaincus, Zizka- chef de guerre hussite et stratège de génie- contraignit ses hommes à suivre des règles précises.
Son héritage guerrier et moral n’est pas négligeable. Le hasard, n’est pas innocent, si l’un des rares mots tchèques à être passé dans la langue française est pistolet « pista là ».

Phénomène unique en Europe la Tchécoslovaquie connut une vraie coexistence des différents courants religieux.
Parce qu’ayant souffert dans leur chair et dans leur « tchéquité » les protestants tchécoslovaques développèrent très tôt la tolérance comme vertu cardinalice.
Cette diversité des croyances ancra l’esprit de tolérance au plus profond de la raison tchèque.

Georges de PodeBrady, homme politique tchèque, demeure jusqu’à ce jour un personnage très populaire et sa dimension européenne s’est révélée avec son projet de paix mondiale qui annoncera Aristide Briand et les grandes organisations internationales du XXe siècle.

Avec les idées de la renaissance, les tchèques installent progressivement l’embryon de leurs institutions qui perdurera durant quatre siècles en Europe centrale.
La formidable originalité de la Réforme tchèque est qu’elle n’a pas demandé la tolérance pour une seule confession mais pour tous les rameaux du christianisme et autres minorités qui ont fleuri dans le pays.

Au XVI siècle ce fut l’âge d’or de la communauté juive. Prague y accueillit la fine fleur de l’intelligentsia juive qui en retour participa au rayonnement de Prague, tant sur le plan intellectuel que financier.
A telle enseigne que Prague sans le ghetto juif ne serait pas Prague.
Parmi les grandes figures de cette époque se trouve le célèbre rabbin Löw, théologien, philosophe, pédagogue, recteur de l’école talmudique.
Sa science inspira de nombreuses légendes dont celle du golem. Son disciple David Ganz se perfectionna dans les mathématiques, l’astronomie auprès du célèbre astronome danois Tycho Braho dont le successeur ne fût autre que Johannes Kepler.

Le royaume de Bohême tout en étant rattaché au Saint Empire Romain Germanique jusqu’en 1806 constitua un havre de paix pour tous et permit une vraie éclosion intellectuelle.
Prague la ville aux mille clochers !
À la fin du XVIe siècle Prague était devenue la ville cosmopolite par excellence .Ce sera sa chance et la clé de son développement !

L’histoire tchèque aura illustré la diversité d’approche de Kant et de Hegel.
En Tchécoslovaquie, celle-ci est tout linéaire. A cette aune, la Tchécoslovaquie aura connu, plus souvent qu’à son tour de tragiques retours en arrière.

La chance de la Bohême : elle saura plus tard s’émanciper et tirer –fort habilement-parti du problème majeur des Habsbourg : la conciliation de sa pente naturelle à éployer sa puissance au niveau européen et son inclination quasi congénitale à préserver ses droits féodaux, l’empêchant ainsi de tenir son rang durablement.
AEIOU « Austria est imperare Orbi Universo » « Il appartient à l’Autriche de régner sur le monde entier »
Heureusement pour Masaryk la Tchéquie aura deux lointains parrains qui la porteront sur les fonts baptismaux de l’indépendance : Joseph II (virtute et exempla) et le Chancelier de fer alias Otto von Bismarck, si injustement décrié.

Aussi en décembre 1620 la décision fut prise d’expulser de Prague tous les prédicateurs protestants. L’université Charles, alors normalisée passera sous la coupe des jésuites.
En pays tchèques rien n’est simple ; ce fût pour eux une formidable opportunité ! Heureuse. L’éducation jésuite a toujours été une éducation de l’excellence et de l’élite.

Un siècle après la défaite de la montagne blanche la Bohême hussite rentre dans le rang. Elle est désormais la fille obéissante de l’église !

La Bohême connut des 1775 un fulgurant essor économique. Sa production de fer représente alors le tiers de celle de la Grande Bretagne.

Joseph II s’avéra un libérateur et le joséphisme trouva ses appuis les plus fermes en Bohême. En octobre et novembre 1781 L’empereur et Roi édicta des dispositions dans le domaine religieux. Catholique mais anticlérical –une perle rare pour l’époque- Joseph II rétablit la tolérance, autorisant la présence des luthériens, calvinistes et les orthodoxes grecs et toutes autres minorités avec des restrictions toutefois pour les signes extérieurs. Lecteur que nous espérons toujours parmi nous, ayez une pensée pour lui lorsque vous déambulerez dans les ruelles pleines de charme et de mystère enténébrant du quartier juif. Il porte le nom de Josefov en éternelle reconnaissance.

Le réveil national tchèque

Lorsque l’on institua tardivement en 1791 une chaire de Tchèque à l’université de Prague cette langue était déjà enseignée depuis plusieurs années à l’académie militaire de Vienne.
Le réveil national tchèque relève tout autant de la langue que des armes.

Le romantisme accompagne la deuxième renaissance nationale tchèque. En 1805 le roman de Chateaubriand Atala est traduit en tchèque. Vous y verrez d’ailleurs une plaque montrant où le vicomte séjourna à Prague. L’histoire ne dit pas avec quelle jolie femme l’auteur du Génie du christianisme visita Prague !

L’esprit de tolérance tchèque permit grâce au protestantisme un essor économique colossal. Des 1832 le premier train relie Linz à Budovice.
Les Rothschild financent la liaison Vienne-Galicie qui traverse la Moravie et les pragois voient la première locomotive entrer dans leur ville en 1845.
Skoda, Tatra sont loin d’être des exemples isolés.

A la Veille de la révolution de 1848 les responsables politiques tchèques craignant le pangermanisme, le panslavisme et le dualisme austro-hongrois souhaitèrent paradoxalement la solution du maintien d’une Autriche-Hongrie où les différentes nationalités jouiraient de droits égaux.
Pour autant le patriotisme tchécoslovaque fût tout sauf assonance ; les dissonances y furent multiples voire contradictoires.

Une répression féroce frappe les Tchèques après juin 1848.
Le compromis de sortie de crise, en divisant la monarchie en deux, écartait le fédéralisme ardemment désiré par les tchèques et qu’à bon droit, ils pouvaient espérer, en raison de leur poids au sein de l’empire.

À Prague par exemple les 40 000 allemands se retrouvèrent rapidement dans une situation minoritaire.
L’histoire emprunte des chemins de traverse qu’elle redouterait si elle les connaissait.

Masaryk ou une conscience universelle!

Masaryk restera toute sa vie un lutteur exceptionnel. Il nous manque encore à ce jour ! Homme de combat, austère et intransigeant mais aussi un homme d’une profonde culture.
Démocrate exemplaire il a sa vie durant recherché le dialogue et le consensus. Au confluent des idéaux socialistes, nourri de sa propre expérience et d’une très haute idée qu’il se faisait de l’homme il s’est cependant fortement distancé du marxisme et des idéologies totalitaires. Il demeure encore à ce jour l’émerillon d’affourche de tous les démocrates.

Deux attitudes définissent la problématique tchèque. Parce qu’elle jouissait d’une économie et d’une industrie florissante la grande majorité de la classe politique tchèque désirait ardemment alors le maintien de l’Autriche-Hongrie et de ses vastes débouchés. Parce qu’elle était consciente de sa géographie, elle redoutait l’Allemagne et la Russie.

Les tchèques auront été à leur façon avant l’heure inversement bismarckiens. Pour autant un sentiment de solidarité slavophile et… bancaire les conduisait à rechercher l’alliance avec les pays slaves.

La Tchécoslovaquie va alors se heurter au mur de la querelle Tchéco- allemande qui empoisonna leur vie jusqu’en 45.

La difficile équation slovaque

Les slovaques danseront, tantôt une chaconne vers l’unité tantôt une passacaille slave et magyare.
La tâche de Masaryk relevait de l’équilibrisme, il se révéla un artiste hors-pair.

Tchèques et Slovaques se trouvent en 1914 dans des situations très différentes mais également périlleuse. Leurs ennemis ne leur font pas défaut.

Masaryk -parce que démocrate- était tsarophobe. Il était lié intellectuellement au monde anglo-américain.

Le 6 janvier 1918 les députés tchèques adoptèrent la déclaration de l’Epiphanie.
«Notre nation réclame son indépendance elle s’appuie sur son droit historique d’Etat et elle est tout à fait pénétrée du désir de pouvoir , en émulation avec les nations libres, contribuer dans un état souverain et démocratique comprenant ses pays historiques et son rameau slovaque au nouveau développement de l’humanité qui s’appuiera sur la liberté et la fraternité . »

La tâche fut ardue pour Masaryk qui dut se battre pour imposer sa république comme démocratique. Il ne concevait pas l’une sans l’autre.
Le nouvel état sera heureusement bâti sur ces fondations.
La violence n’est pas dans les traditions modernes tchèques. La formation du nouvel État tchéco-slovaque -orthographié avec un trait d’union jusqu’à l’adoption de la constitution de 1920 correspond bien à cette réalité.

En 1918 ni Masaryk ni Bénès n’avaient de certitudes affirmées quant à la de la lutte qu’ils avaient entreprise. Devant la montée des périls le 18 octobre 1918 le conseil national proclama la république Tchécoslovaque dans la déclaration dite de Washington.
Ce succès est dû à leur ADN, fait de tolérance, de joie, de sa géographie complexe, de sa culture et de son intelligentsia. Mais cette réussite n’aurait pas été possible sans cet homme exceptionnel que fut Thomas Masaryk. Thomas Masaryk dont on dit que la seule dictature qu’il exerça fut la « dictature du respect ».
Au Panthéon tchèque Masaryk occupe la première place devant Jan Hus, Wenceslas et Charles IV. La mémoire de ce bretteur intellectuel hors-pair est encore chérie à ce jour.

Touriste féru d’histoire ne manquez pour rien au monde de méditer devant sa statue face au château. Vous y aurez également le plaisir de contempler un panorama absolument somptueux de la ville de Prague.
Et bien entendu, il vous sera bonheur de visiter et de découvrir les splendeurs de la cathédrale ST Guy dont le style gothique est éblouissant. Laissez alors l’histoire vous saisir au château Hradschin.

La Première République

« Peuple tchécoslovaque ton rêve séculaire est devenu réalité proclamait fièrement le comité national dans sa première déclaration du 28 octobre 1918. Le 22 décembre 1918 Thomas Masaryk s’adressait à l’assemblée nationale » nous ne vivons pas un conte de fée …le monde est divisé en deux camps et dans ce terrible combat ceux qui défendaient les idéaux de justice l’ont emporté. Les idéalistes ont gagné, l’esprit a vaincu la matière, le droit, la force, la férocité et la ruse. »

Ce triomphe fut celui d’un des très grands hommes d’État du XXe siècle. L’État tchécoslovaque est devenu indépendant par la seule baïonnette des idées ! Dire que les minorités furent toutes ravies relève de la légende. Les Allemands (mais ils avaient perdu au fil des ans leur position privilégiée), une partie des Slovaques magyarisés (mais ils se sentaient malgré tous les efforts des tchèques comme citoyens de seconde zone) et une grande partie de la communauté juive furent réticentes à l’idée de l’indépendance tchécoslovaque.

Le nouvel état était consubstantiellement fragile, indubitablement occidentalisé mais sa démocratie délicatement ourlée. Composé d’un véritable kaléidoscope de minorités, il ne sut pas trouver sa vraie identité auprès de minorités qui sapèrent dès l’origine son unité.

Peuplé de 13 millions d’habitants, dans un territoire étriqué et allongé, coincé entre le marteau allemand puis nazi et l’enclume soviétique, la nation tchécoslovaque était exposée quasi ontologiquement aux pires menaces.
13 millions de tchécoslovaques dont 51% de tchèques, 14% de slovaques, 23% d’allemands soit 3 millions d’allemands, 5% de ruthènes, juifs etc.
Il y avait trop d’histoire dans si peu de géographie, trop de revendications pour un peuple tchèque qui ne savait pas ce qu’était la violence.

Les allemands grands perdants de la chute de l’empire Austro-Hongrois ne pouvaient qu’attiser les braises qui déstabiliseraient la République de Masaryk.

Une anecdote nous vient à l’esprit. Un journaliste interrogeait le dernier descendant de la Maison Habsbourg et lui demanda s’il comptait regarder le match de foot Autriche-Hongrie. Otto de Habsbourg eut alors cette délicieuse formule « Oui ! Autriche Hongrie mais contre qui ? »

La montée des périls.

Autant de bombes à retardement pour la jeune nation. Ses détracteurs eurent beau jeu de qualifier le nouvel état « d’Autriche-Hongrie au petit pied ».
S’il est un pays qui ne méritait point cette qualification c’est bien la Tchécoslovaquie.
D’abord parce que Prague avait une authentique politique d’intégration, ensuite parce qu’elle respecta scrupuleusement ses engagements et surtout -nation éminemment démocratique- son système parlementaire permettait à chaque minorité d’être représentée.
Ainsi dès la première république les tchèques se sont évertués à gommer et à effacer autant que possible les dissonances qui existaient eux et les autres nationalités.
Le régime communiste sut plus tard habilement jouer de ces antagonismes.

Le débat commence dès que l’on essaye de situer les slovaques par rapport aux tchèques Sont-ils un même peuple ? Leur linguistique est-elle bohême ? Ont-ils au sens où Ernest Renan l’entendait une même communauté de souffrances ?
Slovak vient du mot Slava qui signifie la gloire !

En octobre 1918 en vertu du droit à disposer d’eux-mêmes, les allemands des Pays Tchèques réclamèrent leur rattachement à l’Autriche. Après Munich la Tchécoslovaquie verra son territoire réduit comme une peau de chagrin et se fissurer telle une cathédrale dont on aurait arraché le voussoir !
Elle n’en est que plus attachante à notre cœur et à notre raison !

La prodigieuse réussite tchèque, en sa constitution adoptée le 29 février 1920 s’inspira des USA et de la France
-suffrage universel et proportionnel, les femmes votent dès 1919-(il faudra attendre 1945 et le General de Gaulle pour l’obtenir en France et 1990 pour que le dernier canton suisse l’accorde),
-des pouvoirs présidentiels équilibrés. Masaryk, Président de décembre 1918 à 1934, jouit d’une autorité sans commune mesure avec celle que lui accordaient les textes. Mais grâce à son magistère moral et à son aura, la Tchécoslovaquie bénéficia d’une influence dans le monde que ne justifiait pas son seul poids économique.
La Tchécoslovaquie traverse alors la crise économique des années 30 sans véritable séisme.
À l’aune de la crise actuelle qui voit malheureusement l’éclosion et l’influence pernicieuse des mouvements populistes de tous bords, cette rémanence est admirable.

Lecteur si vous deviez ne retenir qu’une seule idée concernant la Tchécoslovaquie ce serait celle-ci : Aucune vraie force d’extrême droite n’a corrompu le parlementarisme tchèque, à l’exception de quelques groupuscules fascisants ou fascistes qui ne dépassèrent pas 2 pour cent des suffrages.
Il en alla de même pour les partis d’extrême gauche tout aussi dangereux.
Le seul impact fort concerna sur la minorité allemande. En cette occurrence, hélas la fin de l’histoire fût tout sauf celle de Fukuyama !

Les handicaps inhérents à la Tchécoslovaquie.

Malgré une petite crise en 1926 l’industrie nationale connut un essor remarquable. En 1929 la production dépassait de 21 % celle d’avant-guerre. Les Tchécoslovaques surent se montrer et s’imposer comme de remarquables compétiteurs dans l’arène mondiale.

Pourtant, la crise mondiale ne tua pas comme souvent ailleurs en Europe la démocratie. Elle infléchit toutefois assez profondément la géographie électorale. Aux élections de 1935 la première force politique du pays était maintenant constituée par le parti allemand des Sudètes SDP.
L’esprit de Masaryk n’était pas taillé pour une démocratie émolliente !

La montée du péril nazi

La crise ambiante poussa les allemands des sudètes à accentuer leur tropisme pan- germanique. En Allemagne le chômage -mais à quel prix- y était moins fort qu’en Tchécoslovaquie.

Meme si les Tchèques ont tout fait pour intégrer les Slovaques dans la jeune nation, nombre d’intellectuels tchèques niaient la spécificité slovaque. Le problème était d’autant plus vif que les slovaques étaient moins urbanisés, et moins instruits que les tchèques.

À Prague on entendit de plus en plus « no slovensko so deplaci  » « on paye pour la Slovaquie ! »

La politique étrangère de Masaryk, anticommuniste car démocrate, avait ses contraintes. Sa politique étrangère était bridée en une redoutable tenaille par son éventail politique. Les Allemands des Sudètes bloquèrent toute politique antiallemande, l’importance de la gauche lui interdisait toute véritable défense face à Staline.
Ainsi Bénès refusa de prêter main-forte à la Pologne dans son conflit avec la Russie et tenta de jouer les bons offices dans l’affaire des réparations allemandes

Le traité Franco Tchécoslovaque du 24 janvier 1924 renvoyait aux règles de la sécurité collective alors qu’il aurait dû comporter une clause d’engagement bilatéral automatique.

Les trois piliers de la politique tchécoslovaque vinrent à se lézarder et à se fissurer .Le cynique Staline eut beau jeu de promettre une aide qui était subordonnée à 1’autorisation qu’elle savait ne pas pouvoir obtenir officiellement (le survol ou la traversé des territoires polonais et roumain) Prague commença à vaciller sous l’effet des pressions et des manquements à la parole donnée.

Le système politique de la Tchécoslovaquie est profondément marqué au sceau de la tradition protestante même si cette influence ne représente qu’un dixième de la population .Toutes mouvances confondues, la croyance religieuse fracture l’unité nationale. Force est de reconnaitre qu’elle est fortement prégnante en ses représentations identitaires et ses mentalités.

Comment ne pas évoquer Kafka ? Prague serait-elle ce qu’elle est dans l’imaginaire européen sans Franz Kafka
Kafka, juif allemand et « tchecophone », synthétise en sa personne les principaux éléments dont la coexistence fit longtemps la richesse de la Tchécoslovaquie.

Lecteur, ‘juste avant d’arriver place de la Vielle ville, où trône en majesté la statue du fondateur et martyr de l’âme tchécoslovaque, Jan Hus, arrêtez-vous devant la maison natale de Kafka et laissez-vous imprégner de sa mystérieuse et profonde écriture.
Mais en grâce lorsque vous serez, assis à une terrasse, dégustant une savoureuse bière tchèque admirez la parfaite harmonie asymétrique de cette place.
Vous y verrez des monuments les uns plus splendides que les autres et dont l’architecture variée ne lasse pas d’émouvoir.
Cette place est un concentré de tous les styles architecturaux. En faisant un effort vous y entendrez même Mozart composant un de ses opéras, probablement don Giovanni.

Quand l’histoire enténèbre l’histoire !

Si sur le terrain Prague contrôle bien la situation, elle ne peut en maitriser l’agenda international.
Munich, suggéré par les Britanniques et proposé par Mussolini, mirage d’une bouée de sauvetage des démocraties occidentales lâches et apeurées, scellera le sort de la vaillante mais isolée Tchécoslovaquie.
Le 30 septembre 1938 les accords de Munich furent assénés à un malheureux diplomate tchèque isolé qui faisait antichambre. Benes céda, contre une partie de son opinion prête à la résistance. Ce lui fut un déchirement, il ne s’avoua pas vaincu pour autant.

L’hallali était sonné, license de chasse offerte.

Ni Paris ni Londres bien entendu ne tinrent leurs promesses de garanties. L’Allemagne ne fut pas la seule à profiter de la curée. Les Polonais, ironie du sort et caprice de l’histoire, surent participer au dépeçage et rembucher la Tchécoslovaquie !

Le Président Hacha arriva à Berlin le 14 mars 1938. Après une nuit terrible de pressions -Hitler menaça de détruire Prague par bombardement aérien- Hacha accepta de remettre « avec confiance le sort du peuple tchèque et du pays entre les mains du Reich allemand».

Par la suite la Tchécoslovaquie transmettra par l’intermédiaire du chef du gouvernement des renseignements aux alliés tandis que les communistes tchèques se tinrent à l’écart. La Tchécoslovaquie n’avait pas dit son dernier mot.

Benes prit la décision fin 1941 de frapper un coup spectaculaire : le 27 mai 42, un commando parachuté d’Angleterre réussit son attentat contre Heydrich. Pour autant cette indéniable réussite aux plans international et symbolique fut un véritable fiasco intérieur.
Des représailles sans précédent décimèrent le protectorat : déportations massives, accélération de la « solution finale « otages massacrés (dont le général Elias). En outre et surtout les deux villages qui avaient abrité des membres du commando furent rayés de la carte. La résistance alors décapitée ne se relèvera pas de ses pertes.

Pendant ce temps Monseigneur Tiso fut à la tête de l’état croupion qu’était devenue la Slovaquie. Pour autant ce fut la première fois que la Slovaquie fut indépendante, indépendance toute relative puisqu’elle n’était qu’un appendice allemand.

Le gouvernement Tchécoslovaque en exil à Londres fut reconnu comme tel en juillet 1941 par les trois grands alliés. Benes obtint en 1942 la nullité des accords de Munich, et ce, y compris par la France libre du général de Gaulle.
Il chercha alors l’appui des alliés pour résoudre la question allemande en Tchécoslovaquie. En décembre 1942 Il écrivit à l’un des leaders sociaux-démocrates allemands des Sudètes : »les allemands sont 80 millions et la petite nation tchécoslovaque ne peut pas vivre en permanence avec un revolver allemand pointé sur sa poitrine.»

La politique étrangère tchèque

Bénès tout en n’ayant jamais éprouvé de sentiments particulièrement « sovietophiles», concédait à l’URSS deux points capitaux à ses yeux : elle n’avait pas pris part aux accords de Munich, dont il fallait effacer jusqu’au souvenir, et elle était prête à soutenir le rétablissement de la Tchécoslovaquie d’avant-guerre.
En fin connaisseur des relations internationales il prévoyait une rupture du pacte germanophone soviétique. Dès 1941 il rétablit à Londres les relations avec Moscou.
Prague a toujours eu des hommes d’État dont l’intelligence aiguë était à l’étroit dans leur pays.

Fin diplomate en se rapprochant de Moscou, Benes désarmait les critiques du parti communiste tchécoslovaque et il évitait la mise au pas réservée à la Pologne. Il avait ainsi les coudées franches tant au plan intérieur qu’au plan extérieur.
Cette analyse s’inscrivait parfaitement dans le futur rapport de forces en Europe centrale. C’est pourquoi il collabora avec l’URSS et signa en décembre 43 à Moscou un traité d’amitié et d’aide mutuelle.

Bénès a-t-il été naïf. D’aucuns l’affirment. Pour autant il n’en aura pas été le premier à s’être laissé berner par Iossif Vissarionovitch Djougachvili alias Staline. Les appréciations portées sur ce traité sont très contradictoires. D’aucuns reprochent à Bénès d’avoir manqué de lucidité et de s’être jeté dans la gueule du loup en privant ainsi la Tchécoslovaquie des moyens de résister à l’emprise soviétique ultérieure et en confortant le parti communiste. D’autres pensent au contraire qu’il aura réussi à retarder la soviétisation de son pays.

La Tchécoslovaquie a subi des pertes colossales durant la guerre. Sur une population d’environ 13 millions d’habitants, 320 000 personnes périrent, dont 235 000 en camp de concentration. Sur une population de 117 000 juifs avant la guerre 80 000 juifs furent exterminés dans les camps de la mort.

Le 4 avril 1945 le social-démocrate Fierlinger, sympathisant de la cause communiste constitua le gouvernement. Ludvik Svoboda fut ministre de la défense, et officiellement sans parti. Les bolchéviques ont toujours eu une dilection pour les « idiots utiles ».On connait hélas la fin de l’histoire !
Le parti communiste tchécoslovaque disposait d’une vice-présidence, Klément Gottwald, de sinistre mémoire, des portefeuilles de l’intérieur et de l’information, du secrétariat d’Etat aux affaires étrangères, le parti communiste Slovaque obtenant une autre vice-présidence ainsi que l’agriculture et le travail.

En politique étrangère, priorité était donnée à de bonnes relations avec l’URSS. La conférence de Potsdam de l’été 1945 autorisa la Tchécoslovaquie à expulser les Allemands : 660 000 avaient déjà quitté le pays – volontairement ou parfois de force -le déplacement se fit à partir de janvier 1946 pour 2 255 000. Il ne resta que 150 000 allemands en Tchécoslovaquie.

Avec le triomphe du PC le 26 mai 1946, 38% des voix -loin devant le parti socialiste national de Benes, les communistes posèrent les premiers jalons. La mise au pas et la mise en coupe réglée pouvaient désormais commencer !

Le 30 mai 1948 les élections avec liste unique (déjà) donnèrent près de 90 % des voix au Front National.
Édouard Bénès refusa de signer la nouvelle constitution de démocratie populaire qui lui était soumise et démissionna le 7 juin. Le 14 Klément Gottwald était élu président de la république, il ratifia la constitution le lendemain.

Le 10 mars c’est le dernier acte du drame. On trouva le corps de Jan Masaryk au pied de son appartement du Palais Cernin. Des « langues mal intentionnées »suggérèrent qu’il eut pu être défenestré.

Que le lecteur veuille bien nous pardonner de convoquer l’humour caustique de Sir Winston Churchill. » Les méchants ne sont pas toujours hostiles et les dictateurs n’ont pas toujours raison »
« There are a terrible lot of lies going about the world, and the worst of it is that half of them are true ».
De la même façon en histoire il se trouve que les mauvaises langues sont parfois bien informées.

La Tchécoslovaquie devenait ipso facto une position géostratégique de l’Union soviétique qui la voulait à ses ordres.

Après le coup de Prague une nuit tout sauf américaine !

La Tchécoslovaquie connut alors trois ans durant le pluralisme et une liberté dont ses voisins furent plus rapidement privés qu’elle. Aurait-elle pu obtenir plus ? La Tchécoslovaquie aurait-elle pu être finlandaise ou autrichienne ?
Nul ne peut y répondre à coup sûr !
Pour cela il eût fallu que l’inclination américaine pour elle fût plus forte et que l’intérêt que lui vouaient les soviétiques pour sa position stratégique plus faible.
Géographie tant enviée, histoire savante !

La Tchécoslovaquie vitrine de la détente, tant que la coexistence issue de la guerre subsista, elle bénéficia d’un statut particulier.
Dès lors que la logique des blocs triomphait, elle fut condamnée !

La prégnance Munichoise, toujours aussi forte après la fin de la guerre, l’URSS apparut aux tchèques dont on peut comprendre la crédulité, comme la garante de leur existence nationale.
L’épuration communiste s’abattit sur 400 000 personnes qui perdirent leur emploi.
100 000 citoyens tchécoslovaques furent impliqués dans des procès d’opinion de 48 à 1954.
40 000 personnes purgèrent dans les geôles staliniennes 10 ans de leur vie !
D’aucuns estiment que 80 à 200 000 individus transitèrent dans des camps de travail forcé. 232 condamnations à mort furent prononcées, 178 furent exécutées.

Le procès Slansky en 1948 fut loin d’être unique.
Dans ce procès plus 11 prévenus étaient d’origine juive, ce qui permettait de conforter ainsi la paranoïa antisémite qui animait l’ancien séminariste de Tbilissi et chef du Kremlin.

En filigrane la permanence de la question slovaque resurgit. Elle rebondira dans les années 60. Ce conflit de rivalité tchéco-slovaque est le véritable fil conducteur de l’histoire de la Tchécoslovaquie.
Au jeu des sept familles de l’exacerbation des nationalités Staline se révéla un joueur hors normes

Cette rivalité atteindra son acmé en 93.

Les hirondelles du printemps

Prague martyrisée, Prague outragée mais Prague libérée par elle-même, libérée par l’ombre portée de Thomas Masaryk. (Le lecteur nous pardonnera de ne point mettre des guillemets dans cette phrase car le Général de Gaulle ne l’avait pas prononcée à propos de Prague)
L’ombre de ces procès a plané sur la Tchécoslovaquie plus longtemps que sur tout autre des pays satellisés par l’URSS.
La tardive réhabilitation des victimes en est l’illustration.
Le 22e congrès du PC soviétique en 1961 cassa les jugements de Prague mais il se garda pourtant bien d’en réhabiliter les victimes.
Gustav Husak, comme tant d’autres notamment, ne pouvait pardonner ses 10 ans d’emprisonnement de 1950 à 1960 et son strapontin de chercheur.
Demeure la lancinante question ! Pourquoi les communistes tchèques furent-ils si longtemps communistes?
Pays de paradoxes !

En Tchécoslovaquie ce sont les intellectuels qui ont permis l’accession à l’indépendance, ce sont les intellectuels qui ont permis le Printemps de Prague. Ce sont les intellectuels qui déclencheront la révolution de velours.

La Tchécoslovaquie un pays de paradoxes.

La Slovaquie est malmenée, Klément Gottwald et Antonin Novotny « regnante ».
Et pourtant c’est un Slovaque, nommé Alexandre Dubcek qui va carguer les voiles de la liberté en un moment unique de l’Histoire qui a soulevé le monde entier d’une profonde émotion et joie !
Mais cette joie s’est très vite retournée en une immense tristesse, lorsque le camarade Brejnev a gratifié Dubcek d’un baiser à la russe sur la bouche : le baiser de la mise à mort !
La brèche était ouverte et les intellectuels s’engouffrèrent dans une épreuve de force avec le pouvoir qui ne sut y répondre que par la violence policière : prisons et exclusion sur le pays, ce qui n’empêcha pas le pouvoir de glisser des mains de Novotny.
Ce sont les intellectuels qui ont ouvert la brèche. La Tchécoslovaquie a toujours été une nation d’intellectuels.

Enfin juin 1968 il y a une suppression de la censure, Le manifeste des 2000 mots pour mesuré qu’il fut est publié le 27 juin. Cet Appel à la consolidation des acquis du printemps, modéré dans le ton, fit cependant l’effet d’un brûlot.
Vaculyk exhorta ses compatriotes à prendre leur destin en main.
Il prônait l’adhésion au socialisme, ce qui est tout à son honneur. C’était l’ébauche d’une sociale démocratie. Un sondage révéla que cette nation pour autant qu’elle rejeta le communisme ne souhaite pas le retour au capitalisme.

Dubcek va libéraliser le régime, le débarrasser de toutes ses scories- sans toutefois remettre en question en cause- le rôle dirigeant du parti. Nous avouons avoir du mal à comprendre cet oxymore. Mais cela ne nous a point empêché de clamer haut et fort son nom lors d’une représentation le 23 août 11 de Nabucco à l’opéra de Prague.

A Prague, et dans le monde entier ce fut un déferlement de joie. La révolution de 1968 fut littéralement portée par un peuple entier qui redécouvrait la fierté de son appartenance nationale. La solidarité de classe reléguée aux oubliettes de l’histoire. Mais une communauté nationale redécouvrant l’éthique et des valeurs
Vaclav Havel coulera plus tard ses pas dans ce moule éthique.
En adoptant un système fédéral, Dubcek su redonner toute leur place aux Slovaques mais les dés pipés étaient déjà violemment jetés.

Du printemps à l’hiver de Prague

Par la force des kalachnikovs accompagnées de la cacophonie des tanks T 55, l’orchestre du Pacte de Varsovie dirigé par la main de fer que fut ce grand démocrate Brejnev, entra dans la fosse. La pièce fut jouée en dépit de l’absence de cet autre grand démocrate Ceausescu. Mais c’est là une autre histoire.
Lecteur qui déambulez joyeusement dans cette si belle ville ne l’oubliez pas.

Dans la nuit du 20 au 21 août 1968, 30 ans après l’invasion des criminels nazis une horde de barbares s’abat sur la malheureuse Tchécoslovaquie qui n’en peut plus ? Ses dirigeants furent séquestrés par Moscou qui exigea qu’ils signent un protocole demandant –selon la formule consacrée- assistance et aide aux « pays frères ».
Les combats firent rage.
Lecteur, en souvenir de leur combat pour notre bien le plus précieux la liberté, recueillez-vous sur la tombe de Jan Palach qui s’immola par la feu en une résistance pathétique. Vous y admirerez les Champs-Elysées pragois.

Lecteur ne soyez pas surpris lorsque vous verrez dans certaines rues les impacts de balles dans les murs. Ils témoignent de la leçon de courage que ce peuple a administré une fois de plus au monde occidental.
Le PCT accepta de sacrifier les héros d’un printemps fugace en échange de la non-intervention des cinq petits camarades. Trouver des vassaux ayant un minimum de légitimité se révéla cependant une tâche ardue pour Moscou, les occupants pratiquèrent la tactique du salami qui consista à éliminer par touches successives les hommes du Printemps de Prague.

Acromégalie du cynisme soviétique, Dubcek, Svoboda et leurs camarades allaient être eux-mêmes les acteurs de ce processus ! Ils furent pour certains des collaborateurs plus ou moins volontaires de ce début de « normalisation « , les autres furent très vite éliminés !
Evitons de les charger au trébuchet de l’histoire ignorante, ils pensaient sincèrement qu’il était possible de négocier et de préserver les principaux acquis de 1968 .La violence n’est pas consubstantielle à l’âme tchèque, la foi dans la raison et la liberté sont leur ADN !
Qu’il soit permis à l’auteur de ces lignes un souvenir personnel. Le sport n’est pas tant s’en faut notre principal loisir, j’ai cependant regardé la retransmission des matchs de hockey sur glace URSS- Tchécoslovaquie en 1968. Cette dernière a écrasé ses «libérateurs » la joie et les larmes de peuple restent gravées de façon indélébile en ma mémoire.

Mais les intellectuels tchécoslovaques sont de la trempe de ceux qui luttent et résistent. Très vite ils se battirent à nouveau, s’appuyant sur la charte des 77 d’Helsinki et portèrent sur les fonts baptismaux ce qui allait devenir la « Révolution de velours ».

A l’époque hormis Henry Kissinger –plus fin prophète que d’aucuns le pensaient- beaucoup doutaient de la puissance révolutionnaire de cette charte.
Vaclav Havel, Jiri Hayek et tant d’autres surent pourtant et fort heureusement saisir cette opportunité.

Cette charte signée à ses débuts par 243 intellectuels fut une vraie lame de fond. Vaclav Havel et ses amis résolurent d’agir en s’appuyant sur les conventions internationales et l’acte final d’Helsinki ratifiés par le parlement tchécoslovaque en 1976.
C’est ainsi que naquit la charte 77, mouvement pluraliste dont l’idée centrale était le respect des droits de l’homme.
A la fin de l’année on comptait 800 signataires.

La révolution de velours
« Mais était-ce une révolution ? Non, sire une révolte » Le lecteur nous permettra –du moins l’espérons-nous- d’avoir inversé l’ordre des mots.
Il fut plutôt l’écroulement d’un régime sclérosé. Une révolution requiert une violence dont les tchèques sont peu friands.

Vaclav Havel écrivait en 1991 « le retour de la liberté dans une société en complète déliquescence morale a provoqué ce qui était inévitable et donc prévisible, mais incomparablement plus grave que ce qu’on pouvait attendre : la révélation fracassante des pires comportements humains comme si tous les mauvais côtés de l’homme, les plus gênants ou du moins les plus ambigus, cultivés par cette société pendant des années sans que nous le comprenions ,et réintégrés à notre insu dans le fonctionnement quotidien du système totalitaire ,s’étaient émancipés de cette tutelle en acquérant enfin la pleine liberté en acquérant enfin la pleine liberté de s’épanouir… »

Après la « Révolution de velours nouveau drame ! C’est la scission ! Les dirigeants tchèques et Slovaques n’ont rien fait pour l’enrayer ! Tous les sondages laissaient présager un rejet de la scission par leurs concitoyens. Ils ont confisqué la question à l’opinion de leurs concitoyens. Comme si pour la première fois de leur histoire les tchécoslovaques étaient fatigués et lassés de lutter.
Comme s’ils étaient désabusés après tant d’héroïques combats !

De la séparation à l’union européenne
Les expériences de ces deux peuples ne sont pas seulement différentes et elles sont souvent antagonistes.
En juillet la Slovaquie proclama sa souveraineté entrainant la démission de Vaclav Havel. Le 1er janvier 1993 surgissait une nouvelle frontière en Europe contre la volonté des peuples. Ils avaient cru être au volant de l’histoire, les caprices de cette dernière leur en ont retiré les manettes.

La Tchécoslovaquie ayant subi tant de malheurs dans sa chair va donc se jeter à corps perdu dans l’aventure européenne résolument tournée vers l’ouest et notamment vers les USA. Elle prendra toutes ses distances avec la Russie qui n’évacuera la Tchécoslovaquie qu’en Juin 1991

« The fault, Dear Brutus, is not in our stars.
but in ourselves, that we are underlings”
“La faute, cher Brutus, n’est pas dans nos étoiles.
Mais en nous-mêmes, si nous sommes des sous fifres”
Shakespeare

Peuple tchécoslovaque mon cœur et ma raison ne comprennent pas !
Peuple tchécoslovaque épris de liberté et d’intelligence, qu’as-tu fait de ta liberté et de ton intelligence avec ta sécession ?
Peuple tchécoslovaque as-tu donc perdu foi en ta joyeuse insouciance ?
Peuple tchécoslovaque pourquoi as-tu quitté les chemins de la raison ?
Peuple tchécoslovaque, ne crois-tu donc plus au bonheur après tant de luttes héroïques ?
Peuple tchécoslovaque qui nous a donné les musiques aussi somptueuses de Smetana, pourquoi as-tu « donc vendu ta fiancée » ?
Peuple tchécoslovaque qu’as-tu fait de ta souveraineté retrouvée en épousant des querelles nationalistes dignes d’un autre âge et de nations vieillissantes et étiolées ?
Peuple pétri d’intelligence et d’humanisme est-ce cela ta réponse ?
Peuple joyeux entre tous qu’as-tu fait de ton bonheur retrouvé ?
Peuple tchécoslovaque mon cœur et ma raison ne comprennent pas.
Peuple tchécoslovaque explique moi je voudrais tant comprendre !

La culture tchécoslovaque est certes redevable à l’Europe de Shakespeare, de Molière Goethe ou Dante. Elle nous a apporté à nous européens au moins autant par leur courage indomptable, leur ouverture d’esprit bien antérieure au Siècle des Lumières. Leur joie éternelle reste pour nous un exemple. Ami lecteur, lorsque vous vous serez recueilli devant la statue de Jan Hus et après avoir déposé une fleur sur la tombe de Jan Palach place Wenceslas ne l’oubliez pas !

Leo Keller

Présentation Alexander Dubeck :

Bataille de Prague (1968):

Bataille de Prague – 2 (1968):

Invasion des tanks du Pacte de Varsovie :

Interviews :

Alexander Dubcek à Bratislava :

La révolution de 1989

Prague fête la victoire de la révolution de velours :

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