Combattre Eric Zemmour. Par Maître Mario Stasi Président de la LICRA

Eric Zemmour a fait sa rentrée, tout le monde a pu le constater. À chaque fois un peu plus, il se radicalise.
Par Maître Mario Stasi

S’adressant à l’animatrice Hapsatou Sy, il a déclaré dans l’émission de Thierry Ardisson « Salut les Terriens » : «Votre mère a eu tort de vous appeler ainsi. Elle aurait dû prendre un prénom du calendrier et vous appeler Corinne par exemple, ça vous irait très bien.». Cette dernière a également rendu public un extrait coupé au montage dans lequel Eric Zemmour poursuivait ainsi : «C’est votre prénom qui est une insulte à la France. La France n’est pas une terre vierge. C’est une terre avec une histoire, avec un passé. Et les prénoms incarnent l’histoire de la France.».
La question des prénoms est une vieille antienne qui hante les livres, les aigreurs et les articles d’Eric Zemmour et il fait déjà fait le coup il y a un an dans des termes quasi identiques réclamant des « prénoms chrétiens » pour tout le monde.
Face à de tels propos, nous avons une responsabilité : combattre l’idéologie véhiculée par Eric Zemmour et y répondre avec les arguments de la raison, de l’Histoire et de l’universalisme. Nous ne devons pas nous laisser endormir par ce discours de haine lancinant qui gagne du terrain et et forge l’opinion faute de combattants pour lui barrer la route. Il nous faut reprendre un à un les outils de la critique qui sont à notre portée et dont la société a trop souvent abandonné l’usage pour disqualifier Eric Zemmour, démontrer l’inanité de son propos, dire la dangerosité et la violence de son discours et montrer au plus grand nombre les effets délétères de cette escroquerie intellectuelle.
Combattre Zemmour, c’est tout d’abord rappeler qu’il est un « troll », qui n’existe et ne vit que par la polémique et l’intox. Ceux qui l’invitent à des émissions à des heures de grande écoute, ceux qui remplissent les vitrines des librairies avec ses livres, ceux qui chroniquent ses débordements quotidiens participent à son succès, son audience et il faut le dire, profitent avec lui cyniquement des revenus générés par sa petite entreprise réac.
Combattre Zemmour, c’est expliquer qu’il a une vision carcérale de l’identité qui vise à enfermer la France dans des racines falsifiées et une histoire instrumentalisée à des fins de propagande identitaire. La France de Zemmour n’a jamais existé, sauf dans l’esprit de ceux qui l’ont placée, un jour, au bord de l’abîme en désignant les bons et les mauvais français comme lui distribue les bons et les mauvais prénoms.
Combattre Zemmour, c’est rappeler qu’il souhaite promouvoir la répétition immuable du même, dans une France figée par le calendrier des saints catholiques et bannir, jusque dans l’état civil, toute forme de diversité, de mixité mais aussi de libre choix. Son objectif est de réduire la France à des racines uniques, monocolores et éternelles, à l’image de Robert Ménard auteur d’une proposition de loi sur la « francisation » des prénoms.
Son obsession pour les prénoms est la même que celle qui faisait écumer de rage Charles Maurras devant les noms d’origine juive de certains commerçants de Paris. Son obsession à vouloir passer les prénoms à l’acide identitaire est la manifestation d’un nationalisme de l’état civil qui, sous couvert d’assimilation, est une machine infernale à générer une culture victimaire qui fait le bonheur des Indigènes de la République. Son obsession pour les prénoms, c’est en réalité une machine à discriminer, à jeter à la face de tous ceux qui n’ont pas le prénom désiré par Zemmour le fait qu’ils sont des Français de seconde zone. Au prétexte de vouloir prétendument intégrer les français issus de l’immigration, il offre aux racistes tout le kit argumentaire pour les exclure.
L’attachement à la France, à ses valeurs et à ses principes n’est pas liée au prénom et à son degré d’ancienneté, de prétendue « francité » ou à son rang dans le petit calendrier certifié conforme par Eric Zemmour et son orchestre. Il est facile pour lui, confortablement installé sur les plateaux de télévision, de déverser sa haine sans contradicteurs. Mais face à la réalité ce que qu’est la France, sa parole est réduite au néant : qu’il aille expliquer, dans les yeux, à Latifa Ibn Ziaten que son fils Imad, militaire de l’armée française assassiné par Mohamed Merah, serait une « insulte à la France ». Qu’il explique aux survivants de l’Hypercacher que Lassana Bathy, leur sauveur, serait un salaud à cause de son prénom « pas assez Français ». Qu’il se rende à la maison d’Izieu pour expliquer que Miron Zlatin, qui cachait des enfants juifs avec son épouse Sabine, serait un mauvais français parce qu’il n’avait pas « francisé » son prénom. Comme le lui a rappelé le préfet Frédéric Potier, DILCRAH, qu’il regarde la liste des militaires français morts pour la France et qui selon lui sont la honte de notre Histoire : ils s’appellent Heiarii, Dejdiv, Svilen, Beitcha, Heimana, Facrou, Gerhardus, Kisan, Mohammed, Goran, Jozsef, Eugen, Melam, Ihor, Djiakariaou, Kamel, Alan, Attoumani, Patelise, Simah, Harrifou, Gregorio.
Leurs prénoms incarnent, n’en déplaise à Eric Zemmour, l’Histoire et l’honneur de la France.

Mario Stasi, Président de la LICRA
Paris 21/09/2018

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