La Politique étrangère de Trump:La grenouille qui se veut faire aussi grosse que le noeuf par Leo Keller

La Politique Etrangère de Donald Trump: La grenouille qui se veut faire aussi grosse que le bœuf !
Par Leo Keller

Dans la conférence entre les Athéniens et les Méliens, Thucydide pointe un phénomène passionnant qui nous ramène à Donald Trump Président des Etats-Unis d’Amérique.
« The Melians made this reply, and the Athenians, just as they were breaking off the discussion, said: ‘Well, at any rate, judging from this decision of yours, you seem to us quite unique in your ability to consider the future as something more certain than what is before your eyes, and to see uncertainties as realities, simply because you would like them to be so.” 1

A mesure–élection présidentielle oblige–que les feux de la rampe s’affadissent pour Donald Trump, nous allons tenter une première analyse de sa politique étrangère.

D’aucuns, à commencer par lui-même, pensent qu’il a été le meilleur président que les États-Unis d’Amérique aient jamais connu. Visiblement au bout de trois ans et demi, force est de constater que la chère n’a pas valu le fumet.
Gardons-nous cependant d’oublier que l’on ne saurait ériger un mur étanche entre les politiques étrangère et intérieure d’un pays a fortiori lorsqu’il s’agit des États-Unis où la prégnance missionnaire américaine est si manifeste.

Nous nous limiterons donc à considérer- certains diraient psychanalyser- la seule politique étrangère de Donald Trump en laissant de côté la politique intérieure et économique du président.

Les Anglais ont une délicieuse formule: « Where we stand, depends on where we sit.” Nous ne cacherons donc pas notre parti pris; Donald Trump is not our cup of tea neither our Bourbon !

Pour autant nous tâcherons à défaut d’être objectif, car l’objectivité n’existe pas, d’être honnête dans notre réflexion. Nous nous laisserons guider tout au long de ces courtes lignes par le triple questionnement :

– La politique étrangère de Trump rendra-t-elle les USA plus forts ou plus faibles au sortir de sa présidence ?
– La politique étrangère de Trump sera-t-elle génératrice de plus ou moins d’instabilité et de dangers dans le monde ?
– L’unilatéralisme tant vanté par lui et, hélas reconnaissons-le, étant la marque du Zeitgeist, restera-t-il désormais la marque américaine dans le monde ?

Nous avons voulu nous poser un certain nombre de questions.
Quelles sont les erreurs de Trump qui engagent sa responsabilité partielle ou totale ?
Quelles sont celles qui relèvent d’un monde qui a changé, et pour lesquelles sa marge de manœuvre est limitée ?
Aurait-il pu mieux faire ?
Quels sont les errements qui seront aisément réparables ?
Quels sont ceux qui affaibliront durablement non pas tant l’hégémon américain mais la perception que les autres pays en ont ?
Nous tâcherons donc de répondre à ces questions en deuxième partie.

Au commencement était le verbe !

Dans un autre ordre d’idées, pouvons-nous lui trouver des qualités, des succès ? Ou bien est-il quasi ontologiquement incapable de conceptualiser une politique assurant tout à la fois les intérêts américains et un minimum de stabilité dans le monde ? Et si oui, alors pourquoi ?
Ou pour le dire autrement possède-t-il les qualités et les connaissances qui chantournent l’étoffe d’un Président ?
Avouons-le ; nous partageons le jugement limpide et impeccable de Nicole Bacharan, experte reconnue et précise des Etats-Unis.
Dans un livre saisissant, elle conclue ainsi [tous les leaders illibéraux que Trump admire] « Chacun a son style. Chacun a sa manière. Mais tous utilisent les mêmes artifices populistes. Tous célèbrent la détestation de l’humanisme. » 2
« Il nous faut aller plus loin encore : analyser le phénomène Trump oblige à s’interroger sur la santé de la démocratie américaine et la pérennité de ses valeurs. Comment des citoyens libres, héritiers de deux cent quarante ans de démocratie, peuvent-ils en effet accorder leur préférence à un homme qui, pendant toute la campagne électorale et depuis qu’il a accédé à la Maison-Blanche, ne cesse d’afficher non seulement son ignorance mais son refus de se hisser à la hauteur de sa fonction ? En quoi la démocratie, le libre marché et l’Etat- providence ont-ils failli ? » 3
Ce triste constat et hélas tellement vrai nous interpelle. Il suffit de le corréler à l’oraison funèbre de Périclès prononcée dans la guerre du Péloponnèse, et la réponse est hélas évidente.

La politique étrangère porte toujours la marque et le sceau du Président des États-Unis.
Au commencement était le verbe. Donald Trump est un adepte forcené du discours perlocutoire. Accordons-lui toutefois les circonstances atténuantes. Il n’est ni le premier ni le dernier chef d’État à se conforter, à se réfugier et à s’éjouir de cette technique.

Ainsi Henry Kissinger rapporte la réflexion pétillante d’intelligence de Metternich :
« Le problème est inédit. Jusqu’ici, en effet, Saint-Pétersbourg a fait si souvent la preuve de son inconstance que même les estimations les plus sobres permettaient de supposer qu’une entreprise aussi peu probable que la conquête de Moscou… conduirait Alexandre à négocier. Or cet espoir a été déçu ; si la Russie n’a guère eu de peine à sacrifier les intérêts de ses alliés, on n’a pu la décider à sacrifier les siens. » 4

Ce rappel historique correspond à merveille à la gestion des relations internationales par Trump vis-à-vis des dirigeants étrangers –notamment des autocrates qu’il admire par-dessus tout–virilité stupide oblige. Force est de constater que l’inconstance et la naïveté de Trump fourvoient son jugement et son action.
Xi-Ji Ping, Poutine, Kim Jung-on, en sont l’illustration la plus visible. Loin de nous l’idée qu’une politique étrangère doit être parole d’Évangile. Bien au contraire !
Ainsi Charles Zorgbibe rapporte les propos de Kissinger lors d’une conférence de presse : « Cette foutue doctrine, c’est nous qui l’avons écrite. Nous pouvons aussi bien en changer. » 5

Rarement la politique étrangère des USA aura été gravée de façon immarcescible- au marbre des certitudes forgées dans la simplicité adamantine de son président. Nous le verrons au cours de ces quelques lignes, rarement président américain aura autant divergé des analyses de sa propre administration.

Jamais un président américain n’aura autant humilié, méprisé et déprisé ses propres services de sécurité et de renseignement. Jamais un président américain n’aura autant moqué et raillé ses généraux et ses diplomates.
Citons à cet égard Nicole Bacharan qui rapporte dans son livre les propos tenus par Trump en Janvier 2019 : « Peut-être que les services secrets [américains] devraient retourner à l’école ! Ces agents du renseignement semblent extrêmement passifs et naïfs face au danger iranien. Ils ont tort ! Quand je suis devenu Président, l’Iran créait des problèmes partout dans le Moyen-Orient et au-delà. Depuis la fin de l’horrible accord nucléaire, ils sont très différents. » 6

Jamais un Président américain n’aura autant accordé sa confiance à des partenaires-rivaux étrangers contre l’avis de ses propres services !
Jamais au grand jamais, un Président américain n’aura renié les valeurs de l’Amérique, phare de la liberté. Cela non plus est loin d’être neutre quant à son rayonnement !

Si nous voulions résumer d’une seule phrase la personnalité de Trump et sa problématique, nous ferions appel à un orfèvre en la matière : Philippe Moreau Defarges qui a formé tant de nos diplomates et qui connait à merveille les ressorts les plus profonds de la politique internationale.
«Tout nouveau venu sur la scène mondiale est convaincu que lui saura se libérer des lois archaïques de l’histoire par un atout ou une qualité que ses prédécesseurs n’avaient pas.» 7

Nous ne voudrions pas abuser des citations, mais nous ne pouvons résister à ce savoureux épitomé qui a le goût des béatilles des agapes royales.
Ainsi quelques mois après avoir reçu la démission de son Secrétaire à la Défense James Mattis et qu’il avait en d’autres temps couvert d’éloges, Donald Trump n’hésite pas à déclarer le 14 octobre 2019 à son propos que Mattis est : « The world’s most overrated General. »
Interrompant–grossièrement mais quid novi–le Sénateur Schumer qui lui rappelait les analyses de Mattis– Trump continue de plus belle : « You know why? He wasn’t tough enough, » Trump said, according to the aides. « I captured ISIS. Mattis said it would take two years. I captured them in one month. » 8
Sic luceat lux !

Lorsque Trump prit connaissance de la lettre de démission du Général Mattis, il n’hésita pas à se servir de son arme favorite : les Fake News pour asséner qu’il l’avait « essentially fired. »
Dans le meilleur des cas cela prouve–après tant de départs des membres les plus éminents de son administration- ceux que l’on appelait les adultes- que Trump- Commander in Chief–soit ne sait pas gérer ses troupes, soit ne sait pas les jauger, soit est incapable de fixer un cap et de s’y tenir.

Le Président Lincoln aimait le « robust debate », Obama avait l’exceptionnelle intelligence de faire cohabiter harmonieusement les esprits indépendants et les plus brillants mais ne partageant pas obligatoirement les mêmes idées. Pour autant, cela ne l’empêchait pas de savoir trancher. Trump, quant à lui, est adepte du « You are fired » par tweet si possible.

Trump ne peut donc construire une politique étrangère digne de ce nom car il décide de tout et se refuse à consulter ses propres experts.
Rappelons pour mémoire que Iossip Vissarionovitch Djougachvili s’était laissé surprendre par l’Allemagne nazie, précisément, à cause de ce trait de caractère.
Ce qui est reconnaissons-le quelque peu gênant pour le Commandant-en-Chef de la toujours première puissance mondiale et qui pour répondre à un « petit bouton » affirme en avoir un « plus gros. »

Lawrence Freedman rapporte ainsi les propos de Margaret Atwood:
« Wars happen because the ones who start them think they can win.» 9

Pour autant il n’est pas le premier à vouloir s’approprier tous les principaux leviers de la politique étrangère et accaparer les pouvoirs qu’il croyait détenir tel un deus ex machina.
Pour mémoire, rappelons le Président Lincoln qui lors d’un vote du Cabinet où six Secrétaires avaient voté contre lui, déclara : Messieurs six votes contre, un vote pour ; les pour l’emportent à la majorité absolue. Souvenons-nous aussi de la lapidaire formule gravée bien en évidence sur une plaque sise sur le bureau de Harry Truman : « The buck stops here. »

Cette incapacité à concevoir et supporter une controverse – au sens propre comme au figuré- éclaire, l’atmosphère de peur qui règne dans son administration et qui explique, pour partie, son manque d’envergure, ses échecs, ses insuccès.
N’ont en effet une chance de voir leurs notes lues par Trump que celles qui ne fatiguent pas trop son attention, celles qui abondent dans son sens et surtout celles qui mentionnent à chaque paragraphe : Mister President.

Qu’on en juge avec les propos, du chef du renseignement militaire, rapportés par Françoise Thom brillante analyste de la période stalinienne, même si bien sûr, il ne nous viendrait pas à l’esprit de comparer Trump avec Staline lequel demeure un des trois grands criminels du siècle.
« J’étais subordonné à Staline, je lui faisais mes rapports et j’avais peur de lui. Staline était convaincu que tant que l’Allemagne n’avait pas fini la guerre avec l’Angleterre, elle ne nous attaquerait pas. Nous connaissions son caractère et nous adaptions nos conclusions à son point de vue. » 10

L’interview sur Fox News, chaine préférée de Trump, par Chris Wallace est proprement sidérante. Qu’on en juge.
“TRUMP: I don’t think so. I don’t think so. You know why? Because I’ve been right probably more than anybody else. » 11


Le problème est que Donald Trump excelle dans la gestion du chapter 11, dans la gestion des casinos et tout particulièrement dans la gestion du concours Miss Monde; mais l’on n’a point eu l’immense chance de découvrir ses talents de stratège.
Citons également la savoureuse et désopilante formule prononcée par l’Ambassadeur israélien Elie Barnavi lors des journées géopolitiques de Trouville organisées par Frédéric Encel : « Il y a une chose dont on ne peut accuser Trump c’est de faire preuve de cohérence intellectuelle. »

Kennedy, Nixon, Bush senior, Clinton, Obama, étaient de véritables experts. Bush Senior étant, probablement, le président le plus aguerri et ayant exercé le plus de postes de responsabilité lui permettant de comprendre le monde ; Kissinger mis à part, mais ce dernier à cause de ses origines ne put accéder à la fonction suprême.

Nous avons commencé ces lignes en citant notre cher Thucydide. Sa rigueur, et sa puissance d’analyse sont toujours aussi lumineuses, toujours aussi impérieuses. L’admonestation de Mattis à propos du retrait des troupes américaines d’Irak face au danger Isis illustre le côté perlocutoire du discours de Trump décrit par Thucydide.
«You can pull your troops out, as President Obama learned the hard way, out of Iraq, but the ‘enemy gets the vote,’ as we say in the military, » « And in this case, if we don’t keep the pressure on them, ISIS will resurge. It’s — it’s absolutely a given that they will come back. » 12

E
laborer une politique étrangère comporte des aléas. Parmi ceux-ci: les conflits. Or on ne peut imaginer les mener à bien avec un pays fracturé à qui l’on ment plus que de raison. C’est d’ailleurs la thèse centrale de l’excellent ouvrage d’Elie Baranets: « Comment perdre une guerre ».

« Donald Trump is the first president in my lifetime who does not try to unite the American people—does not even pretend to try. Instead he tries to divide us, » Mattis said in his lengthy statement titled, « In union there is strength. » « We are witnessing the consequences of three years of this deliberate effort. We are witnessing the consequences of three years without mature leadership. We can unite without him, drawing on the strengths inherent in our civil society. » 13

Trump veut faire accroire, grâce aux Fake News, que sa vision est la seule qui soit juste. Peu lui chaut que la réalité et ses pairs étrangers le démentent cruellement. On en rit encore jusque dans les cabanes canadiennes, dans les isbas russes, dans les palais chinois ou même à Downing Street, ou tout simplement au Palais de l’Elysée.
“If there was any word for this particular meeting of seven very important countries, it was unity,” Trump said at a news conference Monday closing out the two-day gathering in the French resort of Biarritz.
“We got along great,” he said. “We got along great.” 14

La grande illusion ; toujours et encore !

Parmi les quatre fonctions régaliennes d’un État, il en est deux qui se détachent car elles s’appliquent erga omnes. Et nous pourrions dire que la politique étrangère, certes moins brutale mais plus complexe, plus englobante et donc plus subtile et surtout non Trump-compatible l’emporte sur la politique de défense. D’abord parce qu’elle exige une adhésion bipartisane, comme le rappelle si bien Kissinger, surtout lorsque c’est lui qui la dirigeait.

Il y a quelques années nous avions écrit dans les ombres chinoises « L’acte de politique étrangère est le symbole par excellence d’un des quatre attributs régaliens de l’État. Il en est le gonfalon éclatant et triomphant.
Il suppose l’assentiment de la majorité de ses citoyens, il dispose à l’emploi des forces armées et il s’oppose, voire indispose les nations étrangères. » 15

À la réflexion, à un kappi près ne souhaitons rien changer à notre définition. Nous désirons toutefois un ajout suite à une relecture récente des mémoires du Cardinal de Richelieu que nous citons pour le plaisir expressis verbis et dans le français de l’époque.
«Au reste, quand même la paix seroit faite avec l’Espagne, elle ne soroit être éxécutée de six mois et que c’étoit chose ordinaire aux espagnols de ne tenir ce qu’ils promettent, et dont ils conviennent par traité, que lorsqu’ils peuvent s’empêcher et que l’on les peut contraindre.
Ce qui montroit bien que la paix étoit nécéssaire au-dedans, vu que, si elle n’étoit pas, on seroit si empêché à y vaquer à la guerre, que l’on n’auroit pas lieu de faire exécuter la paix du dehors ; et sans doute les Espagnols n’oublieroient rien de ce qui leur seroit possible pour fomenter nos divisions intestines, pouce que le traité fait avec eux demeurereroit sans effet. 16

Or, l’on n’aura rarement vu un président dont la seule politique suit trois axes principaux :
– détruire l’œuvre d’Obama (à cet égard il est visible qu’il ne peut rivaliser ni avec son exceptionnelle intelligence, ni son immense connaissance du monde, ni sa formidable « touch of class »
– réduire le rôle du gouvernement fédéral au profit des églises évangéliques.
– se désengager financièrement de ses obligations internationales

Ensuite parce que la politique étrangère doit plus que toute autre politique tenir compte des représentations. Les identités prévalent bien souvent sur les intérêts froids et raisonnés. Même si comme le rappelle si justement le géopoliticien Frédéric Encel :
« Les cités, les nations, les empires font la guerre et la paix non seulement selon leurs passions et objectifs mais aussi en fonction de leurs ressources réelles et présumées. C’est surtout vrai pour les régimes dotés d’un minimum de rationalité et de pragmatisme fort heureusement majoritaire sous la plupart des latitudes. » 17

Bien souvent, même si pas toujours, une bonne politique étrangère permettra d’atteindre les buts recherchés sans passer par la case guerre. La politique étrangère est un peu comme le chef d’orchestre des différents acteurs qui déterminent la politique de la nation et en conduisent son charroi.
La politique étrangère a une fonction normative mais elle doit gérer « l’intentionnalité collective ». Elle est à la charnière de la contrainte et de la persuasion.
Renversons une formule, dans le contexte de la guerre nucléaire et peut-être encore plus dans le champ désormais illimité du cyber : la diplomatie et la politique étrangère sont le bras armé de la guerre. Un mot mal utilisé peut ainsi déclencher la guerre.

On se rappellera le fameux discours devant l’assemblée générale de l’ONU de Dean Acheson qui pour avoir oublié de mentionner la Corée du Sud permit à la machiavélique et cynique imagination de Staline, d’éployer sa brutale inventivité.
Or là aussi Trump est le champion des mots prononcés et tweetés – à tort et à travers- sans même tenir compte de leur impact.
Je tweete donc je suis !

Toute bonne politique étrangère, surtout lorsqu’il s’agit de celle des USA, se doit de répondre aux questions suivantes et le plus souvent dans la même séquence : « Quis, Quid, Ubi, Quibus auxiliis, Cur, Quomodo, quando. »
Ou pour le dire en termes modernes:
«What are we trying to achieve, even if we must pursue it alone?
What are we trying to prevent, even if we must combat it alone?
What do we seek to prevent, no matter how it happens, and if necessary alone?
What do we seek to achieve, even if not supported by any multilateral effort?
What do we seek to achieve, or prevent, only if supported by an alliance?
What should we not engage in, even if urged by a multilateral group or an alliance?
And what is the nature of the values we seek to advance?
Which applications of them are absolute, and which depend in part on circumstance?” 18



Un monde complexe, un monde oxymore.

Or le problème se complique dans un monde caractérisé par la « fragmégration » Comment discerner dans le monde actuel l’apparition de phénomènes qui tantôt bondissent de leur confinement tantôt sapent discrètement mais surement ses soubassements.
Un monde où d’aucuns souhaitent ou craignent l’irruption des O.N.G. sur la scène mondiale.

À ce point précis nous ne pouvons que constater qu’il n’y a plus de possibilité de politique étrangère américaine tant Donald Trump a fracturé son pays, à l’intérieur et l’a désolidarisé à l’extérieur. Car America first signifie aussi America alone !
A cette aune Donald Trump coche –hélas–toutes les cases. Il déclot –avec plaisir et à dessein–toutes les barrières visibles et invisibles qui permettaient le minimum de « vouloir vivre ensemble » de la société américaine.

Ignorant fréquemment, critiquant souvent, méprisant continuellement ses propres services de renseignements, il encolère les membres les plus établis, les plus éminents de l’establishment militaire et il éjouit les puissances étrangères. En adoptant le silence face aux émeutes raciales, il réduit à quia le soft power américain qui fût une arme, ô combien puissante, des USA. Rappelons-nous le rôle de Radio Free Europe durant la guerre froide.
De nos jours Xi-Ji Ping, oublieux des camps d’internement et des stérilisations que la Chine réserve aux malheureux musulmans ouighours et dont la population est estimée entre 12 à 25 millions d’habitants, se permet de critiquer les États-Unis sur la question des Droits de l’Homme.

Citons à cet égard –expressis verbis- les propos du Global Times. Même s’il s’agit de l’organe véhiculant la position du parti communiste chinois, ils n’en sont pas moins stupéfiants et ils reflètent le peu de respect qu’inspirent désormais les États-Unis de Trump auprès de ses « partenaires–rivaux. »
D’une certaine façon, peu importe que l’article soit truffé de contrevérités, d’exagérations ou de mensonges éhontés. Ce qui nous intéresse, c’est ce qu’il n’hésite pas à véhiculer et ce sans craindre véritablement des mesures de rétorsion.
La posture chinoise est une lame de fond qui vient de loin. Mais les glorifications chinoises de Trump n’ont pu qu’encourager Xi-Ji Ping
Trump a désormais face à lui une Chine décomplexée et désinhibée.

« Diverting popular attention from a catastrophic US government failure in handling COVID-19 and adopting hardline rhetoric against China top the Republican Party’s misguided and ultimately flawed agenda to win back voters for the November elections, Chinese analysts said on Tuesday. The experts noted that the Trump administration’s strategies include scapegoating China, threatening a renewed trade war and floating coronavirus conspiracies in a campaign of accusations to achieve political goals that come at the expense of thousands of American lives. “

« The Trump administration long prized the economy as its greatest achievement and in a matter of weeks this has been completely wiped out by the COVID-19 pandemic, with the US facing its biggest slump since the Great Depression.
« The administration has nothing else left to go on but to fan the flames of nationalist anger against China. »
While Washington blamed Beijing for delaying response to the COVID-19 and lacking of transparency on information disclosure, more evidences emerged showing that the misconduct of the US government would be too big to conceal.
« The Trump administration is in election mode. Given the disastrous mismanagement in containing the virus, Trump is in dire need of a suspect to blame in order to divert from himself, » Bjorn Nashan, professor of Surgery Director Clinic of Hepato-pancreatico-biliary Surgery and Transplantation, First Affiliated Hospital, University of Science and Technology of China, in Anhui, told the Global Times on Tuesday.
While some reports suggested the Trump team was now working to make the 2020 presidential campaign a race between Democrats and Republicans to see who would adopt a tougher stance on China, Chinese analysts suggested there are growing uncertainties as the US society has become more divided when the pandemic worsens.
« All of his attacks against China serve the goal of being re-elected. If he can’t change the current miserable situation, all those moves will end up in vein, » he said. 19

Il serait toutefois injuste et inexact de considérer tous ces échecs comme relevant de la seule incompétence de Donald Trump.

La politique étrangère est à l’intersection des forces d’un pays, de son leader et du monde environnant. Or force est de constater que Trump arrive, certes après un président brillantissime–Obama–mais dans un monde ou la Chine après avoir usé et déjoué les espérances naïves des pays membres de l’OMC, impose tantôt subrepticement, tantôt par la coercition et parfois par la force militaire (cf. les îles) sa loi, ses normes et ses intérêts au reste du monde.
Retenons à ce propos le jugement impeccable de Bruno Tertrais : « L’ère de la domination [américaine] sans partage est en passe de se terminer. » 20

A ce trébuchet, qu’on le veuille ou non, cela retirerait à n’importe quel président sa marge de manœuvre.
Trump est empêtré dans la définition de sa politique étrangère. Il affirme que sous sa présidence America sera Great Again tout en voulant se décharger du poids du fardeau mondial. Mais se retirer des affaires du monde pose autant de problèmes à la République Impériale qu’au reste du monde.

Fervent adepte du protectionnisme, sempiternelles élections obligent, il doit ménager les intérêts de la « Rust Belt » ; mais à taxer si lourdement toutes les importations, il froissera non seulement les intérêts de ses alliés- ce dont il ne se soucie que fort modérément, mais aussi il renchérira les prix à la consommation voire appauvrira les électeurs américains gavés de consommation et mécontentera sa base électorale.

De nos jours, une des sources de la puissance est la capacité de fabriquer des normes et de les imposer. Ce que ne peut faire un pays replié sur lui-même. En se retirant sans raison aucune peu à peu de tous les forums internationaux, en dénonçant illégalement divers traités et non des moindres, Donald Trump rabaisse rôle, prestige et puissance des Etats-Unis.
Mentionnons juste le fiasco évangélique du transfert de l’Ambassade Américaine à Jérusalem- non pas en tant que tel- mais parce que non négocié sans contrepartie ; le deal du siècle ; ce sont les échecs les plus flagrants de Trump ; ceux sur lesquels il porte une pleine et entière responsabilité.

Rappelons ce que disait, à propos du JCPOA conclu à Lausanne, Renaud Girard professeur de stratégie à Sciences-Po, pourtant peu suspect d’américanophilie échevelée : « L’accord du 2 avril 2015 a toutes les chances d’être encore enseigné dans 30 ans au sein des universités de science politique du monde entier comme un modèle de succès de la diplomatie multilatérale… » 21

A mesure que le poids des armes perd son rôle exclusif, l’influence gagne en importance. C’est peut-être le plus grand dommage causé à l’impérium américain.
Cet oxymore est aussi la cause de sa politique étrangère ou plutôt de son absence de politique étrangère tiraillée entre tant d’objectifs contradictoires.

Il n’est pas donné à tout le monde d’avoir le courage d’un Nixon–anticommuniste viscéral s’il en fût, –de froisser et heurter son électorat conservateur en reconnaissant la Chine, en s’entendant avec Moscou et en lâchant certains de ses alliés traditionnels.
Donald Trump, quant à lui, perçoit la mondialisation comme son ennemi objectif.
« The international order thus faces a paradox: it’s prosperity is dependent on the success of globalization, but the process produces a political reaction that often works counter to its aspirations. » 22

Les aspects positifs de la mondialisation l’emportent de très loin sur certaines conséquences moins heureuses pour d’autres. L’on n’ose imaginer ce que seraient les flux migratoires si des centaines de millions d’habitants de la planète n’avaient connu précisément grâce à la mondialisation une accélération, sans précédent dans sa vitesse et dans son ampleur de leur revenu et de leur niveau de vie.
Eriger des murs rapportera surement des voix parmi ses électeurs, ce qui n’est pas forcément une marque de sage définition de la politique étrangère ; l’on se rappellera l’influence des immigrés cubains sur le fiasco de la Baie des Cochons ; cela stoppera –peut-être- les vagues migratoires mais cela appauvrira le multiculturalisme américain dont l’apport a toujours fortifié les USA et érigeait la puissance américaine dans le monde.
Avec la création de son mur, Donald Trump fabrique des poches de mécontentement que sauront exploiter Russes et Chinois.

Les Américains biberonnés au lait de leur mission et de leur habitude–récente à l’aune de l’Histoire–de se croire destinés à être sempiternellement le numéro un au monde, ont du mal à accepter une mondialisation qui a pour effet de voir l’emprise chinoise déferler sur leur pays. Ils comprennent d’autant moins leur rivalité avec une Europe souveraine, fière, et porteuse de succès heureusement grandissants et toujours plus nombreux, alors qu’ils l’ont sauvée deux fois et protégé depuis 1945.

Outre un ordre désormais rétif à la volition hégémonique américaine, Donald Trump est incapable de simplement comprendre la tâche assignée à ce que doit être la politique américaine dans le monde actuel :
“ A reassesment of the concept of balance of power is in order. In theory, the balance of power should be quite calculable; in practise, it has proved extremely difficult to harmonize a country’s calculations with those of other states and achieve a common recognition of limits.
The conjectural element of foreign policy – the need to gear actions to an assessment that cannot be proved when it is made – is never more true than in a period of upheaval. Then, the old order is in flux while the shape of the replacement is highly uncertain.” 23

D’aucuns parlent de la disparition de l’hégémon américain. Outre le fait qu’il n’est pas souhaitable, il est inexact. Il est plus juste de parler de courbes et d’effets de puissance qui se rejoignent, s’entrechoquent, rivalisent.
L’hégémon chinois deviendra impérieux et impérial en mer de Chine, omniprésent et redoutablement efficace mais particulièrement craint en Asie et cependant beaucoup moins orgueilleux et heureux dans le reste du monde.
De cela, Trump ne saurait être tenu pour responsable. Napoléon, Alain Peyrefitte, sans oublier Henry Kissinger, l’avaient prévu. Encore que!
« Remembering China In 1971, of anyone had shown me a picture of what Beijing looks like and sayd In 25 years Beijing will look like this, I would have sayd that’s absolutely impossible  » 24

L’erreur de Trump, due à son ego surdimensionné et à son ignorance abyssale des pouvoirs mouvants dans le monde est de n’avoir point lu Richelieu. Eût-il lu les mémoires de notre avisé cardinal, il nous eût évité bien des embardées inutiles. Qu’on en juge : « La logique requiert que la chose qui doit être soutenue et la force qui doit être soutenue sont en proportion géométrique l’une par rapport à l’autre. » 25

Trump surgit donc dans un monde de fragmégration mais aussi dans un monde où l’Etat est beaucoup plus résilient que des Cassandre dopées aux amphétamines du populisme aimaient à le prévoir, mais il arrive aussi dans un environnement mondial façonné simultanément par les multiples irruptions des GAFAMI et BATX, un monde où les individus essaient de comprendre–plutôt mal que bien–les mécanismes mondiaux et ce dans l’urgence et dans l’instantanéité.

La conséquence est que la manducation des idées permettant une saine gouvernance devient chaque jour plus complexe, plus entravée. Comme si cela ne suffisait pas les O. N.G.-pas toujours à tort d’ailleurs- réclament leur part de gouvernance. Enfin Trump arrive dans un monde où le cyber protéiforme s’épanouit à mesure de sa totipotence.
Philippe Moreau Defarges a parfaitement saisi ce moment :
« Donald Trump, comme tous ceux qui s’autoproclament les plus forts, sent ou sait que la position exceptionnelle des États-Unis appartient au passé, mais il ne doit, ni ne peut le reconnaître. Le monde échappe inexorablement aux États-Unis. » 26

Pour autant les bouleversements tectoniques mondiaux ne peuvent tout occulter ou tout excuser. Richard Nixon fut confronté à l’acmé de la puissance soviétique, au bourbier vietnamien ; cela ne l’empêcha point de redonner lustre et éclat à la République Impériale. Bush senior eût à gérer le moment- peut-être le plus crucial de la guerre froide- avec la chute de l’empire soviétique.

Dans un de ses maîtres livres : Diplomatie, Kissinger explique que « gérer le déclin d’un empire en ruine représente l’une des plus formidables gageures de la diplomatie.»

Trump doit faire face à la maturité de l’hégémon chinois, à une Russie rêvant de revanche et ragaillardie par son aventure de Crimée, ses appétits ukrainiens et sa digestion syrienne. Last but not the least, à une Europe qui est tout sauf son ennemie quoiqu’il en dise mais qui rivalise, et souvent heureusement, avec succès dans ses entreprises.

L’autre posture qui empêche Trump d’élaborer une politique étrangère cohérente est sa volonté affichée de se désengager militairement des affaires du monde ; plus qu’unilatéraliste Trump est isolationniste tout en clamant et revendiquant : « Make America Great Again. »
Certes de nos jours, si la puissance militaire n’est plus l’élément tentaculaire de toute politique étrangère, elle n’en demeure pas moins l’élément prépondérant.
Les sous-marins continuent à faire surface à bon escient, les porte-avions américains affichent fièrement le gonfalon prestigieux de la puissance américaine. Kissinger écrivit à juste raison :
« En d’autres mots, la puissance ne se transforme plus automatiquement en influence. Ce qui ne veut pas dire qu’il faut être impuissant pour être influent, mais que puissance et influences ne sont plus automatiquement liées. » 27
« Sur le plan politique, le véritable étalon de mesure de la puissance militaire et l’évaluation qu’en fait l’ennemi éventuel. Les critères psychologiques rivalisent en importance avec la doctrine stratégique. » 28

Trump est un isolationniste qui ne comprend que la force mais qui répugne à l’utiliser. Élections obligent ! Tôt ou tard, cet exercice d’équilibriste le fera chuter de son destrier.
Un autre facteur paralysant la construction d’une politique étrangère américaine est le rapport de Trump avec ses alter ego. Trump est à l’aise et au « sommet de son art » avec les leaders les plus autocrates et les plus illibéraux de la planète.
Autocrates de tous les pays unissons-nous !

Le problème est que si ces autocrates partagent les mêmes visions, les mêmes rejets de ce qu’ils considèrent être une démocratie molle et dépassée, ils n’épousent pas – bien sûr- les mêmes intérêts, et ils sont structurellement incapables de les faire cohabiter; la culture du compromis leur étant à tous étrangère voire saugrenue.
L’on pourrait établir une nouvelle taxinomie des dirigeants de ce monde. Leur Bible : une référence à l’Histoire fantasmée et presque toujours tronquée. Cette Histoire, opportunément sortie des oubliettes est l’alpha et l’oméga de leur politique étrangère.
Xi-Ji Ping, Poutine, Erdogan, Jordan, Kascinszki, Netanyahu se ressourcent à l’aune de cette nouvelle eucharistie. Leurs partisans se nourrissent des fondamentalismes de toutes les religions, de toutes les obédiences, de toutes leurs frustrations.
Quant à la Chine, que l’Empereur soit le fils du ciel, gonfle les voiles de leur orgueilleuse et pour le moment indomptable dictature. Mais il arrive un temps où Kairos se venge d’Hubris.

Lawrence Freedman écrit d’ailleurs après la rencontre entre Polemos et Hubris:
« Polemos fell madly in love with Hybris and followed her wherever she went. The moral of the story was that nations of the world should never allow Hybris to come among them for if they did war would be not far behind.” 29

Jean-Baptiste Jeangène Vilmer résume parfaitement cette situation dont les poudres finiront un jour par étinceler dangereusement.
« Cette culture du compromis rend également très difficile l’adoption d’une politique extrême, comme l’est la décision de faire la guerre. Les démocraties ne se combattent pas parce qu’elles partagent une identité commune et se respectent mutuellement. » 30

Tous ces leaders ont un ego démesuré. Déprisés et méprisés au sein même de leur pays, ils recherchent désespérément l’appui de dirigeants étrangers comme leur Saint-Chrême. La flagornerie faisant fonction de goupillon. Trump prodigue ainsi davantage sa confiance à Poutine qu’à ses propres services de renseignements.
“President Donald Trump called Chinese President Xi Jinping a « brilliant leader » and « great man » during a joint press conference with French President Emmanuel Macron at the G7 summit in France on Monday.” 31
Netanyahu, quant à lui, dans un inventaire à la Prévert, n’hésite pas à nommer place, rue, village, station de tramway, au nom de Trump.

Trump détruit ou tente méthodiquement de détruire l’identité démocratique américaine. Ces attaques incessantes contre la presse et les juges mettent en danger la résilience démocratique américaine. C’est la marque de fabrique de tous les leaders cités plus haut avec la réécriture de l’histoire jusque et y compris dans les manuels scolaires. La dernière manifestation de réécriture nous vient de Hong-Kong. Trump est ainsi plus proche de l’idéologie de Poutine, Xi-Ji Ping (qu’il admirait il y a juste trois ou quatre mois) Orban ou Netanyahu que de celle de l’Europe.

Or nous savons avec Kissinger qui n’était pas un moraliste forcené que l’Amérique doit porter haut et fort ses valeurs. Sans ces dernières, elle n’est pas l’Amérique, elle ne peut exercer son rôle.
“History offers no respite to countries that set aside their commitments or sense of identity in favor of a seemingly less arduous course. America – as the modern world’s decisive articulation of the human quest for freedom, and an indispensable geopolitical force for the vindication of humane values- must retain its sense of direction.
A purposeful American role will be philosophically and geopolitically imperative for the challenges of our period. Yet world order cannot be achieved by any one country acting alone. To achieve a genuine world order, its components, while maintaining their own values, need to acquire a second culture that is global, structural, and juridical- a concept of order that transcends the perspective and ideals of any one region or nation. At this moment in history, this would be a modernization of the westphalian system informed by contemporary realities.”
« A world order of states affirming individual dignity and participatory governance, and cooperating internationally in accordance with agreed-upon rules , can be our hope and should be our inspiration.” 32

Trump déboule tel un pantin surgi de ses émissions télévisées sans comprendre ni même voir le Nouveau Monde. Il arrive dans une Amérique épuisée, déboussolée et peut-être aussi fatiguée de voir que ses alliés ne veulent plus «share the burden.»

Une Amérique qui n’accepte pas de ne plus être le numéro un. Citons à cet égard le constat- une fois de plus- impeccable de Philippe Moreau Defarges. Répondant à une incise du néoconservateur américain Robert Kagan qui concluait que « la décision dépend des Américains, le déclin est un choix. » « Peut-être, écrit Philippe Moreau Defarges. Mais que peuvent les États-Unis devant la montée des pays émergents ? La volonté politique peut-elle surmonter la fatigue d’une nation ? Il y a bien des cycles historiques. Pourquoi l’Amérique y échapperait-elle ? » 33 Comme à son habitude Philippe Moreau Defarges vise juste et fort avec des formules dont il a le secret.

L’observateur intéressé par le temps long (et que nous espérons toujours avec nous) se rappellera le célèbre discours du Premier britannique Harold Macmillan le 8 février 1960 au Cap en Afrique du Sud.
Dans ce qui fût une véritable oraison, parfaitement construite, à l’éloquence typiquement britannique même si old fashioned et fleurant bon le parfum discret et délicat de l’aristocratie britannique, Harold Macmillan prononça ces mots historiques : « The wind of change is blowing through this continent ». 34
Dans une deuxième partie de son adresse Macmillan après avoir dénoncé à mots couverts l’apartheid, n’hésite pas à dire à propos de l’indépendance et du nationalisme africain :  » Of course, you understand this better than anyone. » By this was meant: « You need to understand this more than anyone, but I doubt you do. » 35

A sa décharge, Trump doit faire face à un challenge mondial. « While leaders will continue announcing grand ambitions, diminished means will mean diminished results. » “For the United States, that will require accepting the reality that there are spheres of influence in the world today—and that not all of them are American spheres.” 36

Tout le problème consiste à savoir si Trump gère mieux ou moins bien que d’autres cette problématique. Kissinger écrivit ainsi : « Les chefs d’État ne peuvent pas créer le contexte dans lequel ils opèrent. Leur vrai talent consiste à opérer dans les limites de ce qu’autorise une situation donnée. S’ils dépassent les limites, ils vont droit dans le mur ; s’ils restent en-deçà de ce qui est nécessaire, leur politique stagne. » 37

Trump n’est pas arrivé à définir une « grande stratégie ». De plus ses objectifs sont contradictoires. Nous le verrons plus en détail dans notre deuxième partie. Sa politique voulant limiter les « abus chinois » est juste, encore eût-il fallu ne pas se mettre à dos tant et tant de partenaires, alliés objectifs et historiques, mais dont l’appui relève de l’impératif catégorique.
Trump est incapable, son slogan de campagne le démontre amplement, de tenir compte des intérêts de ses alliés, de ses propres moyens et des lignes rouges de ses « adversaires. »

La difficulté dans laquelle Trump est embourbé n’est pas nouvelle et Henry Kissinger l’avait déjà énoncée avec sa prescience habituelle.
«To seek to give too generalized an application to a system of alliances may, therefore, have the paradoxical result of paralysing the powers or powers capable of resisting alone. The theoretical gain in strength may be more than outweighed by the dilution of common purpose.” 38
Mais à l’époque le triangle était simple à dessiner : une menace stratégique, un allié stratégique, des vainqueurs et des vaincus encore exsangues de la seconde guerre mondiale. Ce n’est plus le cas aujourd’hui.

Nous nous permettons de rappeler en toute humilité au Président des Etats-Unis la si juste et si belle citation d’Harold Macmillan prononcée lors de son discours du Cap. « Fleeting transient phantoms on the great stage of history » with no right to sweep aside that friendship that was the legacy of history.”

Laissons le mot de la fin à Dominique Moïsi, un des meilleurs experts de géopolitique : « Pour reprendre la formule de Bagehot, on peut pas être « efficace » si l’on n’est pas « digne » 39

Leo Keller
Neuilly le 19 Juillet 2020

Notes
1 Thucydide in la Guerre du Péloponnèse
2 Nicole Bacharan in le monde selon Trump P 8. Le lecteur intéressé pourra lire l’interview que Nicole Bacharan nous a accordé dans Blogazoi. Le Monde selon Trump. Interview de Nicole Bacharan
3 Nicole Bacharan in le monde selon Trump P 11
4 Henry Kissinger in Le chemin de la paix p 43
5 Charles Zorgbibe in Henry Kissinger p 176
6 Nicole Bacharan in le monde selon Trump
7 Philippe Moreau Defarges in Blogazoi DONALD TRUMP OU LA PAX AMERICANA DOIT HÉLAS MOURIR UN JOUR par Philippe MOREAU DEFARGES
8 In the Hill 19/10/16
9 Lawrence Freedman in the Future of wars p IX
10 Françoise Thom in Beria p 170
11 Interview Trump Fox News du 19 juillet 2020
12 In the Guardian 19/10/13
13 In CBS 2020/06/04
14 in North street journal 28 Aout 2019
15 La politique étrangère américaine :ses succès ,ses échecs et les interrogations
16 Richelieu in mémoires in jean de Bonnot tome 2 p 435
17 Frédéric Encel in Les Conséquences stratégiques de la Crise Ouvrage collectif sous la direction de François Heisbourg P 149
18 Henry Kissinger Opening Statement before the United States Senate Committee on Armed Services at a hearing convened to discuss “Global Challenges and U.S. National Security Strategy. January 29, 2015
19 Global times 5 Mai 2020
20 Bruno Tertrais in les 20 prochaines années l’avenir vu par les services de renseignement
21 Renaud Girard in Le Figaro 2 avril 2015
22 Henry Kissinger in World Order
23 Henry Kissinger In world order p 371
24 Graham Allison in destined for war p 13
25 Cardinal de Richelieu in Mémoires
26 Philippe Moreau Defarges in Blogazoi DONALD TRUMP OU LA PAX AMERICANA DOIT HÉLAS MOURIR UN JOUR par Philippe MOREAU DEFARGES
27 Henry Kissinger in pour une nouvelle politique étrangère américaine P 68
28 Henry Kissinger in pour une nouvelle politique étrangère américaine P 69
29 Lawrence Freedman in the Future of wars p IX
30 Jean-Baptiste Jeangène Vilmer in Théories des Relations Internationales Que- sais-je PUF 2020
31 In Newsweek 26/8/2019
32 Henry Kissinger in world order P 372
33 In Ramsès 2013
34 In discours au Parlement du Cap 4 février 1960
35 In discours au Parlement du Cap 4 février 1960
36 Graham Allison in Foreign Affairs March/April 2020
37 Henry Kissinger in le Chemin de la Paix
38 Henry Kissinger in Nuclear power and Foreign policy p 208
39 Dominique Moïsi in le Nouveau Déséquilibre du Monde p 388

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