Le Mystère Nicole Oresme . Un entretien du Docteur- Ecrivain Pierre Squara par Leo Keller

Leo Keller. Qu’est-ce qui pousse un cardiologue réanimateur reconnu et réputé à posséder une telle envie d’écrire, une telle furie, un tel bonheur d’écriture et surtout avec une telle réussite. À part le fait que vous possédez une fort jolie plume, que représente l’écriture pour vous ? Comment écrivez-vous ? Comment choisissez-vous un sujet ?
Pierre Squara. Ce qui me pousse à écrire ? Je serais bien incapable de vous le dire. Tout jeune déjà, j’écrivais des chansons, des petits textes. Puis dans mon métier, j’écrivais des articles, des rapports, des plaidoyers.
Lorsque j’ai eu 50 ans, j’ai décidé de m’y mettre. D’abord j’ai repoussé, j’ai repoussé sans cesse, puis un jour de désœuvrement ou de vacances, je m’y suis enfin mis. Et depuis, je n’ai plus jamais arrêté. Parce que finalement, parmi tous les loisirs que l’on peut imaginer lorsque l’on a plus de 50 ans, c’est celui qui me procurait le plus de satisfaction. Petit à petit, c’est devenu mon seul loisir. Aujourd’hui, si j’élimine une heure de sport pour m’entretenir, je ne fais que mon métier ou bien j’écris.
LK. Donc pour vous l’écriture, c’est une respiration, c’est le sel de votre vie.
PS. C’est une respiration qui m’est devenue indispensable parce tout simplement j’y éprouve du plaisir. Un grand plaisir. Alors de quoi est-il fait ?
D’abord, le plaisir de la recherche documentaire. Cela permet de découvrir un monde, au départ, étranger. Puis le plaisir d’imaginer le scénario. Cela vous travaille des jours durant, jusqu’au moment où, subitement, vous trouvez le déclic et vous vous dites : ça y est, je tiens mon fil rouge, mon histoire.
Enfin vient le plaisir de l’écriture, comme si vous composiez une belle musique, mais avec l’enchainement des mots. Vous vous relisez encore et encore pour changer tel adverbe, tel adjectif, vous vérifiez que les mots choisis, les verbes, sont les meilleurs possibles, voir si tel autre n’aurait pas été plus judicieux. D’ailleurs ce matin même, en relisant une page de Nicole Oresme, j’ai déterré un verbe dont j’aurais pu inverser la place. Je me suis dit que la phrase aurait coulé mieux. J’essaye aussi d’éviter les répétitions de sons, les assonances, afin que la mélodie danse mieux, ou alors je les provoque à dessein.

LK. Je vous rassure, c’est parfaitement fluide. Il y a une vraie musicalité dans votre phrasé. À tel point c’est que l’on a parfois l’impression que c’est du français actuel, que c’est notre français ! Il ne nous vient jamais à l’idée que c’est un français ampoulé ou précieux ou du français d’autrefois, tellement il parle naturellement.
PS. C’est vrai que je m’amuse. Parce que si je devais écrire avec du français d’aujourd’hui, – mon prochain roman est en « français actuel » -, cela laisserait moins de latitude. Le langage de l’époque est moins normé que celui d’aujourd’hui, il laisse plus de latitude pour créer une atmosphère. Lorsque j’écris avec un style moyenâgeux, je peux être plus créatif.
Mais je vous assure que mon français ferait sourire un médiéviste. L’important est que le style soit suffisamment évocateur. Mon objectif n’est pas d’écrire une thèse sur le Français moyen mais simplement de plonger mon lecteur dans une ambiance, le mettre sous le charme de l’époque choisie.
LK. Vous avez réussi la performance à la fois d’utiliser un vocabulaire qu’hélas on ne trouve plus tous les jours hélas mais surtout vous n’êtes jamais pédant. Votre style coule parfaitement et légèrement. Un pur bonheur.
PS. Merci beaucoup, ce que vous me dites me touche car j’ai fait beaucoup d’efforts pour cela.

LK. Comment choisissez-vous vos sujets et comment tombe-t-on sur Nicole Oresme?
PS. Mes sujets s’emboitent les uns dans les autres. J’ai ainsi commencé par un essai sur la politique. Il était nécessairement austère, et d’ailleurs n’a pas eu beaucoup de lecteurs, mais il m’a fait découvrir des personnages intéressants. En remontant aux sources de la politique, de la démocratie, j’ai découvert Pythagore.
Et Pythagore m’est apparu comme un personnage extraordinaire. Je m ‘étais donc promis d’écrire un livre sur lui. Et comme l’époque était romanesque, que les sources authentiques relativement restreintes, il n’y avait matière qu’à fiction. Je souhaitais toutefois faire un roman le plus historique possible pour évoquer l’époque et les conditions de la naissance de la démocratie.
À partir de Pythagore, j’ai découvert l’histoire de la musique, car Pythagore ne s’est pas contenté d’inventer la démocratie – enfin, de lutter contre la démocratie – parce qu’il était tout sauf un démocrate ; mais il a inventé la gamme, qu’on dit pythagoricienne.
Or, le deuxième grand théoricien de la musique – avec Zarzino -, fut Nicole Oresme. Il a découvert les harmoniques, démontré que le son était constitué d’une infinité d’harmoniques, qui lui donnaient sa couleur. Ce fut donc une révolution dans l’histoire de la musique.
Je voulais donc à l’origine faire connaitre l’apport de Nicole Oresme à la musique et je me suis aperçu – très vite – que son génie, multiforme, était allé bien au-delà de la seule musique et donc, j’ai commencé à me faire à l’idée de parler de l’entièreté de son œuvre ; avec une peu de vertige tant la tâche paraissait lourde.

Il y avait beaucoup plus de sources sur Nicole Oresme que sur Pythagore mais comme je ne voulais pas rédiger un austère essai – que d’autre ont fait avec beaucoup plus d’expertise que moi – j’ai donc récidivé dans le roman historique, en partant du pointillé des faits connus de sa vie et en complétant les vides de la manière la plus honnête possible.

LK. Connaissiez-vous déjà le personnage de Nicole Oresme auparavant ?
PS. Oui, effectivement j’en avais entendu parler.
LK. (rires !) Vous devez donc faire partie des 0,001 % de la population française !
PS. J’avais entendu parler de Nicole Oresme à BFM par un chroniqueur, professeur à l’ESCP (Jean Marc Daniel) qui avait évoqué les théories de Nicole Oresme sur la monnaie, ensuite J’avais appris son apport à la musique par d’une conférence au CNRS de Daniel Heller-Roazen, professeur américain de littérature comparée à Princeton. C’est ainsi que mon oreille a été attirée et lorsque je l’ai retrouvé dans mon travail de documentation sur Pythagore, la chimie a opéré et ce fut un coup de foudre !

LK. Je vais vous faire un aveu, toute honte bue. Je fais partie des français moyens car je n’avais jamais entendu parler de Nicole Oresme avant que nos routes se croisent lors des articles que vous avez co-écrit avec Richard Prasquier pour mon blog.
Après le formidable docteur j’ai découvert le nom moins formidable auteur. Et je pense que c’est le cas de la très grande majorité de nos concitoyens. Comment expliquez-vous ces ignorances ? Comment expliquez-vous que même à l’école, à l’Université où l’on enseigne le droit romain ou les institutions du Moyen-Âge, on ne parle jamais de Nicole Oresme ?
PS. J’avais bien conscience qu’il était inconnu et c’est précisément pour cela que je voulais le faire connaître. Ce qui m’a donné du courage c’est qu’il fallait expliquer avant tout son apport scientifique, un exercice plutôt familier pour moi. Il ne me serait pas venu à l’idée de commettre un livre sur Mazarin ou sur Richelieu. D’autres l’ont fait avant moi avec plus de compétence. Je pense d’ailleurs que l’apport de Nicole Oresme à la nation française est supérieur à ceux de Mazarin ou de Richelieu…
LK. On diverge ! (rires)
PS. Ces découvertes sont essentiellement scientifiques et théoriques, et il vivait avant l’imprimerie. Donc il n’a été connu que par un nombre limité d’érudits, lorsque l’on a pu retrouver des codex de ses manuscrits.
Un exemplaire de son manuscrit « Questiones super physicam » a été découvert en 1962 dans un fond de la bibliothèque Colombine. Un groupe de médiévistes a mis 16 ans à le traduire et à l’exploiter. Ce collectif de savants internationaux s’est penché sur ce livre, tout comme ils se seraient penchés sur une tombe égyptienne ; c’est du même ordre.
Vingt personnes ont réfléchi pendant des années et ont fait quantité de publications d’analyses collatérales à partir de ce seul manuscrit. Et Nicole Oresme en a écrit au moins une vingtaine !
Il n’était pas connu parce qu’il n’a pas gagné de batailles. Pour autant, il a eu un rôle politique éminent mais ce rôle aussi important soit-il s’est surtout concentré à permettre à la France qui était alors entièrement occupée par les Anglais, de recouvrer son territoire.

Dans un parcours scolaire classique, on apprend les grandes traités, les guerres, le sang clair sur le sable chaud, mais on s’intéresse peu aux traits de génie qui ont réellement déclenché des mutations décisives. Nicole Oresme est un des pères de notre nation moderne, non seulement par son apport scientifique majeur, mais également par ses contributions pratiques, à notre monnaie, à notre langue, et notre contrat social.
Il faut dire qu’il avait en Charles V (le sage) un élève digne de lui. Ce dernier reconnaissait devoir le succès de son règne à d’excellents conseillers et aussi d’excellent soldats comme Du Guesclin. C’est ainsi que la France s’est relevée de la première partie catastrophique de la guerre de Cents Ans. Durant les 50 premières années de cette guerre, malgré une population et une armée deux fois plus nombreuses, nous n’avons pris que des raclées parce que nos chevaliers…
LK. … Oui en juin 40 aussi
PS. La crise monétaire fût la première responsable de nos défaites initiales pendant la guerre de Cent Ans parce que nos preux chevaliers, à cause de la dépréciation continuelle de la monnaie, n’avaient plus assez d’argent pour maintenir leur train de vie et leur équipement.
Leur premier but quand ils bataillaient, n’était pas de défendre la France ; ils ne savaient même pas ce qu’était la France, leur but, c’était de faire des prisonniers pour en tirer rançon.
C’était comme à l’ouverture d’un supermarché un jour de pénurie : chacun pour soi !

Ils chargeaient de manière, certes héroïque et brave, mais complètement désordonnée. Et face à eux, il y avait des compagnies d’archers disciplinés… Quand Charles V a fait cette analyse, et il a été le premier à la faire, il a décidé de refuser le combat aux Anglais. Il fallait simplement les attirer dans notre pays et pratiquer la politique de la terre brûlée pour les affamer. À cette époque, on ne s’en rend pas bien compte aujourd’hui, une armée avec les chevaux et les animaux de bât avait des besoins considérables en fourrage. Si vous bruliez tout sur 10 kilomètres, c’était une journée de jeune pour l’assaillant. Et c’est surtout comme cela, en refusant le combat et en les affamant (les hommes et les chevaux) qu’il a réussi à vaincre les Anglais ; à les « bouter hors de France » une première fois.

LK. Vous êtes un médecin du corps, c’est comme cela que l’on peut qualifier votre activité, et on a l’impression qu’au détour de petites phrases, de bons mots, de portraits, vous essayez aussi de guérir les cicatrices de la société, de guérir les travers humains les plus criants. Ainsi lorsque vous écrivez, par exemple, que vous n’avez jamais vu autant de bassesses, tous les travers de la société y passent, et l’on a l’impression que dans vos livres vous écrivez un petit peu comme un médecin de la société, comme les médecins de l’âme, comme un médecin de toutes nos tares.
PS. C’est l’ambition de bien des écrivains ! Alors certes, je ne veux pas dire que c’est exactement cela, car cela serait très prétentieux de ma part, mais comme je vous le disais tout à l’heure, tout est parti d’un essai sur la politique.
Dans mon métier de médecin, des ingénieurs qui ne connaissaient rien à la médecine m’ont fait radicalement changer ma façon de comprendre mon métier. Par exemple, ils m’ont amené à une conceptualisation de la circulation du sang, de l’hémodynamique, qui n’était pas exactement celle qu’on m’avait enseignée. Fort de cet exemple, j’ai pensé que je pouvais faire pour la politique, ce que les ingénieurs avaient fait pour moi.
En effet, la médecine et la politique ont en commun de se nourrir sur un grand nombre de sciences élémentaires, de rechercher un compromis nécessaire entre divers éléments, avec toutefois un avantage pour la médecine qui est l’échelle de temps. Quand en réanimation, une théorie n’est pas validée, vous le savez dans la journée. En politique vous attendez cinq ans.

Et donc, à partir des mêmes démarches intellectuelles que les hommes politiques, les médecins ont gagné un peu plus d’humilité, un peu plus de respect pour celui dont la théorie contraire à la vôtre le matin, peut s’avérer plus juste le soir. Donc je n’étais pas illégitime à essayer de réfléchir à la chose politique avec mon référentiel scientifique de médecin.
C’est pour cela que j’ai commis cet essai sur la politique et c’est pour cela que finalement je suis intéressé par tout ce qui concerne la chose politique, « l’homo politicus », la cohésion sociale. C’est la vraie vie !

LK.
Oui. On sent que la cohésion sociale vous anime profondément, que c’est quelque chose qui navigue tout au long de votre livre.
PS. Mais c’est l’objectif affiché de l’Europe. Cela figure expressément dans le traité de Maastricht. Rappelez-vous ce que disait Aristote : « La politique c’est la recherche de l’amitié entre les hommes ». Aujourd’hui on n’ose pas prononcer le mot parce qu’on serait traité de candide. Mais lorsque l’on dit que l’on recherche la cohésion sociale, c’est avec les mots d’aujourd’hui exactement le même concept.

LK. Dans votre livre, vous parlez de la science que vous opposez à la religion. Des scientifiques et des écrivains que pourtant je « précie », dissertent sans fin – sur les plateaux télé si possible- sur la dictature de la médecine. Je n’aurais pas la cruauté de mentionner leurs noms.
PS. Ils parlent de cela à propos de la crise actuelle ?
LK. Oui. Ils ont même écrit des livres à ce sujet. Ce qui est proprement incompréhensible, tant les progrès accomplis ces dernières années en biochimie ou en biologie, ne serait-ce qu’en cinq ans, sont proprement stupéfiants. Les deux dernières années, on a plus découvert que durant toute l’histoire de l’humanité.
Alors que précisément les médecins deviennent de plus en plus pluridisciplinaires, de plus en plus performants. Comment a-t-on pu arriver à cette dérive dans la crise actuelle ? D’aucuns sont même allés jusqu’à parler de la dictature actuelle des médecins !
PS. Oui je pense en effet que c’est une dérive. D’abord c’est quoi « les médecins » ? Aujourd’hui les médecins se nourrissent, comme je vous le disais tout à l’heure, d’un grand nombre de sciences élémentaires. Les médecins font des progrès parce que les biochimistes ont fait des progrès, parce que les biologistes, les fabricants de piles, les informaticiens font des progrès ; et nous médecins, nous utilisons ces outils-là évidemment pour soigner, en développant notre pratique.

Dictature de la médecine, pour moi, cela signifierait, en creux, incurie du politique. Parce que la politique, et je voudrais, à nouveau, citer Aristote, « C’est la science des sciences, celle qui est plus que tout autre, architectonique » qui englobe donc toutes les autres. Comme la médecine englobe des sciences élémentaires telles que la biologie, la biochimie, la biogénétique, la génétique ; la politique englobe toutes les sciences.

Donc le politique qui avait à prendre une décision pendant cette épidémie, devait bien évidemment écouter et consulter les experts médicaux, mais aussi la haute administration, les services de sécurité, les logisticiens, les chefs d’entreprise, les maires etc. Tous ceux dont la responsabilité recouvre une partie petite ou grande de la vie de la cité. Le politique doit considérer toute cette chaîne d’experts mais ensuite c’est à lui de tirer une conclusion sans se laisser dicter quoi que ce soit. En ce qui me concerne, je n’ai pas l’impression du tout, mais alors absolument pas du tout, que les médecins aient exercé une quelconque dictature, hors l’impérieuse nécessité de s’exprimer. Et je les ai trouvés assez homogènes.

D’ou vient le pouvoir ? Je vais – à nouveau vous citer Charles V et Nicole Oresme – ; Nicole a démontré à Charles V que son pouvoir découlait du peuple parce que sans peuple, il n’y aurait pas de pouvoir ; et bien je vais dire la même chose : il n’y a pas d’autre pouvoir médical que celui que le patient lui donne. Il y a juste – et c’est suffisamment important – une responsabilité médicale.
Lorsque vous dites à un malade : je vais pratiquer tel acte plutôt que tel autre, c’est le malade qui décide, in fine, de l’accepter ou pas.
Nous avons, quant à nous, la responsabilité de lui proposer les bonnes indications, de donner la bonne formulation pour que nos recommandations soient acceptables par lui.

La médecine en tant que discipline a donc le devoir de procéder à l’analyse d’une situation épidémique, d’en dresser une perspective acceptable et digeste par celui à qui l’on s’adresse. On ne s’adresse pas au Président de la République de la même façon qu’au public. C’est au Président de la République de prendre – alors – les décisions qui concernent le pays ou au patient de prendre les décisions qui concernent sa peau.

Maintenant il y bien eu dérive Léo, je l’ai ressentie très sévèrement, très durement, très intimement. Cela m’a créé un immense chagrin, une véritable agitation pendant tout un mois. Ce sont les menées de Didier Raoult. Quelles que soient ses compétences, quel que soit son génie, cette manière, cette arrogance, cette absence de doute, cette incapacité à entrer en dialogue avec les autres, quelle terrible régression de la science. Cela agissait comme appel à la foi, la foi en lui.
Ce que Nicole Oresme et d’autres, avant et après lui, ont passé leur vie à combattre parfois en la perdant. Roger Bacon, l’un des premiers, voyait la religion et la science comme complémentaires mais s’adressant à des espaces et à des concepts différents. Toute la querelle des universaux avait pour but de réserver à la science des espaces où l’on pouvait chercher en toute liberté, sans lien avec la foi.
Raoult nous a fait régresser philosophiquement en noyant confusément la faiblesse de ses travaux, sous un tas de principes religieux, philosophiques, politiques, et dans une valse de certitudes changeantes. Cétait une façon de noyer la science.
Citons encore une fois Aristote pour le plaisir : « l’ignorant affirme, le savant doute, le sage réfléchit ».

LK. Nous y reviendrons si vous le voulez bien lorsque l’on évoquera le populisme.
PS. En tant que médecin, j’ai moi aussi accepté le jeu médiatique. J’ai été invité à plusieurs reprises sur les plateaux télé pour m’exprimer quand c’était le temps des réanimateurs. Mais maintenant c’est le temps des politiques ; c’est le temps de reconstruire. C’est le temps des chefs d’entreprise. C’est le temps de l’État ; c’est le temps du Chef de l’État.

Et d’ailleurs nous ne sommes plus invités aussi souvent dans les médias ; le pic de l’épidémie est passé. Mais même au pic de l’épidémie, je le répète parce que je le crois, il n’y avait pas de dictature médicale mais simplement urgence de parole médicale.

LK. Je vais retenir votre expression « urgence de parole médicale ». Revenons-en à votre livre. J’ai lu votre livre, Pierre, du début à la fin avec une intense jubilation de tous les instants. Et je n’ai pas trouvé de mot plus fort que jubilation. Pour employer un langage « djeuns », j’aurais pu dire j’ai kiffé, je me suis éclaté…
On y apprend une foultitude de choses ; mais il y a une question qui me consume d’envie. Moi qui suis un amoureux de la langue française, comment trouvez-vous, ou plutôt comment retrouvez-vous tous ces mots ?
Comment réussissez-vous de si belles formules, de si jolies tournures, de si belles phrases ;              « encolérer » et « précier » sont de véritables pièces d’orfèvrerie. Elles reflètent toute l’élégance française et ne tombent jamais, je dis bien, jamais, dans la préciosité. On précie votre langage pour mieux apprécier les tableaux que vous peignez.
PS. C’est vrai que je passe beaucoup de temps à dénicher le mot juste. C’est une quête permanente qui fait partie de la recherche si savoureuse dont je vous parlais au début de notre entretien.
Ce travail constitue une sorte de perquisition documentaire, j’élabore des belles phrases qui sont les écrins de mes mots. C’est aussi cela le plaisir de l’écriture, le bonheur de l’écriture. Essayer d’exprimer le plus justement personnages, situations, sentiments. Puis je me répète la phrase, et je me la répète sans cesse, jusqu’à temps que je sois convaincu que le sens est bon et que la musique sonne juste.

LK. Le lecteur ressent une parfaite adéquation entre les tableaux dépeints, les sentiments des personnages, et la musicalité et la joliesse de la phrase. Et vous avez trouvé un carré magique.
PS. Je vais vous donner un exemple. Je viens de finir un nouveau roman qui n’est pas encore édité, sur la vie d’une violoniste et j’y décris, à certains moments des passages musicaux.
Et bien j’écrivais en écoutant cette musique-là, encore et encore et encore et encore jusqu’à ce que je sois satisfait de mes mots, satisfait du fait qu’ils épousaient au mieux de mes forces ce passage spécifique. Et bien, avec Nicole Oresme c’était pareil. Je compose mes tableaux avec les personnages tels que je me les imagine, et quand j’ai, enfin, réussi à façonner, à harmoniser une belle phrase, c’est aussi jouissif que celui qui a réussi à faire un beau passing au tennis ou à battre son record en VTT.

LK. Je dois vous dire qu’effectivement vous avez écrit un certain nombre de phrases qui sont comme des petites miniatures hollandaises. Pour moi, la peinture hollandaise c’est une finesse hors de pair, c’est la perfection sur terre. Pieter de Hooch, on n’a probablement jamais fait mieux. Pas même Rembrandt.
Pieter de Hooch, par touches millimétriques touche le divin ; c’est rarissime !
Vous m’avez offert votre livre, ce dont je vous remercie ; mais en fait je vous l’ai volé. Je m’explique. Montaigne disait : « Les choses ne sont pas plus à qui les a dites en premier qu’à qui les a dites en second. L’essentiel est d’en avoir compris la substantifique moelle. »
Le même Montaigne disait : « La première noblesse de cœur d’un écrivain est de montrer le chemin »…

PS
. Et savez-vous ce qu’a dit Claude Bernard ?
LK. … Sur les animaux ?
PS. …Non sur la recherche. « Le mérite de la recherche ne vient pas à celui qui a eu l’idée mais à celui qui a su le faire partager au monde. »
LK. Bravo ! C’est effectivement superbe. Ils étaient donc d’accord. Je me suis approprié votre livre ; et c’est peut-être pour cela que j’ai eu un mouvement de tristesse à la fin du livre parce que vos personnages étaient miens…
PS. Je vais vous écrire un tome II. (rires)
LK. Mais vous ne pouvez plus maintenant qu’ils sont morts.
Page 78 « Des larmes irrépressibles viennent soudain aux yeux de Nicole, saisi de surprise. Dans un élan dont il n’a pas la maîtrise, il tombe à genoux et prend la main du jeune prince qui s’étonne un peu de cet émoi. »
Alors, bien sûr, sortie de son contexte, cette phrase est anodine mais ce qui m’a frappé c’est la parfaite adéquation de l’instruction et non pas de l’éducation (d’ailleurs le jour où l’on renommera le ministère de l’Éducation en ministère de l’Instruction on aura fait un grand pas. L’éducation cela relève des parents, l’instruction c’est le devoir de l’État).
Et je pense que quoi qu’on en dise l’humanité va toujours faire davantage de progrès. Nous avons la chance de vivre dans notre époque. Pour en revenir à Nicole Oresme et à cette phrase, le mariage d’amour n’existait pas. C’était un mariage d’utilité, de fonction ou de tout ce que vous voulez ; mais les liens familiaux n’étaient pas aussi beaux, aussi forts qu’aujourd’hui. Denis de Rougemont a écrit l’amour en Occident…
PS. Heureusement parce que la mortalité était telle qu’il fallait se protéger.
LK. Bien entendu. Et donc parallèlement à ces histoires de construction politique, il y a une histoire tout en délicatesse entre Nicole Oresme et le Roi qui est bouleversante et qui me rappelle l’exemple que j’ai en tête…
PS. Montaigne et la Boétie : « Parce que c’était lui parce que c’était moi »
LK. Ce qui est formidable avec vous Pierre c’est que je n’ai pas besoin de terminer mes phrases. (rires)
PS. Pour cette phrase que vous citez, Je me suis demandé si je n’en faisais pas trop ?
LK. Non pas du tout Pierre. Non et savez pourquoi vous n’en faites pas trop ? Parce que 300 pages plus loin, vous évitez de tomber dans un piège classique …
PS. … Vous voulez parler de la séparation de Pierre et Marie ?
LK. … Non de Nicole qui ne va pas éduquer le fils de Charles. Cela vous eût été trop facile …
PS. Je me suis glissé dans la peau de Nicole Oresme qui venait de perdre ses parents, massacrés lors de la prise de Caen. Il ambitionne d’avoir un rôle politique pour essayer de changer la règle du jeu ; règle du jeu qu’il ressent comme abominable et qui n’est faite que de pouvoir ; où les gens ne sont pas mieux traités que du bétail, et là coup sur coup le roi lui demande d’éduquer le dauphin et le dauphin lui demande de l’éduquer à la politique ! Il vient d’avoir la réponse à la problématique qu’il ne savait pas par quel bout prendre. Et donc je me suis dit qu’il pouvait avoir les larmes aux yeux.

LK. C’est effectivement un parallèle entre la construction politique et la vie de personnages ; c’est une technique littéraire qui est extraordinaire qui m’a fait penser à un auteur qu’on n’attendait point en pareil équipage.
Marivaux disait dans l’éducation d’un Prince en s’adressant à Théodose : « J’avais besoin que vous m’aimiez pour vous transmettre ce que j’avais à vous transmettre » et qui correspond exactement aux sentiments qu’Oresme nourrit envers le dauphin.
Vous cochez toutes les cases. Cela transparait manifestement aux pages 44 ou 106 avec la naissance d’une amitié lorsque vous écrivez : « L’élève se plonge alors avec volupté dans l’art des muses, cette partie du quadrivium dont il pressent qu’elle peut assurément mieux encore que la philosophie, porter la révolte et le progrès. »
PS. Et il n’avait pas lu Camus!

LK. (rires)
Non. Alors là, Alors là Pierre ce sont des choses qui me parlent et qui me parlent fortement. Jean d’Ormesson disait : « Je porte les rebelles plus haut que tout, plus haut que les politiques. »
Ma question, Docteur, et j’ai pris un long préambule avant d’y arriver : le progrès serait-il- je m’adresse à la fois au médecin et à l’humaniste que vous êtes- le progrès serait-il la conséquence de la révolte ou plutôt la révolte serait-elle la condition du progrès ?
PS. Je viens de vous dire citer Camus…
LK. Vous m’avez cité Camus mais je vous demande ce que Pierre Squara pense ?
PS. Bien évidemment, j’adhère à 100 % à la phrase culte de Camus : « Je me révolte donc je suis ». Il n’y a pas de progrès, quel qu’il soit, sans révolte. Mais cette révolte là, ce n’est pas la révolution, cela ne consiste pas nécessairement à aller manifester dans la rue.
Cette révolte, c’est quelqu’un qui dit : non ! La remise en question de l’ordre existant est, bien évidemment, plus que nécessaire. C’est le devoir de tout chercheur, de tout intellectuel, de tout journaliste, de tout artiste, de toute personne qui veut faire avancer la société, il est de son devoir de remettre en question, de bousculer, l’ordre établi.
L’ordre établi sous toutes ses formes ! L’ordre politique, l’ordre scientifique, l’ordre moral. La vie n’est qu’une remise en question continuelle. Alors, bien évidemment, il ne s’agit pas d’être sceptique…

LK.
là Pierre je ne suis pas sûr que sceptique soit le mot adéquat.
PS. Vous avez raison septique est une qualité scientifique, mais l’être tout le temps, être UN septique c’est destructeur.
Car si l’on remet toujours tout en cause, on ne peut pas construire. Un scientifique c’est quelqu’un qui se révolte, mais ensuite qui analyse ce qu’on fait les autres pour essayer de voir où est le problème et pour essayer d’apporter sa pierre à l’édifice, et qui ensuite reste lucide par rapport à ce qu’il a fait pour vérifier qu’il va bien dans le bon sens, qu’il ne fait pas pire que ce qu’il a voulu résoudre. Mais, à la fin, il a bien un édifice à bâtir, donc il faut se baser sur ce qui est raisonnablement vrai. La révolte n’est que l’étincelle du départ, ce n’est pas une fin en soi. Alors oui, je me révolte donc je suis ! Ensuite, je dois rebâtir.

LK
. Je brûle d’envie de vous poser une question que nous avons évitée jusqu’à présent. Qu’est-ce qui suscite votre révolte dans la société actuelle ? Parce que je m’excuse, Docteur, on ne peut pas écrire un si beau livre et je pense ce que je dis, parce que vos réflexions sur les massacres, sur la révolution, sur un certain nombre de choses ne sont pas neutres, on ne peut pas écrire un aussi beau livre si on n’a pas de révoltes.
PS. Et bien la réponse est dans le livre. Oui, j’ai des révoltes multiples mais si je devais leur trouver un dénominateur commun, je parle de révoltes multiples…
LK. Je ne parle pas de révoltes médicales
PS. … Oui si je devais leur donner un dénominateur commun, je dirais que je me révolte contre le mésusage de la langue. Encore Camus…
LK. C’est facile Docteur.
PS. Ah non, vous allez voir je vais vous donner des exemples. Camus disait : « mal nommer les choses… »
LK. Oh non c’est trop facile ça (rires)

PS. Et bien pas plus tard que ce week-end, sur mon réseau social préféré, j’ai fustigé un certain nombre de gens qui parlaient de la trahison de Jean Castex parce qu’il avait quitté son parti pour devenir premier ministre. Tout parti politique est destiné à une action. Quitter un parti pour gouverner ce n’est pas trahir. Le pays prime le parti !

Si on est dans un parti juste pour participer à un entre soi, on tourne en rond et donc voilà ma révolte contre le mauvais usage des mots. C’est ce qui me fait citer Napoléon à la fin de mon livre. Lorsque Marie lui pose la question : qu’est-ce donc que la France ? Il répond, « La France, c’est le français quand il est bien parlé ! »
La langue est la première interface avec l’autre, c’est le moyen du dialogue, c’est le moyen du compromis. Mal user de la langue, c’est s’interdire a priori le compromis. C’est donc une œuvre de mort. Voilà pourquoi j’en fait le dénominateur commun de mes révoltes.

LK. Non là Docteur, c’est un peu facile. Edgard Faure disait « ça n’est pas la girouette qui change de côté, c’est le vent . » Et Churchill disait : «Tout le monde peut retourner sa veste, mais il faut un certain talent pour la remettre à l’endroit !”
Pierre quand je parle de révoltes, et d’ailleurs vous en parlez vous-même. J’entends quels sont les phénomènes ou les noumènes dans une société qui vous révoltent ?
PS. Je vais finir sur ce passage-là. Je pense que beaucoup des dysfonctionnements de notre société commencent par une guerre des mots. Vous avez vu comment démarre la Révolution ? Par ceux qui crient : « vive la Nation et ceux qui crient : vive le Roi ! »

Au début cela a commencé ainsi, tout bêtement. Ensuite ils se sont monté le bourrichon jusqu’à faire « la Terreur ». Vous vous apercevez que des gens pourraient parfaitement s’entendre sur un compromis acceptable mais n’y arrivent pas en restant prisonniers d’un discours guerrier, d’un discours d’exclusion. Et je me révolte contre cette méthode. Et finalement cette méthode a tellement de déclinaisons au quotidien que vous finissez par en faire la révolte numéro un.

Évidemment je peux me révolter sur un certain nombre de sujets concrets. Je peux me révolter par exemple sur l’écologie, c’est ma révolte du moment, du moins ce qu’on en a fait. Je pense que l’écologie est une science. Quand elle éclaire les gens, elle est nécessaire. Quand elle conseille les gens, elle est utile. Quand elle prétend les contraindre, elle ouvre une guerre de religion !
Comme si les médecins prétendaient contraindre les patients à se soigner. Ce n’est plus l’écologie que je reconnais et donc voilà, je me révolte contre cette écologie de contraintes qui n’aboutira à aucun progrès, compte tenu de la ridicule proportion que représente la France dans le monde.
Cela aboutira juste affaiblir nos entreprises, à se faire « prédater » par les Chinois et les Américains qui eux, ne s’imposent aucune contrainte.
Lorsqu’ils auront racheté nos entreprises, nos arrogants écologistes ne pèseront pas plus que les indiens face aux yankees, il y a deux siècles. Je me révolte contre cette naïveté-là, qui finalement, sous prétexte d’écologie, finira par tuer d’écologie.

LK. Dans votre livre, vous apportez une réponse qui m’a beaucoup touché. C’est le dialogue entre Marie et Pierre. L’une s’aperçoit que les royalistes s’accrochent à des privilèges sans aucune raison. C’est aussi le dialogue entre le progrès de la science.
Et Marie s’aperçoit que sa caste d’origine finalement ne mérite plus les privilèges dont elle avait hérité et vous en parlez avec une telle finesse peut-être est le fait que vous leur mettez des mots dans la bouche plutôt qu’un jugement d’historien ou de sociologue qui fait qu’on comprend que vous avez une réelle empathie pour eux
PS. J’ai essayé me mettre leur place : ces deux jeunes qui viennent d’horizons opposés et qui finissent par s’aimer ! Ils essayent d’avoir une vision juste des choses et il faut dire que la révolution, encore une fois, s’est payé de mots.
De nombreux aristocrates, notamment Bonchamps ou d’Elbée, étaient des libéraux, pas du tout partisans de la monarchie absolue. Ils appelaient de leurs vœux une monarchie constitutionnelle, celle de Voltaire. Ils furent pourtant massacrés parce qu’on était entré dans une spirale de folie destructrice.

En réalité, comment se créait la terreur ? A la tribune ! C’était à qui ferait preuve du plus d’enthousiasme et d’emphase. Et personne n’osait ralentir le délire. Un beau jour, ils se sont réveillés en 1794 avec la gueule de bois.
Je raconte dans le livre que le député Pierre-Jean-Joseph Dubruel a lu un rapport sur ce qu’avait été le calvaire des prêtres réfractaires, devant une assemblée médusée. Elle se rendait enfin compte des conséquences de ce qu’elle avait elle-même décidé. Donc oui, là aussi, je pense que l’on a un très bon exemple où une espèce de rhétorique guerrière entraîne une spirale mortifère dont on ne sait plus comment sortir.
LK. Bossuet disait : « Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes « . C’est très drôle parce que la façon dont vous parlez du besoin d’ordre et du besoin de désordre ou de révolution etc. cela m’a fait penser à une phrase que j’ai lue ailleurs : » l’État autant que nécessaire le privé autant que possible » ? (rires)
PS. Et bien vous voyez que je suis cohérent. (rires)

LK. P 79 vous écrivez, voulez-vous votre livre ?
PS. Non je le connais par cœur. (rires)
LK. « On bâtit des Empires par la raison avant la force. » C’est un langage de géopoliticien.
PS. Ce n’est pas vrai Léo ?
LK. Si bien sûr. Mais est-ce que c’est le langage qu’ils ont employé réellement à l’époque ou est-ce vous qui leur mettez ces mots dans la bouche ?
PS. Alors non, c’est à Nicole Oresme que je fais dire cela au futur Charles V qui n’est alors qu’un jeune adolescent. Ce qui est avéré, c’est que Charles V n’était pas doué pour les exercices d’équitation et pour les exercices à l’épée…
LK. Mais il savait quand même coqueliquer ! (rires)
PS. Pas encore à cette époque- là ; mais cela va venir !
LK. J’ai adoré ce mot !
PS. Et que ce gamin de 12 ans avait comme père, Jean Le Bon, un parfait chevalier, – parce que Jean Le Bon était peut-être un roi critiquable mais personne n’a jamais discuté sa bravoure – . Donc il a un père exemplaire et hardi, et lui-même se trouve peu doué pour l’équitation, peu doué pour le maniement de l’épée. Il est sans doute en train de se poser légitimement la question : « serai-je un bon roi ? « .
Donc, il pose la question à Nicole Oresme, son nouveau maitre. Et quand on connaît l’histoire de Nicole Oresme, ce qu’il a vécu, ce qu’il a voulu, ce qu’il a inventé, il ne peut pas lui faire dire une autre réponse que celle que j’ai choisie.

LK. Vous écrivez : « Nicole ne voit décidément aucune raison objective de subordonner la science à la théologie ni, par cette révolte, aucune offense à Dieu. » … « A cette époque, l’église primait tout, la monarchie d’abord puisque l’autorité du pape s’imposait aux rois mais aussi la science, puisque la théologie s’appliquait à toutes les créations de Dieu. L’enjeu fut alors d’extraire de la religion des espaces où la raison seule devait gouverner. Croyez-moi cela fut une rude bataille. »
Page 298 « Gentil Nicole, comment mes sujets peuvent-ils croire au sacre, à l’onction de Dieu, à la guérison des écrouelles, au palladium si tu t’ingénies à leur ôter toute croyance dans le ciel? Au fond, je ne sais ni ne veux savoir si l’astrologie est une science ou seulement un baume à la condition humaine, mais j’en ai besoin. Avec l’accord du Saint-Père, je vais créer un collège d’astrologie et d’astronomie à l’Université de Paris. Le peuple doit croire au surnaturel, Nicole, sinon tout est perdu ! »

On a l’impression
qu’on est en plein débat actuel. La science prime tout. On aurait pu écrire ça pour Raoult. Il en prend un sacré coup avec ce genre de propos, puisqu’il est dans le langage perlocutoire. Donc quand vous mettez à bas, ce combat de la théologie contre la science, je me suis dit : déjà à l’époque c’était révolutionnaire. C’est également révolutionnaire parce qu’on assiste à un retour du religieux et les explications que j’ai vues de certains dignitaires de toutes les religions, voire même de certains intellectuels qui disent que cette pandémie est une punition divine, on croit rêver. On pourrait croire que ce que vous écrivez c’est ce qui se passe aujourd’hui.
PS. Alors je ne sais pas si c’est aussi tranché que cela. Les philosophes de la querelle des universaux avaient une préoccupation bien réelle d’émancipation mais cachée derrière un prétexte très intellectuel. Ils voulaient la permission d’utiliser un certain nombre de concepts, sans référence à la l’omniprésente doxa religieuse. Ils ont engagé le fer par des mots, on en revient toujours là.

Par exemple, si je dis « l’homme » dois-je nécessairement embrasser tout ce que la religion entend par « homme » ? Les universaux disaient : non, le mot « homme » c’est une convention humaine qui ne renvoie pas nécessairement à l’être créé par Dieu.
Dieu n’a jamais prononcé ce mot, il n’a jamais rien écrit non plus. Quand je dis homme en dessinant les lettres H O M M E ; ce sont des signes humains, ce sont des conventions purement humaines et j’ai le droit d’analyser ces signes comme toute autre chose existante sur cette planète, une chaise, une table, une vache sans référence religieuse.
J’ai donc le droit d’étudier le mot qui est une convention humaine sans faire référence à l’être qui est derrière. De ce combat est né la démarche de remise en cause de la vérité proclamée. Elle était proclamée par la religion jusqu’à la querelle des Universaux, ensuite elle a été proclamée par une autorité reconnue et puis à partir de Claude Bernard, l’inventeur de la méthode expérimentale, on a substitué à la vérité proclamée, la vérité démontrée, la vérité proclamée par une démonstration.

Et depuis Claude Bernard, on est toujours dans la même dynamique de la méthode expérimentale pour établir une connaissance. Simplement, les connaissances et les statistiques évoluent pour mettre en évidence des vérités de plus en plus subtiles et complexes.

Lorsque Pasteur a fait son expérience sur la vaccination du charbon, il a pris trois groupes de moutons je crois qu’il y en avait sept dans chaque groupe. Trois jours plus tard, les sept qui avaient été vaccinés et inoculés étaient vivants, ceux du groupe contrôle à qui l’on n’avait rien fait aussi et ceux du troisième groupe qui n’avaient pas été vaccinés mais inoculés étaient morts. Il n’y avait pas besoin de statistiques élaborées pour prouver l’effet de la vaccination.

Aujourd’hui, lorsque vous avez un médicament qui ne soigne pas à 100 % comme la vaccination de Pasteur mais qui soigne à 10 %, la preuve est plus difficile à établir. Par exemple dans une maladie grave, même si n’est pas l’idéal, c’est quand même intéressant de n’avoir, par exemple, que 50 % de chances de mourir au lieu de 60%.
Mais ces 10 % là, cette petite différence là, il faut une plus grande population et des méthodes plus sophistiquées que trois groupes de sept pour la mettre en évidence. Donc, on est toujours bien dans la méthode expérimentale mais la méthodologie décriée par Raoult n’a pour but que de mettre en évidence des différences de plus en plus tenues. Manifestement cet enjeu lui échappe ou feint-il de le faire croire.

Dans ma pratique médicale récente, j’ai donné de l’hydroxy chloroquine au début de l’épidémie. Pourquoi ? D’abord parce que de Raoult, je ne connaissais que son papier ; qu’il n’y en avait pas d’autres, même si je savais bien que huit cent papiers avaient été écrit sur la chloroquine dans d’autres pathologies virales et qu’aucune n’avait jamais prouvé de bénéfice clinique une fois la maladie déclarée.
Mais quand vous avez une pathologie mortelle et que vous n’avez rien à proposer et que la chloroquine qui n’est pas un médicament épouvantable surtout chez nous où tous les malades ont un scope, j’ai pensé, avec tous mes collègues, que le risque était faible et que le bénéfice était peut-être réel.
Au bout d’un mois, on a vu que 20% des gens à qui on avait donné de l’hydroxy chloroquine, passaient en réanimation, dans les mêmes proportions que ce qui avait été annoncé en Italie, en Espagne, etc… On a arrêté d’en prescrire surtout que plusieurs papiers, avant ceux du Lancet, avaient donné des résultats négatifs.
D’autant plus qu’entre-temps, on avait connu le personnage qui, je vous le rappelle avait publié fin février une vidéo où il fanfaronnait : « end of game ». Pour lui le Coronavirus était terminé grâce à l’hydroxy chloroquine. Et je peux vous dire que chez nous, c’était loin d’être terminé.

On avait donc des raisons d’être suspicieux. Ensuite on a vu l’arrogance du personnage, la façon dont il se comportait qui est tout sauf scientifique. Donc, l’homme était agaçant. Il a été son meilleur ennemi. Ensuite il y a eu plusieurs papiers négatives sans parler du Lancet. C’est vrai que la médiatisation de cette affaire à fait perdre la tête beaucoup de monde. À partir du moment où le président des États-Unis s’y est mis… vous imaginez aux États-Unis tout le monde voulait…
LK. … prendre de l’eau de Javel.
PS. Non heureusement, seulement profiter de l’aubaine. Le Big data est une des méthodes de recherche de l’avenir, et fait rêver un certain nombre de gens. La, – dans le papier bidonné du Lancet -, une petite équipe a voulu nous faire croire qu’ils pouvaient gérer une sorte de Big Data. Je pense que si un jour le Big data donne des résultats, ça sera Google et Apple qui seront à la manouvre et non pas quelqu’un dans son garage.
LK. Ce que vous dites est intéressant parce que cela recoupe quelque peu les propos de Laurent Alexandre et du directeur scientifique de Google ou Facebook…
PS. Mais il faut avoir les capacités financières et techniques de gérer les milliards de données. Surtout qu’il y a des technique de filtrage, de lissage et d’analyse à établir.

LK.
Raoult correspondrait quelque part à l’astrologue de votre livre ?
PS. Alors l’astrologue… Dans toutes les religions, comme dans l’astrologie, il y a toujours eu un certain nombre de gens qui utilisent leurs connaissances pour exercer un pouvoir sur leurs concitoyens. C’est-à-dire que…
LK. C’est le cas de Raoult ?
PS. Peut-être, mais c’est le cas de nombre de prêcheurs. Dans toutes les religions, il y a des gens qui instrumentalisent les textes pour manipuler les foules, se créer du pouvoir et se faire une position sociale enviable. L’astrologue de mon livre faisait partie de ceux-là, du moins c’est ainsi que Nicole Oresme affectait de le voir mais je n’ai pas eu à me forcer pour lui faire dire cela !

LK. Ce qui m’a frappé dans ce livre c’est que j’ai l’impression que cette pandémie nous replonge dans le cœur de votre livre puisque vous décrivez la grande peste. En tant que médecin n’êtes-vous pas frappé par le retour du religieux dans la scène de la maladie, des maux de la société.
En tant que médecin quand vous entendez des représentants des diverses religions dire que quelque part ça montre la faiblesse de l’homme, le courroux de Dieu ? On a eu droit à toutes les gammes, selon les niveaux d’intelligence. En tant que médecin et humaniste qu’est-ce que cela provoque en vous ?
PS. Qu’en six cent ans l’homme n’a pas changé dans ses gènes ni donc dans ses réactions vis-à-vis de ce qu’il ne comprend pas et de ce qu’il ne peut pas maîtriser. Cette description de la peste, je ne regrette pas aujourd’hui de m’y être appliqué parce qu’on avait les mêmes mécanismes de fuite au Moyen Âge qu’aujourd’hui…
LK. On n’a donc pas progressé ?
PS. Au Moyen Âge, on a arrosé de vin les rues de Paris. On a promené la chasse de Sainte-Geneviève. On a avalé un certain nombre de potions les unes plus abominables que les autres. Avec évidemment quand était riche plus de poudre d’émeraude et de perles et quand on était pauvre, plus de choses dégoutantes.
Vous avez vu que je me suis fait plaisir à rapporter l’usnée de synciput. Précisons pour vos lecteurs qu’il s’agit de la mousse que l’on récoltait au-dessus du crâne des pendus qui avaient desséché sur les fourches patibulaires. C’était censé être une extrusion de l’âme et cela prétendait traiter la peste. Il y avait donc eu profusion des médicaments les plus infects.
Ensuite évidemment on a accusé – comme d’habitude – les juifs ; on a continué en si bon chemin à en massacrer quelques-uns. Il a fallu que le Pape s’en mêle pour qu’on arrête…
LK. Normal, il avait besoin d’argent.
PS. Oui cela eût été embêtant surtout en période de peste. Alors, les gens se sont enfermés en reclusoirs. Il y a eu des processions de flagellants, il a fallu que le pape s’en mêle encore et intervienne pour pas qu’il n’y ait pas trop de blessés sérieux. En réalité, on retrouve aujourd’hui tous les mécanismes de protection psychologique, de fuite, d’évitement, déjà observé devant cette espèce de raz-de-marée que constituait l’épidémie, au Moyen Âge. Vous voyez, rien n’a fondamentalement changé !

LK. Je vais vous surprendre. Le béotien que je suis ne partage pas complètement votre sentiment. Tout d’abord je pense que l’humanité a fait d’énormes progrès. C’est même une des lois fondamentales de l’Histoire. En 1969, deux millions de morts dans le monde entier pour une épidémie de grippe dont le traitement s’est nettement amélioré.
PS. Vous parlez des progrès médicaux, moi je parle des comportements vis-à-vis de la maladie. Bien sûr que face à une épidémie de peste si elle advenait, il y aurait zéro mort.
LK. Certes, mais les progrès médicaux induisent des progrès dans la perception de la menace et dans les réactions vis-à-vis de la menace. Lors de cette pandémie on a vu le pire et le meilleur. On a vu le meilleur mais beaucoup plus souvent que le pire.
Et surtout on savait dès le départ que cette pandémie serait vaincue, ce qui induit – obligatoirement- des réactions positives. A partir du moment où vous savez que l’humanité va passer à travers, après c’est simplement une question c’est moi ce n’est pas moi etc.
PS. Exactement, oui, mais on a progressé statistiquement et les éléments qui sont constitutifs de la psychologie humaine restent les mêmes sauf qu’au Moyen Âge il n’y avait aucune échappatoire… Aujourd’hui il y a une échappatoire…
LK. Mais ça fait toute la différence…
PS. Cela fait toute la différence… Vous allez un peu vite en besogne. Cela fait toute la différence pour une certaine partie des gens..
LK. Non je m’excuse parce que là vous êtes dans mon ADN. Je suis un optimiste invétéré.
PS. Mais je suis d’accord.

LK
. Imaginez que je vienne vous voir. Comment vais-je raisonner ? Je viens vous voir, et ce faisant, je me décharge sur vous d’une partie de ma peur, de mon angoisse et de mon incertitude. Vous êtes mon messager dans le traitement du problème et je vous fais confiance car je sais que in fine vous allez trouver la guérison. Alors peut-être pas pour mon cas particulier…
PS Mais c’est tout le problème…
LK. C’est pour ça que la société a beaucoup changé.
PS. Il ne s’agit pas de dire que la société n’a pas changé depuis le Moyen Âge. Moi je parle des mécanismes intérieurs de l’homme devant une maladie dévastatrice et qui peut potentiellement l’emporter.
Au Moyen Âge, Nicole Oresme était aussi intelligent que nous. Et quand il a vu la peste arriver, il a été obligé d’aller donner l’extrême-onction aux patients ; et donc il savait très bien qu’il risquait sa vie. Il savait très bien que l’épidémie de peste se terminerait obligatoirement un jour ; même si celle-ci était la plus grande de l’histoire, il y en avait eu d’autres avant. On savait fort bien que les épidémies ne tuaient pas tout le monde. Ils avaient une certaine marge d’incertitude qu’il fallait accepter.
Nous aujourd’hui avec les moyens modernes, on sait qu’on va trouver un jour ou l’autre une vaccination, donc on a une incertitude qui est plus faible. Mais cette incertitude-là, il faut toujours vivre avec. Vous connaissez le mot de Kant, « on mesure l’intelligence d’un homme à la quantité d’incertitudes qu’il peut accepter ».
Il y a des gens, au Moyen Âge, qui avec une incertitude très grande arrivaient quand même à vivre et à travailler. Et il y a aujourd’hui en France avec une incertitude qui est beaucoup moindre, des gens qui néanmoins paniquent. Alors à l’époque c’était peut-être 20 % de la population, aujourd’hui c’est peut-être 2 % de la population mais les 2 % de la population qui paniquent aujourd’hui vont utiliser les mêmes moyens, les mêmes réflexes que les 20% du Moyen-âge. C’est cela que je voulais dire Léo.
LK. D’accord Pierre
PS. Vous avez vu des comportements irrationnels. Moi j’en ai vu parmi mes patients. J’ai vu des gens qui ne sortaient plus du tout de chez eux. Il fallait qu’on vienne leur livrer la nourriture. J’ai vu des gens avec un masque FFP2, seuls dans leur voiture.

LK. Qu’est-ce que ces réflexions religieuses vous inspirent aujourd’hui ? Et surtout si l’on remplace l’église par médias est en quelque sorte les médias sont devenus les nouvelles églises, à quoi cela vous fait-il penser ?
PS. Je ne suis pas si sûr que cela que les média soient les nouvelles églises. Parce que si les églises avaient bien évidemment leurs excès, elles avaient tout de même une vision de l’humanité.
Il y avait quand même derrière un projet philosophique, un projet humaniste élaboré, même si l’usage qu’en faisaient les hommes pouvait être abominable. Il y avait aussi une structuration de la société.
Même si, au Moyen Âge, l’église a pu être intolérante et cruelle, elle instruisait les enfants, elle donnait une règle à la vie, limitait certains excès. Un certain nombre de comportements étaient évités et stigmatisés par des règles telles que les commandements : tu ne tueras point etc….
Demain, peut-être les médias vont-ils se réglementer pour s’améliorer, mais enfin j’ai quand même l’impression qu’ils ne cherchent que leur intérêt. Je ne sais pas s’il y a beaucoup de médias dont l’objectif avoué est d’améliorer la société. Peut-être quelques journaux élitistes, peut-être quelques blogs… (rires)
…qui sont partagés par un certain nombre de gens exigeants mais on ne peut pas dire que le projet de BFM-TV de TF1 soit altruiste. Car c’est eux qu’on regarde ! Idem pour le projet de Facebook ou de Twitter.
Souvenez-vous des propos de Patrick le Lay qui était le président de TF1 : « Mon métier c’est de préparer les esprits à absorber de la publicité ». Au moins c’était clair !
LK. Mais c’est le langage que Charles tient à Nicole à propos des astrologues.
PS. Exactement. Voilà aujourd’hui le projet des médias. Sûrement quelques médias sur abonnement vont-ils avoir un projet différent. Mais de là, à dire qu’ils remplacent les églises…
LK. Ce que je voulais dire c’était le pouvoir de dicter des règles ou des comportements et non pas le pouvoir éducatif, c’est-à-dire l’église dictait un certain nombre de croyances que vous deviez observer et les médias…
PS. … font peser une chape de plomb.

LK. Et justement lorsque vous parlez page 252, vous employez un mot que j’ai relevé : « la grande prostituée »
PS. Mais ce n’est pas moi qui utilise ce terme. Il est dans l’Apocalypse.
LK. Oui tout à fait. Mais vous le rapportez.
PS. Je rapporte bien sûr. L’apocalypse est mon fil rouge, Je n’allais pas me défiler !

LK.
C’est quoi la grande prostituée aujourd’hui ?
PS. Exactement la même chose que la prostituée de l’Apocalypse. Ce sont toutes les communautés humaines qui sont dans l’erreur ; sauf que l’erreur chacun la définit comme il veut. Pour Saint-Jean et l’Apocalypse, en raison de toutes les hérésies florissantes à cette époque-là, c’étaient toutes les communautés humaines qui n’étaient pas croyantes dans l’orthodoxie.

Aujourd’hui, puisque la thèse de mon livre c’est que derrière la Jérusalem nouvelle, l’Apocalypse annonce la Cité nouvelle, et bien la grande prostituée représenterait toute les formes de com qui ne sont pas fondées par la vérité. D’ailleurs, dans l’Apocalypse c’est la vérité qui apparaît une fois que l’on a effondré les tours de Babylone.
Donc voilà pourquoi je vois une analogie avec la Cité nouvelle. Lorsqu’on aura abattu toutes les fausses croyances, évidemment aujourd’hui toutes les fausses croyances scientifiques, alors peut-être la vie et la cité seront-elles meilleures.
LK. Pourtant vous dites dans votre livre qu’il n’y a pas de pire danger que lorsque l’on se bat à fond pour sa vérité.
PS. C’est tout le problème ; qu’est-ce que c’est que la vérité ?
LK. Nous avons peut-être une petite divergence.
PS. Elle est scientifique la vérité. Normalement tous les gens de bonne foi doivent pouvoir se mettre d’accord sur ce qu’est la vérité scientifique.
LK. Vous avez des sciences molles et des sciences dures.
PS. Bien sûr il y aura toujours des espaces où débattre ou se battre. (rires)

LK. J’ai bondi sur votre mot : « la grande prostituée » et je l’ai traduit comme étant le plus grand danger. Car la prostitution finalement c’est quoi ? C’est aussi une espèce de corruption…
PS. C’est une corruption de l’esprit. Les gens ne se préoccupaient pas de la santé, ou de morale…

LK.
Saint Augustin disait : « Seigneur accorde-moi la chasteté mais pas tout de suite… plus tard » Saint-Augustin était d’ailleurs, un grand fornicateur devant l’éternel, dans la première partie de sa vie. Savez vous à quoi me fait penser votre mot et à la façon dont vous l’utilisez dans votre livre…
PS. Je le cite d’ailleurs…
LK. … Pour moi « la grande prostituée », c’est le populisme. Je ne sais pas pourquoi en lisant votre livre pierre pourquoi pas…
PS… Pourquoi pas ?

LK.
Vous écrivez page 324 : « Mais enfin les hommes ne sont jamais plus sanguinaires que lorsqu’ils défendent leur vérité ; j’en viens à douter de l’homme, mon Pierre, la barbarie et la cruauté sont le fond de sa nature. »
PS. À la réflexion je m’interroge si je n’aurais pas dû utiliser un autre mot que « vérité », parce que c’est une certaine conception de la vérité ou une façon de vivre qui donne lieu à conflit. Les scientifiques se mettent assez vite d’accord sur ce qui est ou ce qui n’est pas. Ils ne s’entretuent que rarement sur la manière de résoudre une équation.
Mais un certain nombre de disciplines qui ne sont pas des sciences dures peuvent, comme la politique ou la religion, peuvent donner lieu à des discussions sans fin.
C’est le champ que les hommes avides de pouvoir ou de domination recherchent pour donner libre cours à leurs ambitions. Promouvoir leur façon d’apporter le bonheur aux autres, quand bien même l’autre n’en veut pas et en souhaite un différent, est alors une option bien tentante… Nos écolo-extrémistes s’en rapprochent de plus en plus.


LK.
Si j’interroge le médecin et je lui demande docteur, en terme médical quels sont les plus grands dangers aujourd’hui, vous allez me citer trois ou quatre maladies ou menaces ?
PS. En terme médical, les plus grands dangers aujourd’hui… alors je pense que compte tenu du vieillissement de la population qui en majorité atteint des âges que l’on n’atteignait pas avant de mettrai en premier les pathologies neuro-dégénératives, celles qui me font le plus peur puisque je rentre dans l’âge où je ferai un candidat très présentable…
LK. (rires) N’exagérons rien.
PS. Parce que les cancers, on les traite de mieux en mieux, les pathologies cardio-vasculaires on les traite également de mieux en mieux ; certes elles font encore beaucoup de dégâts, mais on commence à voir comment on va s’en sortir, alors que les pathologies neuro-dégénératives on a l’impression qu’on est encore très loin du traitement. Je serais d’ailleurs peut-être démenti demain.
LK. Si je vous ai posé la question là-dessus, c’est parce que je vous ai dit au départ vous êtes un médecin du corps, mais aussi quelque part un médecin des sociétés mais quand même par petites touches, et mine de rien, on dirait un tableau impressionniste.
Il y a un tableau de Monet ou l’on voit un champ de fleurs et juste un coquelicot. Ou un tableau de Caillebotte qui est un peintre que je précie énormément ; on y voit à côté de la Gare Saint-Lazare, un homme avec un parapluie et sa femme ou sa maîtresse, allez savoir et la femme a un petit diamant à l’oreille. Donc ce petit détail qui fait le tableau.
Donc au détour d’une phrase page 191 : « Nul n’a semblé s’apercevoir que le ressentiment accumulait une poudrière »
PS. Mais c’est exactement ça Léo.
LK. Vous faites de l’Edmund Burke qui disait : « Ceux qui ont tout à espérer et rien à perdre seront toujours dangereux « et « Un État qui n’a pas les moyens de changer sa politique est un État qui n’a pas les moyens de se maintenir ».
PS. Si vous rejetez les gens, si vous ne leur donnez même pas ce que la jungle primitive leur donnait, ils ont vocation à se révolter.
LK. Est-ce toujours valable aujourd’hui ?
PS. Mais bien sûr que c’est toujours valable. Ils ont le devoir de se révolter. Le b. a. -Ba du contrat social, c’est que la cité fasse mieux que la jungle. Sinon c’est la faillite absolue de la cité, du politique.
LK. Puis-je vous citer ?
PS. Bien sûr.

LK. Alors j’ai découvert que le personnage d’Étienne Marcel que vous décrivez, n’était pas tel que je me l’imaginais.
PS. Bien évidemment parce que vous voyez à travers Épinal.
LK. Cela m’a beaucoup appris…
PS. Mais pourtant c’est authentique…
LK. J’entends bien. Donc quand vous dites : « nul n’a semblé s’apercevoir… vous faites œuvre de géopoliticien.

PS.
Pourtant les signaux avaient été considérables. Des communes avaient envoyé des rapports à l’Assemblée…
LK. Mais là, Docteur, et ce n’est pas pour les disculper. Le problème de nos sociétés, ce n’est pas qu’on manque d’informations, c’est tout au contraire que nous sommes submergés d’informations qui arrivent en mêmes temps, et qui peuvent parfois être contradictoires.
Il faudra attendre beaucoup de progrès du datamining pour les analyser. P 192. Votre scène sur le cannibalisme, est bien sûr épouvantable, mais elle est édifiante. Elle me fait penser au terrorisme. Et bien entendu j’ai une sainte horreur et un mépris du terrorisme ; c’est bien beau de stigmatiser le terrorisme mais quand on voit votre scène sur le cannibalisme… Qu’est- ce que 400 ans à l’échelle de l’histoire, ce n’est pas grand-chose.
PS. Mais on a toujours procédé de la sorte.
LK. Ce n’est pas grand-chose ! Ça remonte juste au Moyen Âge. Est-ce donc vrai qu’ils pratiquaient le cannibalisme ?
PS. Oui cela c’est passé lors de la peste et lors des jacqueries.
LK. Et ils forçaient même les femmes à manger leurs maris ; et puis on pratiquait… le forcement.
PS. Le supplice de Sainte-Lucie…

LK.
Au Rwanda les Hutus ont forcé les femmes Tutsi à coucher avec les cousins de leurs maris ou les frères de leurs maris et ensuite ils les violentaient ou les tuaient. Là-dessus je reconnais que l’on n’a pas vraiment progressé.
P 194 Vous écrivez : « Ils ont en commun le besoin d’entretenir leurs troupes en attente d’un engagement car les campagnes cessantes, peu de ces gens de guerre sont enclins à retourner dans leurs provinces pour cultiver la terre. La paresse et la méchantise les unissent qui ne trouvent d’alibi et de distraction dans le meurtre et le pillage. Certains se sont ainsi taillé de véritables baronnies sur lesquelles ils règnent en maîtres. La différence entre ceux qui gredinent et ceux qui se couvrent de gloire tient souvent à peu de choses ; le service du bon camp, d’un seigneur de haut lignage engagé dans la bonne cause ou la bonne alliance.. Parfois ils alternent dans l’une et l’autre position. »
Vous avez un vrai talent de géopoliticien, parce que vous décrivez quels sont les moteurs…
PS. Oui j’ai écrit : « La guerre les ordonne, la paix les laisse désemparés. »

LK. Et puis, en prime, vous faites preuve d’humour. Il y a le surnom de Du Guesclin, le dogue noir de Brocéliande et sa troupe, et là vous utilisez un verbe : « bretonner » , « ce qui est à piller ce que raser est à démolir ». On a compris que vous vous vous amusez un petit peu Pierre.
PS. Oui mais bretonner, ce mot existe. C’est ce qu’ils disaient.

LK. Vous avez des passages qui sont magnifiques qui concernent la République malgré ses excès… etc… Vous faites l’éloge de la République, vous dites :
« Et sans doute l’étaient-ils devenus un peu … » à propos des aristocrates. Vous faites dire à un aristocrate : « Après avoir connu l’Apocalypse, la France est prête à l’espérance. » Pouvez-vous développer ?
PS. Oui à ce moment du récit, j’annonce la conclusion du livre, c’est-à-dire l’analogie avec l’Apocalypse, qui n’est, ni plus ni moins, que l’annonce d’une espérance.
Ce mot là, que je mets dans la bouche de Marie Paul Scépeaux, va servir de déclic à Marie dans son enquête. C’est ce qui lui permettra de comprendre.
La Jérusalem céleste de la tapisserie, c’est l’allégorie de la Cité nouvelle. Et elle comprend alors le message de la tapisserie qui, sous un tableau religieux ou l’on voit Saint-Jean remettre le livre au Christ avec en arrière-fond la Jérusalem céleste, représente en réalité Nicole Oresme qui remet la traduction des éthiques d’Aristote à Charles V, la vertu pour rejoindre en toile de fond, la cité nouvelle.

LK. Dans un autre registre il y a une vraie perle.
PS. J ’espère qu’il y en a plusieurs… (rires)
LK. Je vous rassure elles émaillent votre livre. Ainsi Nicole Oresme recommande au roi : « D’abord interdire l’usure qui désespère l’audace, ensuite exempter de taxes les activités nouvelles de moins d’un an afin que l’épargne dormante soit remise en bel ouvrage. »
C’est l’inventeur des start-ups !
PS. Oui mais si la phrase est de moi – Nicole Oresme a dit la même chose, en français un peu plus obscur – je n’ai rien inventé, le concept vient de lui.
LK. Donc Nicole Oresme est quand même l’inventeur des start-ups.
PS. Oh, je pense qu’il n’est pas l’inventeur, mais le défenseur Il a bien compris qu’il ne fallait pas taxer les entreprises nouvelles ; qu’il fallait leur donner le temps de se développer…
LK. Ce qui est quand même révolutionnaire pour l’époque.

PS. Son traité des monnaies est un monument. On dit que lors de la crise de 2008, les banquiers ont relu son traité des monnaies. C’est un ouvrage qui fait date dans l’histoire du monde. Je vous en cite une phrase : « La monnaie est l’étalon de la permutation des richesses » ou encore, « La mauvaise monnaie chasse la bonne dans les coffres car elle y engraisse »

LK. Comment expliquez-vous qu’à sa mort son héritage ne se transmet pas. Il tombe presque dans l’oubli.
PS. Il se transmet ; je mentionne d’ailleurs à la fin dans la bibliographie que j’ai trouvé beaucoup de mes sources en Allemagne aux États-Unis et quand on dit que les banquiers centraux après la crise de 2008 ont relu le traité des monnaies de Nicole Oresme, c’est bien qu’il est connu, mais il n’est pas connu du grand public.
LK. Mais comment expliquez-vous que son œuvre passe un peu aux oubliettes de l’histoire en France ?
PS. Ses premières œuvres ont été écrites en latin puis, après le milieu de sa vie, en français. Vous pouvez consulter beaucoup de ses manuscrits à la Bibliothèque Nationale. Mais, même en français lire une ligne vous prend une heure parce que c’est écrit en vieux français, calligraphié en lettres de l’époque sur des parchemins vieilli. Du coup, très peu de ses livres ont été édités en français. Et ceux qui le sont, sont des livres de savants, d’historiens, de doctorants.

LK. Le personnage de Nicole Oresme est proprement fascinant et pas seulement ; il est attachant, il est loyal, puisqu’il essuie quand même deux ou trois rebuffades de Charles, et il ne lui en tient pas rigueur…
PS … Quel conseiller n’en a pas eu ? (rires)
LK. Il ne lui tient pas rigueur.
PS. Elles sont gentilles, on sent qu’ils s’aiment bien. En réalité, les détails de l’amitié entre Nicole Oresme et Charles V ne sont pas connus, si ce n’est que la longueur de cette amitié atteste de sa force. C’est là que le roman est nécessaire, pour donner une présence aux personnages. Je l’ai fait en essayant de pénétrer la personnalité des protagonistes à partir de leur œuvre et en essayant d’imaginer qu’elles ont pu être leurs relations.
LK. Oui, tout à fait, et surtout lorsqu’il reçoit un nouvel évêché, il est éloigné lui ; donc j’ai trouvé qu’en plus vous avez réussi à ne pas sacrifier la personnalité de Nicole Oresme.
PS. Mais ça été le plus dur ! Faire émerger une personnalité ! Aucun texte ne décrit la personne de Nicole Oresme. On a juste deux ou trois miniatures le représentant, d’ailleurs peu ressemblantes entre elles. Il a donc fallu faire émerger un être de chair et de sang à partir des lignes forces de son œuvre et de sa vie : la rigueur, la curiosité, la prudence – avec l’église -, la bienveillance avec ses pairs – sauf avec l’astrologie -, la piété, la durée de ses amitiés, le désintéressement car bien que comte-évêque et conseiller du prince, son héritage fut misérable.

LK. Sa rencontre avec Pétrarque est intéressante.
PS. Oui mais il a été déçu. Avant cette rencontre, il place Pétrarque au plus haut. Ensuite, sans contester son génie puisqu’il va même s’en inspirer, il découvre un être qui ne doute pas, on dirait aujourd’hui psychorigide, plus soucieux de mettre sa pensée en accord avec son action que de la rigueur de son raisonnement.

LK. Nous arrivons au bout de cet entretien, je vais vous laisser conclure.
PS. Je crois en effet qu’on a fait le tour de la question. Nous avons abordé l’arrière-pensée politique générale de la cohésion sociale et de l’amour entre les hommes, le personnage de Nicole Oresme et sa révolutionnaire richesse.
Mon sujet c’était Nicole Oresme sur lequel j’ai braqué le plus de lumière.
Marie, c’était mon prétexte pour dérouler le fil d’Ariane. Je l’ai inventée un peu comme un personnage romanesque du XVIIIe sans faire d’effort particulier. Il y a plein d’exemples de jeunes femmes du XVIIIe siècle tandis que sur Nicole il n’y avait pas grand-chose, il a donc fallu que je me décarcasse un peu plus.

LK. Vous avez quand même réussi ce prodige d’écrire un livre complexe. Je veux dire qu’il y des passages difficiles, ainsi quand vous parlez de musique – ainsi des harmoniques- ou d’autres sujets ésotériques ou scientifiques, ou de mots – charmants au demeurant- mais, hélas, tombés en désuétude
PS. J’aurais dû enlever ?
LK. Ah non surtout pas ! Docteur vous avez trouvé un carré magique ! Vous avez manié, des idées complexes, vous avez fait œuvre d’historien, de géopoliticien – ainsi lorsque vous expliquez comment un empire nait, le jeu de balance était très intéressant. Cette description m’a d’ailleurs rappelé le livre de Michel Tatu sur le triangle Washington-Moscou-Pékin, lorsque vous expliquez il faut s’allier avec un tel pour que tel roi vous suive etc.
Vous avez fait montre d’une maestria colossale et en même temps vous avez su garder d’abord un récit vif, alerte et tonique.
Pas une seule fois on ne s’ennuie. Et surtout on aime vos personnages que l’on fait notres. C’est très important d’aimer les personnages dans un livre.
PS. Je vous enverrai la photo de la tapisserie qui figure en page de couverture. Car elle existe en grand format et en couleurs. La main sur cette tapisserie avec l’anneau la main du Christ, c’est la main en l’air et la main en bas du tableau de Raphaël.

En guise de conclusion….

LK. Si l’on veut transposer avec l’époque actuelle, on a l’impression que vous seriez un héritier de Michel Rocard.
PS. Je ne sais s’il y a un rapport avec ça Léo.
LK. Mais bien sûr que oui. Bien sûr que oui. Tout votre livre – et cela m’a captivé et qui m’a beaucoup plu – c’est que vous n’y n’étiez pas obligé de parler de toutes ces idées humanistes à l’époque. D’abord ce n’étaient pas des idées de l’époque de Nicole Oresme. Vous pouviez parler de lui autrement, vous éprouvez le besoin, un peu comme l’acupuncture chinoise, de faire passer par des toutes petites phrases.
PS. Oui bien évidemment… Il y a une dimension dans ce que je fais…
LK … Vos idées de progrès, vos idées sur la science, vos idées contre la dictature. Vous avez même un passage sur l’argent corrupteur. Et vous réfléchissez sur ces sujets avec beaucoup de pudeur.
Je me suis dit, tiens ce « type » votait pour Rocard ! Je ne me trompe pas trop Pierre ?
PS. Hélas, je n’ai pas pu voter pour Rocard. D’abord parce qu’il ne s’est pas présenté à l’élection présidentielle.
LK. Mais on sent que vous avez une certaine estime pour Rocard.
PS. Mais bien sûr.
LK. Je ne me suis pas trompé.
PS. Non. Bien sûr que non. Je ne suis pas socialiste. Je suis rocardien, je suis un gaulliste social. Je ne sais pas ce que je suis réellement ; mais peu importe.
LK. Mais vous avez des valeurs, des vraies et belles valeurs.

PS.
Il faut que je vous raconte… Lorsque j’ai écrit mon livre « Réanimer la politique », je ne pouvais pas faire l’économie de l’analyse de la répartition des richesses…
LK. Ça se sent !
PS … En ce qui concerne donc la répartition des richesses, une fois qu’on a dit qu’elles se font au mérite, on s’aperçoit que ça ne marche pas.
Il y a des gens très méritants qui n’ont pas de résultats. Il y a des PDGs d’une société qui ne va pas bien parce exemple parce qu’il s’agit d’une société de l’ancienne économie ; qu’ils vont tenir à bout de bras difficilement ; et puis, il y en a d’autres qui, avec la moitié de leur mérite, parce qu’ils dirigent une société de nouvelle technologie, vont multiplier par deux leur chiffre d’affaires tous les ans.
Donc le mérite certes, mais il ne suffit pas à expliquer la création et la répartition des richesses. Donc je me suis demandé comment créer un modèle de la création et la répartition des richesses. Et j’ai regardé un peu…
La science nous dit que les phénomènes de l’univers ne peuvent être que déterministes, stochastiques ou chaotiques. Déterministes cela veut dire qu’ils sont décidés par une formule. Stochastiques, ils sont déterminés par des statistiques. Je lance un dé, il y a une chance sur six de tomber sur le six…
LK … Pas en Corse (rires)
PS. Et les phénomènes chaotiques, qui répondent à des formules qui répondent à des formules connues mais aussi à des conditions initiales. En réalité, toutes les activités humaines sont chaotiques ; c’est-à-dire qu’elles dépendent du génie de l’homme, du temps de travail de l’homme, de ses outils, mais aussi et grandement des conditions initiales.

Ces conditions initiales, je les ai englobées dans un terme que j’ai appelé « contingence », c’est-à-dire que suivant la contingence, le même mérite, le même capital mis dans la même entreprise va donner un succès planétaire ou une catastrophe.
Et je donne comme exemple : deux graines d’arbres plantées dans le même sol ; l’une va pousser plus que l’autre parce qu’elle prend le soleil du bon côté, ou parce qu’elle prend la rivière du mauvais côté.
C’est ça la contingence.
Comme je voulais absolument valider ce concept avant de publier mon livre, j’ai fait le siège de Michel Rocard. Je lui ai envoyé le manuscrit, il l’a lu, il m’a reçu, on a parlé une bonne partie de l ‘après-midi. Nous avons discuté de la contingence. Le terme ne le séduisait pas complètement, mais il n’a pu me trouver un terme alternatif. Je voulais qu’il me rédige une préface, mais il est mort peu de temps après et donc je ne l’ai pas eue.
Cela étant, il n’est pas sûr d’ailleurs qu’il me l’aurait accordée, parce qu’il m’avait dit qu’il n’en faisait jamais.
Donc oui, si vous voulez me faire dire que j’estimais profondément Rocard, alors oui je l’avoue.
LK. Donc oui je ne suis pas tellement trompé. Je me suis dit : tiens il y a une musicalité qui me plaît et j’étais content de la trouver.
Sous forme de plaisanterie, Docteur, abandonnez la médecine. Consacrez-vous uniquement à l’écriture.
PS. Mais vous savez la médecine, je vais sans doute bientôt l’arrêter d’ici un an…
LK. C’était une plaisanterie Docteur.
PS. Moi pas j’ai l’âge de la retraite et si j’ai je trouve petit lectorat, si j’arrive à vendre 10 000 exemplaires, alors je pense que je ne pourrai plus m’arrêter d’écrire. Mais il me faudra quand même ce minimum parce qu’il faut une motivation.
LK. Rassurez-vous Docteur, la rumeur publique, cette gueuse, rapporte que vous êtes un excellent médecin.
PS. Merci mais je souhaite aussi être un bon retraité (rires) !

https://www.lisez.com/livre-grand-format/le-mystere-de-nicole-oresme/9782259282406

Pierre Squara
Cardiologue Réanimateur Fondateur du CERIC, Clinique Ambroise Paré Neuilly Président du conseil scientifique de SCERI (Santé-Cité Enseignement-Recherche-Innovation)
Ecrivain, Pierre Squara a commis plusieurs livre dont « Réanimer la politique ». Hemiole, Le roman de Pythagore (Belles lettres 2017).

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