Et si nous finissions l’année avec Guillaume Apollinaire

Il est grand temps de rallumer les étoiles- Guillaume Apollinaire
poème écrit lors de la première guerre mondiale:

 

IL EST GRAND TEMPS DE RALLUMER LES ETOILES

… Puis le temps est venu le temps des hommes
J’ai fait la guerre ainsi que tous les hommes

C’était au temps où j’étais dans l’artillerie
Je commandais au front du nord ma batterie
Un soir que dans le ciel le regard des étoiles
Palpitait comme le regard des nouveaux-nés
Mille fusées issues de la tranchée adverse
Réveillèrent soudain les canons ennemis.

Je m’en souviens comme si cela s’était passé hier
… Et tous mes canonniers attentifs à leurs postes
Annoncèrent que les étoiles s’éteignaient une à une
Puis l’on entendit de grands cris parmi toute l’armée

Ils éteignent les étoiles à coup de canon

Les étoiles mouraient dans ce beau ciel d’automne
Comme la mémoire s’éteint dans le cerveau
De ces pauvres vieillards qui tentent de se souvenir
Nous étions là mourant de la mort des étoiles
Et sur le front ténébreux aux livides lueurs
Nous ne savions plus que dire avec désespoir

Ils ont même assassiné les constellations

Mais une grand voix venue d’un mégaphone
Dont le pavillon sortait
De je ne sais quel unanime poste de commandement
La voix du capitaine inconnu qui nous sauve toujours cria

Il est grand temps de rallumer les étoiles

Et ce ne fut qu’un cri sur le grand front français
Au collimateur à volonté
Les servants se hâtèrent
Les pointeurs se pointèrent
Les tireurs tirèrent
Et les astres sublimes se rallumèrent l’un après l’autre
Nos obus enflammaient leur ardeur éternelle
L’artillerie ennemie se taisait éblouie
Par le scintillement de toutes les étoiles

 

Voilà, voilà l’histoire de toutes les étoiles
Et depuis ce soir-là, j’allume aussi l’un après l’autre
Tous les astres intérieurs que l’on avait éteints  …

 

Liens
Ondes

Cordes faites de cris

Sons de cloches à travers l’Europe
Siècles pendus

 

Rails qui ligotez les nations
Nous ne sommes que deux ou trois hommes
Libres de tous liens
Donnons-nous la main

 

Violente pluie qui peigne les fumées
Cordes
Cordes tissées
Câbles sous-marins
Tours de Babel changées en ponts
Araignées-Pontifes
Tous les amoureux qu’un seul lien a liés

D’autres liens plus ténus
Blancs rayons de lumière

Cordes et Concorde

J’écris seulement pour vous exalter
Ô sens ô sens chéris
Ennemis du souvenir
Ennemis du désir

Ennemis du regret
Ennemis des larmes
Ennemis de tout ce que j’aime encore

 

Guillaume Apollinaire,
Ondes, Calligrammes 1918

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