Angela Merkel, une figure majeure de l’accueil des réfugiés Par Catherine Wihtol de Wenden, CNRS (CERI, Sciences Po)

Angela Merkel, une figure majeure de l’accueil des réfugiés

Catherine Wihtol de Wenden, CNRS (CERI, Sciences Po)

La  crise de l’Afghanistan a relancé le débat sur l’accueil des réfugiés, même si l’arrivée des Afghans n’est pas comparable à celle des Syriens en 2015. En septembre 2015, alors que Jean-Claude Juncker, Président de la Commission européenne,  avait proposé, depuis le printemps dela même année,  des quotas aux pays européens pour l’accueil des réfugiés (en fonction de la population de chaque pays européen et de sa richesse), les pays de l’Union avaient commencé par refuser ces quotas, puis par s’y soumettre tandis que les pays dits de Visegrad (Hongrie, République tchèque, Slovaquie, Pologne) décidaient de ne pas donner l’asile aux nouveaux venus. Cette année-là, 1, 2 millions de demandeurs d’asile ont frappé aux portes de l’Europe (un chiffre à diviser de moitié pour les autres années). C’est alors qu’Angela Merkel, en septembre 2015, déclare dans un discours qui a fait date « Wie schaffen das «  (« Nous le ferons ») et décide que l’Allemagne est prête à accueillir 800 000 demandeurs d’asile, dans un pays qui est, depuis les années 1990, le premier pays d’accueil des demandeurs d’asile. Ses propos tranchent avec le reste des pays européens, crispés par la peur de faire monter les extrêmes droites, mais s’alignant derrière les quotas de a commission européenne, pour ne pas paraître trop en décalage avec l’Allemagne. Durant cette période et les mois qui ont suivi, beaucoup d’Allemands ont affiché leur fierté face à l’accueil des demandeurs d’asile, une sorte de revanche d’image  en résonnance à la seconde guerre mondiale, mais aussi le fruit d’un civisme pro-réfugiés qui s’est d’abord traduit par l’engagement concret des citoyens dans l’accueil, municipalité par municipalité. Dans les länder et les villes, chacun pouvait donner son nom s’il consentait à accueillir un demandeur d’asile pendant une courte période, puis les mairies organisaient un système tournant de familles, pour les nouveaux arrivés, avant que ne soient construits des lieux adéquats. Certaines municipalités avaient organisé un accueil dans les gares, pour montrer leur soutien. Angela Merkel a fait l’admiration de beaucoup de ses voisins européens, tout en prenant des risques politiques vis-vis de sa majorité à la CDU-CSU et en devant assumer l’attentat du marché de Noël à Cologne, commis par un islamiste entré en Allemagne à l’occasion de la crise de 2015.

S’agissait-il de l’éthique d’une fille de pasteur qui, tout comme le pape François, considérait qu’il n’était pas possible de fermer ses portes aux demandeurs d’asile (un million sont arrivés en Allemagne cette année-là) ? De la prise de conscience du manque sectoriel de main d’œuvre, sous la pression du  patronat, proche de son parti et de son inquiétude face au déclin démographique du pays ? Les démographes tracent pour l’horizon 2050 des graphiques d’un pays qui aurait plus d’inactifs que d’actifs et une natalité toujours en baisse. Toujours est-il qu’elle a tenu bon, avec sa sérénité habituelle et que l’Allemagne s’en est trouvée grandie dans son image, même si l’extrême droite en fait l’un de ses chevaux de bataille, à l’AFD notamment. L’Allemagne est aussi le pays européen qui a consacré le plus grand nombre d’heures de cours de langue allemande (800 heures par an) pour les réfugiés, et le plus d’énergie pour leur donner un formation professionnelle et les insérer sur le marché du travail. C’est encore, et de loin, le premier pays d’immigration et d’asile en Europe, un pays qui affiche sa diversité même si Angela Merkel avait déclaré auparavant que le « Multi Kulti » était terminé. Devant la crise afghane, Angela Merkel s’est montrée plus prudente quant à l’accueil des nouveaux venus. Elle  a  reconnu avoir sous-estimé la situation afghane, rappelant qu’il ne fallait pas répéter les erreurs de la crise syrienne : éviter un nouvel afflux de réfugiés en Europe et aider ceux qui sont en danger à trouver des endroits sûrs dans le voisinage de l’Afghanistan, un propos pour le moins  nuancé par rapport à la figure qu’elle s’était forgée en accueillant les Syriens en 2015.

Mais  Angela Merkel aura été, avec le Pape François, durant les seize années de sa fonction de chancelière, l’un de ces prophètes désarmés qui auront fait progresser, en ces temps de populisme rampant, les valeurs européennes de solidarité et les valeurs universelles d’accueil de l’Autre.

Catherine Wihtol de Wenden,

Biographie
Catherine Wihtol de Wenden est Directrice de recherche au CNRS (CERI) et docteur d’État en science politique (Institut d’études politiques de Paris, 1986)2, elle est une spécialiste des migrations internationales sur lesquelles depuis une vingtaine d’années, elle a mené différents travaux, conduit de nombreuses études de terrain, et dirigé différentes recherches comparatives, surtout européennes. Elle a été consultante auprès de l’OCDE, du Conseil de l’Europe, de la Commission européenne et « expert externe » auprès du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés. Elle est aussi membre de la Commission nationale de déontologie de la sécurité
Elle donne un cours appelé « Migrations internationales » à Sciences Po Lille.
Elle est notamment membre du Conseil d’Orientation du Cercle de la LICRA3.
En 2013, elle avance que les migrations « sont un important facteur de développement économique et humain pour les migrants eux-mêmes, pour les pays de départ et pour les pays d’accueil ». Réagissant au drame de Lampedusa, elle dénonce le contrôle de l’immigration par les autorités européennes et propose d’ouvrir davantage les possibilités d’immigration légale

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