MOURIR POUR LE DONBASS, POUR TAÏWAN Par Dov Zérah 11 Janvier 2022

MOURIR POUR LE DONBASS, POUR TAÏWAN

Par Dov Zérah  11 Janvier 2022

 

 

2021 n’a pas été un bon cru pour les démocraties et l’Occident. Elle restera marquée par les événements d’Afghanistan. Les images du retour des Talibans à Kaboul, le chaos des derniers jours de la présence américaine et des évacuations resteront longtemps gravés dans les esprits comme celles de Saïgon en 1975.

 

En 2001, les États-Unis dominaient le Monde. Ni la Russie, ni la Chine, ni aucune autre puissance ne pouvait contester leur suprématie. 20 ans après, ils apparaissent comme un « tigre en papier », tel que les avait qualifiés Mao Tse Toung en 1956.

Après le désengagement de Syrie et d’Irak, le fiasco de Kaboul a encouragé tous les régimes totalitaires et dictateurs à avancer leurs pions sur l’échiquier mondial.

 

La Russie va essayer de saisir cette fenêtre de tir pour marquer des points en Ukraine ; à cet effet, elle et a déjà concentré 200 000 hommes à la frontière avec son voisin. Après avoir annexé la Crimée, elle veut des règles claires sur la sécurité à ses frontières, refuse la présence de l’OTAN dans des pays frontaliers, souhaite éviter qu’un nouveau pays voisin intègre l’Union européenne, comme en son temps les pays baltes.

 

Malgré les négociations entre Américains et Russes, en l’absence remarquée des Européens, le pire est toujours possible comme je l’envisageais dans ma chronique du 3 mai dernier « Et si la Russie envahissait l’Ukraine ? » Malgré les déclarations volontaristes de Joe BIDEN, personne n’arrive à imaginer « Mourir pour le Donbass ».

 

Souvenons-nous. 4 mai 1939. Marcel DÉAT publiait un éditorial où il remettait en cause l’idée de se battre pour protéger la ville de Dantzig, aujourd’hui Gdansk.

 

Pour permettre à la Pologne d’avoir un accès à la mer Baltique, le Traité de Versailles avait relié Dantzig, une ville à majorité allemande, à la Pologne par un corridor en plein territoire allemand, coupant la continuité territoriale prusse entre les deux provinces de Poméranie et de Prusse-Orientale.

 

Après avoir récupéré la Bohême, la Moravie, l’Autriche, Hitler a voulu faire main basse sur le couloir de Dantzig et la ville. A la une de l’Œuvre, l’éditorial de DÉAT : « faut-il mourir pour Dantzig ? »

 

Socialiste, puis néosocialiste pour finir à l’extrême droite, DÉAT bascule du pacifisme à la collaboration ; il a collaboré au régime de Vichy, a participé à la création et à l’enrôlement de la Légion des volontaires français contre le bolchévisme.

 

À l’été 44, il s’est enfui, a rejoint PÉTAIN à Sigmaringen et la commission gouvernementale au sein de laquelle il a gardé son portefeuille de ministre du travail. Avec l’aide de réseaux catholiques, il est arrivé à se réfugier en Italie, bien que condamné à mort par contumace ; il est mort à Turin en 1950.

 

Au-delà des revendications russes, le sujet du Donbass renvoie à la règle de l’intangibilité des frontières, déjà malmené en Europe avec le démantèlement de l’ex Yougoslavie et l’éclatement de l’Union soviétique.

« Uti possidetis juris », ou « vous posséderez ce que vous possédez déjà » a été repris en 1819 au congrès tenu à l’initiative de Simon BOLIVAR dans la ville vénézuélienne d’Angostura ; l’objectif était de figer les frontières issues de la colonisation et d’éviter les guerres entre nations latino-américaines.

Ce même objectif a été affirmé en 1963 au moment de la création de l’Organisation de l’unité africaine.

 

À la Crimée et à l’Ukraine est venu s’ajouter le Kazakhstan. Le terrorisme a bon dos. Il est invoqué pour lancer une terrible répression des manifestants protestant contre la cherté de la vie, et plus particulièrement du gaz de pétrole liquéfié. Cela se fait avec l’aide directe et non dissimulée de l’armée russe, sans aucune réaction des pays européens et occidentaux. Le grand frère russe s’érige en protecteur d’une dictature voisine qui devient un État tampon.

 

9ème pays au Monde avec une superficie de 2 724 900 km², le Kazakhstan regorge de ressources pétrolières avec une population de seulement 20 millions d’habitants et ne devrait pas être confronté à ce type de problème.

 

Confronté également à l’inflation et à la baisse du pouvoir d’achat, incapable de transformer la Russie de pays de rentes naturelles en véritable économie industrielle, Vladimir POUTINE continue de recourir à de vieilles méthodes, à savoir prendre des initiatives militaires extérieures pour flatter le patriotisme russe. La Libye, la Syrie… sans oublier la Centrafrique et le Mali avec une officine armée « privée », la société Wagner

 

De son côté, la Chine pourrait être tentée de tester la capacité de réaction de Joe BIDEN en avançant sur Taïwan et en mer de Chine. Le 1er décembre 2020, j’évoquais ce scénario dans ma chronique « Et si Pékin prenait possession de Taïwan ».

 

Au-delà de ses prétentions politiques, la Chine pose problème pour le fonctionnement du commerce mondial. Au moment où nous fêtons le 20ème anniversaire de l’admission de la Chine à l’Organisation mondiale du commerce (OMC), le moment est venu de réexaminer les conditions de fonctionnement de l’Empire du Milieu avec ses trois dumpings, social, monétaire et écologique, sans oublier les tricheries pour s’approprier de nouvelles technologies.

 

Qu’a fait l’Occident pour faire respecter la non remise en cause de l’accord de rétrocession de Hong Kong. Rien ! Aucun étranger n’est mort pour Hong Kong. Qui peut croire qu’on pourrait « mourir pour Taïwan ? »

 

Et si, pour renforcer la crédibilité américaine, Joe BIDEN en arrivait à croiser le fer avec l’Iran ? Ce scénario se justifierait par :

 

  • Les diverses manœuvres de Téhéran pour gagner du temps et faire en sorte que son programme nucléaire atteigne un point d’irréversibilité, ce qui ne cesserait d’amoindrir l’intérêt de la négociation

 

  • Dans le cadre des discussions de Genève, les Iraniens ont accru leurs exigences. Tout négociateur en aurait fait de même. En affichant trop leur volonté d’aboutir, les Américains sont revenus à la table de négociation en position de faiblesse.

 

  • La mollahcratie iranienne ne cesse d’organiser des provocations à l’égard d’Israël en se vantant de l’avoir encerclé avec les engins balistiques à Gaza, au Liban avec le Hezbollah ou en Syrie ou en organisant un exercice visant à détruire le centre nucléaire de Dimona… Parallèlement, des miliciens pro-iraniens s’en sont pris aux dernières troupes américaines encore présentes en Irak et Syrie pour commémorer le deuxième anniversaire de la mort du Général Qassem SOLEIMANI, malgré leur perte d’influence en Irak suite aux dernières élections législatives…

 

  • La récente déclaration des cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU pour éviter toute prolifération nucléaire.

Empêtrés dans les effets collatéraux des retraits d’Afghanistan, d’Irak et de Syrie, les États-Unis poursuivent leur désengagement des affaires du Monde. Il ne faut pas s’étonner que les régimes totalitaires cherchent à en profiter… ce qui rend peu crédible toute nouvelle intervention, sauf si elle ne nécessite pas de troupes au sol.

 

Les dictatures continuent à prospérer et à poursuivre l’application de leur agenda. Au cours de l’année écoulée, en Algérie, en Birmanie, en Corée du Nord, en Tunisie au Venezuela, et dans bien d’autres pays, les dictateurs ont consolidé leur position.

 

Il en est de même en Turquie, avec la bénédiction américaine. Pourtant, la situation économique catastrophique aurait dû inciter le dictateur ERDOGAN à plus de retenue à l’extérieur. Bien au contraire.

 

Elle est caractérisée par

  • Un dévissage de la livre turque à son plus bas historique de près de 15 livres pour un dollar ; la devise turque a perdu 50 % de sa valeur face au billet vert sur l’année passée
  • Une inflation galopante de 30 %, bien qu’officiellement à seulement 17 %
  • Une défiance de plus en plus forte des investisseurs étrangers…

La valse des étiquettes s’accompagne de celle des ministres des Finances et Gouverneurs de la Banque centrale.

 

Comme l’Union soviétique en son temps, la chute d’une de ces dictatures viendra peut-être de leur incapacité à faire face aux besoins de leur population et à gérer leur économie.

 

En attendant le silence de l’Europe est assourdissant ! Il nous reste à espérer que la présidence française et le nouveau gouvernement allemand vont faire bouger les lignes.

Dov Zérah
In Atlantico

Dov Zerah est diplômé de l’Institut d’études politiques de Paris, possède une maîtrise de Sciences économiques de l’université de Panthéon-Sorbonne, est ancien élève de l’École nationale d’administration (ENA, Promotion Voltaire

(1980) et auditeur de l’Institut des Hautes Etudes de Défense Nationale. De 1993 à 1999, il occupe des postes de direction de cabinets, des ministres de la Coopération, puis de l’Environnement, puis du Commissaire européen chargée de la recherche, de l’innovation, de l’éducation, de la formation et de la jeunesse. De juin 1993 à novembre 1995, il est directeur délégué à la direction générale de la Caisse française de développement (CFD), qui deviendra l’AFD.

 

Directeur général de l’Agence française de développement (AFD) du 2 juin 2010 au 29 mai 2013. Il était également président de Proparco, filiale de l’AFD spécialisée dans le financement du secteur privé ; censeur d’OSEO.

Il a occupé de nombreux postes dans la très haute fonction publique, notamment à la Direction du Trésor, où il a eu personnellement en charge des négociations internationales particulièrement complexes et délicates.

Il a également été directeur de cabinet tant en France qu’à Bruxelles. Il a par ailleurs enseigné à Sciences-Po et HEC.

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