America’s Pacific Century .La nouvelle politique étrangère US définie par la Secrétaire d’Etat Hillary Rodham Clinton

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 Ces trois mots définissent la nouvelle politique étrangère américaine  dans le monde et comme tels ils nous intéressent au plus haut chef

Cette dernière a été publiée en octobre 2011 dans la prestigieuse revue Foreign Policy. Nous précisons au lecteur qu’il s’agit là d’un texte officiel et l’invitons donc à y prêter la plus grande attention.

 Tachons donc de définir ce qu’est une politique étrangère. Le lecteur qui nous aura déjà lu ne sera donc point surpris que nous fassions appel à celui qui restera -très vraisemblablement- comme le penseur dont la puissance conceptuelle reste à ce jour inégalée !

 

« De quelque côté que nous abordions le problème, la tâche essentielle de notre politique étrangère est de procéder à une nouvelle analyse du milieu international actuel et de mettre au point les concepts qui nous permettront de contribuer à la naissance d’un ordre stable. Nous devons d’abord admettre l’existence de profonds problèmes de structure, largement indépendants des intentions des principaux protagonistes, et que la bonne volonté ne suffira pas à résoudre. » Henry  Kissinger 1

Ite Missa est !

 Et pour faire plus moderne citons Frederic Encel

« Les cités, les nations, les empires se font la guerre et la paix non seulement selon leurs passions et objectifs mais aussi en fonction de leurs ressources réelles ou présumées. C’est surtout vrai pour les régimes dotés d’un minimum de rationalité et de pragmatisme, fort heureusement majoritaires sous la plupart des latitudes » 2

 Notre propos tentera donc dans  un premier temps après d’en extraire les lignes de force, puis d’en souligner les changements et constantes apportés par la secrétaire d’État, Madame Hillary Rodham Clinton. Dans une deuxième partie  nous proposerons, à notre humble place, de discerner les écueils auxquels cette politique étrangère risque de se heurter.

 

Les USA gardent la conscience aiguë de ce qu’ils étaient, ils ont la nostalgie de ce qu’ils ne sont  plus, et dans un monde qui erre comme un bateau ivre ils affichent- fort heureusement- la volonté de tracer le cap.!

 

Que le lecteur ne se trompe point en cédant aux sirènes, ignorantes de l’Histoire, le Président Obama, à cette aune là restera, dans la mémoire des générations futures, comme un Président fort et tout sauf isolationniste !

Quoique certains aient pu  penser, dire, ou écrire Monsieur Obama est tout sauf un Président   « décliniste. »

 

Les USA ont-ils les moyens de cette ambition éployée, les mois à venir nous éclaireront.

À ce stade abritons-nous derrière Hegel qui disait « la vérité ici encore est à la fin. »

Gageons pour Monsieur Obama, et pour nous-mêmes, que Madame Clinton aura relu Chateaubriand qui écrivit « l’ambition dont on n’a pas les talents est un crime ».

 

 

La Secrétaire d’Etat commence par un constat des lieux.

La guerre d’Irak touchant à sa fin et alors que les USA commencent le retrait des troupes en Afghanistan, ils  doivent opérer un « pivot », un pivotement de leur politique étrangère.

 

Cap sur l’Asie

Le futur de la vie politique se décidera en Asie et non plus en Irak ou en Afghanistan !

Que l’on ne se méprenne pas, l’attelage Obama-Clinton a la ferme intention de ramener les USA en ce qui est désormais  son nouvel  épicentre. Tout laisse augurer qu’il ne s’agit point  d’une décision fortuite, héritage du retrait des différents théâtres d’opérations mais bien plutôt d’une action parfaitement pourpensée. Après 10 années d’intenses sacrifices tant humains que financiers, il est de notre devoir de faire preuve durant la décade future de discernement et d’analyse globale.

Ou investir, au  mieux notre temps, notre argent, notre énergie ? Etre dans la meilleure posture pour maintenir notre leadership, préserver nos intérêts, promouvoir nos valeurs. Les mots sont pesés ; leur ordre en est réfléchi. Avec Madame Clinton, nous sommes bien  loin de la politique irresponsable de Monsieur Carter et du messianisme des néo-conservateurs, si influents sous Bush Junior

Il y a du Bush  père chez Obama !

 Consacrer l’essentiel de notre outil diplomatique, nous focaliser principalement dans tous les domaines vers la région Asie-Pacifique, telle sera la tâche des USA.

La région Asie-Pacifique qui s’étire du sous-continent indien aux deux rives de l’Amérique est un acteur majeur dans la nouvelle donne politique. Elle  embrasse deux océans étroitement liés. Près de 50 % de la population mondiale y est concentrée, elle y compte  nombre des acteurs économiques les plus importants ainsi que les plus grands émetteurs de gaz carbonique.

Le coup de griffe à la Chine, pour subliminal qu’il soit, est pourtant sous-jacent. C’est aussi dans cette région que nous comptons nombre de nos alliés stratégiques. C’est dans cette zone  que se trouvent aussi des puissances émergentes telles que la Chine, l’Inde et l’Indonésie. L’engagement américain y est donc essentiel. Il contribuera à la stabilité et la prospérité de la région

S’étant aperçue de l’émergence de cette région (force est de constater que cela n’a pas échappé à la sagacité de la  Secrétaire d’État « fraîchement émoulue d’une classe préparatoire ») nous pourrions lui rappeler les enseignements de Lacoste  qui disait « la géographie ça sert d’abord à faire la guerre » et de Clausewitz « la politique c’est la continuation de la guerre par d’autres moyens »

Mais pour une fois qu’une décision suit une pente logique ménageons notre ironie. Contentons nous  d’en regretter le caractère tardif.

Raymond Aron  écrivit « On se demande avec angoisse si, en allant dès l’origine jusqu’au bout des concessions inévitables on n’aurait pas évité la tragédie » 3

Pour  avoir été un partisan de la diplomatie Bushienne, nous nous appliquerons bien volontiers, à nous-mêmes, cette dernière remarque.

Le leadership  US apportera les mêmes dividendes de paix et de stabilité qu’il en a apportés après la deuxième guerre mondiale aux pays d’Europe. Ses  effets bénéfiques se font encore sentir. L’heure est donc venue pour les USA d’agir de façon semblable en tant que puissance à part entière du Pacifique.

Puissance du Pacifique ,ils s’assument désormais. Selon Madame Clinton, les premiers fruits de cette orientation stratégique entreprise par le Président Barak Obama sont au rendez-vous. Pour elle, il est donc essentiel de jouer un rôle majeur dans cette région.

Hillary Clinton, tout en reconnaissant les difficultés économiques des États-Unis, lors même que l’Irak et l’Afghanistan sont en pleine transition, lance un avertissement à ceux qui embouchent les trompettes d’un nouvel isolationnisme.

De façon extrêmement ferme elle confirme qu’il n’est pas question de « rester à la maison ». Et, dit- elle, pour compréhensibles que ces élans soient, ils n’en sont pas moins parfaitement erronés et surtout contraires aux intérêts US bien compris.

De l’ouverture de nouveaux débouchés pour les produits US à la jugulation de la prolifération nucléaire en passant par la maintenance d’une  navigation libre dans les mers et détroits , dépendra notre propre prospérité et notre sécurité dans nos frontières

Les USA ont  résisté pendant 60 ans à cette tendance isolationniste et continueront à s’opposer de toutes leurs  forces à cette idée erronée et sous-jacente de la théorie de la logique à somme nulle !

Beyond our borders, people are also wondering about America’s intentions — our willingness to remain engaged and to lead. In Asia, they ask whether we are really there to stay, whether we are likely to be distracted again by events elsewhere, whether we can make — and keep — credible economic and strategic commitments, and whether we can back those commitments with action. The answer is: We can, and we will.

« Au-delà de nos frontières des peuples s’interrogent quant à la nature des intentions US, à notre détermination de rester engagés et de continuer à diriger. En Asie des peuples se demandent si nous voulons réellement rester et si d’aventure notre engagement peut à nouveau être remis en question sous la pression d’événements extérieurs .Si nous pouvons nous engager de façon ferme et crédible sur le plan économique et stratégique et surtout si nous avons les moyens de nos ambitions. La réponse est : nous pouvons et nous le ferons. »

 Expressis verbis .Il nous a semblé utile de rapporter cette phrase car elle sous-tend non la cause mais l’effet et la détermination  de la volonté américaine.  Nous nous  permettrons de rappeler au lecteur qu’en matière de politique étrangère la volonté affichée et projetée vaut  commencement d’exécution.

L’on pourrait transposer avec bonheur au plan des relations internationales ce que Frederic Encel écrivit dans l’ouvrage cité plus haut :

« Car il existe une constante dans la vie des nations : Lorsqu’un pouvoir central, étatique ou pas (encore) renonce ou échoue à assumer sa vocation fondamentale incarnée par le social, des groupes extrémistes  prennent la relève ».

Madame Clinton gagnerait à le lire. L’homme parle d’or, il pressentait des Février 2010, bien avant l’incompétente Michèle Alliot Marie, l’irruption des « printemps arabes sur la scène mondiale !

  Il est donc essentiel  d’utiliser les ressources et le dynamisme de la région.

 -sur le plan économique : Les USA ne retrouveront le chemin d’une croissance forte qu’en saisissant des opportunités de commerce et d’export sans précédent.

-Sur le plan stratégique : le maintien de la paix et de la sécurité dans cette région est capital aussi bien pour la liberté de navigation en mer de Chine Méridionale, que pour  contrer  les menaces nucléaires nord-coréennes ou que pour  permettre  une transparence des activités militaires dans la région.

  

 L’Asie réclame notre leadership. « Forward-deployed diplomacy »

 

Si l’Asie est capitale pour le futur US, une Amérique engagée est cruciale pour le futur de l’Asie mais surtout cette région désire vivement notre leadership.

Et Madame Clinton de rappeler vigoureusement que les USA demeurent la seule puissance possédant à un tel degré un réseau extrêmement dense d’alliances aussi fortes dans la région et – n’en déplaise à Monsieur Védrine – sans aucune ambition territoriale.

 Depuis des décades nous avons garanti les routes maritimes et préservé la stabilité de la région autorisant ainsi les conditions de son  développement,

Nous accueillons chaque année 350 000 étudiants asiatiques, nous sommes les champions du libre-échange et promouvons les droits de l’Homme. Le Président Obama s’y est attaché de façon permanente, publique  ou non publique en y impliquant l’ensemble du gouvernement.

En tant que secrétaire d’État Madame Clinton a rompu avec la tradition diplomatique. Son premier voyage a été pour l’Asie. Depuis elle en a accompli sept. C’est dire l’importance qu’elle y attache. Notre virage stratégique dans la région s’inscrit dans le continuum du leadership US. Pour le mener à bon port nous avons besoin d’un consensus bi- partisan.

À quoi ressemble cette stratégie ? Sa réussite dépendra d’une parfaite exécution et d’une stratégie cohérente parmi nos alliances régionales.

D’abord un engagement renforcé de ce qu’elle appelle un « forward– deployed  diplomacy», c’est-à-dire une diplomatie projetée avec tous les atouts et les  intérêts US vers chaque pays. La stratégie US devra être exemplaire de rapidité et de flexibilité.

Les USA vont déployer leurs efforts sur six axes :

 – renforcement des alliances bilatérales de sécurité

– approfondissement de nos partenariats avec toutes les puissances émergentes ; Inde  Indonésie y compris la Chine.etc

– implication accrue dans les organisations régionales (ainsi le Transpacific Stratégic Economic Partnership Agreement, APEC etc.)

– accroissement du commerce et investissement

– approfondissement de notre présence militaire à l’étranger (ainsi Darwin en Australie)

La difficulté de la tâche qui attend le successeur de Madame Clinton, sans être insurmontable nécessitera tout son talent !

Dans cette configuration, l’éloignement géographique de l’Australie devient un avantage stratégique en permettant aux  troupes américaines d’être moins vulnérables face à la menace des missiles chinois.

Le missile chinois balistique anti-navire –qualifié d’« Aircraft-Carrier Killer » Deng Feng 21 D a une portée de 1700 km et la cote chinoise est à 5000 km de Darwin. Les troupes US basées  au Japon ou à Guam étant désormais  par trop vulnérables.

Reste cependant la menace des sous marins SNLE de la classe JIN.

 Nous recommandons  au lecteur intéressé  de consulter une carte afin d’aider à la compréhension des menaces chinoises. Saluons donc  le Président Obama qui entend faire du Pacifique une nouvelle « Mare Nostrum ».

Le Vietnam – que l’on ne se serait pas attendu-il y a quelques années à figurer en pareil équipage – ainsi que Singapour entre autres réclament une présence US accrue  sur leur territoire. Le USPACOM- United States Pacific Command- sera visiblement renforcé.

Si les signes tangibles de cette politique  tardent, peut être, à se manifester, il nous semble, quant à nous, utile de mentionner que le Secrétaire à la Défense Léon Panetta avait déclaré en son temps que la coopération en matière de défense avec l’Inde était la « clé de voûte » de la stratégie US en Asie.

Rendons grâce au président George Bush Junior d’avoir initié lui-même cette relation. Signalons enfin à tous les contempteurs de Monsieur Obama que ce dernier a pu être qualifié de « Seigneur des drones » ayant à son actif plus  de 300 attaques secrètes durant son premier mandat.

Pour que le lecteur soit parfaitement informé signalons :

-Que les USA bénéficient d’un réseau de 662 bases à l’étranger, disposées dans 38 pays à ce jour.  Qu’ils ont 50 alliés formels.

 – Que plus de 50 000 G.I’s  sont répartis dans 148 pays.

 À cette aune le Club Med fait pâle figure !

A ceux, inquiets de la montée des menaces dans cette région cruciale du monde, nous citerons la toujours juste formule d’un orfèvre en la matière Raymond Aron « la guerre que l’on prépare pour ne pas la livrer est toujours possible ».

 Enfin sixième axe

– la promotion de la démocratie et des droits de l’homme. Mentionnés en dernier, leur ordre, en souligne les rêves évanouis des néoconservateurs et de leur emprise – à tout le moins discutable – en termes de géopolitique sur le Président Bush.

 

By virtue of our unique geopgraphy

 

Dotés d’une géographie unique les USA sont à la fois une puissance Atlantique et Pacifique. Dupliquer la politique atlantique dans le Pacifique tout en maintenant la qualité des alliances européennes voilà la pierre angulaire du tandem Obama Clinton, telle est la volonté affichée dans ce document.

 Les Européens que nous sommes apprécierons ce rappel à sa juste valeur. Que l’on permette cependant à l’auteur de ces lignes de rappeler que   le Docteur Kissinger en avait jeté  les prémisses dans sa déclaration de Bruxelles en 1974.

 Pour autant les alliances avec le Japon, la Corée du Sud, l’Australie, les Philippines et la Thaïlande constituent  le point d’appui du virage stratégique, de la croissance dans la région et de notre leadership ! Cependant il n’est pas possible de les laisser à cet étiage. Il faut  les intensifier et fonder de nouvelles alliances.

 Enfin, depuis 2010 l’Indonésie autre acteur clé de la région est appelée à devenir une des chevilles ouvrières de la nouvelle stratégie diplomatique US.

Au niveau militaire elle dépend bien entendu de l’USPACOM et depuis 2010 les USA ont  avec ce pays des facilités militaires.

 

 Les USA veulent travailler de façon étroite et de concert avec la Chine, l’Inde, l’Indonésie, Singapour, la Nouvelle-Zélande, la Malaisie, la Mongolie, le Vietnam, Brunei et les îles du Pacifique afin de s’assurer de l’acceptation la plus large possible de l’engagement US dans la région.

Que le lecteur nous autorise une métaphore. Nous dirions qu’il s’agit là d’un « collier de perles asymétriques ». La Chine a droit bien sûr à une attention toute particulière de Madame Clinton, qui rappelle- de façon subliminale- que l’émergence foudroyante de la Chine s’est faite en partie grâce aux USA.

  

Trois principes guident donc  l’action US.

– Maintien du consensus politique quant à la finalité de ces alliances.

– S’assurer de leur souplesse et de leur  flexibilité afin de saisir les nouvelles opportunités.

– S’assurer que les défenses et communications de nos alliances soient capables de dissuader toutes les provocations qu’elles émanent d’États ou d’organisations non étatiques.

 

Sur ce dernier point  nous rappellerons la très pertinente analyse du Général Stanley Mc Chrystal  parue dans la prestigieuse revue Foreign Affairs en avril 2013.

Sous le titre évocateur « Generation Kill » il explique la nouvelle doctrine en vigueur  sur les différents théâtres d’opérations (à une certaine époque les USA  étaient militairement présents dans 27 pays). Il s’agit de la doctrine F3EA : Find. Fix. Finish. Exploit and Analyse. Gageons que le public entendra souvent ce sigle dans le futur.

 

Il n’en reste pas moins que l’alliance Nippo-US  reste le pivot de la stabilité dans la région. Le Japon a fourni une contribution de 5 milliards de dollars pour le maintien des troupes US sur son sol. Des actions communes de tous ordres sont entreprises y compris dans le domaine ultra sensible des cybers attaques. Le Japon reste le deuxième plus gros contributeur en Afghanistan.

 

De façon identique les USA ont renforcé leur alliance avec la Corée du Sud pour agir de concert contre les menées subversives de la Corée du Nord. Ainsi les efforts communs au niveau du G20 et du sommet nucléaire. La diplomatie US renforce donc  les alliances traditionnelles. L’Australie sera appelée à un rôle majeur.

 Le partnership dans le Pacifique est également appelé à se transformer en partenariat Indo-Pacifique. Il en va de même de nos alliances avec les Philippines et la Thaïlande qui est notre plus vieille alliée dans la région et avec qui  nous collaborons à un programme de lutte antiterroriste.

 

 

La Chine plus gros challenge

 

Pour autant cette dernière représente le plus grand challenge auquel les USA ont été confrontés dans leur histoire. Quelque soit le type d’approches envisagées par les USA cette réalité est incontournable.

En bonne  connaisseuse de la géopolitique de l’émotion, elle  reconnaît que les peurs et les incompréhensions sont tapies et persistent dans chaque camp. Si, fort lucidement, elle analyse les peurs de l’autre, encastrées dans chaque camp c’est  pour mieux les récuser.

 Passage obligé de la langue de bois nous avons droit à la formule convenue «  des USA vigoureux sont bons  pour la Chine et une Chine vigoureuse est bonne pour les USA. »

 Dans ce florilège, on notera avec moult intérêt une pensée qui- à coup sûr – aurait fait bondir Hegel. «  Nous avons tous plus à gagner dans la coopération que dans le conflit. » D’aucuns ont reçu le Nobel pour moins que cela !

 

De là à penser que ce qui est bon pour la Chine est bon pour la General Motors … il y a un pas que nous déconseillons de franchir tant à Madame Clinton qu’au lecteur – meme peu averti -des arcanes et des subtilités de la géopolitique chinoise telle que projetée par les maîtres de la Cité Interdite.

 Dans une approche typiquement Kissingerienne, elle explique qu’une de ses priorités a été d’identifier les zones d’intérêt commun et d’encourager la Chine à« jouer le jeu ».

Ainsi le dialogue stratégique et économique qu’elle a lancé avec Timothy Geithner qui a impliqué des douzaines d’agences gouvernementales et ministères, et a traité tous les sujets allant de la sécurité à l’énergie en y incluant les droits de l’Homme.

 Une autre des priorités dans l’agenda : réduire les risques dus aux erreurs de calcul ou frappes accidentelles.

En langage diplomatique elle note que les USA ainsi que la communauté internationale observent avec attention  la modernisation et l’accroissement du potentiel militaire chinois.

 

Elle en appelle pour les deux parties à accroître la transparence au niveau militaire afin d’éviter tout risque.

Et surtout elle appelle la Chine à surmonter ses hésitations, à approfondir le dialogue de sécurité stratégique couvrant tous les aspects et à établir un dialogue militaire durable avec la Chine.

 La confiance alors instaurée, a permis une discussion franche et sincère sur des sujets cruciaux tels que la Corée, l’Afghanistan, le Pakistan, l’Iran et les derniers développements en mer de Chine Méridionale. Voila les sujets abordés lors de maints entretiens bilatéraux.

 

Hillary Clinton rappelle à quel point les USA comptent forger des liens étroits avec deux des puissances démocratiques les plus puissantes de la région ; à savoir l’Inde et l’Indonésie. Elle rappelle aussi qu’il s’agit là d’une stratégie largement entamée par Obama. (La vérité nous oblige à dire que le mouvement stratégique vis-à-vis de l’Inde a été largement initié par Bush Junior).

 

Mais le fondement de cette alliance est parfaitement clair. La route qui relie l’océan Indien au Pacifique et qui emprunte le détroit de Malacca est vitale. Inde et Indonésie forment à elles  seules le quart de la population mondiale. Leur poids économique va croissant.

 Ce sont des partenaires majeurs des USA, et toujours, selon Madame Clinton, leur contribution à la paix et à la sécurité dans la région est capitale.

 Elle rappelle que Obama s’adressant en 2010 devant le Parlement Indien avait martelé que le partenariat Inde-USA serait un modèle pour les différents partnerships durant le XXIe siècle.

La route est certes encore semée d’obstacles mais les USA font « un pari stratégique sur l’Inde ».

 Il a vanté tant la démocratie indienne que ses avancées technologiques et sa maturité sociale. Pour Obama l’Inde est appelée à jouer le rôle de pôle d’attraction pour ses voisins.

L’administration Obama a  donc non seulement élevé  le partenariat avec l’Inde mais elle en a soutenu les ramifications de la politique indienne dans ses efforts vers l’est.

 Mais surtout l’administration Obama participe au dialogue trilatéral USA – Japon-Inde. Après ce  vibrant hommage d’Obama à la démocratie indienne et à sa tolérance, l’Inde se voit érigée au rang de cheville ouvrière dans la région !

Il nous semble à juste titre – Madame Clinton, met l’accent sur l’Indonésie, membre du G20, troisième démocratie la plus peuplée et qui –bien évidemment-compte le plus grand nombre de musulmans.

Les USA ont donc  entamé les exercices militaires communs avec l’Indonésie est signé maints accords avec cette dernière.

 Madame Clinton souligne que dans l’année qui vient, à l’invitation du gouvernement indonésien, Obama inaugurera le sommet de l’Asie du Sud-est.

Certes souligne-t-elle de nombreux obstacles parsèment cette route.

 Dans cette stratégie du pivot Madame Clinton énonce clairement que le raffermissement des relations bilatérales doit aller de pair avec un réseau d’alliances et relations collectives, couvrant l’ensemble des activités et y compris  -peut-être- surtout la liberté de navigation et la lutte contre ceux qui mettent ces principes en danger.

 C’est pourquoi les USA s’engagent encore plus fortement dans les institutions régionales telles que l’ASEAN et APEC (Asia Pacific Economic Coopération). Elle met une fois de plus l’emphase sur la nécessité de combiner les deux types d’actions et d’alliance.

 

La Secrétaire d’État note la forte  demande de nombreux états de la région pour une implication conséquente  des USA.

 Obama se rendra donc  pour la première fois au sommet des pays du Sud-Est Asiatique en novembre 2011.

Les USA ont ouvert une délégation auprès de l’ASEAN et signé un traité d’amitié avec cette dernière organisation. Ce qui ressort de cette implication renforcée c’est à travers un réseau d’alliances s’assurer de la liberté des mers (la maîtrise des espaces communs – nous reviendrons d’ailleurs dans un prochain article sur cette notion) et la gestion des conflits potentiels en mer de Chine Méridionale.

 Les USA ont d’ailleurs fortement souligné ce point au forum de l’Asean à Hanoi en 2010. Il en va des intérêts stratégiques des USA. Parmi ces initiatives figure aussi le renforcement du rôle de l’APEC en novembre 2011 à Hawaï.

 

Surtout l’on notera avec intérêt l’initiative US de lancer toute une série de mini-sommets multilatéraux tels que l’initiative du « Lower Mekong » ou sont présents le Cambodge, le Laos, la Thaïlande, le Vietnam et les îles du Pacifique.

Ou encore des sommets avec des pays tels que la Mongolie, Indonésie Japon et Corée du Sud. Même si les USA nourrissent un dialogue intense avec la Chine et l’Inde, il n’aura pas échappé à l’observateur que la Chine n’est pas conviée à nombre de ses mini-sommets.

 

 

Où Hillary Clinton se fait Professeure d’économie !

 

Ce dialogue a bien entendu son pendant économique.

Rappelant tous les avantages que les USA peuvent en retirer elle veut donc là aussi travailler de concert avec la Chine.

Elle affirme et  réclame une volonté de rééquilibrage économique avec la Chine. Il en va de la croissance de l’emploi et de l’investissement américain.

Un tel climat permettra à la Chine d’avoir accès à davantage de produits de haute technologie aux USA.

Quant à nous, nous doutons fort, que cela suscite plus qu’un sourire auprès des dirigeants chinois engoncés et gourmés dans leur Yuan.

 Les USA ont exporté dans le bassin pacifique en 2010 pour 320 milliards de dollars procurant du travail à 850 000 citoyens US. L’objectif : doubler ce montant d’ici 2015.

On le voit les préoccupations commerciales constituent une pierre de touche, c’est pourquoi l’Amérique se fait l’inlassable avocate d’un commerce ouvert, libre, équilibré et transparent. Castita Omnibus !

Suit toute une série de mesures fiscales, douanières et économiques dont nous ferons grâce au lecteur afin de ne pas le lasser.

 A cette nouvelle diplomatie s’ajoute la référence obligée à la promotion des valeurs US.

 Le Président Obama s’est engagé dans la bonne direction sans aventurisme mais  avec fermeté. Messieurs  Hu Jintao  et Xi Jiping auraient tort de croire que le « tigre de papier » a perdu toutes ses dents.

 La Chine doit engager d’importantes réformes économiques, accorder un libre accès aux marchandises étrangères. Abolir toutes les discriminations et respecter les droits de propriété intellectuelle.

 Last but not least Madame Clinton attend une appréciation rapide et conséquente du yuan. A ces conditions, souligne t-elle  la Chine contribuera à la prospérité mondiale !

 

Que l’on nous permette de signaler à Madame Clinton et au nouveau secrétaire d’État John Kerry que les dirigeants chinois ont dû faire leur miel de cette pensée de Saint Augustin

« Seigneur accorde-moi la chasteté mais pas tout de suite ».

 Madame Clinton, explique en filigrane que le laxisme passé qui a prévalu lors de  l’admission de la Chine à l’OMC est révolu. Pour terminer avec le chapitre chinois elle signale que bien entendu le problème des droits de l’Homme a figuré sur l’agenda, et qu’il n’y a pas de tabou dans les discussions avec la Chine.

 Les enjeux étant trop importants pour échouer, les USA feront tout pour enserrer la Chine dans un tissu  de relations globales.

  

Voilà qui nous semble quant à nous parfaitement clair. Les menaces subtilement analysées, même de façon diplomatique, les alliés à tout le moins rassurés quant à la crédibilité US.

 Les options parfaitement offertes au partenaire–rival, les moyens subtilement étalés à la vue de ceux qui se poseraient encore des questions ou que le doute tarauderait !

 

In fine Madame Clinton rappelle que tout progrès dépendra de la qualité de vie des gens.

L’adresse à la Chine est bien entendue sous-jacente même si elle prend la précaution de dire que rien ne saurait être imposé unilatéralement.

 C’est pourquoi elle affirme  tout uniment qu’elle n’a point cependant l’intention d’imposer le système américain aux autres pays.

 Arrive enfin le morceau de bravoure que l’on attendait tant.

Après un récitatif que nous qualifierions de sotto voce, changement de rythme ! Le discours se fait allegro vivace !

La remarquable croissance de l’Asie durant la dernière décade dépend in fine de la sécurité et de la stabilité.

Sécurité et stabilité garanties depuis toujours par la présence militaire US.

Présence militaire déployée au Japon, et en Corée par 50 000 G.I’s.

 Les défis actuels mutent à une très grande vitesse – dans les différents espaces géographiques et dans leur nature. Ils en requièrent donc de la part des USA  une posture de force. « …require that the United States pursue a more geographically, distributed, operationally, resilient and politically sustainable force posture …”

 L’on croirait entendre le fameux discours de Bush Junior – Président injustement décrié mais dont l’Histoire saura sans doute se montrer plus bienveillante – « Make no mistake: the United States will hunt down and punish those responsible for these cowardly acts. »

 À cette aune, nous renvoyons à nouveau le lecteur intéressé à l’entretien du Général Mc Chrystal dans la dernière livraison de Foreign Affairs.

 Rappelons pour mémoire la traque réussie de Ben Laden et dont le mérite en revient très largement, tant il s’y investit, au Président Obama.

 Madame Clinton, fort opportunément, rappelle

 -qu’elle modernise à tout-va les accords avec les alliés traditionnels dans l’Asie du Nord-Est –que l’on nous pardonne de citer en anglais sa formulation exacte – « our commitment on this rock is solid. »

–Qu’elle rehausse la présence US en Asie et dans l’Océan Indien.

–Qu’à cet égard les USA vont exhiber et déployer des navires de combat littoral et côtier à Singapour notamment « (nous reviendrons à ce sujet  dans un autre article sur la nouvelle stratégie militaire US telle que définie dans le document stratégique Sea  Power 21)

–que les USA et l’Australie s’engagent  dans des pourparlers pour une présence militaire plus forte en Australie afin que la menace du missile DF 21D aille diminuendo.

– que les USA cherchent également à améliorer et augmenter l’accès opérationnel en Asie du Sud-Est et dans l’Océan Indien. (Il est piquant de constater à cet égard, que Hanoi n’est pas le plus réticent.)La base navale en eau profonde de Cam Ranh accueille déjà des vaisseaux US .On peut d’ailleurs imaginer –sans crainte de trop se tromper que cela n’eut pas  été du goût de Brejnev et de ses séides bolcheviques.

 Gageons également que les USA ne seront pas non plus totalement dépaysés à Danang et Khe Sanh.). Pour mémoire nous rappellerons au lecteur qui l’aurait oublié, qu’il fut une époque où Danang a été l’aéroport le plus fréquenté au monde avec un décollage ou atterrissage toutes les 30 secondes et qu’il a été l’aéroport de prédilection des mythiques     B 52.

B 52 qui viennent de réapparaître miraculeusement, en un message subliminal – dans le ciel coréen !

Quant à nous il nous semble que ce que nous avons pris la liberté d’appeler « collier de perles asymétriques » constitue une réponse adéquate au « collier de perles chinois »

 Madame Clinton ayant parfaitement cerné l’importance stratégique de l’axe maritime entre les océans Indien et Pacifique, elle en soulève alors le mode opératoire.

Sa réponse fuse immédiatement: une présence militaire accrue et répartie de façon plus large est la réponse la plus adéquate et à même de garantir au mieux les intérêts stratégiques des USA.

Ce sera le meilleur rempart contre toutes les menaces, toutes les menées visant à déstabiliser la région.

 

Certes en bonne « ex-future candidate démocrate » elle souligne le fait que peut-être encore plus que la force militaire ou la puissance économique l’atout maître des USA reste en dernier ressort la force des valeurs US et en particulier le soutien ferme et inébranlable dans la démocratie et les droits de l’Homme.

 Enfin dans un accès de lucidité elle continuera à parler énergiquement à la Corée-du-Nord. Rendons en lui grâce et accordons en lui le mérite !

 Durant la décade passée et jusqu’aux engagements en Irak et en Afghanistan, la politique étrangère de Washington a encaissé  les bénéfices de la fin de la Guerre Froide. Et la secrétaire d’État de souligner pour elle il n’est pas question – et fort heureusement – de se réfugier dans un « neo- isolationnisme » mais bien au contraire d’accroître et de réinventer le leadership américain. « We will need to accelarate efforts to pivot to new global realities »

 Nous espérons que les spectateurs qui ont vu la reculade US en Europe à propos du bouclier antimissiles oublieront cet épisode fâcheux que nous imputerons au zèle d’un Président néophyte.

 Il n’en reste pas moins que Madame Clinton, consciente, de la diminution des ressources affirme vouloir s’investir de façon plus intelligente là où les retombées seront les plus fortes. C’est-à-dire dans la région Asie-Pacifique. A l’encontre de la doxa décliniste et bien pensante, les USA conservent en la matière des atouts tres solides.

 

Que sont nos amours devenues ?

 

À ce stade, Madame Clinton, semble se rappeler que d’autres régions du monde demeurent vitales  pour les USA. À commencer par l’Europe, berceau en premier ressort des alliés traditionnels.

Ne gâchons point notre reconnaissance et remercions-la de sa sollicitude. Les héritiers de Locke – inspirateur de la démocratie US apprécieront.

Obama inventera  donc une nouvelle architecture à l’alliance transatlantique. Nous eussions cependant aimé en savoir un peu plus sur ses intentions.

 

En ce qui concerne le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, la secrétaire d’État suit avec attention les récents développements et les « printemps arabes. » Nous traiterons ce dernier aspect ainsi que la question iranienne dans la deuxième partie de notre article.

Ayant mis la nouvelle politique étrangère en ordre de marche le motto est « nous sommes prêts à exercer le leadership » « We are prepared to lead. »

Et elle rappelle à bon escient : que ceux qui en doutent veuillent bien se rappeler que cette posture a déjà été entendue et que ce thème a fait florès après la guerre du Vietnam.

Mais qu’ils veuillent bien se remémorer que les USA ont su surmonter tous les revers en se réinventant toujours plus forts.

Sur ce sujet nous ne pouvons qu’acquiescer .C’est même la marque  propre de l’ADN des États-Unis !

Madame Clinton rappelle fort justement que la capacité US de « renaitre » « to come back» encore plus forts est sans égale dans l’histoire moderne. Dont acte !

 

Le modèle US de démocratie, toujours aussi forte et exemplaire, reste dans le monde la plus grande source de liberté et de progrès. Notre puissance militaire est de loin la plus forte, loin devant les autres. Notre économie demeure la plus grande au monde, la plus compétitive, nos universités reconnues dans le monde entier.

 Pour que les choses soient parfaitement claires et nous citons expressis verbis « …So there should be no doubt that America has the capacity to secure and sustain our global leadership in this century as we did in the past» « qu’aucun doute ne subsiste quant à la capacité US de garantir et de maintenir notre leadership mondial en ce siècle comme nous l’avons fait dans le passé »

 

En guise de conclusion à cette première partie ,nous nous contenterons de souligner que les USA veulent ,et doivent,à tout prix sortir du dilemme où ils sont encalminés. Parapluie économique chinois, parapluie sécuritaire US. C’est tout le but de la manœuvre au TPP.

Ce nouveau pivot ne sera certes pas facile mais nous nous en donnerons les moyens. Cette définition de la politique étrangère malgré ses imperfections n’en demeure pas moins la plus novatrice et la plus parfaitement pourpensée depuis l’aggiornamento de Kissinger.

La diplomatie de Bush Senior a certes été une très grande diplomatie. Elle n’en a pas moins bénéficié d’une conjoncture exceptionnelle grâce au « collapse » de l’URSS et à une Chine qui n’en était encore qu’aux premiers balbutiements. Elle était en outre fortement impregnée par l’adjoint de Henry Kissinger :Brent Scowcroft.

Quant à Georges Bush il n’est pas anodin de rappeler que c’est Kissinger qui l’a nomme comme premier ambassadeur US à Pekin.

 

Ce « Conceptual Breakthrough » Kissinger, rendons lui cette grâce, l’avait quant à lui parfaitement réfléchi avant que d’être le Conseiller à la Sécurité de Richard Nixon, et de le mettre en application et de connaitre le succès que l’on sait.

 

La deuxième partie intitulée « ad augusta per angusta » traitera des atouts US ,des probèmes rencontrés et des vides impressionants dont certains rappelleront hélas la Guerre de Corée avec la fameuse bourde de Dean Acheson.

 

 

Leo keller

 

Notes

1  in « Pour une nouvelle politique étrangère américaine. »1966 .in  définition de l’intérêt national américain

Henry Kissinger.

Henry Kissinger. (Photo credit: Wikipedia)

2  in les Conséquences de la crise  ouvrage collectif sous la direction de François Heisbourg

3  in carnets de la guerre froide

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