Le nouveau Jean d’Ormesson est arrivé .Toujours aussi impérial !

Jean d’Ormesson impérial ! Jean d’Ormesson donc !

Que le lecteur veuille bien pardonner notre impétueuse inconscience et notre vaine présomption. Aussi avons-nous pensé que nul autre- mieux que Jean d’Ormesson ne pouvait présenter son dernier livre « Un jour je m’en irai sans avoir tout dit »
« Il y a des circonstances où surgit le besoin de savoir où on en est de savoir qui on est. À la veille de la séparation de l’été, en ce moment où, malgré les drames et les souffrances répandues à travers le monde, les esprits et les choses paraissent marquer le pas et reprendre leur souffle, où l’aiguille de l’histoire semble hésiter un peu, où le temps écoute, selon une jolie formule provinciale et paysanne, l’occasion est peut-être bonne de s’arrêter quelques instants et d’essayer de faire le point. Le lecteur me pardonnera si je donne à ces quelques remarques un tour un peu personnel.»1

Alors avouons-le de suite. Jean d’Ormesson rythme et scande notre vie depuis plus de 35 ans. Nous avons guetté chacun de ses livres avec une joie indicible et une avide  impatience. Son œuvre est un véritable joyau.

Jean d’Ormesson c’est d’abord un style, le grand style.
Jean d’Ormesson donc !

Jean d’Ormesson ou l’élégance du génie français. Chez lui tout commence par le style et tout finit dans le style. Et entre jaillit, fuse, et pétille -telles des bulles de champagne- la classe et la délicatesse du bonheur.
Jean d’Ormesson c’est d’abord et avant toute une folle élégance. Une élégance du bonheur qui se conjugue à la folle élégance d’un savoir encyclopédique-précieux et délicieux à souhait- mais jamais pédant!

Les dieux se sont penchés avec bonheur et pour notre plus grand bonheur sur son berceau. Jean d’Ormesson c’est l’encyclopédie faite homme. Une culture à couper le souffle vous entraîne en un vibrionnant et étincelant tourbillon. Loin de se cantonner à ses humanités «l’énergumène» vous entraîne dans les savoirs scientifiques les plus reculés et les fait scintiller de mille feux.
Dans cette chaconne il se révèle fin danseur. Jean d’Ormesson, aède des temps modernes, aura sa vie durant, chanté les louanges du beau et du bonheur.
Jean d’Ormesson donc!
Surgit et jaillit de son œuvre magistral l’idée que le monde est merveilleux et plaisamment ordonnancé mais cependant impérieusement  perfectible. Moult  écrivains se sont plus et complus à nous décrire les catastrophes qui enténèbrent le monde. D’autres ont adoré raconter la face noire de l’humanité et les turpitudes de l’âme humaine.
Mais Jean d’Ormesson!
Il est un des seuls à avoir décrit le bonheur  avec une telle joie et un tel amusement. Il excelle et exulte dans la découverte du beau, du noble, du généreux. Pour autant le monde oxymore ne lui est pas étranger ; mais la petitesse, mais la bassesse n’ont pas cours chez les d’Ormesson.
Jean d’Ormesson donc!
L’on reprendra avec bonheur la célèbre formule du Général de Gaulle à propos de Raymond Aron. «Aron est-ce ce professeur au Figaro et journaliste au Collège de France?»
Gageons que «Jean qui grogne et Jean qui rit»
2 s’amuserait de voir cette formule à lui appliquée. Dans ce délicieux livre – recueil de ses chroniques tendrement acidulées du Figaro – (le lecteur amusé reprendra avec bonheur l’accent inimitable de notre académicien prononçant le mot Figarôôô dont il fût le directeur) Jean d’Ormesson nous livre parfois le fond de sa pensée.

Qu’on en juge. «Il se trouve que mon nom aussi comporte une particule. Je n’en éprouve, je vous assure, aucune satisfaction excessive. Et je m’appellerais Dupont ou Durand, ou Bergson, ou Proust, ou Picasso, que j’en serais tout aussi heureux. Mais je n’en éprouve aussi aucune espèce de honte, de remords ni de complexe. J’ai le regret de le dire: bien que je l’ai trouvé à ma naissance, qu’il m’ait été donné par hasard et que je n’ai rien fait pour le mériter, mon nom et mon honneur. Je m’appelle de mon nom comme je suis né français, dans une famille catholique et dans un milieu bourgeois. Quiconque m’attaquerait sur ces appartenances ne pourrait que faire la preuve éclatante de son intolérance. Je n’ai pas à m’excuser de m’appeler comme je m’appelle. J’ai seulement à en être fier. Et à tâcher si je le peux, d’être digne de ceux qui m’ont précédé et qui m’ont légué un nom dont, définitivement, je n’ai pas à rougir.
Je suis fier de ma lignée comme un Juif, un Arabe, un Indien du Mexique ou du Pérou peut être fié de la sienne.»
3

Cet aristocrate bon teint aura su éployer les ailes d’une pensée libre et parfois libertaire. Il a su briser le carcan de ses origines et les tabous familiers pour livrer tous les combats ou la dignité de l’homme était menacée, où la démocratie s’était fourvoyée.

Jean d’Ormesson  est inclassable. Il n’est pas machiavélique au sens où les illettrés l’entendent ; il est beaucoup mieux .Il est tout simplement machiavélien en ce sens qu’il colle à la réalité et ne considère que les faits.
A cette aune sa chronique sur Richard Nixon illustre la capacité à saisir Janus bifrons!
Il a sa vie durant refusé de faire son siège en fonction des origines et des étiquettes. Mais il a su mener tous les combats pour la liberté, la démocratie et la dignité de l’Homme. Et ce faisant, peu lui importait de se mettre à dos qui de son lectorat, qui de ses amis, qui de sa « famille ».
Jean d’Ormesson donc!
« L’absence de système est encore un système, mais le plus sympathique. Le libéralisme est ce qui me paraît le plus proche de l’absence de système. »
Pour autant il reste lucide. « Et les bêlements démocratiques rendraient bien souvent la démocratie insupportable. Mais il suffit d’en être privé pour qu’elle apparaisse aussitôt comme insupportable. »
«Beaucoup de grandes choses ont été accomplies contre le sentiment général et contre le sens commun. Le moins que l’on puisse dire est que penser comme tout le monde n’est pas nécessairement une garantie de justesse, de courage et de générosité.»
4

Ayant eu – si nos souvenirs sont justes – un grand-père qui voulut lui apprendre la ridicule ritournelle  de Vichy « Maréchal nous voilà » il se cabra devant l’obstacle; il reçut la seule gifle de sa vie que son ambassadeur de père lui administra pour avoir- lors qu’il était encore en culottes courtes- salué les troupes nazies qui défilaient.

Jean d’Ormesson donc !

Fier de ses origines, fier de son esprit – ô combien – supérieur Jean d’Ormesson aura été ses combats durant, un démocrate exemplaire et un humaniste impeccable.
Jean d’Ormesson donc!

Cet admirateur de Giscard d’Estaing aura été le dernier interlocuteur lors de la dernière heure de Mitterrand «regnante.»
Cet incorrigible optimiste écrivit pourtant «La leçon, finalement, des hommes de 40 ans, c’est à peine la lassitude ou les compromissions, c’est tout simplement de savoir, selon une formule fameuse, que les choses sont ce qu’elles sont. Voilà pourquoi nos matins ne seront plus jamais triomphants: parce que, selon un autre mot célèbre, la vérité est peut-être triste et que nous ne la changerons pas puisque c’est nous qui accepterons de changer. » 5

Pour autant » pour autant parce qu’il aura été l’écrivain du bonheur il n’est pas sûr que l’Histoire et des lecteurs prisonniers de l’instant, satisfaits de leur médiocrité retiennent son nom plus tard.

Que l’immortel se console!
Les amoureux du vicomte René Victor de Chateaubriand, réincarné en Jean d’Ormesson, auront une pensée émue et reconnaissante pour le comte Jean d’Ormesson lorsqu’ils murmureront d’aise à leur (s) bien-aimée (s)
«Mon dernier rêve sera pour vous ! »6
Car chacun le sait, ce n’est pas dévoiler un secret que d’affirmer que  Chateaubriand et d’Ormesson ont aimé les femmes à la folie !
Ces dernières ne se sont d’ailleurs pas montrées ingrates à leur égard.
Sacré Jean d’Ormesson !

«Un jour je m’en dirai sans avoir tout dit » est un livre à part dans cette symphonie littéraire. IL en est le violoniste virtuose. Il ne survole point l’actualité comme Jean qui grogne  et Jean qui rit, il ne nous narre pas une époque révolue à travers sa famille comme dans «Au plaisir de Dieu », Jean d’Ormesson  ne s’y raconte pas comme dans «Mon dernier rêve sera pour vous », il n’a pas la puissance de « l’Histoire du Juif errant » et surtout de «La Douane de mer »,il ne fouette pas le temps qui passe comme dans le rapport Gabriel ou «C’était bien. »

Certes il reprend tous ses thèmes si chers et qui sont devenus nôtres. Mais il les ranime et les rafraîchit. Un peu comme s’il nous livrait, doucement, tendrement, son testament. Et en cela son livre nous a profondément émus et touchés. Sans fioritures, sans aucune trace de cabotinage (enfin presque).

Car c’est cela aussi Jean d’Ormesson. L’animal sait aussi se faire aimer grâce ou malgré ses cabotinages. C’est cela qui nous le rend aussi attachant. Seul Jean d’Ormesson pouvait se prendre pour Jean d’Ormesson !

La grâce a touché cet homme-là !
Jean d’Ormesson donc !
Il écrivit ainsi «I did not suspect that i could find in Sofia a man of that calibre »7
Certes cela concernait un autre que lui. Encore qu’il  nous plaît d’émettre un doute.

Les passions ont dévoré sa vie .Ou plutôt il a fait entrer les passions dans sa vie ! Le ski, sa passion ; le soleil, son oxygène ; la mer en Grèce ou en Italie, sa joie de vivre ; les femmes, sa raison de vivre ; et puis arrive Dieu.

«La scène était l’univers. Le Tout-Puissant avait laissé se dérouler – Seigneur ! Prends pitié de toi ! – le drame sans nom du temps. Une houle venait expirer aux pieds de l’Eternel: c’était la souffrance des hommes qui n’avaient vécu que pour mourir. Le Dieu des vivants ne régnait plus que sur des morts.»8

Chez Jean d’Ormesson, même le malheur relève de l’esthétique ! Chez Jean d’Ormesson réside la suprême élégance de laisser le choix aux lecteurs.
Ne rien lui imposer. Croire en l’intelligence de l’homme !
Jean d’Ormesson donc!

De cela soyez en  remercié Monsieur Jean d’Ormesson ! C’est si rare de nos jours. De cette académie que vous adorez, et dont vous en êtes un des maîtres les plus illustres, l’on vous doit l’élection de la première femme, le somptueux discours de réception de Simone Veil, et aussi la désignation sans vote et à tout le moins contestable de Valéry Giscard d’Estaing.
Mais les maîtres à penser vous ont été parfaitement insupportables.
En cela vous avez vaincu le temps qui vous obsède.

Écrivain catholique et non catholique écrivain, Jean d’Ormesson a souvent perçu – à sa façon et pas forcément de façon très catholique – Dieu. Que l’immortel  académicien nous pardonne de lui emprunter à nouveau ses écrits.

« -Alors ?…Dit Dieu
-Je n’ai pas confiance, murmura Michel comme si les paroles qu’il prononçait lui étaient arrachées par la torture. Je n’espère plus grand-chose des hommes qui n’espèrent plus en toi.
Un grand silence tomba sur l’assemblée des morts, perdus dans leurs pensées. Dieu lui-même se tut… »
9
«La voix de Dieu s’élevait.
-J’ai beaucoup aimé les hommes. Et les hommes m’ont aimé. Je les ai protégés quand ils étaient faibles et peu nombreux. Je les ai menés par la main jusqu’au seuil de leur histoire. Et voilà que les morts sont innombrables devant moi. Et que les hommes sont puissants…… Ils sont des millions et des millions de millions qui regard règnent sur la terre et qui regardent au-delà.
Les hommes m’ont aimé sous des noms différents… Ils m’ont aimé à la folie tant que le monde autour d’eux  relevait à la fois du mystère et de l’enchantement.
Ils m’ont aimé beaucoup moins, comme je l’avais prévu, dès qu’ils sont entrés dans l’ombre lumineuse de l’arbre de la science et qu’ils ont cru deviner, chaque jour un peu davantage, les secrets de l’univers. Ils se sont éloignés de moi qui leur servais de père et ils se sont mis à leur compte. Dans l’oubli de l’éternel et dans l’ingratitude.
Le savoir et la puissance leur sont montés à la tête. L’orgueil les a étouffés. Ils m’ont balancé par-dessus bord. Longtemps, la nuit, sous les étoiles, ou dans les heures de découragement les hommes se sont demandés ce qu’ils faisaient dans ce monde où ils avaient été jetés. C’est plutôt moi, maintenant, qui me demande ce que je fais dans ce monde qui est mon œuvre et qui m’a échappé.
J’ai le sentiment d’être en trop. Situation difficile pour le premier venu, cruelle et insupportable pour le Tout-Puissant. Que peut devenir un dieu en qui les hommes ne croient plus »…

« il n’est pas impossible, puisque je les ai laissés libres, que les hommes ne m’aiment plus. Il m’est impossible de ne plus les aimer. Dieu aussi a ses faiblesses. »
« J’ai voulu que les hommes soient libres et leur liberté se retourne contre moi. »…
« J’éprouve, selon la règle, tant d’amour pour mes enfants que mon rêve le plus fou est de mourir à leur place. La conclusion s’impose d’elle-même: au lieu de mettre fin à leur règne je vais mettre, je vais mettre fin au mien. »

«Les hommes ont tort de se vanter : personne, dans le temps, n’était assez puissant pour se débarrasser de Dieu. C’était Dieu lui-même qui décidait de se sacrifier. »…10

 

« Je vis Gabriel tourner la tête vers moi. Il y avait sur son visage si beau comme un mince sourire à travers la tristesse.
– Les hommes seront livrés à eux-mêmes. Ils ne seront ni pire ni meilleurs que dans les temps évanouis ou j’étais parmi eux. Je ne tirerai d’eux aucune vengeance: simplement, ils seront seuls. Ils seront leurs propres maîtres et ils n’auront plus d’autre recours que leur propre génie et leurs propres passions. »
… « Entouré des séraphins, des chérubins, de ses archanges et de ses anges, précédé par Michel qui foudroyait Lucifer, appuyé sur Gabriel qui me jetait un clin d’œil, suivi de Raphaël qui consolait les affligés et ramassait les morts, l’Eternel s’évanouit dans son éternité.
Dieu n’était plus qu’un rêve.
Les hommes étaient seuls au monde. »
11

Poète de l’insouciance, allons donc ! On n’a point écrit d’aussi belles lignes sur Dieu depuis les deux Testaments et le Coran.

Il est un texte auquel Jean d’Ormesson tient plus que tout et que nous joignons en fin d’article. Ce texte est un vibrant hommage à sa mère.

 

En guise de conclusion (provisoire)

«Tâchons de nous lamenter un peu moins sur notre sort et de faire un peu plus ce qu’il faut pour affronter les menaces.
Et puis, le cœur en paix, profitons de cette vie que les hommes politiques, avec leurs pitreries, les journaux, la radio, la télévision, les nouvelles s’obstinent à nous gâcher. Je nous voudrais à la fois plus fermes et plus allègres: l’insouciance est une vertu qui va assez bien avec le courage.
Et elle est  nécessaire à l’espérance.
J’ai reçu une lettre plaisante d’un lecteur inconnu qui me trouvait un peu sombre : «Il y a encore de jolies femmes, écrit-il sur notre chère planète. Et nous avons aussi de très bons pâtissiers, doublés éventuellement d’excellents confiseurs. «On ne saurait, me semble-t-il, voir plus juste ni dire mieux.
12

Profitons donc que Dieu est encore de ce monde  pour nous couler – ô combien – présomptueusement – et ô combien – avec ravissement dans les dialogues de Jean d’Ormesson.

Lorsque nous nous présenterons, à notre tour, devant Dieu et avant qu’il ne nous juge et  lorsqu’il nous demandera :
-qu’as-tu appris de ta vie sur cette terre ?
Je lui répondrais.
– J’ai vu Neil Armstrong et Buzz Aldrin  planter le drapeau américain sur la Lune le 21 juillet 69.
– Et puis, me demandera Dieu, que j’espère interpellé par une telle originalité?
-Trop jeune pour avoir vu l’hydre nazie vaincue, j’ai vu tomber le mur de
Berlin le 16 novembre 1989.
– C’est tout me répondra Dieu passablement agacé. Tu n’es pas ici devant un quelconque présidial et  encore moins devant un présidium.
J’ai assisté – Seigneur – à quelques opéras avec Pavarotti et avec la sublimissime et outrageusement belle Anna Netrebko qui approchaient le divin.… Je me suis enivré au son de Gundula Janowicz chantant les laudates du deuxième jour de Haydn. J’ai cru que c’était votre épouse !
-Mécréant ! Silence de Dieu.
-J’ai adoré vous lire dans Homère…
-Et à part tes croyances païennes qu’as-tu à me dire pour ta défense ?
-J’ai été ébloui par Cicéron …
-C’est le moins que l’on puisse attendre !
-J’ai été ébloui par la beauté du soleil se levant devant l’opéra de Sydney, j’ai senti Vôtre souffle à Jérusalem. J’ai rencontré le drame et l’ironie de l’histoire à Prague. J’ai entendu César haranguer ses centuries à Rome et confier le commandement de son armée à son fidèle Labienus.
J’ai ressenti l’imperium romain lorsqu’il disait « oderint dum metuant ». J’ai relu quelques pages d’une beauté époustouflante de Jean d’Ormesson et de sa Douane de mer à l’extrême pointe de la douane de mer. J’ai rencontré au Louvre la Beauté absolue dans la sculpture Cupidon menaçant de Falconet.
J’ai suivi Montaigne qui disait « Lorsque l’on part en voyage il faut éviter de s’emmener avec soi-même. »
Je me suis entretenu dans votre succursale à Athènes avec vos  associés – Seigneur – Zeus et Kronos au Parthénon. Ils m’ont fait une forte impression et m’ont d’ailleurs dit que lorsque vous vouliez prier (car il paraît que vous  êtes coutumier du fait  vous restez sur votre trône et écoutez une cantate de Bach ; mais que lorsque vous vouliez vous amuser –après tout vous êtes aussi « imago vir » vous descendiez sur terre écouter du Mozart. Pourquoi me le reprocheriez-vous ?
-Continue comme cela jeune impertinent et je t’envoie ad patres en enfer !
-J’ai admiré la Ronde de nuit à Amsterdam, quelques Pieter de Hooch. J’ai…

-Et ça ne t’a pas fatigué me demandera Dieu un brin amusé ?
N’est-ce pas votre Directeur Financier qui disait « Seigneur, accorde moi la chasteté mais pas tout de suite. » Pardonnez-moi, Seigneur.
-Et Dieu courroucé me répondra «Comment rentre en toi-même Octave et cesse de te plaindre. Quoi !
Tu veux qu’on t’épargne, et n’as rien épargné ! Songe au fleuve de sang ou ton héros s’est baigné. De combien on rougit les champs de Macédoine. »
13
-J’ai vu prospérer la seule idée neuve du siècle avec la construction européenne!
-C’est tout?
-Je n’ai que modérément apprécié le « choc des civilisations » de Samuel Huntington.
-C’est déjà mieux. Cela prouve au moins que tu ne sacrifies pas ton indépendance de jugement aux modes du temps. Et puis ?
-Et puis Seigneur, vous qui êtes le Créateur Tout-Puissant j’ai assisté au développement des cellules souches, des clonages, des bébés du double espoir.
-Attention à force d’écrire l’uchronie tu vas  susciter mon ire divine. Prends garde !
-Mais, Seigneur, souffrez que je vous rapporte ce que Renan disait « L’orthodoxie a réponse à tout et n’avoue pas une bataille perdue »
-Suffit il n’y a pas de mais!
« J’aimais seigneur j’aimais, je voulais être aimé »
14
-Suffit peux-tu abandonner un instant Racine et tes citations et être toi-même.
-Seigneur, j’ai pleuré lâchement devant les génocides Cambodgien et Tutsi. –Continue cela prouve que tu n’es pas totalement idiot et que ma présence sur terre n’aura pas été totalement inutile.

J’ai aimé – Seigneur – à la folie une femme magique qui m’a appris le bonheur et auprès de qui chaque instant s’est révélé magique.
Ou plutôt je n’ai pas su l’aimer et je lui en demande pardon ! Elle m’a accordé la plus belle offrande, je n’ai pas su le comprendre ! Devrais-je donc expier ma faute toute ma vie ?
Dans ma grande folie il n’est pas impossible qu’elle ne m’ait point aimé elle aussi tout comme Marie a aimé Jean d’Ormesson. Elle a su me dire de taire mes balivernes et d’accepter simplement le temps et son cortège de joies !

– Ne sois pas impatient, jeune homme. Toi qui aimes à  citer Hegel, souviens-toi de ce qu’il disait « la vérité ici encore est à la fin de l’histoire ».
Mais  tu connais Jean d’Ormesson, donc tu me connais et je vois que tu as aimé ma présence sur terre. Mais cesse deux minutes de criailler  et de fouailler son nom à mes oreilles. Je ne suis pas sourd et tu vas finir par lasser ma patience.
-Mon Dieu, oui j’ai adoré Jean d’Ormesson ; Dieu, sa vie son œuvre. Pas forcément dans cet ordre d’ailleurs. Ma foi oui seigneur! Il a même eu la grande amabilité de me dédicacer quelques-uns de ses livres que j’ai pris la peine de vous apporter.
-Alors ta vie n’aura pas été totalement  inutile car tu as compris que tu étais le maître de ton destin et que tu étais mon associé dans la perfection continuelle du monde. Avant que de continuer cette tâche ardue et immense va donc skier avec Jean d’Ormesson.
-« Merci
Et vous si vous existez, et si vous le voulez bien, dans votre amour sans bornes pour tout ce qui a été, vous pencherez vers moi qui ne serai plus qu’un souvenir et vous me direz avec bonté et peut-être un sourire :
-Je te pardonne. »
15

Leo Keller

 JEAN D ORMESSON LE SOUVENIR DE MA MERE

Notes
1 Jean qui rit Jean qui grogne  page 413
2 Titre de ses recueils d’articles
3 ibid page 407
4 ibid page 414
5 ibid page 412
6 Chateaubriand une biographie sentimentale
7 Le rapport Gabriel
8 Le rapport Gabriel
9 Le rapport Gabriel page 410
10 Le rapport Gabriel page 419
11 Le rapport Gabriel page 422
12 Jean qui rit Jean qui grogne  page 417
13 Corneille Cinna
14 Racine Phèdre
15 Un jour je m’en irai sans avoir tout dit

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