L’Iran nucléaire : de Mossadegh à Lafcadio

L’Iran nucléaire : de Mossadegh à Lafcadio

Timeo Danaos et dona ferentes. L’histoire s’est montrée parcimonieuse, voire très avare d’exemples où un pays doté d’un armement imposant a su faire preuve de retenue et de modération dans ses relations avec ses voisins.
«La sécurité sera l’enfant robuste de la terreur et la survie le frère jumeau de l’anéantissement» 1
À cette aune les dictatures n’ont pas toujours été les premières. Si l’idéologie charpente bien souvent les conflits elle en partage en cette posture la congruence avec tous les autres régimes dans un vaste pandémonium aux motifs les plus divers.

Nous devons à Giulio Andreotti l’inoxydable et hélas trop tôt rappelé à Dieu cette délicieuse formule : «La sécurité à Rome ? Rien de nouveau. Regardez, au début, ils n’étaient que deux Romulus et Remus. Eh bien, il y en a un qui a tout de même trouvé le moyen de tuer l’autre… »

Disons-le tout de suite et même de façon péremptoire, en cette affaire iranienne le motto des Romains « Carthago delenda est » reste toujours d’actualité. Le monde dit civilisé – ou pas d’ailleurs peu importe – ne saurait tolérer la menace ontologique posée par l’Iran. Si les choses ne bougent pas et ne bougent pas clairement, nettement, précisément et rapidement alors tôt ou tard l’inaction devra céder le pas à l’action.
En ce sens, et en ce sens seulement, Benjamin Netanyahu est dans son bon droit et a parfaitement raison.
Pour autant…

Ayant pensé et écrit dans un précédent article que Rohani serait un président cosmétique nous ne pouvons qu’approuver certains propos de Netanyahu.

Anne Clémentine Larroque, Maitre de conférences à Sciences-Po écrivit fort justement : «La population a voté massivement pour crier son mécontentement vis-à-vis de la politique conservatrice de Ahmanidejad, c’est sûr, mais voir dans ce scrutin, une sanction directe de sa politique nucléaire, serait absolument erroné.» 2
Pour autant…

Rohani a été élu essentiellement sur un programme économique.
Pour autant, les propos tenus récemment lors de l’assemblée générale à l’ONU par Rohani peuvent à juste titre interpeller les décideurs du groupe des 5 plus 1. Au tamis de la raison, comme aimait à le dire Raymond Aron «Der Charismatische Retter, den die List der Vernunft uns gegönnt hat… » « Le sauveur charismatique que nous a accordé la ruse de la raison » examinons donc le discours de Rohani.

Le groupe des 5+1 aura à se poser les questions suivantes :
A
A 1 – Rohani représente-t-il un changement ?
A 2– Quels sont les buts, les soubassements idéologiques, les concessions qu’il pourra faire et les intérêts géopolitiques réels de l’Iran ?
B
B 1–Quelle est la signification de la bombe iranienne? En quoi est-elle offensive aux yeux des occidentaux? En quoi ne serait-elle que défensive aux yeux des Iraniens?
B 2-Enfin quelles sont les options des occidentaux et des israéliens dans cette nouvelle conjoncture ?

Le charme discret du bazar iranien
Rohani s’avère être un remarquable communicant. En cela il tranche avec son prédécesseur, la dangereuse marionnette qui n’était pas sortie de la confusion mentale.

Pour arriver à ses fins, rompre la glace et obtenir une défervescence, Rohani a utilisé des symboles forts. Même s’il n’a peut-être pas employé lors de son interview à CNN le mot holocauste, il condamne tout massacre commis contre des juifs ou non- juifs, il n’hésite pas d’ailleurs à employer le mot « Israël ».
Certes les traductions diffèrent sur l’interprétation donnée à holocauste « crime répréhensible et condamnable. » Ajoutons immédiatement que ses propos ont fait l’objet d’un semi démenti après son discours à l’ONU.

Passons très vite sur le fait que c’est la moindre des choses pour tout être civilisé et doué d’un tant soit peu de raison. Comme si reconnaître l’holocauste était une insigne faveur ! Rappelons en outre à toutes fins utiles que l’État d’Israël ne résulte pas de la Shoah.
Dans une veine similaire, l’on pourra aussi s’interroger sur les références systématiques à la Shoah et au caractère juif de l’État d’Israël, clamées et revendiqué par Netanyahu.

Il n’en reste pas moins qu’il s’agit là, après son discours à l’ONU, à tout le moins d’une nouvelle approche. Et comme telle, elle mérite d’être considérée, vérifiée, testée et éventuellement encouragée. Suit la litanie habituelle des rhétoriques verbales.
« …Son pays ne représente absolument pas une menace pour la paix…» «…agir de manière responsable concernant la sécurité régionale et internationale… »
«…Nuclear weapon and other weapons of mass destruction(WMD) have no place in Iran’s security and defense doctrine, and contradict our fundamental religious and ethical convictions.”

On rappellera utilement que de tels propos auraient pu tout aussi bien être prononcés par Gengis Khan, Staline ou Bush, voire Aristide Briand !

Au-delà du symbole, Rohani a déclaré vouloir entamer immédiatement des discussions échéancées sur le nucléaire iranien. Rohani et c’est un fait marquant, a également libéré certains prisonniers politiques.
La première date figurant donc sur cet agenda est prévue au 15 octobre. Une vraie discussion technique devrait donc reprendre. Pour tenter d’en évaluer les possibilités de succès ou d’échec examinons les positions et les intérêts des protagonistes et ce qu’ils peuvent en espérer.
L’échec demeure une hypothèse plus que plausible, encore que l’histoire recèle parfois des issues intéressantes-à cet égard le jeu de Obama /Hollande en Syrie ou bien les derniers développements en Tunisie en sont un exemple.

La première condition est que les attentes de Rohani et d’Obama ne soient pas trop fortes, étant entendu qu’il ne s’agit pas d’une conversation autour d’une tasse de thé dans un salon littéraire. Ayant dit et ayant clamé, urbi et orbi, lors de sa rencontre à l’ONU à François Hollande « qu’on n’a pas à apporter la preuve de ce que l’on n’a pas » le dialogue semble voué à l’impasse.
Et François Hollande, en l’absence de Obama, a eu beau jeu de lui répondre «Entre l’existence et la non-existence il y a la transparence. » Jusqu’à plus ample informé, Rohani n’a pas manifesté l’intention de suspendre l’enrichissement de l’uranium et de se débarrasser des quelques 15 500 centrifugeuses existantes.
Quand bien même accepterait-il la suspension il possède déjà un stock qui lui permettrait une suspension relativement indolore.

L’intention réelle de Rohani, et c’est précisément ce pourquoi il a été élu, son objectif presque unique, est sinon de lever les sanctions occidentales à tout le moins d’en desserrer l’étau. Nous nous permettons de rappeler très humblement au docteur en droit constitutionnel de l’université de Glasgow que les USA sont lents à lever des sanctions.

Ces dernières, ayant paralysé l’économie iranienne à hauteur de 15 % du PIB, ont mis le pays à genoux. La coercition, qu’elle soit militaire ou économique, a une fois de plus porté ses fruits.
Avec la Syrie cela commence à être la marque de fabrique américaine dans la région !
Il n’en reste pas moins que la Chine et l’Inde ont quelque peu atténué l’efficacité des sanctions. La Chine représente 60% du commerce iranien.
Pour autant de la même façon que le problème majeur des guerres modernes est « le jour d’après » se posera inéluctablement la lancinante question « du jour d’avant » la levée des sanctions.

Vu de Téhéran les positions des dirigeants iraniens sont aléthiques. Que le lecteur veuille bien nous excuser de rappeler quelques notions qui- à leurs yeux justifient leurs positions et pour d’autres qui expliquent le stand-off actuel.
Il va de soi, mais le répéter évitera tout quiproquo, que nous ne partageons pas leur point de vue, tant s’en faut.
Pour autant il est nécessaire de les connaître pour expliquer les enjeux, dégager les tendances lourdes, économiques ou nationales, du fait religieux. Vouloir réduire la position iranienne en une posture religieuse et purement idéologique nous semble relever à tout le moins d’une sur- interprétation et pour d’aucuns, paradoxalement, un dangereux wishfull thinking.

L’ombre de Mossadegh

En l’occurrence le maître mot de la molhacratie est Mossadegh !
Le spectre de Mohamad Mossadegh hante la politique étrangère iranienne depuis le 19 Août 1953. Comme le souligne Hélène Carrère d’Encausse, Reza Shah avait lui-même «dénoncé la convention Knox d’Arcy : en 1933 il signe un nouvel accord renouvelant la concession pour 50 ans mais réduisant l’étendue de la zone concédée et obtenant d’importants avantages financiers pour l’Iran… »
«En effet, et ici la décision iranienne atteint une autre dimension, l’Iran ne peut pas pour des raisons nationales, admettre de fonder son développement sur une aide étrangère qui limiterait nécessairement son indépendance… » « …Depuis Reza Shah, l’histoire de l’Iran est, au-delà du développement économique et social, un effort constant de reconquête nationale, un effort pour échapper à la menace que font peser sur l’indépendance du pays les éternels rivaux, la Russie et l’Angleterre… »
3

À cet égard le conflit de l’AIOC et de la NIOC rappelle étrangement certains aspects de la crise actuelle. L’on pourrait dire que sur l’aspect purement énergétique et économique Mossadegh aura poursuivi l’œuvre de Reza Shah et son œuvre sera conforté par le dernier Shah Reza Pahlavi.
A la notoire exception près de la posture agressive et anti-occidentale !
On notera pourtant qu’en 1959, Reza Pahlavi «regnante», l’Iran en son Majlis, s’étant entiché des Emirats décréta que ces derniers faisaient partie de la quatrième province iranienne.

Les conflits surgis dans le Chott el Arab n’ont point été isolés.
Le Shah, grand démocrate devant l’éternel, et flanqué de sa tristement célèbre Savak aux mœurs si délicates, laquelle fut portée sur les fronts baptismaux par la CIA et par le Mossad, et qui n’aurait probablement pas grand-chose à envier aux diverses polices secrètes actuellement en exercice en Iran, tout en ayant été un allié fidèle, ô combien, des USA, a su aussi habiter des postures agressives dans le Golfe Persique et chausser les bottes militaires.
L’on aurait donc grandement tort d’occulter l’épisode Mossadegh.

En cette prégnance géopolitique, que le lecteur veuille bien nous permettre de demeurer un court instant dans l’analepse.
Ali Khamenei, qui demeure, le patron incontesté de Rohani (d’aucuns diront pesant d’autres commode alibi) a pu ainsi parler à un sommet de l’OCS de la « flexibilité du lutteur iranien ».
Pour amadouer l’Occident Rohani se fait chattemite. Passons sur le fait comme nous l’avions écrit dans un précédent article qu’il a été un membre éminent de la nomenklatura iranienne. Il a entre autres occupé sans interruption les fonctions de membre du Conseil Suprême de Sécurité, du Conseil de Défense de l’Iran.4
Si tant il est vrai que la guerre est une chose trop sérieuse pour être laissée aux militaires, il a su mêmement marquer sa subtile différence.
De là à le présenter comme un homme de rupture, naviguant lof pour lof, il y a un pas que nous nous permettons de signaler au président Obama. Vouloir cependant opposer le brillant second au guide suprême nous semble aller un peu vite en besogne.

La formation intellectuelle de Khamenei n’est pas aussi éloignée de celle de celui qu’on aurait pu appeler sous d’autres cieux un fidèle collaborateur. Au risque de nous répéter, vouloir réduire la position iranienne au fait religieux islamique est une erreur.

Vouloir occulter la dimension géopolitique classique du «Kampfplatz », cher à Clausewitz, n’entraînera que d’amères désillusions. Jauger, examiner, scruter son discours au seul trébuchet du logos religieux mènera à une impasse. Il est possible que cette impasse arrange beaucoup de monde à commencer par Benjamin Netanyahu.

Que le lecteur ne s’y trompe pas et veuille bien privilégier un discours apophantique plutôt qu’incantatoire. Lorsqu’un conflit d’intérêts a surgi en Iran entre une position idéologique et un intérêt stratégique c’est toujours l’intérêt stratégique qui a dicté la conduite de la politique iranienne.

Certes l’Iran a pu brandiller et lancer quelques escarmouches.
Certes l’Iran a montré quelques affinités avec diverses mouvances terroristes.
Certes l’Iran a chatouillé les intérêts américains, israéliens et européens.
Certes l’Iran n’a pas toujours été étranger à quelques assassinats et massacres.
Et certes Rohani y a parfois prêté main-forte.
Pour autant il a toujours su ne pas franchir la ligne rouge. Il n’a encore jamais déclenché une guerre contre l’État d’Israël et surtout – last but not the least – il n’a jamais fermé le détroit d’Ormuz.

Messieurs Obama et Nétanyahu seraient bien avisés de ne pas verser dans l’amétropie. À la différence de la plupart des islamistes de la mollhacratie iranienne, Khamenei s’est frotté dans sa jeunesse à la dialectique des intellectuels laïques et opposants au temps du Shah.
Il en connaît le solfège et il en maîtrise la chromatique en virtuose ! Pour autant dès avant l’élection concédée, volens nolens, de Rohani mais cependant validée, Khamenei a prononcé lors de la traditionnelle adresse de Meschad en mars 2013 un discours moins agressif que les années précédentes.

N’écartons pas l’hypothèse que sa rhétorique fumeuse a aussi pour but d’endormir l’Occident. Les sanctions tant décriées par certains comme insuffisantes, et, qui pourtant en réclament d’autres aujourd’hui, auraient-elles commencé à porter leurs premiers fruits ?
Le nier serait aujourd’hui contraire à la réalité. Affirmer qu’elles ont complètement atteint leur but nous semble, à ce stade, un peu hâtif. Vouloir les abandonner relève de la plus haute fantaisie.

Akhbar Ganji rappelle que Khamenei a été formé au séminaire à l’affrontement est- ouest. Il connaît donc parfaitement l’épisode Mossadegh, qui rappelons-le, n’était pas au départ anti-occidental.
A cette aune et après avoir connu la taxinomie des états voyous- Bush junior- «regnante» certaines de ses angoisses peuvent à la limite se comprendre.
Les frères Dulles n’ont pas laissé que des bons souvenirs dans la région !

L’ombre de Mossadegh encore et toujours !

Si les dirigeants iraniens pouvaient voter, il est probable qu’une majorité d’entre eux apporteraient tactiquement leurs suffrages aux apprentis sorciers et demeurés mentaux du Tea Party, lequel se garde bien entendu de les encenser dans son programme.

L’histoire n’aurait rien d’inédit. Rappelons qu’Arafat a « voté » contre Ehud Barak, leader visionnaire s’il en est, et que le Hamas et le Hezbollah n’ont été que trop contents de porter au pouvoir Netanyahu, que tout un chacun considère comme une douce colombe contre Ehud Olmert dont l’histoire retiendra malgré tout son immense courage.

Ayant intégré cela il a beau jeu de fouailler et criailler à nos oreilles que cela n’a pas empêché les Américains de renverser Mossadegh. Encalminé dans cette vision réelle il reste persuadé- à tort-que les USA exhibent le prétexte du nucléaire iranien à seule fin de renverser le régime. Selon lui tout est prétexte, et tous les moyens pour déstabiliser le régime iranien seront utilisés.

De son antiphonaire il a retenu l’inévitable déclin, du capitalisme, de la démocratie et de l’Occident. Que le camarade Vladimir Illitch Oulianov- plus connu sous le nom de Lénine (autre figure emblématique de la conscience universelle)- soit rassuré il lui reste encore malgré tout quelques émules en ce bas monde.

S’il demeure persuadé que les USA sont viscéralement et ontologiquement ennemis du monde musulman, sa confusion mentale ne va pas cependant, jusqu’à rendre ces derniers responsables de tout ce qui ne va pas sous les cieux d’Allah.

Il pense ainsi que le Coran et la Charia n’ont pas réponse à tous les problèmes d’une société complexe et d’un État moderne. Ayant compris que le progrès et la science sont les pierres angulaires du monde occidental il veut en faire bénéficier son pays.

À cette aune s’il n’a pas traduit et peut-être lu le maître livre d’Alain Peyrefitte « La Société de Confiance » il en a en tout cas assimilé la thèse centrale.
Si Khamenei n’était qu’un clerc (même de rang modeste, Hodjatoleslam lors de son accession à la présidence) le problème serait paradoxalement plus simple.
Il a cependant laissé traduire en perse Karl Popper, Milton Friedman etc.
Parmi ses livres de chevet Akhbar Ganji cite : les Misérables, les Raisins de la colère, la Case de l’oncle Tom etc. qui lui ont forgé sa vision du monde occidental.

Ce bref rappel permet de mieux cerner les motivations des futurs négociateurs et la représentation qu’ils ont du monde occidental.

L’épreuve de vérité

Exit Saïd Jalili, place à Javid Zarif ! La nouvelle équipe en place tiendra sur la forme en tout cas, un langage plus souple. Rohani était aux manettes lors de l’épisode de 2003 qui n’envisageait pourtant qu’une simple suspension de l’enrichissement alors que l’Iran ne possédait que 150 centrifugeuses.

Vouloir opposer au Rohani au Guide Suprême ne présente qu’un intérêt limité.
D’abord parce que le Guide Suprême reste en premier et dernier ressort le maître du feu et du jeu. Ensuite parce que réduire Ali Khamenei aux acquêts du dogmatisme religieux n’expliquera point la ligne de conduite iranienne. Tant s’en faut !

Le but ultime étant la levée des sanctions. Point n’est besoin d’être grand clerc pour penser que les Iraniens sauront s’inspirer de Lénine en matière de respect des traités ou des concessions accordées à l’adversaire.
À n’en pas douter Rohani usera de tous les subterfuges pour séduire et endormir le groupe des 5 plus 1. Il rappellera sans doute que Khamenei a constamment dit que l’Iran ne veut pas d’un conflit avec les USA.
Pour autant il ne se veut pas à la botte des USA. Il habille sa retenue apparente dans le concept de « heroic flexibility » qu’il a énoncé dès 96. Pour autant cette notion – directement inspirée de la Vulgate marxiste – ne revêt pas la notion admise en Occident.

Plus fin diplomate qu’on ne le pense, la « «flexibilité héroïque » est pour lui la boîte à outils qui lui permet de chalouper dans les relations internationales. Il a pu ainsi expliquer le 5/9/13 devant le Conseil des Gardiens de la Révolution « lorsqu’un lutteur aux prises avec des adversaires montre de la flexibilité pour des raisons d’opportunité qu’il n’oublie pas qui est l’adversaire. »
L’ombre de Mossadegh toujours !

Pour lui des ennemis peuvent et ont vocation à rester ennemis tout en se souriant et faisant assaut d’urbanité.
Pour autant nous nous permettons humblement de rappeler à Barak Obama, que le tandem Khamenei /Rohani prône un Iran fort et se représente le modèle démocratique occidental comme tyrannique.
Nationaliste et héritier de la tradition impériale perse, il est.
L’ombre de Mossadegh encore et toujours !

Mais à la différence de Mossadegh il veut fonder une civilisation islamique. À supposer ou rêver que par enchantement le contentieux nucléaire disparaisse, cette hypertrophie nationaliste pose et posera problème. Elle pose doublement problème.
D’abord en vertu de la théorie du Security Dilemma et parce que la hiérocratie iranienne est persuadée que l’Occident s’y oppose absolument.
Vu de Téhéran on soupçonne l’Occident de vouloir faire obstacle au développement iranien.
Vu de Téhéran on suspecte Washington de prétexter le nucléaire iranien afin d’abattre le régime iranien.
L’ombre de Mossadegh encore et toujours !

Pour Khamenei et pour Rohani la bombe atomique ne serait que le moyen de promouvoir une société iranienne forte à l’intérieur, puissante à l’extérieur. Que l’on ne s’y trompe pas! Un Iran même émasculé du feu nucléaire posera problème aux USA en voulant jouer une partition hégémonique dans la région.
En cela le duo Khamenei-Rohani est le digne héritier de Mossadegh et du Shah.
Que Monsieur Obama veuille bien garder à l’esprit cette rémanence. Rémanence prégnante dans toutes les couches de la société iranienne.

Ainsi lors d’un colloque en 2013 à Sciences-Po Ceri Hossein Moussavian – opposant ou faux-nez – a pu jovialement et tranquillement reprendre cette thèse.
Avec un incroyable aplomb il a pu asséner que les vrais responsables de l’armement atomique iranien sont Israël et les USA. Rien de plus et rien de moins!
Et tout sourire d’ajouter que l’Occident devrait s’estimer heureux de ne pas avoir le Shah au pouvoir, car en cette hypothèse l’Iran disposerait de 400 têtes nucléaires !
Pour lui si l’Iran s’est doté d’un arsenal nucléaire c’est qu’il a vu le peu de cas que les occidentaux ont réservé à son pays lorsque l’Irak l’avait attaqué.

Moussavian n’est pas un prophète isolé en cette affaire. Les opposants à la mollhacratie ne placent pas le débat au niveau nucléaire mais au niveau social et à celui des libertés.

Que l’on nous permette de rappeler très humblement à cet opposant, frappé d’une heureuse amnésie, que lors de l’Irangate les Israéliens et les Américains ont fourni des armes à cette même mollahcratie aujourd’hui vouée aux gémonies.
Il n’en reste pas moins que la géopolitique de l’émotion de l’Iran s’est nourrie d’un temps fort long avant qu’israéliens et américains n’ouvrent le bal de l’Irangate.

Il n’est pas non plus totalement faux de rappeler que le droit au nucléaire civil iranien a été reconnu par le groupe des 5 +1 des lors que l’Iran progressait dans l’enrichissement de l’uranium.
Il n’en reste pas moins vrai que Moussavian a une mémoire sélective lorsqu’il s’étonne de voir que la Corée du Nord, le Pakistan ,l’Inde et Israël ne sont pas frappés de sanction ou de rupture diplomatique.
Osons rappeler à l’ex -négociateur– doté d’une indignation facile et biaisée – que la Corée du Nord est justement frappée d’un certain nombre de mesures, que la bombe pakistanaise est une bombe « indienne » et que l’Inde, même corrompue, demeure une démocratie et qu’enfin et surtout Israël n’a jamais sérieusement envisagé de déployer sa bombe même lorsqu’il s’est trouvé au bord du gouffre lors de la guerre de Kippour.

Pour autant les occidentaux se doivent d’intégrer que l’agression irakienne a laissé des séquelles réelles et profondes dans la mentalité iranienne. Il aura fallu la douloureuse utilisation des armes chimiques en Syrie pour que l’Iran manifeste sa désapprobation envers son séide syrien.
Croire que la revendication nucléaire est en Iran le monopole des ayatollahs serait une lourde erreur. À tout le moins elle n’y provoque pas dissensus. Rohani cherche- concomitamment- avec la levée des sanctions des relations mutuellement profitables avec les USA.
Son modèle : les relations nouées entre la Chine et les USA, pas plus pas moins !
Autant de défis qui rendent une négociation extrêmement complexe, même une fois levée l’hypothèque nucléaire.
Ajoutons à cela que Rohani a de par ses précédentes fonctions couvert, voire, organisé des actions sub-rosa ne relevant pas toujours d’organisations caritatives. Certes la liste est longue des leaders s’étant reconvertis en boy-scouts. Accordons-lui toutefois le bénéfice du doute.

«Seigneur accorde-moi la chasteté, mais pas tout de suite. »

En cette occurrence que le lecteur nous pardonne de citer Saint-Augustin «Seigneur accorde-moi la chasteté, mais pas tout de suite. » Chez Rohani, Lafcadio n’est jamais bien loin ! Ecoutons donc Rohani- expressis verbis- à l’ONU! « Let me say this in all sincerity before this august world assembly, that based on irrefutable evidence ,those who harp on the so-called threat of Iran are either a threat against international peace and security themselves or promote such a threat. Iran poses absolutely no threat to the world or the region.”
Il y a un parfum de la comtesse de Ségur chez ce saint homme !

Le morceau de bravoure arrive enfin! « In fact, in ideals as well as in actual practise, my country has been a harbinger of just peace and comprehensive security.”
N’ajoutons point au ridicule. Les Anglais ont une délicieuse formule pour qualifier ce genre de prose. « Anything goes. » « C’est du n’importe quoi. »

Rébus sic stantibus, il y a peu de chances que les choses bougent. Pour autant Rohani avance un argument qui est amené à prospérer.
Il accuse les occidentaux de cibler davantage la population qui n’en peut mais, que les sphères dirigeantes ou les forces vives de la nation. L’argument n’est pas nouveau, le contexte oui.
La manœuvre est habile. D’autant plus habile, qu’elle intervient juste après le passage dans son discours consacré aux civils syriens massacrés. Il soude sa population derrière lui et provoque une compassion contristée auprès des opinions publiques occidentales.
Il achète du temps à l’intérieur de son pays.

Après la carotte le bâton!
“The second objective, that is, acceptance of and respect for the implementation of the right to enrichment inside Iran and enjoyment of other related nuclear rights, provides the only path towards achieving the first objective. Nuclear knowledge in Iran has been domesticated now and the nuclear technology, inclusive of enrichment, has already reached industrial scale. It is, therefore, an illusion, and extremely unrealistic, to presume that the peaceful nature of the nuclear program of lran could be ensured through impeding the program via illegitimate pressures.”

Ainsi donc nous avons atteint un seuil nucléaire et ce au niveau industriel !
«Donc veillez car vous ne savez ni le jour ni l’heure.» 5. Habileté suprême Rohani cite la Torah: « My virtuous servants will inherit the earth. »

Accordons-lui crédit lorsqu’il dit ne pas vouloir rechercher une confrontation avec les États-Unis. L’on peut avoir des griefs à l’encontre des dirigeants iraniens mais ils sont tout sauf irrationnels. Les dents du tigre de papier sont encore suffisamment acérées pour que l’Iran réfléchisse à deux fois avant que de provoquer réellement Oncle Sam !
Et l’Iran s’est bien gardé de fermer le détroit d’Ormuz.

Pour autant l’Iran n’a pas toujours fait preuve d’une telle retenue avec les riverains du Golfe. De la même façon que la bombe pakistanaise est une bombe «indienne» la bombe iranienne est tout sauf une bombe « américaine » ou « israélienne.»
Pour autant cela n’est point une raison pour ne pas détruire, pour ne pas éliminer la menace nucléaire iranienne.
Et in fine l’État d’Israël ne peut- à juste titre- vivre avec une épée de Damoclès pointée sur sa population.

Pour autant la bombe iranienne relève bien davantage d’une bombe «saoudienne».
À ce stade nous nous permettons cependant de rappeler à Monsieur Rohani qu’en cette affaire il devrait réfléchir à deux fois. L’Arabie Saoudite est le plus vieil allié des USA dans la région.
Une chose est de guerroyer contre l’extrémisme sunnite, une autre est de chatouiller les USA par Arabie Saoudite interposée. Les Israéliens eux-mêmes ne s’y risqueraient pas.

Pour Khamenei et à fortiori pour Rohani l’islam n’est pas seulement une religion. C’est peut-être et surtout avant tout la boite à outils » subsumant tous les moyens destinés à combattre « l’impérialisme US ».
Ayant assimilé la littérature occidentale, Khamenei a forgé sa doxa dans le livre de Saiïd Qtub (lequel fut exécuté par Nasser) : The battle between Islam and Capitalism. Ce dernier a théorisé un État musulman ayant vocation à gérer l’ensemble des problèmes d’un État moderne à condition de respecter l’Islam et la Charia.

Dans la litanie des reproches classiques adressés à l’Occident figure en bonne place le fait que les USA s’étaient servis et appuyés sur l’islam pour combattre le communisme. Cette frustration donne une coloration émotionnelle à leur politique et explique la facilité idéologique de la posture « islamiste ».
On se souviendra que ce sentiment est renforcé par l’attaque des puits pétrolifère en 96 par l’Irak.
En Iran l’émotion a une subtile fragrance de soufre!
D’où son discours incantatoire à l’ONU en 87. Tant pour Khamenei que Rohani la bombe iranienne est la réponse première et ultime à la représentation qu’ils ont des USA. USA qui, selon eux, veulent répéter avec l’Islam ce qu’ils ont réussi à faire avec les communistes.
Pour eux les USA sont les responsables de la chute du communisme.
C’est donc avant tout à cela que leur sert le parapluie nucléaire.
Tout conspire selon eux à reproduire en Iran et dans le monde musulman le schéma Gorbatchev- Eltsine.
Mossadegh veille encore plus que jamais !

Dans cette même veine Rohani a clairement dit ce qu’il pensait de la démocratie américaine, et n’étant jamais aussi bien servi que par soi-même, il rappelle les bienfaits et la maturité de la démocratie iranienne, laquelle est en dernier ressort éminemment « pacifique et respectueuse des autres cultures. »
Il pense donc que les USA veulent mêmement le renverser au moyen des élections, en favorisant ce qu’il appelle des internal allies » dans une « dual sovereignity. »
Dans la même eau les USA voudraient vider le Faqih de son sens et faire de la fonction de Guide Suprême une coquille vide.
Toutes choses qui ne sont pas forcément du goût des iraniens !

Une aussi bienveillante amnésie

Après l’amnésie sélective les dirigeants iraniens font preuve d’une paranoïa choisie !
A cette aune une question lancinante taraudera l’esprit de tout observateur. Que Monsieur Rohani veuille bien excuser notre voltairienne impertinence et daigne nous confirmer qu’il n’est pas « l’internal ally » des USA en une « dual sovereignity ».

Saad Hajjarian, réformiste iranien (comme écrit dans un précédent article ce concept très relatif est à manier avec moult précautions) a tenté d’utiliser le concept de la «souveraineté duale » pour modifier l’équilibre des pouvoirs après la victoire de Khatami. La suite de l’histoire est connue. Les sbires de Khamenei ont voulu l’envoyer en prêcher les vertus ad patres !
Khamenei a publiquement et constamment dénoncé ce danger considéré comme manœuvre des USA. On comprend dès lors le trucage des élections.
L’ombre de Gorbatchev!

À la table des négociations le menu sera chargé. L’animosité religieuse, civile, nationale et militaire de l’Iran envers Israël se déguste préférentiellement arrosée de condiments idéologiques et géopolitiques fortement épicés. Samuel Huntington a décrit les ingrédients de ce cocktail explosif.
Pour autant il faudra y goûter ! Si la carte des plats mentionnés lors de son discours à l’ONU commence par des entremets lénifiants (cités plus haut) que le lecteur veuille bien se laisser abecquer par le plat de résistance.

« Any miscalculation of one’s position, and of course, of others, will bear historic damages; a mistake by one actor will have negative impact on all others. Vulnerability is now a global and indivisible phenomenon.” Coffee on the house!

L’heure de vérité arrive à grands pas. La menace à peine voilée est cependant limpide. Nous voici prévenus !

À Genève l’on aura un aperçu des intentions réelles des Iraniens avec le dossier syrien. Il est possible que Rohani se montre plus souple sur le dossier syrien. D’abord pour amadouer l’Occident à peu de frais.

Ensuite parce qu’Assad n’est qu’un pion pour l’Iran. La Syrie est pour lui le pipeline qu’il régule à volonté pour alimenter Hezbollah et Hamas.
Pas trop pour ne pas enflammer la région et susciter l’ire israélienne mais suffisamment pour laisser la région en dangereux suspens. Syrie, Hezbollah et Hamas constituent son « Hinterland » stratégique.
Si Israël est sur l’agenda, il n’est pas sûr qu’il en soit la priorité pour l’Iran. Ce ne sera point certes une preuve irréfutable, la Conférence de Bonn en 2011 n’a pas empêché l’Iran de poursuivre sa conquête du Graal nucléaire.

L’Iran est-il sincère? Probablement pas ! Probablement pas et d’ailleurs peu importe. Rohani a déjà prévenu qu’il n’était pas dans ses intentions ni de renoncer au nucléaire ni surtout de renvoyer son stock d’uranium à l’étranger.
Gardons donc à l’esprit ce qu’Oscar Wilde disait « Vôtre sincérité est telle que je ne puis croire un seul instant ce que vous dites. »
Pour autant la seule réponse adéquate en bonne géopolitique est de confronter Rohani à l’épreuve des faits.
Compte tenu de l’état d’avancement du programme nucléaire, tant à Fordow qu’à Arak, il est vraisemblable qu’il aura l’aval de Khamenei pour une suspension de quelques mois de l’enrichissement de l’uranium à 20% et non 3.5% .Il est possible aussi, compte tenu des précautions déjà prises, qu’il élargisse le champ des contrôles.
Il est également possible qu’il se contente -dans un premier temps- d’assouplissements plus légers qu’auparavant mais peut-être plus symboliques afin de mieux plaider sa cause et ses gains auprès du Guide Suprême et de la population.

Vu de Washington et de Jérusalem les réponses apportées seront différentes car les menaces, les intérêts, les moyens et les responsabilités tout en présentant de nombreuses convergences, ne se confondent pas tous.
Le Président Obama a adopté une position médiane qui semble réaliste et qui lui permet de garder « toutes les options sur la table ». Outre leurs responsabilités mondiales, les Américains ont sur zone, au moins deux alliés de poids: Israël et l’Arabie Saoudite.
«Les obstacles seront grands mais je suis fermement convaincu que la voie diplomatique mérite d’être essayée…» «…Les différents ne seront pas résolus du jour au lendemain…» «…Les propos conciliants doivent être accompagnés par les actes vérifiables… » Obama

La réunion tenue il y a une quinzaine de jours entre Kerry et Javad Zarif semble avoir bien posé les jalons de Genève.
Obama dispose d’une fenêtre de tir très étroite, délimitée par le triangle infernal
– des très rapides progrès Iraniens et par l’imminente arrivée à maturité du réacteur au plutonium d’Arak.
– De la position malgré tout délicate de Rohani.
– Des nécessaires demandes occidentales.

Au bazar iranien les marchands de tapis !

Obama devra donc réaffirmer la volonté de stopper et détruire l’armement nucléaire iranien, exiger le renvoi du stock d’uranium enrichi enfin demander l’imposant cortège de vérifications.
Les Iraniens devront donner des gages, accepter les visites et également accorder l’accès à première demande à tous documents, tous sites et toutes personnes.
Quel sera le seuil toléré ? 3,5% ou 20% ?
À supposer que les Iraniens fassent preuve de l’amorce d’un assouplissement ils ne le feront que moyennant la levée des sanctions.
Comme écrit plus haut, il aura fallu attendre 2012 pour l’annulation complète des sanctions après l’amendement Jackson -Vanik.
Et sans levée des sanctions, on voit mal les Iraniens céder. Dans cette conjoncture les Iraniens qui sont- ne l’oublions pas fortement demandeurs- se contenteront-ils d’une simple lettre d’intention américaine?

A ce stade l’on pourrait réactiver plus fermement les propositions émises par le groupe des 5+1 à Almaty. À savoir la suspension de l’enrichissement de l’uranium à 20 %, la limitation de l’enrichissement de l’uranium à Fordow (ce qui indique par ailleurs la difficulté de détruire ce site).
Obama pourrait alors atténuer quelques sanctions dans la pétrochimie.
Rohani a été élu pour lever les sanctions. Il n’a point été élu pour brader le nucléaire.

L’Iran disposerait actuellement de 185 kgs d’uranium enrichi alors qu’il en faut 240 pour fabriquer une bombe. La population vit certes très mal les sanctions.
Le risque existe qu’en cas d’échec des négociations, elles fassent des Iraniens des martyrs qui radicaliseraient le régime, Rohani ayant montré son incapacité à faire bouger les choses. Si Rohani doit bien entendu faire le premier geste, Obama doit par contre se montrer plus flexible dans sa compréhension de l’Iran.
Ce lui sera d’autant plus facile qu’il a prononcé son fameux discours du Caire. Ayant réaffirmé que les USA ne cherchent pas un changement de régime en Iran, il a fait un grand pas en avant. En reconnaissant à un Iran militairement dénucléarisé une vocation régionale il enverrait un signal fort.
Mais ce signal fort – « rebus sic stantibus » – demeure difficile. Ce serait pour Obama, compte tenu des antécédents iraniens – ouvrir un second front avec ses autres alliés arabes.
Ayant réorienté la politique US vers l’Asie avec sa politique du pivot, c’est probablement la dernière chose que souhaite Obama. Quel geste Obama est-il prêt à faire ?
Quels gages iraniens peut-il exiger sans perdre sa crédibilité ?
Jusqu’où sera-t-il prêt à aller afin que l’Iran ne perde pas la face ?
Et bien entendu comment va-t-il gérer les relations avec la France, l’Allemagne, et la Grande –Bretagne qui ne sont pas totalement sur la même longueur d’onde?
Enfin jusqu’où pourra-t-il amener les Russes et les Chinois ?

En s’embarquant à nouveau dans cette négociation à haut risque nous nous permettons de rappeler à Monsieur Obama de ne pas baisser la garde certes, mais aussi et peut-être surtout de relire Raymond Aron « Il ne faut ni acculer les projetés d’une religion conquérante, maîtres d’un vaste empire au désespoir, ni par la faiblesse éveiller en eux la tentation. » 6
Mais en l’occurrence, reconnaissons qu’Obama n’a pas si mal joué pour le moment. Il a en effet toutes les options dans sa main.
Certes l’épisode d’Almaty a quelque peu entaché sa crédibilité. Il a cependant prouvé avec la Conférence de Bonn qu’il était possible de réinsérer l’Iran dans la géopolitique de la région comme un acteur « responsable ».
Accordons-lui la capacité de naviguer avec discernement comme en l’affaire syrienne. En histoire si le pire est un scénario connu il n’est pas toujours obligatoire. La sortie (provisoire) de crise en Syrie laisse en effet toutes les parties gagnantes hors (bien sur les civils syriens).
Enfin n’oublions pas que c’est en premier ressort le trip-wire de Kerry qui a amorcé l’initiative russe. Vu de Washington Obama, à la différence de Bush, peut encore arriver à une situation de win-win.
Vu de Téhéran si Rohani n’arrive pas à un accord avec les USA, Khamenei est aussi gagnant. S’il ne trouve pas un accord avec les USA il aura acheté du temps.

Pour les USA il ne s’agit pas non plus de tomber dans l’angélisme, comme l’écrit et le souhaite dans Foreign Affairs Patrick Clawson : «En d’autres termes soutenir la liberté en Iran n’est pas seulement la seule chose morale correcte à faire c’est aussi le meilleur moyen pour amener l’Iran à abandonner ses ambitions nucléaires… »
Le lecteur nous pardonnera, du moins l’espérons nous, de rappeler à Patrick Clawson, directeur de recherche à l’Institut de Washington pour le Moyen-Orient que c’est précisément là l’erreur commise par Bush junior.

La première et dernière chose qui hérisse les Iraniens c’est justement de vouloir interférer avec des « internal allies » dans une « dual sovereignity. »
En outre comme écrit plus haut, la bombe iranienne n’est pas seulement une « bombe religieuse » elle remplit une vraie volition dans la politique étrangère de l’Iran.
En se démarquant précisément de la morale bushienne Obama, en situant le problème au seul niveau stratégique, permet en quelque sorte une ouverture au niveau infra- stratégique. En outre Patrick Clawson semble oublier que – sauf erreur de notre part – l’Iran n’a pas de tradition démocratique.
Vouloir calquer un comportement démocratique sur une nation dont la fierté nationale est le moteur et le vecteur de sa volonté hégémonique dans la région nous semble une erreur que nous espérons ne pas voir commise par Obama.

Nous conseillons mêmement à Benjamin Netanyahu de quitter cette posture. Son discours vis-à-vis de l’Iran y gagnera en efficacité.
Obama devra donc lui aussi rétablir une zone de confiance avec Khamenei. Il faudra revenir sur l’erreur de Bush lors des négociations avortées de 2003- 2005. Il est vrai qu’il ne s’agissait alors que de suspension. Cet échec a bien entendu laissé des traces auprès des dirigeants iraniens.

Et Rohani-Khamenei auront beau jeu de rappeler que malgré « la bonne conduite » lors de la conférence de Bonn de 2011, les USA n’ont pas fait montre de bonne volonté.
Dans la même eau il sera facile à Khamenei de rappeler à Obama que malgré l’abandon du nucléaire le guide de la Jamahiriya a subi les foudres et les frappes occidentales.

Nous nous permettons de rappeler cependant et très humblement au Guide Suprême de l’Iran (vu la multiplication des guides suprêmes dans la région nous osons penser qu’il s’agit là de fervents latinistes ayant une affection marquée pour le mot duce) que le scénario libyen comportait acte I scène I un soulèvement du peuple libyen.
Autant de méfiance que le Président Obama devra vaincre.
Bis repetita … !

Lorsque Rohani affirme à l’ONU que l’Iran n’a pas besoin de l’arme nucléaire pour assurer sa sécurité il a tort et raison en même temps.
En effet on ne voit pas qui voudrait et pourrait attaquer l’Iran (l’Irak étant émasculé et l’on n’imagine pas la Turquie oser une telle aventure). Mais, en bonne logique aronienne il a tort car en définitive « La menace pour maintenir le statu quo ou interdire une agression est acceptée précisément parce qu’elle n’exige de l’autre qu’une abstention. En revanche, donner le choix à un grand État entre le retrait de ses armées ou la dévastation de ses villes, c’est se condamner soi-même soit à la mise à exécution de la menace soit à une passivité humiliante au cas où l’autre refuse le dilemme dans lequel on prétend l’enfermer. » Raymond Aron in le grand débat

Comment trouver une ouverture dès lors que le groupe des 5+1 ne peut que très difficilement se contenter d’une suspension pour commencer à lever les sanctions dont l’efficacité est avérée et que les Iraniens, ne voudront point sinon abandonner du moins suspendre l’enrichissement de l’uranium.
L’on a beau retourner tous les éléments du puzzle la tâche est excessivement ardue.

Nous conseillons à Rohani et Obama de s’inspirer de la « shuttle diplomacy » pratiquée avec succès dans la région par- l’orfèvre en la matière- le Docteur Kissinger. Avant que d’atteindre un « conceptual breakthrough » que messieurs Zarif et Kerry se contentent donc dans un premier temps de « Shuttle steps ».

Pour autant des deux côtés les verrous psychologiques ont sauté. Ce qui est déjà un pas important. Des deux côtés les intentions ont été crédibilisées par des actes et des symboles.
Or au Moyen-Orient les symboles sont une matière première aussi rare et précieuse que la crédibilité. Que Rohani se rassure, il n’est point dans l’intention d’Obama de le renverser. Si tant est que Bush Junior a eu cette intention elle a davantage relevé de la posture.
A cette aune le discours à l’ONU, précédé par l’interview à CNN, et le discours de Meschad, et surtout la mention du nom d’Israël par Rohani constituent à tout le moins un tournant que les occidentaux auraient grandement tort de rejeter sans examen approfondi. En la matière, si Bush junior avait un discours évangéliste et que d’aucuns considèrent Obama comme trop idéaliste, Bush senior eut été « the right man at the right time at the right spot ! »

Vu de Washington un réchauffement des relations avec l’Iran entraînera un rôle modérateur de l’Iran après le retrait en Afghanistan. Washington peut également escompter que l’Iran influence de façon moins belliciste certaines nébuleuses terroristes.

Obama maître du jeu

Mais le bénéfice le plus important sera surtout de contenir l’expansionnisme russe dans la région et plus particulièrement en Asie Centrale et dans le Caucase.
Restera à l’épineux problème de l’Arabie Saoudite. Gaz de schiste « regnante» le poids de celle-ci est certes moins crucial qu’auparavant.
Mais outre le fait que dans la course effrénée entre consommation et production de gaz et d’hydrocarbures le gaz de schiste n’est peut-être qu’un répit, l’Europe et le Japon ne sont pas, quant à eux énergétiquement indépendants.
En outre l’Arabie Saoudite garde son importance stratégique et son lâchage par les USA constituerait un dangereux trip-wire pour l’Empire du Soleil Levant. Gageons que dans la nouvelle politique US énoncée dans le « pivot » c’est la dernière chose à laquelle Obama tient à être confronté.

S’il est un succès indéniable et incontestable à porter au crédit de celui que l’on a surnommé le « Seigneur des Drones » c’est bien celui-ci. À ce stade il est difficile de prédire le comportement exact de l’Iran mais l’on voit mal l’Iran accepter tout uniment et sans regimber un désarmement nucléaire, l’envoi à l’étranger de son stock d’uranium la garantie de ne bloquer ni l’accès aux ressources sises dans la région ni les routes maritimes, de ne pas menacer Israël et, en prime de ne pas considérer le Chott el Arab comme son bassin privé.

Même des opposants ou pseudo-opposants comme Moussavian ne semblent pas prêts d’accepter une telle aplasie. Moussavian n’est point une voix isolée.
Akhbar Ganji ou des intellectuels comme Titra Parsi dans la revue Foreign Affairs tiennent le même langage.

A ce point il est difficile de prédire le comportement exact de l’Iran. Convoquons donc un autre grand expert des relations conflictuelles. « Je ne peux vous expliquer ce que fera la Russie. Ce pays est un rébus enveloppé de mystère au sein d’une énigme. Mais il y a peut-être une clé. Cette clé c’est l’intérêt national russe. » Winston Churchill

Sir Winston pourrait aujourd’hui tout aussi bien prononcer cette phrase en changeant un seul nom.

Vu de Jérusalem la situation se complique et l’on comprend aisément que la riposte israélienne relève de la déontique la plus élémentaire. Avec l’élection de Rohani Jérusalem perd son meilleur ennemi.
Netanyahu a été très ferme à l’ONU en disant que l’on ne pouvait croire l’Iran. Il n’a certes pas tort. Pour autant il est de bonne politique de toujours vérifier les signaux de l’adversaire. Netanyahu eût-il mentionné le Pakistan, et la Corée du Nord (l’Inde nouvelle alliée stratégique des USA étant un cas à part –) il eût été plus crédible !

Parce que Netanyahu risque d’être le premier concerné, et Israël n’étant pas doté d’une profondeur stratégique on peut toutefois aisément concevoir qu’il embrasse une position beaucoup plus intransigeante que celle d’Obama.
Pour autant il doit comprendre ce qu’enseigne la théorie du Security Dilemma. 7

Un maximum de sécurité chez A entraîne chez B un maximum d’insécurité. Superbe paradoxe ! La notion de sécurité maximale n’existe pas. Ainsi un maximum de sécurité chez A finit par entraîner une réaction de B.
Maximum de sécurité ne signifie donc pas obligatoirement maximum de paix.

Quand Peres se démarque de son Premier Ministre

L’élection de Rohani–à tort ou à raison- a profondément changé la donne. Il n’est que de constater comment la réception enthousiaste de l’année dernière a laissé la place cette année un accueil glacial lors de son discours à l’Assemblée Générale de l’ONU.
Il n’est qu’à en juger, également, par la remarque acerbe et ironique du Président de l’État d’Israël Shimon Peres à l’encontre de son premier ministre « On peut être d’accord ou ne pas être d’accord (avec les Américains) mais je n’aime pas ce ton méprisant. D’autres ont aussi un cerveau pour réfléchir… »

Peres s’est montré à cette occasion, plus fin et surtout beaucoup plus avisé que lors de ses propos tenus l’année dernière sur une intervention militaire en Iran.
D’aucuns au cabinet de Nétanyahu, ont critiqué les propos de Peres en assénant qu’il sort de son rôle. Voire ! Mais c’est le propre de toutes les cohabitations gouvernementales sous toutes les latitudes.

Disons-le tout de suite Benjamin Netanyahu a raison sur le fond dans cette affaire. On ne le répétera jamais assez. Aucun État ne saurait tolérer une telle menace. Et il est de la mission première de chaque État de protéger ses citoyens.
En ce sens nous ne pouvons qu’approuver l’éventualité d’une option militaire laissée sur la table. Pour autant Nétanyahu ne cesse de brandir tous les trois mois une nouvelle deadline. A trop agiter cet agenda il finit par anémier sa crédibilité.

Les intérêts de Washington et de Jérusalem convergent jusqu’à un certain point seulement. Un Iran infra-nucléaire pourrait -sous certaines conditions- satisfaire Washington, un Iran infra-nucléaire continuant à entretenir des relations de cousinage avec le Hezbollah et le Hamas est difficilement acceptable aux yeux de Netanyahu.

Ceci constitue sa doxa. Doxa qui n’a pas toujours été partagée par ses prédécesseurs et surtout par Ehud Barak pour qui un Iran atrophié de sa bombe ne constitue pas une menace stratégique pour Israël.
N’en déplaise aux partisans de Netanyahu, ce dernier ne partage pas la puissance de la vision stratégique de Barak. Pour autant Benjamin Nétanyahu sur-joue sa partition. Ce faisant il met en danger la position future d’Israël. Nous nous permettons de lui rappeler la célèbre phrase de Kissinger « le propre de la médiocrité est de préférer un avantage tangible au bénéfice intangible que représente une meilleure posture » 8

La position de Netanyahu repose sur l’idée centrale qu’Israël n’a jamais été en une aussi bonne position qu’aujourd’hui.
– Une économie sinon florissante à tout le moins en bonne santé. Une économie que pourraient envier maints pays de l’OCDE
-une économie essentiellement fondée sur le high-tech et dont les sociétés représentent le deuxième contingent national au Nasdaq après les USA
-Un pays déposant un nombre impressionnant de brevets grâce à l’excellence de son savoir
– une économie étroitement liée à celle des USA
– un taux de démographie arabe et palestinien proches de celui d’Israël.
– Des voisins fortement affaiblis par les printemps arabes et dont la menace est moins forte qu’auparavant
– un leadership palestinien que Netanyahu, à la différence de ses prédécesseurs plus avisés – a soigneusement confiné aux abonnés absents.
-enfin son propre leadership incontesté pour le moment en Israël même.

Reste la menace stratégique de la bombe iranienne !

Le dilemme israélien

Nous nous permettons-en toute humilité- de rappeler à Netanyahu ce que Raymond Aron écrivit. « On préparait la guerre en temps de paix, mais on faisait la distinction entre la Paix et la Guerre et l’on admettait à l’avance qu’il y aurait une distinction nette entre l’une et l’autre. Il n’en va plus de même à l’heure présente. Moins l’utilisation de ces armes monstrueuses est probable, plus les diplomates, les hommes politiques, journalistes en discutent. La stratégie dite de dissuasion est, par essence, une forme de diplomatie puisqu’elle a pour but de prévenir certaines démarches d’un État tenu pour hostile en le menaçant de répliques militaires. »
« Tout se passe comme si la non- utilisation militaire de ces armes n’était pas séparable de leur utilisation diplomatique permanente. Pour ne pas les utiliser effectivement, il faut laisser croire qu’on les utiliserait en certaines circonstances… » 9

Certes l’on objectera juste titre que cette théorie a été bâtie, lorsque deux acteurs rationnels se défiaient mutuellement. Et l’on objectera que l’Iran ne rentre pas dans cette catégorie. Voire !
Jusqu’à plus ample informé l’Iran n’a jamais osé attaquer frontalement et massivement l’État d’Israël. A cette aune les dirigeants iraniens ne se sont pas montrés plus irrationnels que les soviétiques.
Rappelons enfin que durant le monopole nucléaire américain Moscou a eu plus souvent qu’à son tour l’initiative. Pékin quant à lui a su parfaitement précéder sa bombe atomique par sa « bombe démographique » face à un Washington déjà entravé !
« La guerre que l’on prépare pour ne pas la livrer, bien qu’elle soit parfois baptisée impossible, est possible. »10
«L’élaboration raisonnable de cette stratégie n’a d’autre objectif que d’en favoriser le succès, autrement dit de faire que la stratégie de dissuasion n’ait jamais à devenir une stratégie d’emploi… »11

A l’exigeant et implacable trébuchet de l’histoire les dirigeants iraniens ont parfaitement assimilé la théorie nucléaire si parfaitement conceptualisée par Raymond Aron orfèvre en la matière et dont Kissinger s’inspira lors de ses négociations avec les soviétiques.

Les dirigeants iraniens sont tout sauf fous et ne sont pas spécialement plus pressés que le commun des mortels de passer de vie à trépas.
Tant qu’Israël dispose d’une dissuasion du « faible au faible » la menace reste infra- stratégique. Dissuasion du faible ou faible car une chose est de disposer d’un stock de 180 voire 240 kg (seuil nucléaire), une autre en est de maîtriser toute la panoplie définie par l Edward Luttwak.12

Concluons donc avec Aron : « Or en cette discipline le plus grave danger me paraît le dogmatisme… » 13

Il faut donc analyser la raison de la posture aussi rigide de Netanyahu.
A rebours de tout ce que nous enseigne la théorie de la stratégie nucléaire Netanyahu semble surestimer la puissance nucléaire iranienne et sous-estimer la sienne. Mais ce faisant il porte atteinte à ce qui est l’essence même de la dissuasion !

Ajoutons en fait que les iraniens seront loin de maitriser, en quantité et en qualité, la sophistication d’une frappe nucléaire. Les Nord-Coréens qui sont leurs maîtres en ont fait récemment l’amère expérience.

Lorsque Netanyahu se demande pourquoi un État confortablement assis sur un tel matelas énergétique se dote d’une industrie nucléaire même civile il sait fort bien qu’il ne peut qu’éloigner l’Iran de toute négociation !
Lorsqu’il dénie à l’Iran le droit au nucléaire civil il se sépare dangereusement du groupe des 5+1.
Autant se déflagrer tout de suite !

Il ne peut qu’affaiblir la position d’Israël et l’isoler davantage lors des futurs marchandages. Lorsqu’il critique le régime iranien il commet une très lourde erreur.
En matière nucléaire l’on retiendra la judicieuse formule de Raymond Aron. «Tout s’est passé durant cette période comme si l’Union soviétique affichait une attitude d’autant plus agressive que son infériorité en armement nucléaire, était plus accusée… »14

Pour autant l’on comprend cependant aisément quel est son but. Actuellement l’état des relations entre Israël et les USA est à l’image des relations personnelles Obama Netanyahu : utilitaires, encore solides, toujours prometteuses, mais à la merci de la moindre crise de jalousie. ! Israël en a fait les frais dans le passé sous James Baker.

Israël ne devrait pas oublier que la seule fois où il a du s’incliner devant une décision américaine ce fût lors de l’affaire des AWACS livrés à l’Arabie Saoudite. C’est la ligne rouge d’Israël vers les USA.
Netanyahu s’en approche dangereusement et pourtant cette ligne rouge est relativement souple.

Ainsi Uri bar Joseph professeur en relations internationales à l’université de Haïfa relate qu’en juillet 69 Kissinger écrivit un topo à Nixon pour lui signaler qu’Israël était sur le point d’atteindre le seuil nucléaire. Il affirmait être contre mais ne pouvait empêcher Golda Meir d’aller plus loin. Sa recommandation fût donc d’acquiescer à condition qu’Israël ne procède pas à des essais et n’ébruite pas son arrivée au seuil nucléaire.

Dans l’histoire des relations israélo- américaines Israël a constamment, sauf sous Ehud Barak, freiné les velléités américaines de négociations avec l’Iran. Et lorsqu’il a dû s’incliner, il a fini par adopter une neutralité positive.

Le danger pour Israël est que l’on mettra très rapidement sur la table des négociations l’armement nucléaire israélien. Outre qu’il serait dommage d’avoir dépensé tant d’euros pour acquérir récemment de superbes sous-marins allemands, c’est là une démarche totalement irréaliste.
La bombe atomique israélienne embarquée à bord de la seule triade au Moyen-Orient est la seule garantie de la non- utilisation de la future bombe iranienne.
D’aucuns argueront que l’on ne voit pas de raison valable pour un Israël nucléarisé et un Iran dénucléarisé. Il est dans l’histoire des accidents historiques qui ont force de loi. Ainsi de l’Allemagne, ou du Japon qui bénéficient ou subissent un statut spécial.
Osons le dire débarrasser le Moyen-Orient des WMD (weapons mass destruction) rappellerait étrangement la « promenade au coin du bois » envisagée par Gorbatchev-Reagan.
Ce prix à payer est au-dessus des moyens israéliens.
Il n’en reste pas moins exact qu’Israël est confronté à un vrai dilemme.
Rien ne garantit qu’une preemptive blow anéantisse complètement le dispositif iranien. Elle peut considérablement le détruire, elle ne le réduira pas à zéro.
En ce cas la riposte iranienne infligerait à Israël des dommages qui seraient tout sauf collatéraux.
Autant se déflagrer tout de suite!
Pour réduire cette difficulté Uri bar Joseph écrit dans Foreign Affairs qu’Israël devrait monnayer le renoncement à son armement nucléaire en échange de l’abandon l’armement iranien.
Avouons-le ce scénario relève tout au plus d’Alice au pays des merveilles. En outre il ne peut se concevoir qu’entre des partenaires disposant de solides canaux de communication.
Tout laisse à supposer que ce n’est pas le cas actuellement. Henry Kissinger eut cette délicieuse formule « Il arrive que même les paranoïaques aient des ennemis. »
Netanyahu devrait cependant réaliser que l’agressivité, la gestuelle voire la chanson de geste iranienne résulte d’une infériorité réelle et ressentie.
Accordons toutefois à Nétanyahu le bénéfice de la question première en matière de dissuasion en ses deux branches de « first strike » « première frappe » et de stratégie contre force. «Les deux distinctions précédentes impliquent du même coup, la liquidation d’un paradoxe : durant de nombreuses années, on se demandait – comme on continue avec raison de le faire – si ou quand la menace de bombardements atomiques dissuade efficacement, mais on s’interrogeait à peine sur ce qui se passerait si la dissuasion ne jouait pas… »15
Poser la question ne revient sûrement pas à «to play the spoiler » comme Netanyahu. La poser de cette façon comme Netanyahou l’a soulevée à l’ONU n’est sûrement pas la plus intelligente et la plus efficace.
Car il sait pertinemment que l’Iran ne peut tolérer le fait qu’il adopte une théorique héritée de Bush junior ni qu’il puisse contester le droit pour l’Iran de se doter d’un nucléaire civil. Nétanyahu a cependant parfaitement soupesé le risque de voir les USA passer d’une diplomatie « all options are on the table » à une « Blind pursuit of diplomacy ».

Lorsque Monsieur Elliott Abrams ancien conseiller de Bush fils (le père ne se serait sûrement pas avisé de l’engager) pense comme Benjamin Netanyahu que la conduite actuelle des USA induit une perte de crédibilité il nous semble avoir la mémoire courte, les événements en Syrie sont là pour le démontrer.
Nous nous permettons également de signaler à la mémoire défaillante d’Elliot Abrams que l’intervention US dans le bec du canard en 1969/70 est intervenue alors que les USA avaient affirmé le contraire.
Le lecteur intéressé se reportera utilement au délicieux billet humoristique d’Art Buchwald écrit à cette occasion.

Autant Netanyahu est fondé à exiger très fermement que des mesures soient prises à l’encontre du réacteur au plutonium d’Arak et la fin de l’enrichissement au-dessus du seuil de 3,5 %, autant il sera contre-productif de jouer « the bad guy ». S’il est pourtant une partition que tout chef du gouvernement israélien, à commencer par Golda Meir, a exercé en chef d’orchestre virtuose, c’est bien l’obtention de nouveaux matériels militaires en échange d’une plus grande souplesse diplomatique.
Dans ce catalogue digne de « mil e tre » de Mozart et de da Ponte, il existe quantité de nouveaux avions ravitailleurs, nouveaux chasseurs, nouvelles Smart bombs etc.
« La bonne politique n’est pas de s’opposer à ce qui est inévitable. La bonne politique est de s’y servir et de s’en servir. » Ernest Renan

La fenêtre de tir israélienne est dorénavant très étroite. Elle ne pourra désormais s’ouvrir qu’à deux conditions : si les négociations traînent en longueur ou capotent-ce qui demeure l’hypothèse la plus plausible- et si les occidentaux ne prennent pas de mesures.
Uri bar Joseph pour sortir Israël du dilemme souhaite donc l’abandon du nucléaire israélien. Il rejoint en quelque sorte la pensée de Kenneth Waltz éminent fondateur de l’école néo-réaliste.
Pour ce dernier il ne peut y avoir la paix dans la région que si un équilibre des pouvoirs existe. Il va même jusqu’à penser que la bombe iranienne serait facteur de paix ! « Most important, policymakers and citizens in the Arab world, Europe, Israel, and the United States should take comfort from the fact that history has shown that where nuclear capabilities emerge, so, too, does stability. When it comes to nuclear weapons, now as ever, more may be better.” 16
L’argument est- à tout le moins spécieux- car il oublie que les Israéliens même aux pires moments de leur histoire ont balayé d’un revers de main l’utilisation de leur force nucléaire.
On assiste à une alliance objective des néo-réalistes et des utopistes. L’histoire est connue, elle a déjà été jouée aux USA à propos du Vietnam sous Nixon-Kissinger.

Si tant est que le raisonnement est- en théorie pure- impeccable, il ne l’est pas dans la région. Le lecteur que nous espérons passionné se reportera aux propos tenus par un autre artiste en la matière Mac Namara. Mac Namara avait génialement conceptualisé la théorie de la riposte graduée et souhaité plus qu’il ne le craignait une parité stratégique avec feu l’URSS.

D’autre part si l’on peut à juste titre s’interroger sur le bien-fondé des territoires occupés, Israël n’a pas mené véritablement de guerre de conquête, en dépit de la possession du feu nucléaire. L’on peut même affirmer qu’à l’instar du « reluctant leadership » allemand d’Angela Merkel, Israël a été – au début en tout cas – un « reluctant occupant ».

Dans la même veine Kenneth Waltz pense que l’on sur-joue la menace iranienne et que les mollahs loin d’être fous sont parfaitement sains. Admettons-en l’augure!
En outre une erreur de calcul n’est jamais à exclure, et le risque zéro n’existe pas.

Le vrai fondement- à notre sens- de la posture israélienne est le suivant : Netanyahu n’a pas peur que les négociations échouent. Bien au contraire ! Il a peur- par contre- qu’elles réussissent ! La raison en est simple; la pierre angulaire la plus solide, l’émerillon d’affourche des relations américano- israéliennes est l’Iran. C’est le point où les divergences sont les plus faibles et où le consensus reste le plus fort.

Que la problématique iranienne s’atrophie, alors les vrais problèmes surgiront pour Netanyahu.
Ne plus se focaliser sur l’Iran réorientera la focale américaine vers le conflit israélo-palestinien et vers les aspects de la géopolitique plus classique qui chantourne aussi et autant ce conflit que les aspects religieux comme veulent le laisser accroire les extrémistes de tous bords.
Pour dire les choses autrement, contrairement à la bien-pensance anti israélienne la plus primaire, ce n’est pas le conflit israélo-palestinien qui menace la paix mais bien la question iranienne.
En effet tant que cette dernière perdure les Américains ne peuvent exercer de réelle pression-condition sine qua non- sur Israël et sur les palestiniens.
Que cette menace iranienne s’évapore alors il faudra bien que les Américains avec un nouveau Président se saisissent à bras-le-corps du dossier en sa dimension territoriale et commencent enfin à exercer les pressions indispensables.

Or de cela Benjamin Netanyahu ne saurait entendre la première note ! Nous nous permettons de rapporter au lecteur qui l’aurait oublié que Netanyahu est le digne héritier de Shamir plutôt que de Sharon, Olmert ou même Begin.
Lors de la conférence de Madrid, Netanyahu alors ministre des affaires étrangères, reçut la consigne formelle de Shamir (malgré tout obligé de s’y rendre) de tout faire pour que la conférence échoue en essayant si possible de ne pas froisser Bush senior.

On comprend dès lors que le chantre de la droite israélienne gesticule davantage qu’il n’agit. Ses prédécesseurs- heureusement moins portés sur l’idéologie- parlaient moins et moins s théâtralement mais ils agissaient plus.
À force de discourir tous les trois mois sur un nouveau délai à proroger Netanyahu perdra sa crédibilité !
La stratégie israélienne a toujours consisté à frapper d’abord, parler ensuite. La crainte de Netanyahu est qu’un accord USA- Iran laisse les israéliens isolés au bord de la route face à un Iran toujours hostile.
Certes, mais la supériorité militaire israélienne est telle que cette crainte ne nous semble pas vraiment fondée. Pour Jérusalem, un Iran restant en deçà du seuil nucléaire avec un enrichissement inférieur à 20 % voire 3.5%, reste une menace stratégique car il maintiendrait ou rallierait sous son parapluie les Etats arabes et surtout le Hezbollah et le Hamas.

Cette hypothèse ne nous semble pas la plus plausible en ce qui concerne les états arabes. La méfiance rémanente des uns, la volonté hégémonique de l’autre militent plutôt en sens contraire.

Logique avec lui-même, mais on rappellera utilement Netanyahu ce que Henry Kissinger disait lors des accords du kilomètre 101 en 74 «Si je ne suis pas pour moi-même qui me défendra mais si je suis seul pour moi, à quoi cela sert-il ? »

Israël réclame à cors et à cris un enrichissement zéro et va même jusqu’à demander à l’Iran de renoncer au nucléaire civil.
Son argument est que vu les gigantesques réserves en hydrocarbures du pays, l’Iran n’a pas besoin du nucléaire civil sauf à préparer le nucléaire.
Son argument est à tout le moins spécieux. S’il s’agit uniquement d’une position en vue de marchander on peut le comprendre encore qu’elle n’est sûrement pas la plus intelligente. Mais le raisonnement qui sous-tend cette position extrême est que Netanyahu craint une détérioration du « power balance ».

Empêcher à tout prix que la supériorité infra-nucléaire et partant géopolitique puisse être contrebalancée par la dissuasion nucléaire israélienne est un raisonnement que l’on peut comprendre car il est profondément rationnel.
À tout le moins Nétanyahu a une lecture incomplète et erronée du TNP.
La lacune n’a peut-être rien d’étonnant, Israël ne l’ayant pas signé contrairement à l’Iran. Il est vrai qu’on ne peut dès lors l’accuser de ne pas le respecter quand bien même l’Iran partie signataire au traité ne le respecte pas !

Il n’en reste pas moins que le TNP autorise l’accès au nucléaire civil pour chaque État. Nourri des souvenirs de la vente des AWACS à l’Arabie Saoudite, Israël pense donc avoir tout à craindre d’un rapprochement États-Unis- Iran.
Que Monsieur Netanyahu se rassure ; un revirement lof pour lof ne semble pas d’actualité immédiate.
L’attitude israélienne a donc, à l’exception notable d’Ehud Barak, consisté à s’opposer – ce qui en soi n’est pas fondamentalement anormal – à de telles négociations et de rester neutre lorsqu’elles semblaient s’engager. L’oncle Sam est chatouilleux à certains égards !

Pour autant Israël aurait tout à gagner d’un affaiblissement des tensions dans la région. À commencer par une diminution du support de l’Iran au Hezbollah et au Hamas.
Ce qui somme toute n’est pas négligeable.
Si l’habit ne fait certes pas le moine, Netanyahu devrait se souvenir qu’il arrive que les loups déguisés en moutons se rêvent à leur tour en moutons.
Doté lui aussi d’une amnésie sélective (c’est décidément une marchandise fort répandue dans la région) on lui remémorera qu’Anouar el-Sadate était issu de la confrérie des Frères Musulmans.
Nous rappellerons à Nétanyahu ce que la puissance conceptuelle -probablement encore inégalée à ce jour- de Raymond Aron nous enseigne « l’État menacé n’avait qu’à demeurer au-dessous du seuil d’emploi de ces armes pour que la menace demeura à la fois vaine et peut-être efficace (n’aurait-il pas dépassé le seuil s’il n’avait pas craint la mise en exécution de la menace ? »17

D’autre part il n’est pas sur qu’Israël dispose d’une stratégie contre-forces.

Monsieur Netanyahu devrait toutefois prêter attention à ce que sa force de dissuasion laisse un autre choix à un Iran paranoïaque que sa seule issue ne soit pas une capitulation en rase campagne ou une ascension aux extrêmes.

Encore une fois maximum de dissuasion et maximum de sécurité sont souvent source d’accidents historiques. Reprenons l’étincelante théorie énoncée plus haut.

Si A disposant de la capacité de détruire les armes de B et le privant de représailles, B prendra les devants en cas de conflit par peur d’être anéanti. Et l’on se retrouve donc en situation de non stabilité.
Reprenons à ce stade le discours aronien dont Netanyahu ferait bien de s’inspirer.

«Partons de l’idée simple mais encore aujourd’hui tant de fois négligée : il y a une différence fondamentale entre posséder quelques bombes atomiques et thermonucléaires ainsi que quelques vecteurs (bombardiers) et disposer d’une force de dissuasion. Celle-ci en effet n’existe qu’à partir du moment où elle est capable d’infliger des représailles donc de survivre à une attaque de l’ennemi que l’on veut dissuader…»18

Enfin il n’est pas sûr que les Iraniens remplissent même la première des conditions théorisées par Albert Wohlstetter.
Tant que Netanyahu collera à la stratégie première du paroxysme nucléaire, l’Iran gardera une stratégie de dissuasion plutôt qu’une stratégie d’emploi.
Dans l’histoire de la théorie nucléaire la force atomique a toujours constitué le bouclier. Même lorsque le bouclier était inférieur à celui de l’adversaire la décision a été emportée parce que l’épée s’est montrée plus tranchante.
Pour dire les choses autrement, in fine l’utilité du méta-armement thermonucléaire n’a de valeur que si l’infra-armement est supérieur à celui de l’adversaire.

Obtenir de l’Iran ce qui doit être obtenu demeure l’objectif central mais Netanyahu pourtant fin connaisseur des USA, devrait se rappeler que lors de la crise de Cuba, Kennedy a bien pris soin de ne pas faire perdre la face aux bolcheviques.

L’affaire cubaine recèle d’étonnantes similitudes avec l’affaire iranienne. Tant sur le plan géopolitique que sur celui de la nature du régime. Entre la condition réservée aux Cubains sous Castro et celle réservée aux Iraniens nous nous abstiendrons prudemment de choisir.
« En revanche, l’affaire cubaine a démontré de deux manières la combinaison nécessaire de l’armement classique et de l’armement nucléaire ; c’est la supériorité locale en armes classiques qui a permis aux stratèges de la Maison-Blanche l’emploi de la dissuasion et l’emploi de la force en fonction des objectifs que l’on voulait atteindre, de prendre le départ au plus bas niveau, sans tirer un coup de fusil par la simple déclaration de « la quarantaine » tout en laissant entendre que l’on s’élèverait d’échelon en échelon aussi haut qu’il le faudrait. »
« De plus, dans la mesure où l’expérience cubaine suggérait une leçon, celle-ci est plutôt conforme aux doctrines américaines : c’est par la capacité d’équilibre, au moins partielle, au niveau inférieur que l’on confirme la valeur de la protection offerte par la force de dissuasion plus grande. » 19

Snyder expose les quatre conditions qui font qu’un adversaire veuille recourir à l’arme atomique.
– valeur de l’objectif (Israël n’est pas vraiment sur la short liste ou la shopping list de l’Iran
– le coût de l’agression
– la probabilité des répliques
– la probabilité d’atteindre l’objectif.

En l’état actuel il ne semble pas que l’Iran soit capable de remplir correctement ces conditions aussi bien envers Israël qu’envers les USA.

En définitive si Israël maîtrise heureusement la panoplie de la triade nucléaire, Monsieur Netanyahu ne maîtrise pas complètement sa doxa.

En premier et dernier ressort, il ferait bien de relire ce qui écrivit Raymond Aron: « Tout s’est passé, durant cette période, comme si l’Union soviétique affichait une attitude d’autant plus agressive que son infériorité en armement atomique, était plus accusée. D’aucuns expliquent cela par ceci, c’est-à-dire l’agressivité apparente par l’infériorité ressentie. Une grande puissance ne doit-elle pas montrer d’autant plus de confiance en elle-même qu’elle se sait plus menacée ? Cette interprétation, pourtant, ne me convainc pas. Au cours des années ou Staline eut réellement peur-entre 1934 et 1940-il s’était comporté tout autrement. J’incline a donc une autre explication d’ordre psychologique, du paradoxe de l’agressivité du plus faible.

Les bolcheviks ont toujours donné dans leur calcul stratégique une grande part aux forces morales. Staline et les siens avaient le plus grand respect pour la technique et l’industrie américaine, ils n’avaient pas le même respect pour la capacité des dirigeants américains de mobiliser au service de leur politique les immenses ressources dont ceux-ci disposaient. Ils n’ont jamais été terrifiés par l’armement atomique les États-Unis parce qu’ils étaient à juste titre convaincus que cet armement ne serait jamais employé à moins d’agression ouverte ou de provocation extrême. »20

En cette affaire iranienne Obama semble avoir relativement bien réagi à ce qui ne reste malgré tout qu’un climat. Alors que sa position de départ, il y a quelques mois, était peu crédible Obama est aujourd’hui en situation d’avoir toutes les cartes en mains. Il est au sommet du triangle entre Téhéran et tous les autres pays; ce qui représente la réussite suprême en géopolitique !
La route sera parsemée d’embûches, de faux espoirs, de subterfuges iraniens, de distorsions entre les 5+1 et entre les Usa et Israël. Rohani jouera de la faiblesse de sa position arguant de la nécessité de concessions occidentales.
Mais enfin le fait nouveau et fondateur est que l’on se parle à nouveau !

Les négociateurs auront présent à l’esprit cette maxime qu’un bon accord est celui qui mécontente pareillement tout le monde ! Ils se souviendront qu’il n’est pas toujours judicieux de considérer les arrières pensées des uns et des autres. Et certes Rohani a pu être en délicatesse avec les principes démocratiques ! Eh quoi ?

Pour avoir cité en début d’article le délicieux Giulio Andreotti, terminons avec lui.
« Personne n’est à l’abri de certaines fréquentations. Même Jésus-Christ, parmi ses douze apôtres avait Juda »
« Négocier sans cesse ouvertement en tout lieu, encore même qu’on n’en reçoive pas un fruit présent et que celui qu’on peut attendre à l’avenir ne soit pas apparent est chose tout à fait nécessaire pour le bien des Etats. »21
Pour autant que Monsieur Rohani sache bien qu’il ne saurait être question d’attendre une quelconque parousie !

Puisque Rohani a cité un verset de la Torah dans son discours à l’ONU offrons lui donc ces vers sublimes:
«Pourrais-je sans trembler, lui dire:
Je vous aime ?
Mais quoi déjà ! Je tremble ;
et mon cœur agité craint autant ce moment que je l’ai souhaité. »
22

Nous offrirons également à Benjamin Netanyahu ce merveilleux vers « Rien n’est si dangereux qu’un ignorant ami. Mieux vaudrait un sage ennemi. »23

A tout seigneur tout honneur gardons toutefois le mot de la fin pour Raymond Aron et que les négociateurs n’écartent pas totalement cette possibilité lorsqu’ils seront face à Rohani.
« Parfois la colère l’emporte sur la raison et il s’est trouvé des Césars qui auraient voulu entraîner eux-mêmes et leurs populations dans la mort… » Mais l’on n’oubliera pas non plus de rappeler à Netanyahu, que s’il est beaucoup plus facile de dire non il faut parfois ne pas avoir peur lorsque l’on est plus fort que la partie adverse. «En théorie, celui qui n’a pas les moyens d’amortir les représailles de son adversaire ne devrait pas recourir le premier aux armes suprêmes à moins que l’enjeu ne soit proprement vital… »24

Leo Keller

Notes
1 discours prononcé par Winston Churchill en mars 1955 à la Chambre des Communes.
2 in le nouveau cénacle
3 revue française de science politique en 1965
4 in blogazoi le tigre iranien et Gulliver empêtré
5 Mathieu XXV. 13
6 Raymond Aron in le Grand Débat
7 Robert Jervis
8 Henry Kissinger in le chemin de la paix.
9 Raymond Aron in le Grand Débat
10 Raymond Aron in le Grand Débat
11 Raymond Aron in le Grand Débat
12 Edward Luttwak in le grand livre de la stratégie et le paradoxe de la stratégie Strategy: The Logic of War and Peace,
13 Raymond Aron in le Grand Débat
14 Raymond Aron in le Grand Débat
15 Raymond Aron in le Grand Débat
16 Kenneth Waltz in Foreign Affairs
17 Raymond Aron in Paix et Guerre parmi les Nations
18 Raymond Aron in le Grand Débat
19 Raymond Aron in le Grand Débat
20 Raymond Aron in le Grand Débat
21 Cardinal de Richelieu in Testament politique
22 Racine Bérénice
23 La Fontaine in l’Ours et l’amateur des jardins
24 Raymond Aron in le Grand Débat

 

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