La Corée du Nord : Du cordon ombilical au nœud gordien!

La Corée du Nord : Du cordon ombilical au nœud gordien!

Voici la première partie d’une série de 4 articles consacrés à la Corée du Nord.
Nous tenons tout particulièrement à remercier Margaux Schmit pour son aide et ses précieux conseils à la relecture. Nous lui devons le séquençage de cette étude et la réorganisation de notre plan et surtout de nous avoir convaincu d’élaguer un certain nombre d’idées.
Sa patience et son remarquable esprit de synthèse ont su venir à bout de notre résistance.
Vous aurez d’ailleurs le plaisir de lire très prochainement sa contribution sur la piraterie.
A toutes et à tous nous vous souhaitons une bonne lecture.
Leo Keller

L’âne vêtu de la peau du lion 1

« In Greek mythology the gods sometimes punished man by fulfilling his wishes too completely. It has remained for the nuclear age to experience the full irony of this penalty.”2

« Jusques à quand enfin, Catilina, abuseras-tu de notre patience? Combien de temps encore ta fureur esquivera-t-elle nos coups ? Jusqu’où s’emportera ton audace sans frein? Rien ni les troupes, qui la nuit, occupent le Palatin ni les rondes à travers la ville, ni l’anxiété du peuple, ni ce rassemblement de tous les bons citoyens, ni le choix de ce lieu, le plus sûr de tous, pour la convocation du Sénat, ni l’air ni l’expression de tous ceux qui sont ici, non rien n’a pu te déconcerter ?
Tes projets sont percés à jour ; ne le sens-tu pas ? Ta conspiration, connue de tous est déjà maîtrisée ; ne le vois-tu pas ? Ce que tu as fait la nuit dernière, et aussi la nuit précédente, où tu as été, qui tu as convoqué, ce que tu as résolu, crois-tu qu’un seul d’entre nous l’ignore ? » 3

Que les fervents latinistes se réjouissent, voici la première phrase du discours de Cicéron prononcé au Sénat contre Catilina.
«Quo usque tandem abutere, Catilina, patientia nostra ? Quandium etiam furor iste tuus nos eludet ? Quem ad finem sese effrenata iactabit audacia ? »

A défaut d’avoir fait sauter la planète, les gesticulations de l’adolescent post pubère en Corée du Nord l’ont à nouveau agitée. La différence est de taille !
Cette sidération anxiogène ne peut cependant que nous interpeller.
Car ce qui se joue en Corée est bien plus important que les manifestations nucléaires aussi paroxystiques soient elles. Kim Jong-Un participe volens nolens et plutôt nolens à la réorganisation de l’Asie.

La bombe nord-coréenne cache simplement le jeu chinois.

D’aucuns considèrent qu’il s’agit là de rodomontades ou de hochets destinés à calmer l’ego affolé du dictateur probablement le plus sanguinaire de la planète. À ses côtés Daesh ferait presque figure d’enfant de chœur ! C’est dire !
Sa panoplie nucléaire comporte un grand nombre de colifichets qui en rapetissent, déforcent et ébranlent singulièrement son efficacité mais ne lassent pas de nous interroger.

L’on aurait grandement tort cette fois-ci, de ne pas lui administrer les punitions que ce dangereux psychopathe mérite. Être demeuré un gamin attardé n’a jamais empêché la bêtise de paonner et la cruauté de sévir. L’oncle, qu’un simple de ses caprices envoya ad patres, en est la preuve vivante. D’aucuns affirment que ce dernier aurait été liquidé car il était l’homme des Chinois.
Si cela est vrai, et selon toutes probabilités, c’est le cas, alors cette épanorthose peut, à tout le moins, nous questionner sinon nous préoccuper.
Pour d’aucuns cela signifie que la Chine est- pour la première fois- échouée sur l’écueil coréen et qu’elle ne maitrise pas la totalité de l’équation coréenne. Raison de plus pour s’inquiéter.

S’il y a bien une chose que les Chinois détestent et craignent, c’est l’incertitude causée par leur puissance ou impuissance relatives. En matière de géopolitique il n’est rien de plus dangereux que les situations génératrices d’incertitude !

Pour d’autres, il n’en est rien. La bombe coréenne serait un paravent chinois.
Les laborieux accords de Lausanne conclus avec l’Iran avaient fini par anesthésier des occidentaux qui ne demandaient par ailleurs qu’à être rassurés quant à la pérennité de la syntaxe nucléaire laquelle a eu le bon goût et la décence de fonctionner une fois de plus.
Les contorsions de l’agité mais criminel porphyrogénète nord-coréen ont toutefois pour mérite d’interrompre notre quiescence béate.

Que cherche et que peut Kim Jung-On? Que veut Kim Jung On ? Qui le soutient et qui entraîne-t-il dans sa folle équipée?
Pyongyang sera t- elle Sarajevo ou au contraire l’éclatante manifestation de l’imperium chinois ?
Il nous semble, comme bien souvent, que la grille de lecture la plus pertinente demeure le fameux triptyque de Thucydide : Phobos, Kerdos, Doxa.

Nous nous proposons d’analyser les options ouvertes au groupe des 6 ou à ce que l’on appelait autrefois le monde libre et pourquoi continue-t-il d’essuyer autant d’insuccès et rebuffades ? En un mot que peut-il et que va-t-il entreprendre malgré ou avec la Chine ?

Kim Jong-Un est-il un simple missi dominici même turbulent ou bien se rêve-t-il Méphistophélès ? Y aura-t-il un dissensus russe entre Poutine et Xi Ji Ping ou bien nous promèneront-ils tous les deux en jouant qui au bad cop, qui au good guy ?

Nous nous proposons donc d’examiner la problématique de la péninsule comme suit.

A Etat des lieux
A 1 Phobos, Kerdos, Doxa
A 2 La longue chanson de geste onusienne
A 3 Le roulement de tambour coréen

B La thématique de l’Asie du Nord-Est
B 1 Les relations sino-coréennes
B 1.1 La Corée du Nord, L’enfant rebelle
B 1.2 Le grand frère chinois
B 1.3 Corée to be or not to be
B 2 La Russie ce Junior Partner aux dents longues
B 2.1 Présentation
B.2.2 Le glissement stratégique russe
B 3 The show must go on

C Les rémoras américain et chinois. Une étrange congruence
C 1 Le syndrome iranien
C 2 Washington à la manœuvre
C 3 Washington Deus ex machina ?
C 4 La problématique des systèmes d’alliance
C 5 Washington Pékin une étrange anastomose

D Les négociations ou comment sortir de la naphtaline
D 1 Le drame se met en place
D 2 Les quatre actes du drame. Thucydide avait vu juste.
D 3 Où placer le curseur ?
D 4 La journée des dupes.
D 5 A la fin de l’envoi je touche !

Conclusion
De quelques réflexions historiques
Et si la Corée du Nord ….

A L’état des lieux

Pour autant ne nous leurrons pas. Tout meurtrier qu’il soit, Kim est tout sauf fou. Les règles heureusement implacables de la dissuasion nucléaire le corsètent lui aussi de leur imparable loi d’airain.

La vraie menace qui se profile à l’horizon, crise après crise, est la non moins implacable montée en puissance chinoise.
Le grand empereur romain Marc-Aurèle disait que l’obstacle est matière à action.

Cette crise est-elle le prodrome de la puissance chinoise assumée et intronisée « deus ex machina » de la région et assumant désormais un vrai duopole avec la puissance US après l’avoir chinoisée, disputée et ébréchée ou au contraire marquera-t-elle le retour de la puissance US que d’aucuns avaient enterrée un peu trop précipitamment tantôt avec jubilation tantôt avec crainte, les américains ayant réussi à enserrer la Chine dans le jeu complexe des relations internationales ?

Qu’il nous soit permis de citer Bruno Tertrais « Quand l’Amérique prend froid, la Chine s’enrhume et la Russie attrape la grippe » « Il faut rappeler à cet égard que sa puissance et sa capacité de leadership sont probablement plus grandes aujourd’hui qu’au sortir des années 70 une décennie terrible qui avait vu une mise en cause terrible de sa prééminence. » 4

« Un ordre international se révèle relativement stable si le niveau d’assurances réciproques exigé par ses membres peut être obtenu par la diplomatie. Lorsque celle-ci cesse d’opérer, les relations se concentrent de plus en plus sur la stratégie militaire – d’abord sous la forme de course aux armements, ensuite comme une manœuvre pour acquérir l’avantage stratégique, même au risque d’un affrontement et, en dernier ressort, d’une guerre. » 5

Certes Kim semble vouloir s’affranchir de la pesante tutelle chinoise; à bien des égards il semble même mieux y réussir que ses dictateurs de père et de grand-père.
Soyons cependant assurés que le statu quo actuel ne comporte pas que des inconvénients pour la Chine. Dans cette conjoncture éminemment labile, Pékin possède plus de pions que Pyongyang, et est capable, en joueur expérimenté, de les retourner plus vite, plus souvent et plus massivement que son partenaire -adversaire coréen.

Le plateau du jeu de go, appelé weiki en chinois n’a plus de secret pour Xi Ji Ping et ce depuis fort longtemps.
L’Empereur chinois Qianlong éconduisit McCartney au XVIIIe siècle après le refus de ce dernier d’exécuter le Kotow. 6
Ce n’est point le petit roitelet de Pyongyang qui réussira à intimider et à contraindre le nouvel empereur chinois.

En Corée comme ailleurs, Pékin tel un gros chat matois, veut imposer sa loi. Sa démarche est féline elle n’en est pas moins résolue.
Pour les Américains, le problème ne consiste donc pas tant à museler Pyongyang qu’à insérer et enserrer Pékin dans le grand bain mondial.
Il est tout sauf sur que nous disposions d’un leader ayant l’envergure et la sagacité de Bush senior.

Sur le plan diplomatico-militaire Chine et Corée du Nord ont l’étrange particularité d’être l’un pour l’autre des alliés militaires exclusifs. Il est donc normal que leurs relations, même étroites, soient façonnées et chantournées par une extrême dépendance frisant parfois la sujétion affolée, et une profonde rancœur du côté coréen.

Du côté chinois, la condescendance laisse chaque jour davantage de place à l’agacement suscité par la volonté d’indépendance coréenne et le fait que l’anxiété nord-coréenne de se voir envahie puisse contrecarrer les vastes ambitions chinoises. À cela s’ajoute une pointe de jalousie de Kim Jong Un.
Il n’est de géopolitique qui ne soit aussi guidée par l’émotion.

Dans ce ballet nucléaire les arias furioso de Pyongyang ne trompent personne. Leur seule mission quasi eschatologique: ne pas jouer le rôle de Donna Elvira face à Don Giovanni.
Le piège diabolique qu’avait tendu Yossip Vissarionovitch Djougachvili le 25 juin 1950, n’a pas fini de broyer des peuples qui n’en peuvent mais. Rappelons à toutes fins utiles que les deux Corées continuent de ne pas être en paix et que bizarrerie héritée de la guerre froide, elles n’ont toujours pas signé de traité de paix. La Corée du Sud quant à elle n’a même pas signé l’armistice de Panmunjom.

Mais avant tout, il nous semble nécessaire de mieux cerner l’état des forces et faiblesses coréennes et ce qui motive profondément son leader.
Puis nous verrons le rôle joué par le mentor de la Corée du Nord : la Chine.
Et enfin ce que les occidentaux principalement, les Américains peuvent faire, seuls ou pas.

La comparaison avec l’Iran peut s’avérer utile. La Corée bénéficie en cette conjoncture de quelques avantages.
Etonnamment, elle les tire de sa faiblesse. Son économie infiniment plus délabrée, sa dictature bien plus implacable et son ouverture au monde quasi inexistante laissent peu de marge aux négociations. D’autant plus que malgré tous ses handicaps, la Corée est plus avancée sur le plan nucléaire que ne l’était l’Iran.
Nous tenterons alors de dégager les éléments de solution qui s’offrent aux occidentaux. Et pourquoi il sera ardu de trouver une conclusion sinon satisfaisante- à tout le moins- la moins catastrophique.

Quant à nous, que voulons-nous ? Que pouvons-nous ? Que sommes-nous prêts à accepter et plus important que voulons-nous rejeter à tout prix ?
Quelle sera l’attitude chinoise ?

En l’occurrence une fois de plus l’essentiel du fardeau repose sur l’hégémon US. Les USA sont-ils encore comme l’a dit Obama: «And we are ready to lead once more. »
“And for those who seek to advance their aims by inducing terror and slaughtering innocents, we say to you now that our spirit is stronger and cannot be broken — you cannot outlast us, and we will defeat you.” 7

Obama a très peu de mois pour le prouver. Non pas car sa présidence s’achève mais parce que les Nord-Coréens sont beaucoup plus proches de la possession d’une bombe que ne l’étaient les Iraniens.
Dans la péninsule le temps est embarqué sur une formule 1 !

Les écrits de celui qui a véritablement, et peut- être plus que tout autre, révolutionné la doctrine nucléaire US revêtent toujours la même acuité intellectuelle et permettent de saisir la complexité des enjeux.
Qu’on en juge: « The nuclear age demands above all a clarification of doctrine. At a time when technology has put in our grasp a command over nature never before imagined, the value of power depends above all on the purpose for which it is to be used.” 8
Et d’affiner sa pensée et de guider notre réflexion: « To a considerable extent the impact of the new weapons on strategy, on policy, indeed on survival, depends on our interpretation of their significance.” 9

A 1
Du Phobos au Kerdos !

La Corée du Nord après avoir agressé le Sud le 25 juin 50 se vit dès lors comme un État assiégé. Peu importe du reste que cette impression soit fausse car elle cimente la vie de ce pays. C’est son Phobos qu’elle transforme en Doxa.

Assiégée par les « bandits » américains, assiégée par les « chiens et valets » sud-coréens et plus subtilement mise en tutelle par ses deux puissants voisins : Chine et Russie.
Assiégée, obsédée et humiliée par la sujétion économique que lui souffle la Corée du Sud.

L’attitude et la posture agressives sont les seuls moyens qu’a subséquemment trouvés Pyongyang pour surmonter sa peur. Sa politique nucléaire cadre donc parfaitement avec la théorie du dilemme de la sécurité. Sauf que la composante essentielle n’est plus seulement la dissuasion mais tout autant la persuasion.

Le Phobos coréen repose sur l’idée que Nixon avait lui-même véhiculée en son temps envers Hanoi.

Il s’agit désormais de persuader un ennemi, rejoignant en cela la dissuasion soviétique la plus classique : oustrachenie, sdierjivanie, persuader de ne pas dissuader ! Cette mission est assignée aux forces coréennes préstratégiques.
Il s’agit de persuader l’ennemi, en l’occurrence les USA, par Corée interposée, qu’ils ne peuvent les vaincre et que tout au contraire la Corée du Nord est, elle, en position de le faire.
L’humiliation de Panmunjom est effacée !

En menaçant les USA comme ils l’ont fait, il est désormais plus facile de suader Seoul qu’il est inutile de résister ou tenter quoique ce soit, les USA ayant été tenus à la lisière stratégique et donc dissuadés d’éployer leur parapluie nucléaire.
On a dépassé le stade de la dissuasion du fou. Faire croire à l’adversaire que fort d’une irrationalité la menace est crédible.
Les Nord-Coréens ont parfaitement assimilé le pouvoir égalisateur de l’atome. Cette technologie –aujourd’hui – du pauvre est, ou serait désormais, à leur portée.

Rappelons, puisque l’armement nucléaire s’invite à grand fracas aux débats et aux ébats, quelques notions élémentaires.
La dissuasion nucléaire a une Doxa. La dissuasion nucléaire obéit à sa propre grammaire ! Quoi que l’on en dise ou veuille, elle s’impose à tous.
La première règle c’est le découplage entre la non utilisation militaire et leur utilisation diplomatique. Allons plus loin cette règle a tendance à se transformer comme suit: Plus on en parle moins son utilisation est plausible. Comme si la saturation du discours entraînait leur paralysie.
La délicieuse formule de Raymond Aron est toujours aussi juste : « En parler toujours, la brandir souvent, s’en servir jamais. »

Si l’on n’est pas en présence de véritables intérêts stratégiques ou si l’on n’est pas prêt d’utiliser ces moyens même dans le cadre de « la rationalité de l’irrationalité », il est alors difficile de la mettre en œuvre. Les choses étant ce qu’elles sont actuellement, avec un méta armement non encore abouti, un infra armement largement obsolète, des objectifs stratégiques non évidents et sur lesquels il est à la fois difficile de mobiliser une population et donc des ressources, et ce même en dictature, un ennemi disposant d’une capacité de preemptive blow et surtout d’une capacité anti-frappes autant de raisons qui décrédibilisent et émasculent la panoplie nucléaire coréenne.

Pour autant cela ne veut pas dire que les Américains et leurs alliés doivent tolérer cette situation. Bien au contraire !
D’abord parce que la technologie coréenne franchira tôt ou tard et beaucoup plus tôt qu’on ne l’imagine tous les effets de cliquet (y compris la miniaturisation), ensuite parce que les Nord-Coréens maîtriseront la technique du carburant solide et non seulement liquide.
Ensuite parce que selon des sources américaines non officielles, la Corée du Nord possédera entre 20 à 100 têtes nucléaires d’ici 2020 et d’autres officiels pensent que les nord-coréens disciplinent désormais la technique de la miniaturisation. 10

Le principe de l’irrationalité peut aussi laisser supposer que l’incertitude de la folie meurtrière prenne le pas sur la sempiternelle Doxa nucléaire.
Avoir accédé au statut de 9ème puissance nucléaire donne des ailes à la pensée (si toutefois l’on considère que le barbare coréen est doté d’un tel outil intellectuel) de Kim.

Un parallèle avec la mythologie grecque est édifiant.
Kim ( Cronos) ayant reçu la foudre ( l’arme atomique ) de ses oncles –les Cyclopes Ouraniens (Nikita Sergueïevitch Khrouchtchev et Chine ) brandit et projette la foudre ( la bombe et ses missiles) pour renverser Zeus ( les USA ) qui sont historiquement la première puissance qui vient au secours de Gaia – accessoirement Cronos renverse aussi d’ailleurs d’autres Titans ( Japon , Corée.)
Il devient ainsi le seul maître à bord.
Les routines organisationnelles peuvent également très facilement ouvrir la route de l’ascension aux extrêmes et où la folie de la guerre l’emporte sur les buts de guerre.

Il est également trois autres raisons.
Ce qu’un méta armement interdit à la Corée, obtenir un armement nucléaire « low-cost » peut lui laisser entrevoir de la même façon que l’armement atomique français a été finalement un aiguillon utile, l’armement atomique coréen remplit mêmement cette fonction aux côtés des Russes et des Chinois.

Enfin qu’advienne un interstice entre Washington, Séoul et Tokyo et l’on verra alors la peur commander des décisions irrationnelles aussi bien à Séoul qu’à Tokyo ou bien l’une de ces deux capitales se rapprocher de Pékin.

Et surtout que vienne à disparaître la supériorité de l’aviation stratégique US, en bonne théorie du dilemme de la sécurité, alors selon le scénario classique de la théorie de la sécurité la figure du proto peer competitor, s’imposera et alors le problème revêtira une autre dangerosité.

L’on peut donc se demander quel est l’intérêt de la Corée du Nord en cette affaire. Qu’est-ce qui justifie un tel détournement de fonds au profit de l’armée au détriment d’une population affamée et qui n’en peut mais.
« North Korea’s development of an SLBM and associated ballistic missile submarine has the potential to present a significant threat in the future. However, the development of an operational system will be an expensive, time-consuming endeavor with no guarantee of success, » 11
“But it quoted an unidentified official as saying that based on the latest successful ejection test, North Korea could be as little as a year away from deploying a submarine armed with a nuclear-tipped missile.” 12
Arriver à maturité n’est qu’une question de temps. Hegel avait déjà affirmé: le Ansein est dans le Dasein.

La Corée du Nord connaît en tout cas parfaitement son catéchisme nucléaire. Il lui suffit en fait de brandir sa menace un cran en dessous du seuil d’emploi. Zone dangereuse certes mais Pyongyong escompte que l’adversaire paralysé, apeuré ou censé apeuré par ses précédentes démonstrations de force ne sera pas forcément entrainé dans la riposte, s’il sait garder ses nerfs.

Pour que ce cas de figure fonctionne et donc que l’État qui menace jouisse alors dans le non emploi nucléaire de l’avantage, il faut toute une théorie de conditions – des buts de guerre ou de conquête bien précis. Ce que Clausewitz appelle le Ziel et le Zweck.
– Un infra armement même inférieur mais conséquent compensé par le méta armement et son pouvoir égalisateur.
– Un adversaire ou bien paralysé ou bien n’ayant pas la capacité de se défendre.
– Enfin la capacité pour l’État agresseur- en l’occurrence la Corée du Nord- de jouir de l’initiative d’une first strike et d’une stratégie anti forces.
Or la Corée ne dispose d’une conjoncture favorable dans aucune de ses composantes.

La difficulté qui se pose à la Corée du Nord et dans une moindre mesure aux Américains reste celle- toujours- indépassable et ontologique de Raymond Aron : « La question fondamentale cependant se pose dans les termes suivants : à quelles conditions une des puissances thermonucléaires pourrait-elle tenter des opérations locales avec des armes classiques sans craindre que son rival ait recours aux armes suprêmes. » 13

Le fait que les Américains, même après les mensonges ou demi-vérités de Bush Junior, n’aient pas l’intention d’envahir la Corée du Nord ne change aucunement la perception qu’en ont les paranoïaques de Pyongyang.
Et il n’en demeure pas moins que « La guerre que l’on prépare pour ne pas la livrer, bien qu’elle soit parfois baptisée impossible est possible.» 14

Dans son livre Dissuasion et Défense, Snyder explique brillamment quelles sont les quatre conditions qui structurent l’élaboration de toute décision stratégique :
– valeur de l’objectif et probabilité de l’atteindre
– coût de l’agression que les frappes en retour de l’agresseur ne manqueront pas de lui infliger.
– Probabilité de ses répliques.
– Probabilité que l’agresseur a d’atteindre ses objectifs.

La génération spontanée tout comme l’acte gratuit sont des phénomènes forts peu répandus en matière de relations internationales. Il convient donc de se demander quel est l’intérêt et le but qui fondent la politique coréenne. Avec l’analyse de ses moyens la réponse que l’on apportera échafaudera une ébauche de solution.

Trois types de raisons sous-tendent les gesticulations coréennes. Elles tiennent à la nature de son régime, de ses intérêts et surtout aux difficultés économiques et de la géopolitique reçue en héritage de sa géographie et de la guerre froide.

Comme dans toute dictature, la caste régnante ne peut se maintenir sur le trône qu’en créant un climat d’insécurité pour le pays et en cultivant une mentalité d’assiégé.
Plus le pays est petit, plus il sera agressif vis-à-vis de ses voisins et plus l’insécurité provoquée permet au pouvoir de se sentir inamovible.
« Les anthropologues constatent que les groupes humains ont besoin d’un ennemi extérieur pour assurer leur cohésion. » 15

Plus le complexe de l’assiégé est fort, plus la notion de patriotisme et de nationalisme soudent le peuple autour du leader. L’état de délabrement économique mais provoqué par les « sales ennemis » en l’occurrence les Yankees et leurs « valets » sud-coréens est donc leur meilleur allié.

L’absence de liberté est dès lors présentée à la population comme résultant des agressions américaines et sud-coréennes voire japonaises. L’absence de liberté serait ainsi le rempart pour protéger la Nation.
C’est paradoxalement peut-être l’arme la plus efficace à la disposition de la dynastie au pouvoir.
Le culte de la personnalité exacerbé jusqu’à l’outrance ubuesque, une politique étrangère agressive sont constitutifs de la Nation en armes. C’est au nom de ses valeurs nationalistes et totalitaires qu’il peut imposer à son peuple privations et famine, executions en masse. Exécution en masse ! Voire exécution de son propre oncle.

En trois ans de temps, il a exécuté 70 officiers généraux pulvérisant ainsi le record pourtant peu glorieux de son père qui n’en avait exécuté que dix durant la même période.
40% des officiers généraux et 20 à 30 % des fonctionnaires ont été déplacés. Les défections à l’étranger n’ont jamais été aussi nombreuses malgré les peines de mort encourues, même, pour les familles qui restent.

A Pyongyang, qui détient le feu nucléaire, détient le pouvoir de vie et de mort sur ses citoyens. Les tirs nucléaires permettent aussi à Kim Jong Un de rehausser sa stature pour dépasser celle de son père. C’est en quelque sorte sa police d’assurances.

Plus prosaïquement, les Coréens ont inventé et assigné une nouvelle fonction à la bombe. Il s’agit ni plus ni moins d’un moyen de chantage économique contre un arrêt du développement de leur programme.
Les Coréens ont obtenu, essentiellement des Américains, de nombreuses aides et subventions. De l’aide alimentaire aux centrales nucléaires civiles.

Du Kerdos à la Doxa

Il s’agit là, de sortir la Corée du Nord du Moyen-Age où trois dictateurs l’ont maintenue.
Quoi de plus symptomatique qu’une femme en costume traditionnel annonçant urbi et orbi le succès du tir nucléaire. La Corée est un pays d’avant-garde (sic) laissant toute sa place à la femme, alors qu’au même moment Daesh montre une tout autre vision de la femme; et une femme en costume traditionnel !
C’est la revanche de l’Est contre l’Ouest ! Mao proclamait d’ailleurs fièrement et crânement « Le vent d’est l’emporte sur le vent d’Ouest ! »

Mais la réalité écrasante et implacable piétine le symbole qui se veut éclatant. Quand bien même le peuple coréen ne le sait pas. Ce dernier exténué sous le poids de la famine, martyrisé sous la schlague de la dictature et humilié par la Sunshine Policy retrouve toute sa fierté.

Enfin intérêt géopolitique. Enchaînée à ses deux parrains, collée à sa sœur ennemie et faisant face au Japon la bombe est un message pour chacun. Certains experts pensent que Pyongyang aurait fait sauter les dernières bombes à seule fin d’attirer avec son moderne appeau l’attention d’Obama afin que ce dernier l’aide à se désenclaver. L’argent serait certes bienvenu mais cela ressortirait tout autant d’un scénario à la vietnamienne dont les rapports avec la Chine ne sont plus ce qu’ils étaient.

C’est d’ailleurs ce qu’a parfaitement compris Henry Kissinger.
“In other words, Pyongyang seeks separate negotiations with the United States while keeping the other parties out of the diplomatic process, at least for a while.”
“North Korea’s agenda links its denuclearization to the completion of a Korean peace treaty, a Northeast Asia security system, normalization of relations with the United States and removal of any threat against it — presumably from whatever source.” 16

Kim Jong Un ainsi a ordonné le 14 mars 2016 à ses forces nucléaires de se tenir prêtes pour faire face à une menace ennemie et de placer ses forces en position de frappe préventive. « The North should bolster up nuclear force both in quality and quantity and keep a balance of forces, » according to the KCNA. “ The need to get the nuclear warheads deployed for national defense always on standby so as to be fired any moment, » 17

La presse gouvernementale peut ainsi écrire: « all North Korean people are now waiting for the order « to annihilate the enemy with their surging wrath at the U.S. imperialists and South Korea’s Park Geun-hye group of traitors. »18

Le mot intéressant est: traître. Il est révélateur de la pensée et du mode d’action communistes.
Enfin fin Février, la Corée du Nord lance à nouveau un missile à courte portée en mer orientale à seule fin de montrer son mécontentement.
Certes les premiers pays ciblés sont la Corée du Sud et le Japon.
Pour autant le message est éminemment subtil. En visant ces pays, la Corée du Nord se montre et se revendique un allié indispensable, certes encombrant, pour la Russie et la Chine. Après tout elle ne ferait qu’imiter la Bulgarie ou certains services secrets à l’Est durant la guerre froide et qui agissaient comme sous-traitants pour l’URSS.

Cerise sur le gâteau, elle apostille sa présence d’une note acidulée pour bien montrer qu’elle agit aussi pour son propre compte et qu’à l’oublier la Chine et la Russie auraient grandement tort.
In fine les tirs nucléaires seraient la manifestation parfaitement pourpensée de leur indépendance et de l’impérieuse nécessité de celle-ci. A l’origine les premiers tests visaient clairement à lui donner un statut.
Il s’agit maintenant de faire accroire à la Chine et accessoirement à la Russie que les USA souhaitent encercler la Chine voire la Russie. Ni plus ni moins !
Poussons la logique ab absurdo. Kim Jong Un se voit dans ses délires acromégaliques, tel le Conducator Ceausescu, l’ultime rempart de la foi communiste.

Sachant que la Chine a- à tout le moins- des sentiments mitigés vis-à-vis de son programme mais qu’elle ne lâchera pas la Corée du Nord – tout en gardant un œil gourmand sur la Corée du Sud- il s’agit tout simplement d’éviter un rapprochement sino-américain dont la Corée du Nord ferait les frais.

Après tout les premières frictions entre la Chine et l’URSS avaient eu pour cause la crainte chinoise de voir l’URSS se rapprocher des USA.

“Pyongyang, in its more exuberant moments, may even see itself in a position to play off Beijing and Washington against each other.”19

En somme j’antagonise les rapports Chine-USA donc j’existe !

Pyongyang peut probablement duper Pékin, pour autant il est tout sauf évident qu’elle ait suffisamment d’atouts dans son jeu pour manipuler et forcer Pékin.

A 2
L’état des lieux : après la longue litanie des résolutions, l’armement sort de la naphtaline !

De nombreuses négociations, résolutions et trains de sanctions ont frappé la Corée du Nord. 1695, 1718, 1874, 2087, 2094. Enfin la 2270 qui vient d’être votée après le test nucléaire du 6 janvier 2016. Le moins que l’on puisse dire est qu’elles n’ont pas produit de résultats tangibles.
Cette absence de dénouement tient – à la fois pour les résolutions elles-mêmes, au manque de professionnalisme des différents négociateurs américains et à la particularité coréenne.

La première résolution 1695 était en fait ni plus ni moins qu’un simple amuse-bouche. Avec la 1718 on commence à viser tout ce qui touche au nucléaire, au transport, aux voyages à l’étranger des hauts dirigeants. L’on a beau être archeo-communiste, l’on aime particulièrement découvrir les joies décadentes du monde capitaliste, et bien entendu les produits de luxe.
Les coréens se sont même joués des USA lorsque l’envoyé spécial Stephen Bosworth était à Pyongyang après une énième rebuffade, ils ont trouvé le moyen de recevoir un avion chargé de pièces détachées pour missiles. Fort heureusement celui-ci a été intercepté à Bangkok en Décembre 2009.
La 1874 se borne à resserrer le dispositif. En janvier 2013 on se contente avec la 2087 d’accentuer à nouveau le dispositif.

La résolution 2094 de Mars 2013 est intéressante en ce qu’elle
– augmente considérablement la liste des personnes interdites de voyage et introduit un dispositif de sanctions y compris financières contre ceux qui ne les respecteraient pas, y compris envers des non coréens. Enfin un régime d’inspections très sévère est mis en place.
La novation dans ce régime d’inspection est qu’elles peuvent être déclenchées beaucoup plus facilement alors qu’auparavant les conditions de leur entrée en vigueur étaient beaucoup plus lourdes.

Ce n’est qu’avec la résolution 2270 du 2 mars 2016 que le Conseil de Sécurité prend véritablement la mesure du problème. La 2270 comporte probablement le catalogue le plus complet de mesures depuis l’affaire irakienne. Sans parler bien entendu des sanctions militaires.
Ce qui ressort dès l’abord c’est que les contrevenants encourent eux aussi des sanctions encore plus sévères.

Au niveau civil l’on décrète l’interdiction quasi absolue d’importer du charbon, du minerai de fer ou tout autre minerai rare, molybdène, or, titane, vanadium et terres rares. La Corée a interdiction d’importer du carburant. La résolution 2270 comporte la panoplie financière la plus vaste possible. Surtout la Corée est soumise à un contrôle particulièrement rigoureux quant à son approvisionnement extérieur.
Qu’on en juge.
Tout cargo ou aéronef à destination ou en provenance de la Corée du Nord sera dorénavant très sévèrement inspecté.

Enfin deux types d’interdiction qui devraient se révéler particulièrement efficaces apparaissent. L’interdiction d’exporter vers la Corée ce qu’il est convenu d’appeler l’export technologique « catch all » qui pourrait servir au développement du programme nucléaire tels que computer ou même camions. La Corée a également l’interdiction d’importer tout knowledge.
En outre les biens et propriétés appartenant à des membres du PC coréen sont bloqués. Cette dernière mesure est tout sauf symbolique lorsque l’on connaît l’addiction et la dilection gourmande à ces biens des officiels coréens que n’avait pas envisagés Karl Marx.

Par contre comme il ne s’agit pas d’asphyxier la population, la Corée a toujours le droit d’importer du pétrole.
Rappelons tout de même que le premier tir de missile coréen date du 31 août 1998 (Taepodong 1) ; le premier tir nucléaire date lui du 9 octobre 2006.

L’on peut en déduire sans véritable risque d’erreur d’interprétation que la machinerie onusienne est une machinerie lourde !

Même la Chine et la Russie ont voté les sanctions cette fois-ci. Samantha Powers représentante américaine à l’ONU a qualifié la résolution 2270 de « most compréhensive, robust and unyelding. » Elle a de même rajouté: « to be effective it must be followed with robust, comprehensive and unyelding enforcement » 20
Ite missa est!

Il n’en reste pas moins que les résultats escomptés n’ont pas été à la hauteur des espérances. Le moins que l’on puisse dire c’est que le phénomène est tout sauf récent et que les tirs coréens ne constituent pas un hapax.

Pourtant tout semblait commencer sous de bons auspices puisque le 28 mai 1991 la Corée du Nord demande son admission à l’ONU reconnaissant ainsi de facto sa sœur siamoise du sud. Le 17/11//91 James Baker dénonce déjà le danger nucléaire coréen.
Le 13 décembre 91 les deux Premiers Ministres de Corée signent un pacte de réconciliation qui prévoit la signature d’un traité de paix et des accords de dénucléarisation.

Le but de la manœuvre étant bien entendu de sortir la Corée du Nord de son splendide isolement.
À la différence du Royaume-Uni, celui-ci n’avait rien de splendide et n’était pas franchement souhaité. Encore que !

Le 8 mars Pyongyang après avoir essuyé des pressions suite à son refus d’obtempérer à des visites de l’AIEA se retire du TNP prenant prétexte des manœuvres annuelles américano-coréennes et proclame un état de semi-guerre.
Il est vrai qu’elle avait déjà obtenu toutes les informations qui lui avaient permis de s’abreuver à la source. Pourtant le 19/07/93 Washington et Pyongyang parviennent à un accord.

En février 94 sur pression de quatre des cinq membres permanents, la Corée du Nord accepte finalement des inspections sur ses sept sites nucléaires. Le lecteur aura compris que le membre permanent qui n’avait pas jugé bon de joindre sa voix était la Chine. Déjà !

Mars-Avril 1994 l’AIE suspend ses inspections suite aux obstructions coréennes. Le Président Clinton remet logiquement en cause les négociations de Genève. Pyongyang se dit alors prêt à « répondre à la guerre par la guerre. »
Clinton déploie alors des Patriots en Corée du Sud ce que Pyongyang considère comme une agression.
Le 31 Mars le conseil de sécurité, en une déclaration bien peu contraignante, sollicite l’autorisation coréenne d’autoriser ses inspecteurs à inspecter. Sic !
L’on se croirait en plein XVIIIe siècle.
Bien peu contraignante en effet puisque la Chine avait cette fois-ci accepté d’admonester son allié.
Le 13 août 1994 Clinton et Kim Jong Il, aussi appelé « Dirigeant bien-aimé » parviennent à un accord. Pyongyang s’engage à geler son programme nucléaire, Washington fournissant une centrale à eau légère n’autorisant pas de détournement militaire. Pyongyang devait aussi placer ses barres de combustible nucléaire de la centrale de Yongbyon sous scellés. Washington et Séoul se dirigent alors vers l’établissement de relations diplomatiques envers Pyongyang.

L’accord Washington Pyongyang est signé le 21 octobre 1994. Clinton accepte de repousser l’inspection des sites à cinq ans. Les iraniens en rêvaient ; Clinton l’a fait !
Licence de chasse accordée en dehors de tout contrôle !

A l’examen cet accord recèle une anomalie majeure et trois différences avec l’Iran qui le dévirilisent.
– Il s’agit d’un accord entre les USA et la Corée du Nord. Ni l’AIE ni les autres grandes puissances en sont parties.

Trois différences majeures avec l’Iran.
– Absence de contrôle et absence de coercitions. Le mécanisme du snap- back n’ayant pas encore été inventé. De toute façon l’on ne voit pas à quoi aurait- il servi puisque les sanctions n’étaient que futures.
– Inversion du délai. En Iran les sanctions ne disparaîtront que progressivement, les inspections continuent et ne disparaîtront qu’après des délais variés et longs.
– Enfin le groupe des P5+1 a dépêché la fine fleur de ses experts.

A Pyongyang il serait présomptueux de dire qu’il s’agit là du masterpiece diplomatique de Clinton.

Le 31 août 1998, la Corée du Nord procède à un tir de missile balistique d’une portée de 1500 à 2000 km et capable d’emporter une charge nucléaire. Il s’abîme cependant dans l’océan Pacifique après avoir survolé le Japon. Bien entendu les USA suspendent l’accord négocié précédemment.

Le 16 octobre 2002 constitue une date fondamentale car la Corée se sentant désormais suffisamment sûre d’elle-même, reconnaît officiellement posséder des bombes au plutonium.
En ce bas monde tout va à vau-l’eau ! Décidément même les secrets les mieux gardés finissent par être dévoilés !

Les soupçons américains les avaient déjà conduit à suspendre la livraison des réacteurs à eau légère ce dont les Nord-Coréens s’étaient saisis comme prétexte.
Le 2 décembre 2002 Poutine en visite en Chine dans une déclaration commune avec Jiang Zemin appelle la Corée du Nord à « préserver le statut dénucléarisé de la péninsule coréenne » et à normaliser ses relations avec les USA.

Pyongyang reprend officiellement son programme nucléaire. Nonobstant ces violations, et manquements graves et répétés, l’AIEA accorde le 6 janvier 2003 une nouvelle chance à la Corée du Nord. Le 10, la Corée quitte le TNP.
Le 14 Bush propose un nouveau programme d’assistance que Pyongyang rejette. Le 17 Washington accepte cette fois ci d’annoncer une déclaration de non-agression.

Ce ne sont pas ces offres et multiples revirements qui sont choquants. Après tout l’on a offert moult compensations à l’Iran. C’est leur amateurisme et le fait qu’il n’y avait pas véritablement de stratégie clairement pourpensée ce qui induisait forcément l’échec.
« Il n’y a pas de bon vent pour celui qui ne sait pas où aller. » 21

Le Président Mitterrand, parfaitement capé dans son manteau florentin mais qui sut être un allié fidèle et avisé des Américains, disait avec son cynisme bien connu : « Ce qui fait la différence entre les gens, ce n’est pas le talent, chose très répandue, mais la persévérance et l’obstination. »
Les Présidents Reagan et Bush eurent parfois la sagesse de l’écouter !

En février 2003 les bruits de bottes prennent une nouvelle ampleur.
– Les USA envisagent l’envoi de bombardiers lourds en Extrême-Orient.
– Pyongyang annonce le redémarrage de sa centrale nucléaire de Yongbyon et déclare aux USA : « être prêt à répondre à la guerre par la guerre. »
– L’AIEA saisit le conseil de sécurité. La CIA confirme que la Corée possède un missile capable de frapper la côte Ouest des USA.

-Avril 2003 suite à la chute d’Hussein les négociations semblent s’internationaliser et Pyongyang révèle que Washington offre en échange de l’abandon du programme nucléaire une normalisation et une aide économique conséquente ainsi que l’assurance qu’en échange les USA s’engagent à garantir l’intégrité territoriale de leur pays.

Il eût été plus intelligent même si nous le concédons bien volontiers, pas très moral, de commencer par là. « On se demande avec angoisse si, en allant dès l’origine, jusqu’au bout des concessions inévitables, on n’aurait pas évité la tragédie » 22
Février 2005, Pyongyang se proclame officiellement puissance nucléaire, et rejette le moratoire nucléaire qu’il s’était engagé à respecter et se retire des négociations multilatérales.

Le 5 juillet 2006 la Corée procède au tir de sept missiles dont un à longue portée, mais qui probablement épuisé par une telle course, s’abîme en mer.

Signe de l’absence de stratégie, le Conseil de Sécurité adopte la résolution 1695. L’observateur attentif eut été surpris de constater que cette résolution eût pu être suivie du plus petit effet. Afin que la Chine et la Russie votassent ce texte, il avait fallu le vider de sa substance et l’émasculer de ses sanctions.

Nouvelle discipline des relations internationales que l’on va bien entendu s’empresser de renseigner et d’enseigner dans les universités les plus prestigieuses ! À n’en pas douter Koba, l’ex séminariste de Tiflis alias le « Père des peuples » et Lev Davidovitch Bronstein n’y auraient même pas songé !

Le 9 octobre 2006, cette fois-ci la Corée procède à son premier essai atomique souterrain. Même la Chine appelle à des « actions punitives ».
La Corée a su parfaitement jouer la montre et des dissensions parmi les 5.

Kim Jong Un par l’odeur des dollars alléchés

La résolution 1718 est placée pour la première fois dans la gestion coréenne sous le chapitre VII de l’ONU autorisant ainsi le recours à la force. Cette disposition semblant de nature à amener les nord-coréens à résipiscence, ceux-ci acceptent dès le 31 de reprendre les négociations.
Le 13 février 2007 est enfin signé un accord-cadre sur le nucléaire nord-coréen au sein du groupe des six. Ce qui n’était peut-être ni très glorieux ni très moral avait pourtant le mérite de contenir l’embryon d’une solution.
« La question n’est pas de savoir si tel livre est moral ou bien immoral. Les livres sont bien écrits ou mal écrits. C’est tout ! » 23
Quatre mois après son essai souterrain, Pyongyang accepte d’abandonner son programme nucléaire en échange de la livraison d’un million de tonnes de fuel et de 1 million de kilowatts/heure par an plus des garanties de sécurité US ainsi que la levée des sanctions US et l’abandon par Washington de son inscription sur la liste des états terroristes.
That ’s a deal !

Dans la foulée, Pyongyang récupère 25 millions de dollars bloqués à Macao et les inspecteurs de l’AIEA reviennent en Corée. Le 14 juillet 2007 Pyongyang reçoit les premières livraisons de fuel et désactive la centrale nucléaire de Yongbyon. Il se déclare prêt en outre à désactiver l’ensemble du programme nucléaire.

En octobre 2007, visite symbolique du Président sud-coréen- effectuée à pied- à la frontière. Promesses de différentes signatures, y compris la paix, font florès.
Le 21 Décembre déclaration de paix et de prospérité.

Le 12 octobre 2008 Washington raye Pyongyang de la liste des états terroristes.

Suite à l’attentat du Boeing sud-coréen, Washington ayant introduit une nouvelle clause, Pyongyang revient une nouvelle fois sur ses engagements.

Le 5 avril 2009, la Corée procède au lancement d’une fusée balistique qui survole le Japon provoquant un malström international et une condamnation immédiate du Conseil de Sécurité avec l’approbation- réticente- de la Russie et de la Chine.
Pour obtenir cette approbation, la résolution est totalement aveulie. Beaucoup de bruit pour pas grand-chose (Much a do about nothing) sauf que Pyongyang annonce urbi et orbi la reprise de son programme nucléaire.

Suivant en cela le Cardinal de Retz et à la différence de Téhéran, la Corée publicise ses activités. « Ce qui fait croire à la force l’augmente. » 24

Escalade verbale le 17 août 2009, Pyongyang menace de riposter aux manœuvres américano-coréennes avec l’arme atomique.

Mai 2010 le Président de la Corée du Sud accuse Kim d’avoir torpillé la corvette coréenne Cheonan tuant 46 marins. Le monde entier condamne la Corée du Nord ; quant à la Chine, elle demeure modérée dans sa réprobation. Suite à cette escalade survient la rupture de toutes les relations inter- coréennes. Le 7 août 2010 la Corée du Nord capture un navire de pêche sud-coréen.
En novembre 2010 nouveaux incidents gravissimes causant quatre morts sud-coréens à proximité des côtes sud-coréennes. Le 19 Décembre le petit Kim remplace papa Kim.
Le 29/2/2012 nouvel accord et moratoire contre livraison de 240 000 tonnes d’aide alimentaire de Washington.
Il s’agit sans doute de la version nord-coréenne des droits de tirage spéciaux du FMI !

Le 13 avril 2012 les portes claquent à nouveau et Pyongyang essuie une nouvelle claque avec sa fusée UNHA 3 qui explose deux minutes après son lancement.

Fin de la récréation et des agapes. Le 12/12/12 cette fois-ci lancement réussi de UNHA3 et placement en orbite d’un satellite.
Cela signifie que désormais la Corée du Nord maîtrise les lancements balistiques. Au passage la Corée viole allégro et furioso la résolution 1874.
Le 12 février 2013 Pyongyang annonce le succès de son troisième essai nucléaire souterrain. Tollé à l’ONU et résolution 2087 du 22 janvier 2013.

Même la Chine exprime son « vif mécontentement. » Le 8 mars 2013 la Corée du Nord dénonce l’accord de non-agression avec le Sud de Décembre 91. Le 11 Pyongyang dénonce l’accord d’armistice que la Corée du Sud n’avait même pas signé.
Le 21 le Conseil des droits de l’homme de l’ONU se décide enfin à créer une commission d’enquête « sur les violations systématiques et répandues et graves des droits de l’homme » de l’État le plus barbare de la planète.

Certes lier les deux problématiques est le plus sûr moyen de n’en résoudre aucune.
Le 30 mars la Corée annonce le retour de l’état de guerre. Le 8 décembre 2013 arrestation et exécution de Jang Song Taek.
Le 17 février 2014 rapport de la commission de l’ONU sur les crimes coréens qui égalent les crimes nazis. Elle dénombre entre 80 000 à 120 000 prisonniers politiques.

S’il ne s’agissait d’armes de destruction massive l’on pourrait se croire à la représentation d’une pièce de Feydeau où les portes qui claquent succèdent aux revirements de situation.
Mais nous ne sommes pas chez Feydeau !

Il n’en demeure pas moins qu’après être sortie de la clandestinité, la Corée entretient à souhait le flou le plus complet quant aux niveaux d’efficacité de son armement atomique. Non pas que celui-ci n’existe pas et que sa menace ne soit réelle.
Kim calque sa politique sur celle de Saddam Hussein qui voulait faire croire à toute force à la réalité de son armement en utilisant des maquettes de tanks et instillait le doute jusqu’au sein de l’appareil du renseignement américain.

On le voit la Corée du Nord a su habilement duper son monde grâce à des revirements successifs.

Renaud Girard, professeur de stratégie à Sciences-Po, commente ainsi le JCPOA (Joint comprehensive plan of actions) ébauché à Lausanne: « L’accord du 2 avril 2015 a toutes les chances d’être encore enseigné dans 30 ans au sein des universités de science politique du monde entier comme un modèle de succès de la diplomatie multilatérale… »25
A cette aune les négociations coréennes seront enseignées pendant 30 ans comme le fiasco le plus éclatant !

A 3 Le roulement de tambour coréen

Quelles sont donc les caractéristiques de l’armement nord-coréen ? Le satellite coréen Kwangmyongsong ou brillante étoile mis sur une orbite de 500 km par une fusée UNHA 3 semble identique à leur précédente fusée Taepodong 2. Il n’est pas sûr que la fusée lancée en Février soit un redoutable missile.
Certes des progrès intéressants et notables ont été accomplis depuis le missile qui s’était écrasé en mer du Japon.

D’une technologie ancienne mais redoutablement efficace (Scud) nous sommes toujours en présence d’une fusée UNHA 3.
Depuis 1990 la Corée du Nord développe le modèle HWSONG 6 Scud avec une portée de 700 km ce qui autorise une frappe sur le Japon.
Puis elle développe avec l’aide de la Chine au départ, les missiles Taepodong 1 dont seront dérivés les UNHA 3 mais dont la portée est de plusieurs milliers de kilomètres grâce un deuxième étage. Il leur faudra trois tirs en 2006,2009 et 2012 pour maîtriser la séparation et l’allumage séquentiel en plein vol.
Pour autant John Schelling, expert américain, déclare : « Si la fusée UNHA 3 doit servir de missile balistique intercontinental, alors ce ne sera pas un très bon missile. »

En 2012 elle lance UNHA 3 de 30 m de haut à trois étages avec succès. Mais seul le troisième étage est doté de moteurs à carburant solide. Il est vraisemblable que cette fois-ci la Corée a eu besoin- pour la première fois de la technologie iranienne-, ce qui n’était pas le cas auparavant.
La capacité d’emport de l’UNHA3 est d’une centaine de kilos en LEO (low earth orbit) – ce qui ne permet pas vraiment l’emport d’une bombe nucléaire.
La charge maximale d’UNHA 3 en LEO qui est celle qui sert de référence est 110 kg. Les deuxième et troisième étages manquent de puissance.

Capacité d’emport insuffisante, faible mobilité du missile, de plus très difficile à cacher dans un silo, carburant liquide pour certains étages, temps assez long pour remplir le carburant, très grande difficulté à détargeter vu la corrosivité du carburant en font une piètre arme nucléaire.

Si le vecteur coréen est bien une fusée, ce qui semble être le cas selon la majorité des experts, cela en fait une arme bien médiocre. En effet une fusée à la différence d’un missile ne maîtrise pas la rentrée dans l’atmosphère. Il s’agit là d’un point crucial, car la charge ne peut atteindre sa cible à coup sûr.
Ce qui reconnaissons-le en diminue un tantinet son efficacité !

Or les Coréens n’ont pas démontré qu’ils maîtrisaient la technologie de la rentrée dans l’atmosphère à plus de 25000 km/h et surtout leur CEP (circular error probability laisse, fort heureusement, à désirer.

Mais là n’est peut-être pas le but.
Comme l’écrivait Marshall Mac Luhan le médium est le message. Difficile de savoir si une UNHA 3 est bâtie comme une fusée ou un missile. La prochaine fusée KN 08 est bâtie quant à elle comme les fusées russes sur une utilisation mixte. On l’a vu lors de la parade militaire.
Suffisamment petite pour être mobile mais d’une capacité d’emport trop faible et si la bombe est plus lourde alors elle a une autonomie et une distance plus faibles. UNHA 3 ressemble donc plus vraisemblablement à une fusée.
L’allumage d’une UNHA 3 prend tellement de temps qu’il permet une preemptive strike. Nodong a quant à elle une portée d’environ 4000 km et une charge comprise entre 500 à 600 kgs ; Même 800 kg c’est peu pour une charge nucléaire pour viser Washington.

Pour autant Pyongyang est sur une trajectoire où chaque essai le rapproche des seuils nucléaires et de leurs vecteurs adéquats chaque jour dangereusement.

Pyongyang a réussi le deuxième lancement d’un SLBM en Décembre 2016. Or la composante principale d’une force nucléaire c’est précisément celle des SLBM.
« North Korea’s development of an SLBM and associated ballistic missile submarine has the potential to present a significant threat in the future. However, the development of an operational system will be an expensive, time-consuming endeavor with no guarantee of success. » 26
Les experts américains doutent quant à eux de l’efficacité du SLBM nord-coréen et pensent qu’il s’agissait plutôt d’un test d’éjection du missile en grandeur nature. Ils présument également qu’il faudra de nombreuses années avant que les Coréens ne disposent d’une vraie capacité SLBM.
Pour le temps présent seules les fusées Nodong ou Taepodong représentent donc une menace crédible mais ce sont des IRBM, donc à moyen rayon d’action.

Nodong II ou III (ou KN 08 en langage Otanien) est un engin terrestre intercontinental en cours de développement. Il a été montré au public pour la première fois lors d’une parade militaire en avril 2012.

Le 18/3/2013 James Field déclare: « although the agency notes that the nuclear missile’s “reliability will be low.” U.S. Director of National Intelligence Lieutenant General (retired) James R. Clapper Jr. releases a statement soon after noting that the DIA assessment did not reflect the U.S. intelligence community’s assessment as a whole and that he believes that “North Korea has not yet demonstrated the full range of capabilities necessary for a nuclear armed missile.” April 11, 2013: The U.S. Defense Intelligence Agency (DIA) assesses that North Korea has successfully miniaturized its nuclear warheads to fit on ballistic missiles, although the agency notes that the nuclear missile’s “reliability will be low.” 27
U.S. Director of National Intelligence Lieutenant General (retired) James R. Clapper Jr. releases a statement soon after noting that the DIA assessment did not reflect the U.S. intelligence community’s assessment as a whole and that he believes that “North Korea has not yet demonstrated the full range of capabilities necessary for a nuclear armed missile.” Pentagon Press Secretary George Little says: “It would be inaccurate to suggest that the North Korean regime has fully tested, developed or demonstrated the kinds of nuclear capabilities”
Le porte-parole du Pentagone George Little: «Pentagon Press Secretary George Little: “It would be inaccurate to suggest that the North Korean regime has fully tested, developed or demonstrated the kinds of nuclear capabilities referenced in the passage.” 28

Sam Clapper ancien directeur général du National Intelligence: «Admiral William Gortney reiterates the assessment during an Atlantic Council event that the North Koreans “have the capability to reach the [U.S.] homeland with a nuclear weapon from a rocket.” 29
April 7, 2015: Head of the U.S. Northern Command Admiral William Gortney says: “Our assessment is that they have the ability to put a nuclear weapon on a KN-08 and shoot it at the homeland.” “KN-08, as noted above, is a road-mobile intercontinental missile.” 30
May 19, 2015: Admiral James Winnefeld refutes North Korea’s claim of a successful submarine-launched ballistic missile ejection test and says that the North Koreans “have not gotten as far as their clever video editors and spinmeisters would have us believe…They are years away from developing this capability.” 31
October 8, 2015: Admiral William Gortney reiterates the assessment during an Atlantic Council event that the North Koreans “have the capability to reach the [U.S.] homeland with a nuclear weapon from a rocket.” 32
Ces opinions même si elles ne sont pas unanimement partagées au sein de la communauté de la défense et par les experts aux USA reflètent cependant une large majorité.

Pour autant l’on considère que pour que l’arsenal nucléaire soit crédible, il faut un infra armement. Or de toute évidence la Corée n’en dispose pas. En théorie la Corée du Nord aligne 1 106 000 hommes et 8 millions de réservistes pour une population de 25 000 000 d’habitants. Leur budget militaire représente, selon les estimations, 25 % du PIB.

La Corée appareille 820 avions de combats, tous assez anciens. Il en va de même pour le reste de son armement. Elle posséderait une vingtaine de bombes de la puissance d’Hiroshima. Cela ne constitue pas cependant une force nucléaire à elles seules même si l’on ne peut les tolérer.

Leo Keller

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Notes
1 Fable de La Fontaine
2 Henry Kissinger in Nuclear Weapons and Foreign Policy
3 Ciceron in catilinaires
4 François Heisbourg in les conséquences stratégiques de la crise de page 34
5 Henry Kissinger in Le Chemin de la Paix
6 Génuflexion devant l’Empereur
7 Discours d’investiture en janvier 69
8 Henry Kissinger in Nuclear Weapons and Foreign Policy
9 Henry Kissinger in Nuclear Weapons and Foreign Policy
10 Robert Litwak and Robert Daly in Los Angeles Times 8/05/20168
11 38 North 6/1/2016
12 38 North 6/1/2016
13 Raymond Aron In le grand débat
14 Raymond Aron In le grand débat
15 Elie Barnavi in Dix thèses sur la guerre
16 Henry Kissinger in Washington Post 18/12/2009
17 KCNA (North’s Korean Central News Agency) 4/03/2016
18 KCNA (North’s Korean Central News Agency) 4/03/2016
19 Henry Kissinger in Washington Post du 18/12/2009
20 Discours au Conseil de Sécurité le 02/03/2016
21 Sénèque in lettre a Lucillius
22 Raymond Aron In carnets de la guerre froide
23 Oscar Wilde
24 Cardinal de Retz in Mémoires
25 Le Figaro 02/04/2015
26 Chang Jae-soon and Park Boram 38 North 06/01/2016
27 New York Times 11/04/2013
28 New York Times 11/04/2013
29 The Guardian 8/10/2015
30 Bloomberg 7/04/2015
31 Washington Post 19/05/2015
32 The Guardian 8/10/2015

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