Les relations sino-coréennes : Je t’aime moi non plus !

B La thématique de l’Asie du Nord-Est

B 1
Les relations sino-coréennes : Je t’aime moi non plus !

Si l’on veut caractériser l’état des relations sino-coréennes, l’étincelante formule de Raymond Aron s’offre à nous. « Paix impossible, guerre improbable. » 33
Rupture impossible; lune de miel improbable !
Le lecteur nous pardonnera de l’avoir transposée. Contentons-nous d’illustrer ce conundrum de quelques exemples dont la caractéristique principale consiste grâce à leur diversité à maintenir à dessein le flou le plus artistique.

S’il est une poudrière en ce bas monde, elle est en Asie et non au Moyen-Orient. En Asie on boxe dans la catégorie des poids lourds et non dans les poids plumes!
C’est d’ailleurs ce qu’ont parfaitement compris le Président Obama et sa Secrétaire d’Etat Hillary Clinton avec la politique du Pivot.

South Asia as the region “most at risk of a breakdown in strategic stability due to an explosive mixture of unresolved territorial disputes, cross-border terrorism, and growing nuclear arsenals.”
“Since most of these countries face threats from a number of potential adversaries,” “changes in one state’s nuclear policy can have a cascading effect on the other states.” 34
Concomitamment au réchauffement spectaculaire mais-oh combien -logique, entre Pékin et Séoul, on assiste depuis quelques mois à une ébauche de dégel entre Pékin et Pyongyang. Pékin a envoyé en septembre 2015 à Pyongyang, Liu Yunshan membre important du Politburo à l’occasion du 70e anniversaire du congrès du parti du peuple coréen.
C’est bien là le moins auquel on était en droit de s’attendre. Pour autant même dans les pays d’obédience communiste les mécaniques les mieux huilées peuvent se gripper. Ainsi à l’occasion de cet anniversaire, Kim Jong Un a voulu forcer la main au successeur du Grand Timonier.
Le jeune coq a cru bon de fanfaronner que la Corée du Nord était désormais « a powerful nuclear weapons state » suscitant ainsi l’ire chinoise. Mal lui en a pris. On ne touche pas impunément « les fesses du tigre ».

Probablement victime d’un agenda qu’un effet du hasard avait malheureusement surchargé – et sans doute plus sensible aux charmes de la Présidente coréenne Madame Park, le camarade Xi Ji Ping n’a toujours pas trouvé le temps de rencontrer Kim Jong Un. C’est donc à Liu Yunshan qu’incomba la mission d’assister aux festivités du PC coréen et de maintenir à flot la gabare bien chancelante des relations sino-coréennes.
Barre à bâbord ; barre à tribord !

Qu’est ce qui permet à la Corée du Nord une telle audace face à son suzerain ? La réponse est simple. Relisons l’orfèvre en la matière.

« Mais l’ère des superpuissances approche de son terme. La bipolarité militaire n’a pu prévenir l’apparition d’une multipolarité politique ; elle l’a en fait encouragée. Dans les systèmes d’alliance, les membres les plus faibles ont de bonnes raisons de croire que le plus puissant a un intérêt primordial à les défendre ; il s’ensuit qu’ils n’éprouvent pas le besoin de s’assurer son appui en souscrivant à sa politique. Les nations nouvelles se sentent protégées par la rivalité des superpuissances, et leur nationalisme les pousse à affirmer de plus en plus hardiment leur propre volonté. Il est devenu difficile de recourir aux emplois traditionnels de la force et de nouvelles formes de pression sont nées… » 35

La Corée du Nord a quant à elle annulé la tournée d’un groupe musical (que le lecteur se rassure il ne s’agissait ni de la polonaise de Chopin ni des noces de Figaro et encore moins de l’air des esclaves) après que Pékin se fût offusqué des connotations relevant du culte de la personnalité envers Kim.(sic)
Néanmoins la visite à Pyongyang de Liu Yunshan a été qualifiée par un membre éminent de l’Académie des Sciences de Heilongjiang «that Liu Yunshan’s visit would not only “consolidate” the traditional friendship but also expand China’s strategic choices in safeguarding its geopolitical interests against challenges posed by “major countries or aligned nations outside the region.” 36
Le mot important étant bien sûr « outside the regions. »

Le Yin et le Yang

Amitié et solidarité fraternelle sont les doux, subtils et délicats euphémismes de la Vulgate marxiste – ayant toujours cours dans la région et probablement encore plus sous ce nouveau mandat, – pour signifier que le grand frère socialiste se réserve tous les droits dans l’alliance.
La Chine aurait les yeux de Chimène pour la bombe atomique coréenne dans la mesure, et dans la seule mesure, où elle tient les américains en lisière et sous contrôle chinois !

Des lors que Kim outrepasse cette fonction, alors Pékin rompra en visière. Il existe une version chinoise du sein que Tartuffe – Xi Ji Ping- ne saurait voir.
Même après cette visite de Décembre 2015 de très nombreuses divergences subsistent. Le message de Xi Ji Ping à Kim dont Liu Liushan était porteur ne les a point amenuisées.
D’aucuns doutent d’ailleurs de la faculté, voire de la volonté chinoise, sinon de les effacer à tout le moins de les modérer.

La Chine modifie cependant subrepticement sa politique coréenne. Parallèlement au traité d’amitié qui l’oblige à la Corée du Nord, la direction chinoise procède actuellement à ce que les anglo-saxons appellent un nouveau « calculus » de leurs relations avec les deux Corée. Et bien entendu, peut-être plus que par le passé, les risques, les coûts et les avantages sont fortement réactualisés et réévalués.

Ce qui est par contre d’une évidence adamantine c’est que la Chine ne tolérera pas de G.I. ’s au bord du Yalou. Pour autant elle ne semble pas vraiment prête à lâcher la bride à Kim. On assiste donc actuellement à un foisonnement de débats et d’actions contradictoires concernant la Corée du Nord en Chine.

Ainsi le Général Wang Hanggwuang, ancien commandant en chef adjoint de la région militaire de Nanjing a violemment critiqué le troisième test nucléaire coréen qui s’est produit près de la frontière chinoise. Il l’a qualifié de « missile recklessness » en mars 2014.
Brookings Institute a ainsi rapporté les propos du Général Wang. Ils sont éloquents mais ne reflètent pas la ligne officielle. Wang a bien entendu été désavoué.

“Wang’s lengthy and searing critique of North Korea warrants extensive quotation. As he wrote: “On major issues of principle [nuclear weapons were cited as the relevant example], there is no need for China to harm its own interests for the sake of North Korean interests…North Korea has long since abandoned Marxism-Leninism… it is neither a proletarian political party nor a socialist country…China and North Korea only have a relationship of national interests…North Korea [has pursued] a policy of national seclusion. China cannot be blamed, and China bears no responsibility for it….The collapse of a country is not mainly dependent on external forces.
If a regime cannot get the support of the people, then ‘collapse’ will happen sooner or later…China is not a savior. If North Korea were to truly collapse, China would not be able to save it. All China can do is make preparation accordingly…China does not need to invite trouble. Whoever starts the war should be responsible…China’s sons need not fight a war for another country.” Wang’s views attest to a strikingly different tone about North Korea increasingly evident within China, though it remains to be seen how far and how fully such views might affect future Chinese policy.” 37

La Chine donne l’impression, à notre avis à tort, d’hésiter. Tel n’est pas le cas cependant. Afin de garder le cap droit, c’est-à-dire celui de ses intérêts et de ses seuls intérêts, elle navigue entre les rives escarpées d’un maintien sous aide respiratoire à la Corée sans lui permettre toutefois une vie normale.

Embrassons-nous Folleville

Cela ressemble d’ailleurs fort étrangement à ce que déclaraient Rohani ou Poutine dans leur soutien à Assad : «This doesn’t mean the Syrian government is not in need of reform.” “But if a government says it simultaneously wants to fight terrorism and change the government in Damascus, it will be a futile effort.” 38

« We support the legitimate governement of Syria » « And there is no other solution to the Syrian crisis than strengthening the effective government structures and rendering them help in fighting terrorism, but at the same time urging them to engage in positive dialogue with the rational opposition and conduct reform.” 39

Un officiel chinois de haut rang a par contre fustigé des stratèges chinois qui se faisaient les avocats d’un lâchage coréen. Là non plus la sanction ne s’est pas faite attendre.
De son côté Xi Ji Ping a mis à l’écart Zhong Dejiang qui était le dignitaire chinois le plus proche de Kim.
Le mépris chinois pour la Corée du Nord est toujours aussi fort.
Le grand écart semble une figure de gymnastique fort prisée en Chine ! En Corée, elle reste son paradigme !
Barre à bâbord; barre à tribord là aussi !

B 1.3
La Corée : To be or not to be

Une Corée unifiée reste-t-elle pour autant le cauchemar stratégique de la Chine?

Kim Jong Un est- plus que ses prédécesseurs- un leader imprévisible et instable. C’est là une tare impardonnable aux yeux des communistes qui ont toujours eu peur de la nouveauté.
Aujourd’hui la Corée du Nord fait peser un risque plus grand que par le passé sur les relations sino- coréennes. Pékin ne tolérera en aucune façon les mouvements intrépides, soudains, voire insolents de la Corée du Nord.

Pyongyang n’a pas fini de payer la liquidation physique de l’oncle de Kim Jung-On, Jang Song –Thaek, réputé proche de Pékin.
Insolents, irrévérencieux et téméraires car liquider Young est un avertissement inouï à Pékin !
Aux yeux de Pékin Kim n’est qu’un fat ; de surcroît prétentieux et outrecuidant !

Pékin cherche une approche graduée avec son tumultueux voisin. Pékin évitera autant que possible les vagues.
Quant à Poutine, il peut ou veut croire qu’il y a là un interstice où il peut se glisser. Voire !
Si le commerce Pékin -Séoul représente 45 fois le montant du commerce Pékin- Pyongyang, et même si Xi Ji Ping a déjà vu 7 fois la Présidente Coréenne Park Geun-Hye et n’a pas encore vu une seule fois Kim Jung On, Pékin-grand dévoreur de matières premières- n’est pas prêt à renoncer aux richesses minières de la Corée du Nord.
C’est pourquoi les pressions chinoises sur la Corée n’iront pas à la dernière extrémité.
Le temps de l’extrême onction n’est pas encore arrivé !
« Seigneur accorde moi la chasteté mais pas tout de suite » 40

Pour autant il est une incontestable réalité qui sculpte, grave et burine les relations actuelles entre Pékin et Pyongyang.
L’un demeure fondamentalement un régime autarcique, l’autre est devenue une économie ouverte dont les échanges avec la planète entière conditionnent sa survie, et symbolisent de façon éclatante sa puissance révélée.

Xi Ji Ping est certes plus fortement conscient que ses prédécesseurs du risque coréen. Historiquement les relations sino-coréennes n’ont jamais été aussi mauvaises, quand bien même se seraient-elles récemment déraidies et décrispées. Cela est aussi vrai si on les compare à celles que Pékin réserve aux autres nations de l’Empire du Milieu.

Le rêve chinois ou la valse-hésitation !

Dans le China Dream, Pyongyang a de moins en moins de place, ce qui ne laisse pas d’inquiéter les dirigeants coréens. Pour autant elle reste une pièce essentielle dans le dispositif chinois. La réduire à quia serait une grave erreur.

Et comme si les choses n’étaient pas suffisamment claires, Li Jingjun l’ambassadeur chinois auprès de Séoul, souffle à dessein et peut-être aussi à plaisir le chaud et le froid, ayant inquiété la Corée du Sud avec ses remarques sur le rôle positif qu’avait joué la Chine lors de la guerre de Corée.
La Corée du Sud ayant considéré ce rappel, lié à la très faible admonestation chinoise envers la Corée du Nord lors de l’attaque de la vedette nord-coréenne contre sa vedette comme inappropriée « osa » lâcher le mot qui fâche : THAAD.
Il arrive aussi que Madame Park ait des susceptibilités de jeune fille !

De là à conclure qu’il y ait un réajustement de la position chinoise qui se rapprocherait à nouveau de Pyongyang !

Craignant sans doute que sa position soit trop claire, le ministre chinois des affaires étrangères rend les USA responsables de la situation à cause de leur intransigeance.
« Uncle’s Sam uncompromising hostility, manifested in it’s unceasing defaming sanctions, isolation and provocation of the DPRK. » 41

Nous nous permettons, bien humblement, de tranquilliser Xi Ji Ping.
Nous avions compris, il y a déjà quelque temps que le véritable but de la politique étrangère chinoise, son obsession quasi eschatologique était de se mesurer avec les USA.
Pour faire bonne mesure ajoutons aussi que c’est l’opinion, entre autres, de Monsieur Kevin Rudd ancien Premier Ministre d’Australie, de Hillary Clinton ou de Obama.

De son côté Pékin regarde de façon relativement sereine les tentatives désespérées de la Corée du Nord de secouer le joug chinois. Un officiel du Ministère chinois des Affaires Etrangères a pu dire en septembre 2014 : « One chinese observer to describe North Korea’s present policy as going in all directions while only lacking China. » 42

La badine et la carotte

Mais même si Pékin a aujourd’hui les yeux de Chimène pour Séoul, la Chine semble privilégier le statu quo actuel. La volonté de la Chine est de garder, seule et elle seule, la main sur Pyongyang en dépit des pressions internationales sur la Corée du Nord.

Pour la Chine la réunification demeure une affaire purement coréenne qui cependant reste et doit rester : « a distant dream. »
De cette ambiguïté, elle tire sa force sur le court terme. Il n’est pas sur que cela restera valable sur le long terme.
Quoi qu’en dise ou fasse Poutine, la Chine est le seul acteur qui a des relations suffisamment puissantes avec les deux Corées.
Poutine à cet égard ne joue pas dans la même cour. Il n’est qu’un Junior Partner.

L’on pourrait conclure l’impasse poutinienne par la caractéristique des relations sino-coréennes. Entre Pékin et Pyongyang, malgré une coopération toujours d’actualité la défiance reste mutuelle ; ou en dépit d’une défiance mutuelle rémanente la coopération reste la pierre angulaire.

La Corée du Nord dispose d’une frontière commune de 1416 km avec la Chine.
Ce seul chiffre pose et dispose des limites de son indépendance. Pour pimenter le tout, elle est également et fort étroitement corsetée- pour son malheur- au nord-est par la Russie avec une frontière terrestre et maritime de 305 km.

Au niveau économique le commerce Pékin Pyongyang est passé de 500 millions de dollars en 2000 à 6,39 milliards de dollars en 2014. L’on note certes une diminution de 15 % en 2015 mais l’on peut raisonnablement l’attribuer au ralentissement de l’activité économique chinoise.
La Chine soutient l’économie nord-coréenne à plus de 70 % de son activité. Cela va du développement des infrastructures à l’exploitation des ressources. La quasi-totalité du charbon est ainsi exportée en Chine. Les données les plus récentes de la CIA classent la Corée du Nord au 59e rang quant à la production d’électricité. Le niveau de vie sud-coréen est 20 fois plus élevé que celui de la Corée du Nord.
Le déficit coréen ne serait ainsi qu’une subvention déguisée de la Chine.

Au niveau diplomatique, la Chine a protégé la Corée du Nord chaque fois que le vote onusien s’échappait du symbole pour devenir significatif. La boite de Pandore n’a jamais été le cup of tea des régimes communistes.

Historiquement, géographiquement, militairement la Chine agit désormais aujourd’hui en Corée en maître. Elle pourrait l’asphyxier tout simplement en coupant voire en diminuant le cordon ombilical.
Staline regnante, il n’en a pas été toujours ainsi.
Pour autant si le petit-fils du « professeur de l’humanité tout entière » (sic) dépend de la Chine jusques et y compris pour l’aide alimentaire depuis la grande famine de 1997, il n’hésite ni à braver, ni à défier ni même à lui désobéir ouvertement, officiellement et violemment.

Le 24 octobre 1992 Pékin répand les foudres de l’enfer pour la Corée du Nord. C’est à cette date que Pékin, déclenchant le même séisme qu’avaient provoqué Kissinger et Nixon en leur temps à Tokyo, abandonne officiellement sa position d’une seule Corée de jure mais deux Corée de facto par deux Corée de jure et deux Corée de facto.
Dire que Pyongyang fut ravi relève de l’euphémisme. De toute façon, placé devant le fait accompli il n’eût pas le choix.
En règle générale les régimes communistes- tout comme les autres dictatures d’ailleurs- fonctionnent de façon binaire. Vous avez le choix entre: acceptez mon diktat avec le sourire ou bien acceptez mon diktat au son de mes tanks.

Pour autant Pékin accompagna intelligemment ou sagement cette redistribution des cartes de quelques garanties chinoises additionnelles et quelque menues béatilles destinées à abecquer une Corée qui n’en pouvait mais.
Parallèlement et humiliation suprême, Pyongyang accepta cependant avec ravissement les fruits dorés à souhaits de la Sunshine Policy de la Corée du Sud.

Lors du torpillage de la vedette sud-coréenne, Pékin en ne condamnant pas Pyongyang a soutenu Pyongyang dans un remarquable numéro d’équilibriste alors qu’un accord le liait aussi à Séoul.
Pour autant la Chine a voté la quasi-totalité des résolutions à l’ONU. Elle a également coupé certaines aides financières à Pyongyang. Il est vrai que cette dernière avait quelque peu dépassé les limites de la bienséance dans ses activités nucléaires.
Ceci explique cela !

Prudent Xi Ji Ping a affirmé : « Aucun pays n’a le droit de précipiter la Chine dans le chaos. » 43
L’on dirait presque qu’à chaque soutien correspond une rebuffade. Le tout étant parfaitement calculé, synchronisé et équilibré.
La valse-hésitation chinoise est cependant parfaitement compréhensible. Pour la première fois Pékin doit gérer, comme toute super puissance, deux objectifs parfaitement contradictoires.
-Le soutien à son allié militaire et donc sa crédibilité internationale, ce dont elle commence à jouer au Moyen-Orient,notamment en Arabie Saoudite.
-éviter la prolifération nucléaire qui en sera l’enfant inévitable si la Corée poursuit et atteint ses objectifs.
Des états nucléaires à chacune des frontières chinoises est insupportable. Elle ne l’acceptera pas. Toute la question est de savoir comment va-t-elle résoudre ce problème.
C’est là que les USA ont une carte à jouer.

Officiellement la politique coréenne de la Chine reste identique. Certes le traité d’amitié l’oblige à la Corée du Nord depuis 1961. Pékin a toutefois demandé à dénoncer la clause la plus contraignante. L’histoire est pleine de traités dénoncés par les ouvriers de la 11e heure dans la région.
Xi Ji Ping a beau être le leader le plus nationaliste depuis Mao Ze Dong et concentrer le plus de pouvoirs entre ses mains (seule la présidence de la fédération de bridge lui échappe.) il ne se laissera pas pour autant entraîner contre son gré et contre ses intérêts en Corée.

Certes l’affirmation rituelle et officielle, selon laquelle, « A peaceful independant unification of the Korean peninsula .» figure toujours dans l’antiphonaire chinois . Elle est toujours clamée urbi et orbi.

Certes les tests nucléaires coréens ont laissé apparaître au grand jour des divergences parfois profondes au sein de la nomenklatura chinoise.
Certes les incidents frontaliers ont tendance à se multiplier.
Certes en janvier 2015 un soldat coréen s’est cru autorisé à faire passer de vie à trépas quatre
soldats chinois qui étaient pourtant sur le sol chinois.
Curieusement la Chine, pourtant si prompte en d’autres occasions à se dresser sur ses ergots, est demeurée coïte.

Et certes la Chine a relevé son niveau de sécurité à sa frontière.

B 2 La Russie ce junior partner aux dents longues

En Corée du Nord le Junior Partner a les dents longues mais son costume est trop grand pour lui !

Pour comprendre les enjeux coréens il nous semble indispensable de jeter un œil vers Moscou. Ne serait-ce aussi que parce l’armement nucléaire coréen avait pour parrain Nikita Khrouchtchev lors de son baptême en 1956.
Pour desserrer l’étau chinois que la Chine régule à souhait, la Corée est aussi désireuse de se rapprocher de Moscou. Les soviétiques fournirent technologie, cadres et équipements tout en essayant de garder un vague contrôle sur les progrès nucléaires de son fougueux et rusé poulain.
Mais à partir des années 70 après avoir subtilisé toutes les connaissances nécessaires, les Coréens cessèrent de les consulter et de les inviter afin d’avoir les mains libres.
Ironie de l’histoire grâce à sa participation à l’AIEA dont elle se retirera en Janvier 2003, elle bénéficia de toutes les informations utiles et nécessaires à son programme. En 2003 elle dénonce le TNP.

Si la Corée du Nord en son extrême dénuement joue au mieux les utilités vis-à-vis de Pékin, elle conserve des atouts qui aguichent Vladimir Vladimorovitch Poutine.

Cette schizophrénie chinoise pose effectivement des problèmes qui peuvent conduire Poutine à vouloir pousser de tous ses feux vers une réunification dont il serait le parrain indispensable.
Cet échafaudage intellectuel qui hante Poutine n’ira pas à son terme tant que la bombe coréenne ne sera pas désamorcée. En outre Moscou bravera d’autant moins Pékin qu’il ne tient pas lui non plus à voir des GI’s face à Vladivostok.
Il a poussé des cris d’orfraie en Europe de l’Est, il ne fera pas vœu de silence du coté de Vladivostok.

La Corée du Nord seule représente trop peu pour Poutine. Lestée de sa voisine du Sud, l’offre paraît beaucoup plus alléchante procurant à Moscou une profondeur stratégique allant de Vladivostok à Pusan.
C’est compter sans Pékin dont le souci principal n’est pas la montée en puissance russe. Alliés certes ; égaux surement pas ! On sait par ailleurs leur rivalité naissante et pas toujours sourde au Kazakhstan et en Mongolie.

Parce que la Corée du Nord est dans un état de dénuement avancé mais néanmoins riche de matières premières telles que fer ou molybdène, Poutine a ainsi investi 20 milliards de dollars pour moderniser son infrastructure portuaire dans la seule région frontalière russe.

La Russie a signé en 2011 un accord avec la Corée du Nord pour un gazoduc qui ne s’est pas encore concrétisé et pour la construction d’une voie ferrée vers la zone économique spéciale de Rason afin de raccorder le transsibérien.

Si la Corée du Nord est son Far-East; c’est aussi la monnaie d’échange de la Corée !
D’abord sa micro frontière, d’un abord difficile, la met à l’abri des désirs trop pressants de Moscou. En avril 2014 Poutine a annulé jusqu’à 90 % de la dette nord-coréenne envers la Russie, qui s’élevait à 11 milliards de dollars. Une goutte d’eau dans ce qui était alors l’immensité des réserves russes. Pour mémoire, il n’est pas inutile de rappeler que la Corée du Nord est soumise aux sanctions onusiennes.
Cette annulation contrebalance la chute de l’aide humanitaire qui était de 301 millions de dollars en 2000 à 28,3 pour les 11 premiers mois de 2014.
En 2013 les exportations de pétrole russe ont augmenté de 58,5 % pour atteindre le montant de 36 millions de dollars.
Même si le commerce entre les deux pays est encore relativement faible, il s’élève désormais à 100 millions de dollars par an.

Pour autant cela n’empêche pas la Corée de demeurer dans sa posture nucléaire agressive. D’aucuns, dont nous sommes, iront jusqu’à penser que cela la conforte.

Ainsi le Kremlin n’a pas voté en faveur de la résolution condamnant la violation des droits de l’homme par la Corée du Nord, laquelle-juste retour des choses- n’a pas non plus stigmatisé l’agression russe en Crimée. Lorsque Poutine invite Kim Jong Un à assister aux cérémonies de la victoire sur les allemands en 1945 il invite deux signaux. Le premier vers les USA et pour faire bonne mesure le deuxième vers la Chine. Le second est d’ailleurs à tout le moins aussi important. Il lui permet de montrer à Pékin qu’il faut aussi compter avec lui.

Bien que membre du groupe des pourparlers à six (Chine, Corée du Sud, Corée du Nord, USA, Russie, Japon) la Russie se veut soprano jouant sa partition légèrement dissonante. De façon imperceptible mais réelle la Russie demeure solidaire de la Chine, elle s’éloigne pourtant des autres membres.

Ce glissement stratégique russe répond parfaitement à la volonté et à la nécessité coréenne de rééquilibrer ses relations avec la Chine dont elle dépend à 80 %.

La Corée du Nord est son appendice eurasiatique. Ajoutons à cela qu’il y a, héritage du passé, une consanguinité des équipements militaires. On le voit les liens de la Corée avec la Russie et la Chine sont fort et anciens.
C’est là une différence fondamentale avec l’Iran !

Leo Keller

33 Raymond Aron in Le Grand Débat
34 Gregory Koblentz, Associate Professor, School of Policy, Government, and International Affairs, In Council of Foreign Relations
35 Henry Kissinger in Le Chemin de la Paix
36 Octobre 2015 in Global Times
37 Brookings Institute 20/01/2015
38 Déclaration Rohani sept 2015
39 Poutine interview CBS Octobre 2015
40 Saint-Augustin
41 Korean times 16/02/2016
42 Jonathan Pollack in Brookings Institute 20/1/2015
43 Forum de Boao Avril 2013

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