Le Brexit ou le sot, le démagogue et le bouffon

De quelques réflexions sur David Cameron et le Brexit

Henry Kissinger qui fut un grand leader et un formidable penseur des relations internationales définissait ainsi le rôle du leader.
« The task of the leader is to get his people from where they are to where they have not been. »
Soyons assurés que David Cameron ne figurera point au Panthéon des grands leaders de ce siècle.
Le séisme qui vient de s’abattre sur l’Europe m’emplit, je l’avoue, d’une infinie tristesse. Ces quelques lignes que je jette, désespéré, sur ma page blanche n’ont pas la prétention de refléter ni une quelconque objectivité ni même d’être le fruit d’une recherche. Je vais cependant essayer d’être tout simplement honnête.

Je ressens pour la première fois depuis que j’ai l’âge de m’intéresser à la res publica comme une défaite de la pensée. Ceux qui ont lu et donc forcément aimé le chef-d’œuvre de Stefan Zweig : Le monde d’hier, éprouveront, j’en suis sûr, le même désespoir. Son souvenir me hante.
Ceux dont l’éthique à Nicomaque ont inspiré l’esprit et la raison partageront mon sentiment.

Commençons donc par le plus facile.
David Cameron, pour faire suite à la définition de Kissinger, est encore le Premier Ministre du Royaume-Uni; il est pourtant tout sauf un Chef d’État. Pour être tout à fait juste, je ne suis pas sûr que cette posture lui convienne. Le costume est visiblement taillé trop grand pour lui !
Depuis Churchill d’ailleurs, cette espèce – rarissime de nos jours – a déserté la Grande-Bretagne. Cameron a donc défait ce que Édouard Heath, homme politique pourtant modeste, avait réussi. Faire rentrer sur les cendres encore présentes de feu le Général de Gaulle, la Grande-Bretagne en Europe. La performance n’était pas évidente.
On a fait fi des vrais dissensus d’intérêts et les Anglais ont profité de la volonté de Pompidou de creuser son propre sillon et de l’optimisme à tout crin des centristes.

Le diagnostic posé par le Général n’en demeurait pas moins profondément exact. Brexit hélas ! Camerexit heureusement !

Monsieur Cameron vous saurez, hélas trop tard pour moi, qui crois en l’Europe qu’on ne joue pas avec une notion aussi sacrée et complexe qu’un référendum pour de basses raisons de politique électorale, voire de cuisine de parti.

Sachez Monsieur l’ex-Premier Ministre que l’on ne provoque pas à la fois l’ire de la vox populi avec de telles manipulations et que les brigues et intrigues finissent toujours par libérer le populisme le plus vil où la raison l’avait si sagement cantonné.

Monsieur l’ex Premier Ministre, vous avez fréquenté les bancs d’Oxford, université prestigieuse entre toutes, n’avez-vous donc point retenu de vos humanités ce que Virgile disait déjà dans l’Énéide : « Flectere si nequeo superos acheronta movebo. » « Si je ne peux bouger le ciel, alors je vais susciter les enfers. »

Dans Hermann et Dorothée, Goethe avait écrit : « Car l’homme qui vacille à une époque vacillante accroît le mal et l’étend de plus en plus loin, mais celui qui se montre solide et persévérant, celui-là construit le monde en lui-même. » 1

Sachez Monsieur l’ex-Premier Ministre que je vous tiens personnellement responsable de ce fiasco. Vous avez porté atteinte aux espoirs légitimes, généreux, et intelligents des générations futures. Vous serez la cause de leur embarras. On n’engage pas l’avenir de la jeunesse et de ses descendants pour de vulgaires querelles de partis.
Vous êtes de plus Monsieur l’ex-Premier Ministre, et c’est peut-être encore plus grave, un piètre observateur de la scène européenne.
Vous n’êtes pas sans avoir remarqué que le sentiment européen était chahuté dans l’Union pour des raisons bien souvent strictement et étroitement nationales et lié à une crise économique mondiale.
La quasi-totalité des nations va mal c’est la faute à l’Union Européenne.
La Moldavie va mal, l’Union Européenne et sa bureaucratie en sont responsables.
Le Venezuela est au bord du dépôt de bilan, l’arrogance européenne est fautive !
Exit Voltaire ! Exit Rousseau !
Peut vous importait alors. Seule comptait votre réélection. Et puis Monsieur l’ex-Premier Ministre lorsque l’on part à la guerre, on se donne tous les moyens pour remporter la victoire.
Il était temps, grand temps, plus que temps, que vous preniez votre retraite Monsieur. Las, trois fois hélas le mal est fait !
Brexit hélas ! Camerexit heureusement !

Permettez-moi un conseil, Monsieur l’ex-Premier Ministre. Vous avez confondu en une circonstance particulièrement douloureuse, l’ignoble assassinat de Madame Cox, la tragédie et le drame. Sachez que le mot tragédie vient des mots grecs tragos et odia.
Il signifie l’opposition de deux idées ou forces tout aussi justes et tout aussi respectables.

Vous m’expliquerez en quoi l’assassinat de Madame Cox est éminemment respectable. Il s’agit simplement d’un drame ignoble et atroce (que je n’impute ni à l’Europe ni à Messieurs Nigel Farage ou Boris Johnson et aux délires des déséquilibrés mentaux.)

Relisez donc Machiavel. Il vous apprendra que : « Le comble de la folie et de hasarder en un combat ou sans se servir de toutes ses forces on expose toute sa fortune. »

N’est pas Mendès-France qui veut Monsieur l’ex-Premier Ministre. Encore celui-ci a-t-il perdu son dernier pari lors du vote au Parlement français sur la CED. Au reste en était-il réellement un aussi chaud partisan ? La question reste pendante.
En tout cas Monsieur l’ex Premier Ministre si vous n’êtes probablement pas un europhobe virulent, je vous l’accorde d’ailleurs bien volontiers, vous n’en êtes pas pour autant un zélé partisan.
Le combat que vous avez mené n’était ni le bon combat, ni au bon moment, ni au bon endroit et bien entendu pas avec les bonnes armes.

Cela fait beaucoup d’erreurs. Il est vrai que vos concitoyens ont inventé en politique la philosophie du trials and errors pour arriver à la juste solution. Je crains, pour vous, que cette fois ci, il n’y aura malheureusement plus de trials.
L’histoire retiendra comment vous avez pu dilapider en si peu de temps un capital électoral d’un si haut étiage, gagné il y a à peine 18 mois.
Il eut fallu du courage, beaucoup de courage, pour colliger la problématique européenne à votre réélection.
Permettez-moi d’utiliser en en modifiant à peine le dernier terme, les mots de votre lointain et génial prédécesseur Winston Churchill. « Rarement autant d’hommes auront autant perdu à cause d’un seul homme. »
Brexit hélas ! Camerexit heureusement !

Si Cameron est un moderne Méphistophélès Nigel Farage est Faust et Boris Johnson est un bouffon brillant certes mais bouffon pourtant. Mais un bouffon qui porterait encore les stigmates de son géniteur Iago.

Nigel Farage, je vous accorde au moins le mérite d’être fidèle à vos engagements. Ce qui n’est pas mince. Engagements passéistes et frileux certes mais engagements dont la caractéristique principale est de n’être porteur d’aucune vision.
J’ai beau chercher je n’en trouve pas.
Vous et vos comparses avez accumulé tout au long de cette odieuse campagne les mensonges et attisé les haines. Ce n’est pas tant que le mensonge en politique me choque. Vous n’êtes ni le premier ni le dernier à l’avoir utilisé et à en avoir abusé. J’ai cependant horreur d’être pris pour plus sot que je ne suis.
« Après tout le mensonge n’est un vice que quand il fait du mal; c’est une grande vertu quand il fait du bien. » 2

Du mal vous en avez incontestablement fait à votre pays.
Du mal vous en avez probablement causé à l’Europe. Europe qui je vous le rappelle est la seule idée véritablement nouvelle et révolutionnaire du XX ème siècle.
Quant à moi vous avez ravagé mon credo humaniste et ma foi en la raison. Vous conviendrez aisément que cela crée de ma part une certaine animosité à votre égard.

Le monde européen se pose un certain nombre de questions à votre sujet. La première question qui revient fréquemment est : Nigel Farage est-il raciste ? Et bien je vais vous surprendre Monsieur l’ex-député européen. Non. Je crois en mon âme et conscience que bien évidemment vous n’êtes pas véritablement raciste. Et tout uniment, je réponds à nos âmes de la gauche bien-pensante mais pour autant non raisonnante, non Nigel Farage n’est raciste ni dans les actes ni dans les paroles et probablement pas en pensée.

En témoigne votre refus de vous être acoquiné au groupe parlementaire de Marine Le Pen.

Nigel Farage est-il xénophobe ? Là aussi je vais vous surprendre. Les âmes bien nées de la gauche politiquement correcte mais archaïque pensent le contraire. Je leur réponds bien volontiers qu’ils n’ont aucune leçon à me donner compte tenu de leurs comportements précédents.
Ce qui me conduit à présumer que vous n’êtes pas non plus véritablement (même s’il y a eu des dérapages imputables à toute campagne électorale) xénophobe c’est que (sauf à avoir zappé des passages de votre fastidieux programme imbécile) à aucun moment vous n’avez fustigé les Pakistanais, les Indiens les Nigérians etc. natifs de votre Commonwealth.
Je le porte volontiers à votre crédit. Bien entendu si un lecteur venait à me prouver que je me trompe je m’en repentirais et m’en excuserais sur-le-champ.
Non Nigel Farage –et à fortiori Monsieur Boris Johnson- vous n’êtes ni racistes ni xénophobes. Vous êtes juste profondément, jalousement, peureusement et maladivement europhobes.
Un indigène ne vous dérange pas. Il parle la langue vernaculaire, votre langue et partage votre communauté de destin. Un polonais vous fait désormais peur. Peut-être est-ce parce que vous n’avez aucun scrupule à l’exploiter comme nous avons nous, Français, exploité nos maghrébins après avoir abusé de la chair à canon de nos tirailleurs sénégalais.

Vous êtes, Monsieur l’ex député européen, tout simplement un populiste qui flattez les instincts les plus grégaires de vos compatriotes dont votre comportement insulte le glorieux passé.

Le Général De Gaulle, n’en déplaise aux libéraux atlantistes, dont je fréquente encore je l’avoue, l’église – certes moins assidûment – avait raison lorsqu’il s’évertua à barrer la route à la Grande-Bretagne.
Boris Johnson vient de commettre un livre intéressant et passionné à défaut d’être passionnant sur son héros qui, soit dit en passant, est aussi le héros de tous les hommes épris de liberté. Sans vouloir faire de l’uchronie, je ne pense pas effectivement que Sir Winston Churchill serait rentré dans l’Union Européenne qui s’appelait alors le Marché Commun; il n’en serait pas sorti cependant.
La signature de son pays l’eût engagé. Pareillement je ne me risquerais pas à affirmer que De Gaulle aurait joint sa voix aux hiérarques de la IVe République lors de la signature du traité de Rome.
Mais il a à chaque fois honoré la parole de la France. Que ce soit en 1958, en 1968 lors de la suppression des droits de douane. Enfin last but not least après la politique de la chaise vide il s’est rallié au compromis de Luxembourg. Mais il avait vu juste.
Ce sont vos intérêts qui finalement divergent des intérêts européens. Ce sont vos relations spéciales avec les USA qui façonnent, charpentent et cimentent votre politique étrangère.
Monsieur Mc Millan pouvait encore croire au rêve churchillien de pouvoir influencer les dessins américains. Cette ambition avait é pourtant té passablement ébréchée par Roosevelt du temps de Churchill.
À preuve ses relations de qualité empreintes d’un profond respect envers De Gaulle mais profondément nourries d’un tropisme anglais vers les États-Unis ne l’avaient pas empêché de déclarer au général De Gaulle : « entre vous et les USA je choisirai toujours Roosevelt et le grand large. »
Quant à Kennedy, il mit très peu de temps à éconduire Mc Millan. Je comprends par ailleurs que vous désiriez garder votre influence auprès de la Nouvelle-Zélande après avoir perdu l’Inde. De brillant second voici devenu fidèle second.
Et encore il semblerait que les USA feraient dorénavant plus confiance à la France lorsque nous partons en guerre sur des théâtres extérieurs.

Monsieur Boris Johnson est un grand admirateur de Churchill. Loin de moi l’idée de le lui reprocher. Je me permettrai tout simplement et en toute amitié, eu égard au passé européen sinon europhile de son père et au fait qu’il reste bien évidemment un démocrate, de lui dédier un florilège de savoureuses citations de l’humour dévastateur de notre héros commun.
Il me semble Monsieur l’ex Maire de Londres que vous n’avez pas été toujours un aussi farouche opposant à l’idée européenne.
Loin de moi l’idée de prétendre que les charmes discrets du 10 Downing Street sont pour quelque chose dans votre spectaculaire revirement; je laisse cela aux mauvaises langues.
« Tout le monde peut retourner sa veste mais il faut une certaine adresse pour la remettre à l’endroit. »
« Le meilleur arguments contre la démocratie est un entretien de cinq minutes avec un électeur moyen. » 3

Je conçois que les intérêts économiques soient importants. Ils sont cruciaux, vitaux et déterminants. Il n’y a là nulle honte à l’accepter voire à le clamer. Mais de grâce reconnaissez-le sans fausse pudeur. Votre pays est celui de Ricardo et Adam Smith. Difficile de rêver d’une ascendance plus prestigieuse.
Pourquoi vouloir à toute force dissimuler vos intérêts derrière ces vieilles notions de souveraineté et de nationalisme éculé.
Peuple épris de libéralisme et peuple épris par Montesquieu c’est au nom de vos intérêts et de vos seuls intérêts que vous avez édicté le tout- sauf libéral- Navigation Act de 1651 qui permit le brillant essor de la marine britannique.
Rule Britannia.
Il ne viendrait à l’idée de personne de vous le reprocher. Mais l’on ne vous a point entendu criailler et fouailler à nos oreilles votre sacro-sainte souveraineté lorsque vous équipiez vos sous-marins de lanceurs américains Polaris.

Je conçois par ailleurs aisément que la peur de perdre votre souveraineté vous angoisse. Après tout, ab urbe condita, la notion de souveraineté a façonné le monde. Mais quoi, comme disait le général de Gaulle le 14/06/1960 dans une conférence de presse célébrissime : « Il est tout à fait naturel que l’on ressente la nostalgie de ce qui était l’empire, comme on peut regretter la douceur des lampes à huile, la splendeur de la marine à voile, le charme du temps des équipages. Mais quoi il n’y a pas de politique qui vaille en dehors des réalités. »

N’est pas le général De Gaulle qui veut !
Brexit hélas ! Camerexit heureusement !

Alors pourquoi s’arc-bouter ad absurdum sur une notion dépassée face aux mastodontes qui éploient leur politique étrangère sans guère se soucier de la Grande-Bretagne ni en être le moins du monde incommodés par vos rodomontades ?
Après tout vous avez vendu des pans entiers de votre industrie.

Le poids de votre histoire bien évidemment ! Bien trop glorieux et dont la prégnance vous voile les yeux plus qu’aucune autre nation continentale peut-être. Le monde libre et civilisé vous doit tant et presque tout.
De la Magna Carta à l’Habeas Corpus en passant par Newton. Du jeu de whist à la panse de brebis farcie. Je ne serai pas là moi-même à vous adresser cette philippique, je l’admets violente, si Sir Winston ne s’était pas tenu seul, et tenu seul, sur le mur de la liberté.
Dont acte et une reconnaissance infinie, inextinguible et sacrée.
N’est pas Churchill qui veut !

Mais les nations comme les individus vivent et évoluent.
« Eh bien, mon cher et vieux pays, nous voilà, donc encore une fois ensemble devant une lourde épreuve. »

Ce qui se joue, c’est que vous réalisez que vous n’êtes plus la première puissance impériale dont l’Union Jack flottait autrefois seul, orgueilleusement et glorieusement triomphant sur toute la surface du globe.
Ô tempora Ô Mores ! Sic transit Gloria Mundi !
Charles Quint comprit lui que cela ne pouvait avoir qu’un temps. Passé le temps de la gloire, AEIOU ne serait plus qu’un joli souvenir. Il sût en tirer les conséquences. L’Autriche Hongrie première démocratie multiculturelle et confédérale en fut l’heureux avatar.
N’est pas Charles Quint qui veut !
Et l’on ne vous demandait certes pas de vous retirer dans un couvent.
L’Europe vous est aussi redevable de coups de beaucoup de vos apports à la construction européenne. J’en suis conscient et ne l’oublie pas. Il est difficile, je l’admets de rentrer dans le rang des nations après en avoir été si longtemps, si brillamment, si fièrement, si heureusement et si superbement la première puissance !

Pourtant il me semblait que vous aviez un plan B : votre fameuse devise « if we can’t beat them, then join them ! »
Brexit hélas ! Camerexit heureusement !

Vous n’êtes pas les premiers à qui l’histoire joue des tours. Il n’a pas non plus été facile à la France d’abandonner sa monnaie et se ranger sous les marques et le mark allemands. En effet lorsque le roi de France fut fait prisonnier et sa rançon payée, l’on avait coutume de dire au Royaume de France lors de sa libération :    « Le Roi de France est franc. »

En somme ce qui s’est joué la semaine dernière c’est un remake (mauvais) du fameux télégramme d’Eyre Crowe en Janvier 1907 lorsqu’il avertissait le Royaume-Uni du danger potentiel que représentait l’Allemagne, quand bien même celle-ci n’avait pas de visées agressives à son égard.
Il est vrai que Kissinger disait « même les paranos ont des ennemis ».
Le Brexit serait donc une version édulcorée et mal comprise de la théorie du dilemme de la sécurité de Robert Jervis.

Une preemptive blow en quelque sorte ! Vous auriez du pourtant savoir Monsieur l’ex-Premier Ministre que vous n’aviez pas de capacité de seconde frappe et qu’une first strike exige un certain nombre de conditions notamment celle de posséder une stratégie antiforces et la capacité de désorganiser les communications de l’adversaire. Enfin que le couple intérêts/risques soit proportionné aussi bien chez soi que chez l’ennemi.

Résumons. Vous ne réussirez pas à désintégrer la chaîne de commandement européenne c’est-à-dire nos institutions et notamment la première d’entre elles la plus prestigieuse : la Commission Européenne. Son Président qui pourtant ne vous était pas hostile tant s’en faut, veille au grain en vieux capitaine avisé.
Passé les inévitables tiraillements des positions de départ des divers états nous saurons faire front et un front uni. C’est le principe de fonctionnement de l’Union !
Certains parmi ses dirigeants, tels des chevaux légers des commandos de forces spéciales ont déjà réclamé votre départ le plus rapidement possible.

L’on voit poindre avec déplaisir mais sans véritable crainte vos valses hésitations quant au timing de l’emploi de l’article 50.
Je devine derrière ceci, une fois de plus, votre volonté de division parmi vos anciens collègues. Outre ce manque d’élégance qui vous ressemble si peu, sachez que le propre d’une union est de fédérer des avis divergents. C’est à Peripatos qu’Aristote et ses disciples devisaient.
Mais peut-être comprenez-vous mieux la devise américaine : «e pluribus unum ».

Je sais bien que vous n’avez pas n’en avez pas encore pris conscience puisque du haut de sa suffisance béate Nigel Farage s’en va vibrionnant sur tous les plateaux de télévision de la planète entonner et clamer urbi et orbi la nouvelle bénédiction britannique informant des ouailles administratives admiratives. (La bêtise humaine est en effet la chose la mieux partagé en ce bas monde. )
Du chemin à suivre vers un soleil rayonnant. Le vent de la liberté aurait ainsi soufflé et rugi. En quelque sorte vous embouchez les trompettes de Jéricho.
Rule Britannia !
Que le reste de l’assistance se rassure. L’Europe, et croyez-le, j’en suis profondément triste saura-telle un Phœnix, renaître de ses cendres. Bien sûr, il sera plus problématique d’aller plus avant dans le programme Airbus. Il faut bien que vos missiles produisent quelques dégâts collatéraux.

Les six membres fondateurs de la CECA, Euratom et Marché Commun ont signé dans la joie les différents traités, même si j’admets, que les américains avaient au tout départ mis de côté leur politique européenne amphigourique et ambivalente pour nous pousser à l’union.
Vous y êtes entré, quant à vous, par crainte d’être laissé de côté et par peur de voir vos intérêts durablement lésés. Ce n’est pas en soi quelque chose condamnable; mais au moins cessez de vous abriter derrière je ne sais quelle vertu au sens latin du terme.

Vous y êtes rentré tardivement par peur et à reculons. Votre immaturité ou votre jeunesse européenne explique peut-être la situation actuelle et votre effraction. Elle ne l’excuse pas.
Nous y sommes rentrés, quant à nous, confiants en l’avenir et dans la joie en jetant la rancune à la rivière. Même les Français, drapés dans leur légendaire arrogance, ont compris qu’ils pouvaient exercer une influence bien au-delà de leur puissance intrinsèque en faisant partie d’un tel ensemble et en étant un des deux états qui influencent cet ensemble.

En somme ce que vous nous reprochez: c’est votre propre perte d’influence. Vous avez pensé qu’en étant out vous représenterez plus qu’en étant in.
Messieurs Nigel Farage et consorts nous ont prévenu que l’Europe asservissait les nations sous un tombereau de réglementations absurdes. Auriez-vous oublié que ces mêmes réglementations absurdes ont été aussi votées- le plus souvent- par vos propres représentants.
L’histoire est pleine d’accidents qui sont arrivés à cause de mauvaises représentations. Vous excuserez, je l’espère, mon impertinence et mon persiflage si je vous demandais ce qu’en pensent les Irlandais ou Ecossais, sujets de Sa Très Gracieuse Majesté britannique ?
Comment ont-ils vécu le ralliement à la Couronne Britannique ? Je ne suis pas sûr qu’ils n’aient gardé que de bons souvenirs. Mais peut-être me trompais-je !

Il est pourtant un point où vous avez outrepassé avec félonie les limites du Limes. Parmi les mensonges grossiers et vulgaires qui émaillaient vos discours et que l’on entend habituellement uniquement dans les enceintes des barbares terroristes, nous n’avions pas pour habitude d’entendre au pays de John Donne, Shakespeare ou Adam Smith, des propos immondes tels que : « La Commission suit les traces de l’invasion de l’Europe par hitler. »
Et afin que les choses soient parfaitement claires quoi de plus parlant que votre photo (tronquée au demeurant) représentant une nuée d’immigrants prêts à submerger l’Europe.
Même Madame Thatcher, germanophone distinguée, n’avait osé s’aventurer aussi loin sur les rives du ridicule lorsqu’elle paraphrasait Mauriac disant : « J’aime tellement l’Allemagne que j’en veux deux et non pas une. »
D’où sa Gorbymania !
C’est à cette aune que l’on peut, non pas comprendre, mais relever ses plaisanteries douteuses disant que les seuls moments où l’administration française fonctionnait correctement c’était durant l’occupation allemande ! Sic

Vous avez osé vous et vos comparses comparer la barbarie hitlérienne à la quintessence de la démocratie européenne à savoir la démocratie Habermassienne.
Vous avez osé comparer la chancellerie nazie de Berlin à la Cour Constitutionnelle de Karlsruhe.
Vous avez osé comparer les dons et prêts allemands à la Grèce (on sait très bien ce qu’ils deviendront) aux spoliations allemandes durant la seconde guerre mondiale.
Vous avez osé comparer la générosité allemande qui a accueilli plus d’un million de réfugiés à la sauvagerie nazie qui a exterminé 6 millions de juifs.

Mais qui êtes-vous donc Messieurs Nigel Farage et Boris Johnson pour nous donner de telles leçons ? Des esprits embrumés qui: « calomnient leur temps par ignorance de l’histoire. » disait Flaubert.

Dans le monde civilisé et instruit seul Monsieur Netanyahu a fait mieux ou pire que vous lorsqu’il a laissé, tout sourire du haut de son balcon, la horde de ses partisans manifester, brocarder, huer et vouer à un destin funeste et funèbre son Premier Ministre, véritable visionnaire et vrai Chef d’Etat, déguisé en soldat nazi.

Soyez fiers de vous Messieurs ! Pour autant je ne chargerai pas Monsieur Nigel Farage du meurtre de Madame Cox. Je crois que Messieurs Farage et Johnson ont déjà suffisamment de mal à gérer ce qui leur tient lieu de cerveau, ne les chargeons donc point davantage des agissements d’un criminel dérangé.

Cela étend que voulons-nous ? Que pouvons-nous ? Qu’allons-nous faire ? Et surtout que ne voulons-nous pas accepter ?
D’abord afin d’éviter la contagion, aller vite. Pas de précipitation certes mais rapidement et fermement.
Encore que peu de pays soient dans la configuration britannique. Les pays du PECO savent ce qu’il en coûte d’être des alliés soutenus par feu l’URSS. Le feu leur montre encore aux joues.
La générosité russe n’ira guère au-delà d’abondantes rasades de vodka et encore certains amateurs d’émotions fortes disent qu’il y a plus d’essence que d’alcool dans la vodka russe.

La Grèce, l’Espagne et le Portugal ont déjà assez de mal à boucler leur budget avec l’aide européenne.
On verra peut-être un ou deux pays nordiques faire un petit tour de piste. Pas sûr qu’ils préféreront être aspirés par l’attraction allemande que par la fusion bruxelloise. Au reste vous aviez tellement d’opt out dans l’Union qu’il n’est pas tant de domaines où votre absence se fera dramatiquement sentir.

On n’a cessé de charger tel un baudet l’Europe de tous les maux que Chaos et Dionisios ont semé sur terre. Mais seul un esprit étriqué, inquiet et nostalgique de la période précédant 1939 ne peut voir que l’Europe va mal précisément à cause des économies européennes qui vont-elles mêmes mal hors essentiellement l’Allemagne. Ce n’est pas l’Europe qui va mal ; c’est nous. Ayons le courage et surtout la lucidité de reconnaitre que s’il n’y avait pas d’Europe nous aurions été balayés depuis fort longtemps.
Lorsque les pays européens allaient bien personne n’émettait ce genre sérieusement ce genre de critiques.

L’Europe souffrirait de règlements, directives et administration tentaculaires. Je veux bien. C’est cependant faire litière d’une idée simple et d’un état de fait contre lequel il est difficile de lutter.
Idée simple, j’aimerais que l’on m’expliquât comment unifier, réunifier afin d’avoir un marché fluide des règles qui transforment, complètent, harmonisent voire contredisent les règles nationales qui soit dit en passant sont elles aussi parfois pléthoriques, envahissantes ou contradictoires.

L’Europe est certes un millefeuille, mais pour avoir une réelle tendresse pour cette pâtisserie si gouteuse et si délicate, je crois qu’il perdrait tout son charme si l’on y enlevait sa couche si croustillante diaprée telle la rosée de son sucre glace et la crème qui le compose en son milieu. Ce gâteau a besoin de couches superposées !
Il en va de même du gâteau européen.

Napoléon disait : « Les amateurs se piquent de stratégie, les professionnels eux pensent logistique. »

État de fait. Il se trouve que bien souvent ceux qui dénoncent à cor et à cri la pléthore de fonctionnaires poussent des cris d’orfraie que l’on se prépare à égorger ou de vierges effarouchées dès lors qu’on fait mine de se pencher sur leurs quotas.

Un peu de logique ne messied point. Le Général De Gaulle disait- à tort cette fois-ci- « l’Europe, l’Europe, l’Europe ! On peut sauter comme un cabri sur sa chaise mais quoi ? »
Le monde est rempli de déclarations de bonnes intentions. Seuls les actes comptent.
Acta fabula est ! S’il n’y a ni contrainte ni règlement il ne peut y avoir de progression. Sinon l’on est condamné à errer ad vitam aeternam dans l’éther. Il est facile de dauber sur les règlements des chasses d’eau. À terme leur harmonisation fait sens. L’on a par ailleurs beaucoup avancé avec le principe de la subsidiarité.

Soyons clairs, vous avez rejeté plus que l’immigration, vous avez rejeté l’Europe. Finalement le marché commun réduit à l’AELE était votre cup of tea.
Mais de grâce ayez le courage de regarder la vérité en face. En balayant l’Europe politique c’est la mondialisation que vous excommuniez.
Par un étrange paradoxe, l’Europe vous doit- en grande partie- sa Doxa libérale. Et au-delà ce qui me choque lorsque j’entends Nigel Farage clamer et se réjouir que le vrai peuple l’a emporté, que la volonté des vrais gens à triompher, mon esprit s’évade vers des temps honteux que l’on croyait révolus à jamais.

Alors oui, vous avez raison. Vous avez mille fois raison ! L’Europe souffre de deux maux principaux. Et Jean-Claude Juncker les a parfaitement cernés. Dans l’Union Européenne, il n’y a pas assez d’union et il n’y a pas assez d’Europe !
Merci de votre courage et de votre lucidité Monsieur Le Président !

Que doit-on faire pour sortir l’Union Européenne de l’ornière où le Royaume-Uni n’a eu de cesse de nous entrainer.
D’abord il faudra enfin se résoudre à accepter et favoriser une Europe à deux vitesses avec différents cercles concentriques. Cela ne signifie pas moins d’Europe, cela signifie tout simplement qu’il y aura à la carte du restaurant Europe fromage et dessert pour ceux qui le souhaitent sans que les autres convives se croient obligés de quitter les agapes.
Il faudra également d’une façon ou d’une autre augmenter les pouvoirs et prérogatives du Parlement Européen. Redonner une voix plus importante aux membres fondateurs.

Deux conditions devront être remplies. L’Allemagne devra sortir de son reluctant power et participer pleinement à une armée et à une défense véritablement européenne. Elles n’en ont aujourd’hui que le nom.
La France devra quant à elle engager enfin les réformes nécessaires cela prendra du temps certes.
Mais en même temps La France devra approfondir les relations spéciales fondées au Traité de Lancaster et de St Malo.Ce n’est pas parce que les Anglais sortent de l’Union que nous ne partageons point les mêmes valeurs. Et nous faisons face aux mêmes dangers.

Il faudra ensuite bien entendu et une ébauche de gouvernement économique et un vrai gouvernement de la zone euro.

Nous ne souffrons pas tant d’une pléthore de règlements. Nous souffrons parce que précisément nous n’avons pas assez de cadres et règlements communs.
Fiscalité, droit du travail, parquet européen, véritable armée européenne, politique étrangère européenne commune, socle commun d’études, politique de recherche commune etc.
Voici une brève liste des défis qui nous redonneront le supplément d’âme qui nous fait si cruellement défaut.

Les peuples grognent contre l’Europe non pas à cause d’une administration plus ou moins envahissante. Ils grognent car précisément l’Europe rogne sur les prérogatives nationales. Concomitamment à cela les nations voient leurs prérogatives diminuer au profit de pouvoirs locaux.
Ayons le courage d’admettre que plus l’Europe se fédéralise plus elle suscite de rejet. Ayons le courage et l’inventivité nécessaire pour sortir de la démoscopie démagogique qui nous tient lieu de boussole depuis trop longtemps.

Les grandes avancées n’ont pas toujours été faites avec l’aval du peuple. Il faut savoir précéder le peuple. Enfin cerise sur le gâteau, la mondialisation accompagne à marche forcée la troisième révolution industrielle et la révolution transhumaniste.
N’importe quel esprit doté d’un minimum de cervelle et non pas d’une cacahuète à la place du cerveau peut comprendre que l’ouvrier chinois est heureux (enfin j’admets que le mot est fort mal choisi) de toucher 400 € par mois.

Ajoutez à cela les défis posés par la révolution de l’intelligence artificielle et de l’homme hybride, je concède que cela fait beaucoup pour les modestes descendants du singe que nous sommes.
De là à en rendre l’Europe responsable non, non et non ! La vraie raison du Brexit est que les Anglais ont pris peur devant les avancées européennes. Quoi qu’on en dise ou craigne forcer de reconnaître que le Traité de Rome a été en permanence, amendé, élargi, amélioré et approfondi.
L’Europe a agrégé davantage d’États qu’elle n’en a perdus. Le Royaume-Uni étant le premier.
Il est deux indicateurs qui mesurent de façon objective les indéniables progrès de l’Europe. La probabilité de tomber d’accord à six était infiniment supérieure à six qu’à 28 et pourtant les traités se sont multipliés.
Mieux le délai entre la conclusion d’un accord et sa ratification s’est lui considérablement raccourci.
Sans compter la démocratisation de l’Europe !

Messieurs les Anglais ont tiré les premiers, nous verrons très rapidement leurs cartouches s’épuiser et s’amenuiser. Le recul de la livre au trébuchet des devises est particulièrement éloquent.
Bien ou pas bien, bien ou pas suffisamment bien, vite ou lentement, nous avons surmonté toutes les crises. : Crise de la chaise vide, politique agricole commune, montants compensatoires monétaires agricoles, embargo pétrolier, crise systémique de 2008, Grèce, Russie, crise des migrants etc. aurait-on pu faire mieux ? Bien sûr !

Aurait-on pu faire davantage ? Oui.

S’est on trompé en privilégiant un élargissement que d’aucuns jugent – pas complètement à tort d’ailleurs- prématuré alors qu’il aurait d’abord fallu approfondir ? Peut-être ! Mais comme le disait Giscard d’Estaing on ne fait pas attendre Platon.
Et il était difficile de ne pas intégrer les Européens de l’Est martyrisés, amoureux et avides de nos institutions, de notre système social, de notre niveau de vie et de notre liberté.

Bruno Lemaire probable et futur brillantissime Président de la République écrivit: « Dans l’histoire la lâcheté politique commence par un manque d’imagination et finit par un excès de crainte : » 4 On ne saurait mieux dire.

Il aurait pu continuer son dialogue avec Matthieu « Donc veillez car vous ne savez ni le jour ni l’heure. » 5

Osons quelques mesures simples. Il est temps d’élire au suffrage universel le Président de la Commission Européenne. Elle n’a pas démérité. Elle a eu de très grands Présidents Walther Hallstein bien sûr, Gaston Thorn, Jacques Delors bien évidemment. Jean-Claude Juncker ne démérite sûrement pas.
Cela aurait l’avantage de désamorcer ceux qui pensent qu’elle est trop supranationale et de lui conserver sa compétence grâce aux Commissaire Européens.
Osons augmenter les pouvoirs du Parlement et supprimons le Poste de Président de l’Europe ; il doublonne avec la Commission. Instituons trois ministres étrangers siégeant en permanence lors de chaque Conseil des Ministres National.

Créons un premier impôt européen et transférons pour commencer une première distribution européenne en compensation sans passer par les Etats.

« Les peuples bien qu’ignorants sont capables de vérité » 6

Je me permettrai de rajouter les vieux peuples sont capables de courage et d’audace.
L’Europe y gagnera son supplément d’âme !
Montrons-nous les dignes héritiers de Kant et sachons sortir de notre condition première.
Isocrate disait « Notre cité a tant distancé les autres hommes pour la pensée et la parole que ses élèves sont devenus les maitres des autres ,qu’elle a fait employer le nom de grec non plus comme celui de la race, mais comme celui de la culture, et qu’on appelle grec plutôt les gens qui participent à notre éducation que ceux qui ont la même origine que nous. »
Oui nous en sommes capables. Jean Monnet nous l’a prouvé .Sachons juste nous montrer digne de leur splendide héritage.

Dont acte pour l’apprenti sorcier ! Dont acte pour le populiste encalminé dans sa peur !
Dont acte pour le bouffon opportuniste !

Laissons la Grande-Bretagne à son splendide isolement puisque tel est son choix. J’entends dire que la Grande-Bretagne a osé ce référendum car elle est fière d’elle-même et de son passé, que la France n’aurait pas osé user un tel référendum.
Si le fait est exact, un tel référendum me semble hors de propos c’est précisément pour des raisons contraires.
En France le consensus national est extrêmement fort. C’est même en France où il est peut-être le plus fort. Héritage d’un pouvoir royal central fort et d’une révolution jacobine, et surtout fort de notre laïcité véritable bénédiction des dieux, les tensions régionales relèvent de l’anecdote.
Il n’y a nulle part menace d’éclatement. Ce n’est pas le cas en Grande-Bretagne. Celle-ci a cru terrasser les dragons nationalistes régionaux. Elle aura simplement chevauché Rossinante.
Lorsque j’entends l’ex Maire de Londres asséner avec un immense sourire :         « Britain can get a better deal on trade if it can avoid arbitrary deadlines on the negotiations » j’ai juste envie d’éclater de rire.
De qui se moque-t-il ? Il veut quitter le vaisseau Europe soit. Ce n’est pas à lui de dicter ses conditions. La moindre des élégances est que tous les Britanniques regagnent au plus vite Albion.
L’Angleterre out est-ce finalement une chance pour nous Européens et plus particulièrement pour nous Français ? Probablement, même s’il y aura au début une période difficile avec un recul de la croissance.

Mais c’est sûrement et c’est gravissime une défaite de la pensée. À titre personnel, mon credo intellectuel, ma foi en un humanisme et dans la raison, chancellent. C’est l’idée que le nationalisme étriqué et étiqué l’emporte chez certains sur l’humanisme ; que l’éducation ne vient pas forcément et toujours à bout de la peur, de l’ignorance et surtout du populisme le plus vulgaire.

En somme Messieurs les Anglais vous avez réinterprété le Grand Style de Nietzsche… mais à l’envers.
Permettez-moi de vous rappeler avec toute l’admiration que je dois au plus grand des dramaturges, Shakespeare, ce que disait Machiavel dans le Prince :     « Celui qui se bâtit une forteresse et s’y réfugie se fait le prisonnier de ses murs ; il est perdu non seulement pour la guerre mais pour la politique. »
Sans doute serez-vous amenés à oublier que « l’objet principal de la politique est de créer l’amitié parmi les membres de la cité » comme disait Aristote.

Les temps ont changé ! L’époque où vous pouviez façonner le monde au Congrès de Vienne est hélas révolue. Henry Kissinger rapportait dans son livre le Chemin de la Paix les propos d’un diplomate ambitieux qui admiratif citait un de vos très grands Ministres des Affaires Etrangères : « Lord Castlereagh ressemblait à un grand amateur de musique qui est à l’église ; il voudrait applaudir mais il n’ose pas. »
Il est hélas trop tard pour oser.

En guise de conclusion et d’adieu un dernier mot.
J’entends de-ci delà une musique profondément dérangeante sur le référendum que nous devrions organiser notamment en France.
Sans aller jusqu’à faire mienne la pensée nauséabonde de Berthold Brecht dont la caractéristique essentielle est d’avoir accompagné l’asservissement des peuples sous le joug bolchevique : « Puisque le peuple vote contre le gouvernement il faut dissoudre le peuple. »

Je pense qu’il s’agit là du prototype de la vraie fausse bonne idée. D’abord parce que souvent, bien souvent, trop souvent : « Souvent la foule trahit le peuple » disait Victor Hugo.
Ensuite parce que les contextes nationaux ne permettent pas d’isoler la question européenne. Celle-ci est en outre trop complexe pour une réponse binaire.

Élisons les dirigeants, sachons leur faire confiance, donnons-leur les moyens d’exercer sereinement leur travail quitte à suivre, contrôler leurs actes avec des commissions ad hoc et parfaitement formées. Pierre Rosanvallon l’explique parfaitement avec sa démocratie de confiance.

Mais ne mélangeons ni les rôles ni les moyens ni les fonctions. Le référendum est aussi l’arme chérie des populistes. Je pense et je parie que si l’on demandait aux peuples européens : êtes-vous pour ou contre l’impôt ils voteraient à 95 % pour la suppression de celui-ci. 4 % n’auraient pas compris la question. Seul 1 % aurait compris l’enjeu.

Mon cher Voltaire disait avec un certain cynisme qui n’enlève rien à la justesse de sa pensée : « Demandez un crapaud ce qu’est la beauté… ? Il vous répondra que c’est sa crapaude avec deux gros yeux ronds sortant de sa petite tête. » 7

Enfin last but not least le Général de Gaulle eut-il pu lancer son appel du 18 juin si les Français s’étaient prononcés par voie référendaire ? Je vous laisse deviner le résultat.

En conclusion un de vos grands philosophes disait que mieux vaut une situation intermédiaire imparfaite mais perfectible.
Eussiez-vous lu Monsieur l’ex Premier Ministre l’avertissement d’Edmund Burke sur la Révolution française que vous n’eussiez pas engagé votre référendum démagogique dont vous regretterez très rapidement son existence.
« Un État qui n’a pas les moyens d’effectuer des changements n’a pas les moyens de se maintenir. » Un de vos très grands poètes John Donne disait:        « Any man’s death diminishes me, because I am involved in mankind. Therefore never send to know for whom the bell tolls; it tolls for thee.”
Je vous sais suffisamment rusé et avisé pour changer les mots man’s death.

À tout seigneur tout honneur, je vous dédie Monsieur l’ex Premier Ministre ce que disait Bismarck à propos de Napoléon III : « C’est une grande incapacité méconnue. »

Leo Keller

Deauville le 28 Juin 2016

Notes

1 Herbert Lottman in Bismarck
2 Voltaire
3 Winston Churchillvoir
5 Matthieu Chapitre XXV verset 13
6 Machiavel in Le Prince
7 Voltaire In dictionnaire philosophique
 8 Bruno Le Maire in Jours de pouvoir

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